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Les Conséquences de la Dépression Post-Partum

La dépression post-partum (DPP) est un trouble de l'humeur qui touche de nombreuses femmes après l'accouchement. Elle se manifeste par une tristesse profonde et persistante, une perte d'intérêt ou de plaisir, et un sentiment d'incapacité à créer un lien maternel. Souvent sous-déclarée et sous-estimée, elle peut avoir des conséquences importantes tant pour la mère que pour l'enfant. Cet article explore les différentes facettes de la DPP, ses symptômes, ses causes, son diagnostic, son traitement, et surtout, ses conséquences sur la mère, l'enfant et l'entourage.

Prévalence et Définition de la Dépression Post-Partum

La dépression post-partum (DPP) toucherait entre 10 et 20 % des mères dans l’année suivant l’accouchement. En France, deux mois après la naissance, elle concernerait une mère sur six et s’accompagnerait, pour une mère sur 20, d’idées suicidaires. La DPP regroupe un ensemble de troubles de l'humeur qui touche entre 10 et 20 % des femmes après un accouchement. Ce trouble psychologique touche 15 à 20 % des jeunes mères. On l’appelle également dépression postnatale puisqu’elle est directement occasionnée par l’arrivée de l’enfant.

Il est important de distinguer la DPP du baby blues, un état de déprime passager qui touche jusqu'à 80 % des mères quelques jours après l'accouchement. Le baby blues se caractérise par des crises de larmes, des sautes d'humeur et de l'anxiété, mais il disparaît généralement en quelques jours. La DPP, en revanche, se manifeste plus tardivement, généralement 2 à 3 mois après l'accouchement, et dure plus longtemps.

Symptômes de la Dépression Post-Partum

Les symptômes de la dépression post-partum peuvent varier d'une femme à l'autre, mais ils incluent généralement :

  • Une tristesse profonde et persistante.
  • Une perte d'intérêt ou de plaisir pour les activités habituelles (anhédonie).
  • Des changements significatifs de poids ou d'appétit.
  • Des perturbations importantes du sommeil (insomnie ou hypersomnie).
  • Une fatigue intense et persistante.
  • Une difficulté à se concentrer ou à prendre des décisions.
  • Un sentiment de dévalorisation (impression d’être une « mauvaise mère »).
  • Un sentiment de culpabilité intense.
  • Une anxiété excessive, en particulier pour la santé de l'enfant.
  • Une absence d’intérêt pour le nourrisson.
  • Une réduction des échanges visuels et vocaux avec lui (dont les sourires).
  • Des phobies d’impulsion (peur de commettre un acte irréversible envers elles-mêmes ou leur enfant).
  • Des pensées suicidaires.

Les symptômes sont souvent plus intenses le soir. Parce que certains symptômes peuvent être faussement attribués à l’arrivée d’un nourrisson (en particulier la fatigue, les troubles du sommeil ou l’anxiété), et parce que reconnaître que l’on est triste et indifférente après une naissance est difficile, la DPP est souvent passée sous silence par la mère qui en souffre.

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Causes et Facteurs de Risque

Comme pour toutes les formes de dépression, il n'existe pas de cause unique à la DPP. C'est plutôt une combinaison de facteurs qui peut déclencher l'état dépressif et le maintenir.

Parmi les facteurs physiologiques, on retrouve :

  • Les changements hormonaux de la jeune mère.
  • L'épuisement et le manque de sommeil.

La DPP peut également être déclenchée par les changements qui découlent de l'arrivée du bébé :

  • Les contraintes provoquées par l’arrivée d’un jeune enfant peuvent submerger la jeune mère et le jeune père.
  • Il faut à la fois réaménager son quotidien, son rythme, mais aussi son identité.
  • On n’est plus seulement un individu responsable de sa propre personne : on est en charge d’un autre être humain.
  • Pour certains parents, l’arrivée d’un enfant est synonyme de deuil.
  • On doit faire le deuil de sa vie d’avant, mais aussi de la maternité (qu’on avait pu idéaliser), qui s’avère parfois plus complexe que prévue.
  • Enfin, l’arrivée d’un bébé peut fragiliser l’estime de soi ou le couple, notamment pour les jeunes parents qui n’étaient pas prêts à un tel chamboulement.

Les facteurs de risque incluent :

  • Des antécédents de dépression ou d'anxiété.
  • Du stress chronique ou des événements stressants précédant l'arrivée du bébé.
  • Un manque de soutien social.
  • Une faible estime de soi.
  • Des problèmes au sein du couple.
  • Un stress lié à l’accouchement, surtout lorsqu’il se complique.

