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L'impact des écrans sur le développement des enfants : un enjeu de santé publique

Introduction

L'omniprésence des écrans dans notre société moderne soulève de vives inquiétudes quant à leur impact sur le développement des enfants. Face à ce constat, pédiatres, pédopsychiatres et autres professionnels de la santé tirent la sonnette d'alarme, appelant à une prise de conscience collective et à des mesures concrètes pour protéger les plus jeunes. Cet article explore les dangers potentiels de l'exposition précoce et excessive aux écrans, examine les recommandations des experts et propose des pistes d'action pour les parents, les éducateurs et les pouvoirs publics.

Un constat alarmant : l'exposition précoce et excessive aux écrans

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : l'augmentation du nombre d'écrans par foyer et du temps passé devant ces écrans par les enfants est préoccupante. Une enquête Ipsos réalisée en 2017 révèle qu'un tiers des enfants de 2 ans passent plus d'une heure par jour devant un écran. De plus, 30 % des enfants de moins de 3 ans mangent devant un écran, et 11 % des bébés âgés de 15 jours à 3 mois sont quotidiennement exposés aux écrans.

Cette surexposition peut entraîner divers troubles, notamment :

  • Troubles du langage : retard de langage, pauvreté lexicale, difficulté d'acquisition du langage élaboré.
  • Troubles de l'attention et de la concentration.
  • Troubles visuo-perceptifs et troubles graphomoteurs.
  • Troubles du comportement : anxiété, agressivité, intolérance à la frustration.
  • Troubles du sommeil : diminution du temps de sommeil, dégradation de la qualité du sommeil, impact sur la mémorisation et les apprentissages.
  • Troubles ophtalmologiques : myopie.
  • Risque accru de surpoids, de sédentarité et de grignotage.

Certains enfants présentent même un tableau pseudo-autistique, caractérisé par des troubles de l'attention, du langage, de la communication et de la motricité fine, qui évolue favorablement à l'arrêt total des écrans.

Les écrans : un danger pour le développement cognitif et la santé physique des enfants de moins de 6 ans

Dans une tribune adressée au gouvernement, relayée par plusieurs sociétés savantes (société française d’ophtalmologie, de pédiatrie, de santé publique, de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et de santé environnementale), des pédiatres et pédopsychiatres expriment leur vive inquiétude quant aux dangers des écrans pour le développement des enfants. Ils estiment que les activités sur écrans ne conviennent tout simplement pas aux enfants de moins de six ans et qu'elles altèrent durablement leur santé et leurs capacités intellectuelles.

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Les experts s'appuient sur de nombreuses études scientifiques qui confirment les dangers des écrans pour le développement cérébral et sensoriel des enfants. Ils soulignent que les écrans, quelle qu'en soit la forme (télévision, tablette, téléphone), ne répondent pas aux besoins de l'enfant et entravent la construction de son cerveau.

L'exposition aux écrans peut également nuire à la santé physique des enfants, en modifiant le développement visuel (avec un risque accru de myopisation et des conséquences rétiniennes à long terme) et en perturbant le sommeil, pilier de la santé globale et des apprentissages.

Le Pr Hugues Patural, pédiatre au CHU de Sainte-Etienne, témoigne de l'impact de cette exposition précoce sur la trajectoire neurodéveloppementale des enfants : « Ces enfants sont en état d’hyperexcitation permanent. La cadence infernale des images et des sons, la multitude de stimuli sensoriels lumineux et sonores captent et emprisonnent leur attention. Ce flux peut altérer durablement le cerveau en développement ».

Recommandations et pistes d'action

Face à ces dangers, les experts appellent à une prise de conscience des parents, des éducateurs et des professionnels de santé. Ils recommandent d'éloigner les enfants des écrans jusqu'à l'âge de six ans, allant ainsi plus loin que les recommandations officielles actuelles qui préconisent une interdiction jusqu'à trois ans.

Recommandations de l'OMS :

  • Pas d’écrans avant 2 ans.
  • 1h/j pour 2-5 ans, idéalement avec l’adulte.

