La communication non verbale est un aspect fondamental des interactions humaines, et son importance est d'autant plus marquée dans le domaine de la pédiatrie. Les tout-petits, dont les compétences linguistiques sont encore en développement, s'appuient principalement sur des signaux non verbaux pour exprimer leurs besoins, leurs émotions et leurs intentions. Comprendre et interpréter ces signaux est essentiel pour les professionnels de la petite enfance, les parents et les soignants, afin d'établir une relation de confiance, de répondre de manière adéquate aux besoins de l'enfant et de favoriser son développement global.
Le rôle crucial de la communication non verbale chez les tout-petits
Avant de maîtriser le langage parlé, les enfants utilisent des gestes, des expressions faciales et des sons pour communiquer. Les tout-petits communiquent principalement par des moyens non verbaux, car leur capacité linguistique est encore en développement. Cette communication non verbale est leur principal moyen d'expression et d'interaction avec le monde qui les entoure.
Expression des besoins et des émotions
Les bébés et les jeunes enfants ne peuvent pas toujours exprimer verbalement ce qu'ils ressentent ou ce dont ils ont besoin. Ils utilisent donc des signaux non verbaux tels que les pleurs, les sourires, les grimaces, les mouvements du corps et les gestes pour communiquer la faim, la douleur, la fatigue, la joie, la peur ou l'inconfort.
Établir une connexion émotionnelle
La communication non verbale joue un rôle essentiel dans l'établissement d'une connexion émotionnelle entre l'enfant et l'adulte. Le contact visuel, le sourire, le toucher et le ton de la voix peuvent transmettre de l'affection, de la sécurité et de la compréhension, ce qui contribue à renforcer le lien affectif.
Favoriser le développement du langage
La communication non verbale est également un tremplin vers le développement du langage. En observant et en imitant les gestes, les expressions faciales et les sons des adultes, les enfants apprennent à associer des significations à ces signaux, ce qui les prépare à l'acquisition du langage parlé.
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Conseils pratiques pour améliorer la communication non verbale avec les tout-petits
Voici quelques conseils pratiques pour améliorer vos compétences en communication non verbale et encourager des interactions positives avec les tout-petits :
Observer attentivement les signaux non verbaux
La première étape pour améliorer la communication non verbale est l’observation attentive. Chaque enfant a ses propres façons de communiquer ses besoins et ses émotions. Prenez le temps de remarquer les gestes, les expressions faciales et les sons qu’ils utilisent. Ces signaux vous donneront des indices précieux sur leur état émotionnel et leurs besoins.
Utiliser des expressions faciales appropriées
Les expressions faciales sont un outil puissant pour communiquer avec les tout-petits. Souriez souvent pour les rassurer et pour les encourager. Utilisez des expressions faciales variées pour montrer l’intérêt, la surprise ou la compréhension. Les enfants sont très réceptifs aux expressions faciales et y répondent habituellement avec leurs propres mimiques.
Adopter un langage corporel ouvert et accueillant
Votre posture et vos gestes en disent long sur votre disposition à interagir avec les enfants. Adoptez une posture ouverte, en vous accroupissant à leur niveau pour éviter de les intimider. Utilisez des gestes doux et accueillants pour les inciter à venir vers vous. Évitez les gestes brusques ou les postures fermées qui pourraient les effrayer ou les rendre méfiants.
Maintenir le contact visuel
Le contact visuel est crucial pour établir une connexion. Il montre que vous êtes attentif et intéressé par ce qu’ils expriment. Cependant, veillez à ne pas les fixer intensément, car cela pourrait les mettre mal à l’aise. Un contact visuel doux et intermittent est idéal pour favoriser une communication positive.
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Répondre aux signaux
Il est important de répondre de manière appropriée aux signaux non verbaux. Si un enfant tend les bras vers vous, prenez-le dans vos bras. Si un enfant montre un objet, regardez-le et parlez-en. En répondant promptement et adéquatement à leurs signaux, vous leur montrez qu’ils sont compris et valorisés.
