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Du Berceau à la Tombe : Une Histoire Complexe du Communisme

L'histoire des Allemands de l'Est est souvent racontée par des historiens d'origine ouest-allemande, mais deux universitaires françaises, Agnès Arp et Élisa Goudin-Steinmann, ont écrit un récit qui pourrait être "le grand récit" des Allemands de la RDA. Leur livre, La RDA après la RDA. Des Allemands de l’Est racontent, explore les répercussions concrètes sur la vie des citoyens anciennement de l’Est, avec le délitement des liens sociaux, la déqualification professionnelle et le sentiment de frustration ainsi engendré.

L'Allemagne divisée : Ossis contre Wessis

Trente ans après la réunification, l’Allemagne est encore divisée en Allemands de l’Est (Ossis) et Allemands de l’Ouest (Wessis). Cette césure perdure et se transmet encore à la génération née après 1989. La RDA a été absorbée dans la RFA sans autre forme de procès, et de son passé tout était à rejeter. Comme l'exprime une personne interrogée, « On a passé la tondeuse à gazon ».

Le processus de destruction méthodique du tissu industriel de la RDA, la « mise à niveau » de toutes les institutions, de l’université à l’hôpital en passant par le monde de la culture, sont des aspects connus. Cependant, d'autres aspects sont moins bien connus, comme les répercussions concrètes sur la vie des citoyens anciennement de l’Est, avec le délitement des liens sociaux, mais aussi des couples, la déqualification professionnelle et le sentiment de frustration ainsi engendré. Le livre d'Arp et Goudin-Steinmann fourmille de détails parlants, comme le pilonnage d’environ un demi-million de livres fraîchement imprimés en 1989 et jetés aux ordures de façon anonyme, parmi lesquels des œuvres de classiques allemands, des écrits de la littérature d’exil, des partitions de Bach.

Au-delà de la Stasi : L'expérience vécue des citoyens ordinaires

L’étude des structures du pouvoir communiste et des dispositifs de répression et de surveillance a longtemps été privilégiée, grâce à un accès inédit aux archives de la police politique (Stasi), au point d’oublier les gens « ordinaires », loin du pouvoir. Seuls la littérature et le cinéma évoquaient jusque-là le vécu et le quotidien de la majorité des citoyens.

Depuis trente ans, les Allemands de l’Est sont « couchés sur le divan » et appelés en permanence à se justifier. On les disait complices d’un système où aurait régné l’arbitraire, oubliant que, si ce fut souvent le cas, ce ne le fut pas seulement et pas toujours. Les chercheurs investissent désormais le terrain de « l’intime ». Agnès Arp et Élisa Goudin prennent cette dimension à bras-le-corps : « En écoutant les récits de vie des Allemands de l’Est, c’est-à-dire des personnes socialisées en RDA, on leur donne un espace de parole encore inexistant il y a peu. Ainsi leurs vécus accèdent à l’espace public ; ils sont reconnus et légitimés et peuvent s’intégrer dans une mémoire collective partagée. »

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Le Deuil de la "Troisième Voie" et les Ruptures Biographiques

Après le deuil de « la troisième voie », celle préconisée en 1989 par les dissidents et les intellectuels critiques (le rêve d’une Allemagne authentiquement socialiste dans le cadre d’une confédération allemande), le réveil fut brutal. Les ruptures biographiques entraînèrent perte des repères et perte de confiance en soi. Erika, 70 ans, ayant travaillé avec son mari dans la grande entreprise Carl Zeiss, à Iéna, a témoigné de leur perte d'emploi juste après la réunification : « Mon mari me disait un jour, j’ai travaillé ici des années comme artisan, j’ai tout construit et maintenant… je dois tout détruire, tout déconstruire, puis il a pleuré. » Pour beaucoup, « devoir démonter une entreprise qu’on avait contribué à construire est une métaphore de la Wende [le tournant de 1989] ».

Le regard manichéen d’une société partagée entre ceux qui observaient pour le compte de la Stasi et ceux qui étaient observés est réducteur. Il y avait une infinité de chemins « entre l’opposition radicale, réellement militante et évidemment très dangereuse et l’acceptation totale et entière du régime ».

L'Antifascisme en RDA : Mythe ou Réalité Nuancée ?

Sur l’antifascisme, cette idéologie fondatrice de la RDA, on lit avec intérêt une interprétation bien plus nuancée de la construction mémorielle du passé nazi. S’il est évident que l’antifascisme a été intégré dans les mémoires familiales et collectives car il procurait le sentiment d’avoir été du bon côté, s’il permit aussi d’éviter la confrontation de la responsabilité dans les débats publics en RDA, il n’en reste pas moins qu’on retrouve largement ce questionnement dans la littérature est-allemande.

La Dévalorisation des Élites Intellectuelles et les "Coups Bas"

Trois quarts des universitaires ont été « épurés », tous n’étant pas des agents de la Stasi ou des censeurs ayant viré les étudiants critiques. L’écrivain, juif et antifasciste, Stefan Heym, fut boycotté pendant son intervention au Bundestag car un bruit initié par l’aile droite de la CDU faisait de lui un informateur de la Stasi. Il porta plainte et fut lavé de tout soupçon, mais de cela la presse ni dit mot. Rien ne fut épargné aux Allemands de l’Est pour les dévaloriser après qu’ils eurent perdu leur statut professionnel.