Autres conseils de bon sens :

  • Limiter le temps d’écran des parents, du moins en présence de l’enfant.
  • Parler et jouer avec son enfant.
  • Sortir (parc, ludothèques…).
  • Accompagner l’enfant lors d’une activité sur écran.

Les experts insistent sur la nécessité de mener de larges campagnes d'information et de sensibilisation du grand public, afin d'accompagner au mieux les parents dans cette mission de protection des enfants.

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Le rôle des pouvoirs publics

La question de l'exposition des enfants aux écrans a également envahi le champ politique. L'ancien Premier Ministre Gabriel Attal en a fait son cheval de bataille. Le 30 avril 2024, une commission spéciale mise en place à la demande du Président de la République Emmanuel Macron lui remettait un rapport pointant du doigt les dangers de l’exposition aux écrans pour le développement cérébral et social des plus jeunes enfants. Presque un an jour pour jour après la remise de ce rapport et constatant qu’il n’a absolument pas été suivi d’effets, les membres de la commission publient de nouveau ce mardi un texte sur les dangers des écrans, dans lequel ils demandent aux autorités d’agir.

Dans son rapport intitulé “Enfants et écrans : à la recherche du temps perdu”, la Commission sur l’impact de l’exposition des jeunes aux écrans a émis 29 propositions, structurées autour de 6 axes, parmi lesquelles :

  • Renforcer la recommandation en vigueur de ne pas exposer les enfants de moins de 3 ans aux écrans.
  • Déconseiller leur usage jusqu’à l’âge de 6 ans, ou tout au moins qu’il soit fortement limité, occasionnel, avec des contenus à qualité éducative, et accompagné par un adulte.
  • Tendre vers une exposition modérée et contrôlée après 6 ans, qui trouve sa juste place parmi des activités diversifiées.
  • Estimer qu’il n’est pas opportun que les enfants disposent d’un téléphone portable avant l’âge de 11 ans.
  • Si les enfants disposent d’un téléphone à partir de 11 ans, il est recommandé que celui-ci ne puisse pas être utilisé pour se connecter à Internet.
  • Si les enfants disposent d’un téléphone connecté à partir de 13 ans, il ne doit pas permettre d’accéder aux réseaux sociaux ni aux contenus illégaux.
  • À compter de quinze ans, âge symbolique de la majorité numérique, l’accès aux réseaux sociaux doit être limité à ceux pourvus d’une conception éthique.

Nuances et critiques

Il est important de noter que toutes les voix ne s'accordent pas sur la sévérité des recommandations. Certains experts estiment qu'il est plus réaliste et plus raisonnable de mettre en garde les parents et les enfants et de travailler avec eux sur un usage raisonné des écrans, en fonction d'autres paramètres tels que leur mode de vie, les activités de l'enfant, son développement et les programmes regardés.

François-Marie Caron, référent écran de l'Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA), souligne que les conséquences de l'usage des écrans sur le neurodéveloppement sont loin de faire consensus et que les résultats des études sont discordants. Il met en avant l'importance du contexte global de vie de l'enfant (situation familiale, niveau d'études des parents, niveau socio-économique) et estime que le temps d'écran seul est un indicateur moins significatif.

Michel Boublil rappelle également la réalité de terrain, en soulignant que ce sont souvent des parents vulnérables, fragiles et dépassés qui installent les jeunes enfants devant les écrans, parfois par nécessité.

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Principe de réalité et approche individualisée

Il est donc essentiel d'adopter une approche individualisée et de tenir compte du contexte de chaque enfant et de chaque famille. Interdire totalement les écrans avant 6 ans peut s'avérer difficile à appliquer dans certaines situations. L'objectif est plutôt d'éduquer les parents et les enfants à un usage raisonné et responsable des écrans, en privilégiant les activités alternatives et en veillant à la qualité des contenus visionnés.

Comme le souligne Serge Tisseron, « Aucun écran n’est mauvais en soi, tout dépend du moment et de la façon de les introduire dans la vie de l’enfant, exactement comme on le fait en diététique pour les aliments ».

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