Conséquences de la Dépression Post-Partum

La dépression post-partum a des conséquences significatives sur la mère, l'enfant et l'entourage.

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Conséquences pour la Mère

La DPP a évidemment un impact sur la qualité de vie de la personne qui en souffre, et souvent sur sa relation de couple. Elle peut entraîner :

  • Une altération de la capacité à prendre soin de soi et de son enfant.
  • Un sentiment de honte et de culpabilité.
  • Un isolement social.
  • Des difficultés conjugales.
  • Un risque accru de suicide.
  • Elle peut faire réapparaître une maladie psychiatrique préexistante, pas forcément dépistée auparavant.

Conséquences pour l'Enfant

Le problème majeur de la dépression post-natale est qu’elle réduit les capacités des jeunes parents concernés à s’occuper de leur enfant. La dépression post-partum peut avoir des conséquences sur le bébé. En effet, le développement du lien entre le parent et le bébé peut être affecté. Une dépression maternelle a des implications qui se prolongent bien au-delà des troubles d’attachement et d’interaction mère-enfant, susceptibles de provoquer des retards de développement cognitif.

Plus précisément, la DPP peut entraîner chez l'enfant :

  • Des troubles du développement cognitif, affectif et social.
  • Des difficultés relationnelles mère-enfant.
  • Des troubles du sommeil et des coliques.
  • Des retards de développement émotionnel ou cognitif, qui peuvent persister jusqu'à l'adolescence.
  • Lorsque l’on analyse les dépressions d’adolescents de 16 ans, on retrouve dans 100 % des cas un antécédent de dépression maternelle, dont 60 % survenue au moment de la grossesse.

Conséquences pour l'Entourage

La DPP peut également avoir des conséquences sur le conjoint ou la conjointe, qui peut se sentir dépassé(e) par la situation et impuissant(e) à aider sa partenaire. Elle peut également affecter les autres membres de la famille, tels que les grands-parents, qui peuvent se sentir inquiets et concernés. La DPP touche entre 10 à 20 % des mères mais semble également toucher les conjoints ou conjointes.

Pour les proches, il est important de ne pas prendre à la légère ce type de symptômes et de ne pas minimiser les ressentis de la maman. Le Dr Gadenne explique que pour aider une personne souffrant de dépression, il est important de la questionner, lui permettre de parler, de verbaliser sa souffrance et sa détresse. Il convient de lui expliquer qu’elle n’a pas à culpabiliser, et de lui rappeler que beaucoup de femmes traversent le même type de difficultés. L’attitude des proches est importante. Pour surmonter cette épreuve, il est souhaitable que la maman puisse se reposer un peu sur son entourage ou sur des personnes de confiance, capables de prendre le relai pour la soulager de cette charge mentale.

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Dépistage et Diagnostic

Il est très important de dépister les signes de la DPN le plus précocement possible afin de pouvoir la traiter et limiter ses conséquences sur la santé de la mère et de l’enfant. La dépression post-partum, bien que fréquente, reste souvent méconnue ou minimisée. Son dépistage est crucial pour plusieurs raisons :

  • Fréquence élevée et sous diagnostiquée : Avec une prévalence touchant jusqu’à 10 à 20% des femmes en post accouchement, la dépression post-partum est une pathologie courante qui n’est pas toujours identifiée chez les mères.
  • Conséquences graves : En l’absence de traitement, la dépression post-partum peut entraîner des troubles du développement cognitif, affectif, social chez l’enfant, des difficultés relationnelles mère-enfant, voire un suicide maternel.
  • Traitement efficace : La dépression post-partum peut être prise en charge grâce à une approche multidisciplinaire, incluant un accompagnement psychologique et, si nécessaire, des traitements médicamenteux.

Depuis le 1er juillet 2022, pour mieux accompagner les jeunes mères dans les semaines qui suivent la naissance, un entretien postnatal précoce leur est proposé systématiquement. Il peut être réalisé par une sage-femme ou un médecin entre la 4e et 8e semaine après l'accouchement. Le professionnel de santé peut proposer un deuxième entretien entre la 10e et la 14e semaine qui suivent l'accouchement, afin de continuer l’accompagnement s’il le juge nécessaire ou à la demande du ou des parents. De plus, le site « Nos 1000 premiers jours » propose aux mères 10 questions en ligne pour faire rapidement le point sur leur bien-être émotionnel.