Utiliser le toucher de manière appropriée
Le toucher est un moyen important de communication non verbale. Un câlin, une caresse sur le dos ou une main tenue peuvent apporter du réconfort et renforcer le lien affectif. Assurez-vous toujours que le toucher est approprié et bienvenu, en respectant les limites de chaque enfant.
Être patient et attentif
La communication avec les tout-petits nécessite beaucoup de patience. Prenez le temps de les écouter et de comprendre ce qu’ils essaient de communiquer, même si cela prend du temps. Montrez-leur que leurs efforts de communication sont appréciés et valorisés, ce qui les encouragera à continuer à s’exprimer.
Communication non verbale et troubles du spectre autistique (TSA)
Chez les enfants atteints de troubles du spectre autistique (TSA), la communication non verbale peut être altérée. Ils peuvent avoir des difficultés à interpréter les signaux non verbaux des autres et à exprimer leurs propres émotions de manière conventionnelle. Il est donc essentiel d'adapter les stratégies de communication pour répondre à leurs besoins spécifiques.
Importance de la psychomotricité
La psychomotricité peut jouer un rôle important dans le développement et l'amélioration de l'utilisation de la communication non verbale chez un sujet TSA. Les psychomotriciens utilisent des médiateurs et des médiations "non-verbaux" pour développer les échanges durant l'accompagnement d'un sujet TSA.
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Adaptation des stratégies de communication
Il est important d'être attentif aux particularités sensorielles des enfants TSA, car elles peuvent avoir un impact sur leur communication. Il peut être nécessaire d'utiliser des supports visuels, des gestes simples et clairs, et de créer un environnement calme et prévisible pour faciliter la communication.
Communication non verbale et évaluation de la douleur
L'évaluation de la douleur chez les personnes ayant des difficultés de communication est difficile et délicate. En effet, ces personnes expriment souvent leur souffrance différemment et ne savent pas toujours situer leurs points douloureux. C’est pour cela qu’il faut avoir des équipes soignantes expérimentés et patientes auprès de ce public.
Outils d'évaluation de la douleur
Différents outils existent pour évaluer la douleur chez les personnes non verbales, tels que :
- Échelle d’auto-évaluation : le patient doit à partir de visage dire comment il se sent, ou bien à partir de chiffre dire combien il a mal sur 10.
- Échelle FLACC-R : une grille d’observation pour repérer les attitudes, mimiques pour être signe de douleur chez les enfants porteurs de handicap.
- Échelle PPP : adapté pour les personnes porteuses de handicap neurologique sévère ou de polyhandicap.
- Échelle DESS : une échelle qui permet d’évaluer la douleur des patients polyhandicapés de façon rétrospective sur 8 heures.
- Échelle GED-DI : utilisée chez les patients ne pouvant communiquer verbalement, ne pouvant s’auto-évaluer, en relation avec un handicap cognitif.
Outils ludiques
D’autres outils existent que l’on peut utiliser plutôt au quotidien et de manière plus ludique dans des cas moins complexes, comme :
- Animate émotions douleur : un kit émotions douleurs composé de 6 pictogrammes bien détaillés et présentant la progression de l’intensité de la douleur.
- Animate pointeurs de douleur : un kit composé de 5 pictogrammes en forme de flèche. Les différentes couleurs utilisées permettent d’échanger sur l’intensité de la douleur (du rose clair au rouge très foncé).
- Idéo - la ronde des bobos : une roue pivotante recto-verso qui aide l’enfant à identifier une douleur physique et son intensité.
Communication non verbale et développement du langage
Le développement du langage chez les enfants est un processus complexe qui commence bien avant l’apparition des premiers mots. Dès la naissance, les bébés sont des communicateurs en puissance, utilisant une variété de signaux verbaux et non verbaux pour interagir avec leur environnement.
Phase prélinguistique
- De la naissance à deux mois : cris, pleurs, bâillements, soupirs. Le nouveau-né fait ses premières productions vocales pour exprimer ses états.
- Entre deux et quatre mois : babillage. Le bébé va commencer à diversifier les vocalises qu’il émet (babil, jasis, lallation).
- Entre quatre et six mois : moins de babillages rudimentaires ! Bébé continue de s’amuser et de jouer avec sa voix !