La Crèche et les Tendances Fascisantes : Une Thèse Ridicule

Embrigadés, surprotégés par un État qui les aurait pris en charge du berceau à la tombe, les Allemands de l’Est font désormais l’objet d’un des thèmes privilégiés du discours virulent contre la RDA en raison des succès électoraux de l’extrême droite dans les nouveaux Länder. La thèse la plus ridicule a émané d’un professeur de droit, Christian Pfeiffer, selon laquelle le fait que les enfants aient été envoyés ensemble et à la même heure sur le pot dans les crèches de RDA expliquerait les tendances fascisantes des Allemands de l’Est.

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Les Conséquences de la Réunification : Frustration, Déclassement et Vote AfD

L’Allemagne, dit-on, « a remplacé le Mur par un abîme social ». Cela expliquerait-il le comportement électoral des Allemands ? En partie. Frustration, déclassement et humiliation forment le terreau sur lequel prospèrent les partis d’extrême droite. Agnès Arp et Élisa Goudin-Steinmann concluent que ce vote AfD (extrême droite) à l’Est n’est pas lié à la RDA, mais aux arbitrages économiques et sociaux consécutifs à la réunification.

La Réappropriation de l'Histoire et l'Identité Est-Allemande

Le phénomène en cours de réappropriation du récit de leur propre histoire par les Allemands de l’Est passe par l’affirmation de ce que les médias appellent « l’identité est-allemande » née après la réunification et à cause d’elle. Définie a contrario comme une identité négative, la mise en avant, y compris par l’Ouest, de plus en plus souvent du modèle social alternatif inspiré de la RDA modifierait sa perception. Bien des anciennes victimes du régime communiste se disent aujourd’hui conscientes de ce qu’apportait l’État dans le domaine de la protection sociale. Avoir souffert de l’arbitraire d’un régime n’empêche pas de souligner les écueils de la société néolibérale.

Ce système protecteur s’appliquait non seulement à l’emploi, le chômage n’existant pas, mais au logement, à la santé et à l’éducation. Une découverte valorisante est que le niveau des filles de l’Est en mathématiques est meilleur que celui des filles de l’Ouest. En ce qui concerne le système éducatif, la RDA semble avoir proposé un modèle alternatif, « en l’occurrence la probabilité de réussir en sciences indépendamment du fait d’être un garçon ou une fille ». Plus compétitives car considérées comme les égales des garçons dès l’enfance, les femmes de l’Est dépassent en pourcentage les hommes de l’Est dans les fonctions sociales importantes de l’Allemagne actuelle. La liberté sexuelle des femmes aurait été plus grande à l’Est où la domination masculine était moins forte qu’à l’Ouest.

La RDA : Un Objet Patrimonial

La RDA a fini par devenir « un objet patrimonial ». Après avoir été effacées, ses traces resurgissent.

Critique et Perspectives d'Avenir

Seul le dernier chapitre du livre d'Arp et Goudin-Steinmann apparaît trop confiant dans l’avenir. Les chercheurs opéreraient-ils vraiment un tournant, conscients des effets de la diabolisation de la RDA ? C’est ce que suggèrent les deux historiennes. « Émancipés aujourd’hui du dogme épistémologique du totalitarisme, nombre de chercheurs considèrent le retour aux entretiens biographiques comme indispensable pour étudier le passé est-allemand. » Cette focalisation sur le pouvoir a conduit à n’établir de comparaison qu’avec la dictature nationale-socialiste. Si la plupart des chercheurs rejettent l’équivalence entre les deux systèmes, ils ont contribué à ce qu’elle soit devenue un lieu commun dans le discours public.

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Les auteures font en conclusion une large place à la critique par l’historien de l’Est Ilko-Sascha Kowalczuk des « politiciens de l’histoire » pour désigner le personnel non universitaire de la « Fondation fédérale pour la recherche sur la dictature du SED ». Dans sa croyance affichée que « la connaissance du fonctionnement de la dictature permettrait de renforcer l’identification des Allemands avec la démocratie », cette fondation a produit l’inverse : c’est ce qu’ont démontré les succès de l’AfD à l’Est. On doit à cette puissante fondation l’image univoque de la RDA et la thèse de la deuxième dictature allemande. Récemment, le ministère de l’Éducation a débloqué 40 millions d’euros afin de relancer la recherche sur la seule RDA, privilégiant à nouveau l’étude de ses victimes. Il conviendrait pourtant de s’intéresser à l’étude des victimes de la réunification, ainsi que viennent de le faire Agnès Arp et Élisa Goudin-Steinmann.

Le Communisme : Du Berceau à la Tombe ?

L'expression "du berceau à la tombe" évoque la prise en charge des citoyens par l'État, un aspect souvent associé aux régimes communistes. Dans le cas de la RDA, cette prise en charge s'étendait à l'emploi, au logement, à la santé et à l'éducation.

Le Communisme et la Culture : Un Encadrement de la Vie

Dans l'Allier, les militants communistes tentaient de laïciser et d’encadrer le temps de la vie, depuis « le berceau jusqu’à la tombe », en mobilisant l’anticléricalisme déjà présent. Des « baptêmes rouges », des mariages civils et des funérailles civiles étaient organisés. La fête ouvrière, les loisirs, le sport et les nouveaux supports culturels (TSF, cinéma, théâtre) étaient utilisés pour diffuser l'idéologie communiste et créer des liens sociaux.

La Commune de Paris : Un Héritage Controversé

La Commune de Paris est une expérience politique unique, célébrée par de nombreux socialistes et anarchistes. Cependant, son héritage est controversé. Certains, comme Marx et Engels, ont critiqué ses méthodes et son manque de centralisation. D'autres, comme Lénine, ont vu en elle un exemple de « dictature du prolétariat » et une source d'inspiration pour la révolution bolchevique.

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