Pour identifier la dépression post-partum, les professionnels de santé disposent de l’échelle d’Édimbourg (EPDS). Ce questionnaire auto-administré comporte 10 questions et permet d’évaluer les risques de dépression post-partum en fonction d’un score. L’EPDS est particulièrement utile pour les professionnels de santé de première ligne, comme les gynécologues, les sage-femmes, les pédiatres ou les travailleurs sociaux, qui ne sont pas nécessairement spécialisés en santé mentale. Grâce à cet outil, une patiente présentant un score élevé peut être dépistée et donc orientée vers un professionnel spécialisé (psychiatre, pédopsychiatre) afin d’avoir un diagnostic clinique approfondi et une prise en charge adaptée.

La dépression postnatale peut être diagnostiquée par un professionnel de la santé comme un psychologue, un gynécologue ou un psychiatre si les jeunes parents présentent au moins 5 symptômes cités précédemment, pendant plus de deux semaines.

Traitement de la Dépression Post-Partum

La dépression post-partum est une maladie qui se soigne. Et comme pour la plupart des maladies, on ne la soigne pas seul. Il est essentiel de connaître les symptômes, mais aussi les causes de ce trouble psychologique afin de mieux le diagnostiquer et le traiter. Deux traitements permettent de prendre en charge la dépression post partum :

  • La psychothérapie avec un psychologue ou un psychiatre.
  • Des antidépresseurs.

Les professionnels de santé ne les prescrivent généralement pas en première intention lorsque les symptômes sont légers à modérés. Par contre, lorsque la dépression post-partum est sévère, un traitement médicamenteux en accompagnement d’une psychothérapie est indispensable. Si la femme allaite, il existe des solutions. Le Dr Gadenne rappelle que le principal enjeu du soin de la dépression post-partum est de favoriser l’interaction mère-enfant dès que possible, pour qu’il n’y ait pas d’impact sur le développement du nourrisson. Des psychothérapies plus spécialisées pourront être mises en place, comme les psychothérapies mère-bébé, qui s’intéressent à la relation de la mère avec son nouveau-né afin de favoriser ce lien si important pour la construction future de l’enfant. L’hospitalisation intervient en dernier recours. La mère et l’enfant sont alors hospitalisés dans une unité parents-enfants pour ne pas rompre davantage le lien.

Conserver un lien social est fondamental lorsque l’on souffre de dépression. En tant que maman ou future maman, si vous vous sentez angoissée, triste, dépassée, si vous estimez que vous êtes en détresse, n’hésitez pas à en parler autour de vous, à vous rapprocher de professionnels de santé ou d’une association.

Initiatives et Soutien Régional

La santé mentale périnatale est un enjeu majeur de santé publique, renforcé par la stratégie nationale des 1000 premiers jours et par les conclusions des enquêtes nationales sur les morts maternelles, soulignant la fréquence des suicides maternels. Depuis 2019, l'Agence a mis en place un groupe dédié au sein de la commission régionale périnatale qui a conduit à l'élaboration d'un plan régional de santé mentale périnatale, présenté lors des Journées des réseaux de périnatalité.

Le plan d’action régional en santé mentale périnatale repose sur cinq axes principaux :

  • Repérage de la dépression périnatale : sensibilisation des professionnels, mise à disposition d'outils et orientation des patientes vers des unités de psychopathologie périnatale en cours de structuration.
  • Mise en place de staffs médico-psycho-sociaux en maternité : renforcement des organisations pluridisciplinaires et inter-institutionnelles pour un soutien en prénatale des futures mères en situations de vulnérabilité avec anticipation de la prise en charge familiale après la naissance.
  • Développement et renforcement de l’offre de soins : financement depuis 2019 de 20 projets de psychiatrie périnatale, avec au moins un projet par département.
  • Soutien des structures d'appui : implication des réseaux de périnatalité et des centres experts.
  • Évaluation : intégration du dépistage et de la prise en charge de la dépression périnatale dans l'évaluation.

Plusieurs initiatives ont été mises en place :

  • Généralisation des staffs médico-psycho-sociaux à toutes les maternités.
  • Renforcement des temps de psychologues et assistants sociaux en maternité, avec un financement régional pérennisé.
  • Réforme des autorisations en psychiatrie dont la mise en œuvre est prévue, avec la création de la mention « psychiatrie périnatale » permettant une structuration adaptée de l'offre de soins.
  • Animation des réseaux de santé en périnatalité, notamment sur les unités de psychopathologie périnatale.
  • Poursuite de l’appel à projets national en psychiatrie périnatale, avec l’installation d’un jury régional.

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