- Entre six et huit mois : utilisation des phonèmes. Votre enfant devient actif et démontre une réelle intention de communiquer.
- Entre huit et douze mois : compréhension et communication non verbale. Les productions vocales de l’enfant évoluent de pair avec sa compréhension.
Phase linguistique
- Entre douze et dix-huit mois : les premiers mots. L’enfant ne babille plus au hasard, il utilise des associations de consonnes et de voyelles pour former des syllabes dans le but de communiquer.
- Entre dix-huit et vingt-quatre mois : c’est l’explosion lexicale ! Votre bébé commence à retenir beaucoup de nouveaux mots !
- Pendant la deuxième année : combinaison des mots et début de syntaxe. Les premières phrases du bébé apparaissent.
- Pendant la troisième année : acquisition du vocabulaire, de la syntaxe, et perfectionnement de l’articulation.
Encourager le développement du langage
Pour encourager le développement langagier et non verbal de votre enfant, il est essentiel de créer un environnement stimulant et riche en interactions.
- Répondre aux vocalisations
- Créer des échanges de regard
- Nommer les objets et les actions du quotidien
- Soutenir les échanges non verbaux
- Chanter et utiliser des comptines
Optimiser la communication avec les tout-petits : des stratégies efficaces
Il est pertinent de réfléchir à la manière dont nous formulons nos requêtes quotidiennes afin d’optimiser nos chances d’être compris par nos petits interlocuteurs. Nous oublions trop souvent que leurs capacités de compréhension sont bien plus limitées que les nôtres.
Se placer à la hauteur de l’enfant et lui parler les yeux dans les yeux
Après l’avoir interpellé par son prénom pour l’individualiser, positionnez-vous à sa hauteur. L’objectif est que vos yeux soient sur la même ligne de regard. Cette position en face à face, les yeux dans les yeux, lui permettra de capter plus facilement son attention et d’optimiser sa compréhension.
Adapter votre communication non verbale au contenu de l’interdit que vous lui adressez
Pour comprendre le sens de votre message et décrypter ce que vous attendez de lui, l’enfant va spontanément se baser sur votre expression faciale et sur le ton de votre voix, et non sur les mots que vous prononcez. Tout interdit devrait s’accompagner d’une expression faciale plus sérieuse (regard fixe, serrement des sourcils et de la mâchoire) et d’un ton de voix ferme, mais non agressif. A l’inverse, quand vous souhaitez le rassurer, l’encourager, mettez-y du cœur ! N’oubliez pas d’opter pour un ton de voix doux et une expression faciale souriante.
Privilégier les formulations simples et positives
Sur le plan linguistique, la formulation négative est plus complexe à traiter que la formulation positive. Dans ce sens, mieux vaut formuler à l’enfant ce qu’il doit faire plutôt que ce qu’il ne doit pas faire.
Patienter 5 secondes, le temps de laisser l’enfant réagir
Lorsque vous adressez une requête à un enfant, comptez cinq secondes dans votre tête, le temps de laisser le cerveau de l’enfant traiter l’information et réagir en conséquence. Pour ne pas surcharger le cerveau de l’enfant en informations simultanées, ne formulez qu’une consigne à la fois, quitte à décomposer vos consignes, étape par étape.
Montrer à l’enfant ce que vous attendez de lui s’il n’a pas compris votre consigne
Le jeune enfant est dans l’agir, le concret et le physique. Aussi, si vous sentez qu’il ne parvient pas à faire ce que vous lui demandez, n’hésitez pas à le guider physiquement dans la réalisation de cette consigne.
MediPicto : une application pour faciliter la communication
MediPicto est une application gratuite destinée à favoriser le dialogue entre les soignants et les patients ayant des difficultés d’expression et/ou de compréhension. Ces difficultés peuvent être liées à une situation de handicap temporaire ou définitif, à une fatigue extrême, à l’âge, à une maladie évolutive, à une situation de soins, à un accident…, ou encore une barrière linguistique (pictogrammes traduits en 16 langues).
Pourquoi utiliser MediPicto ?
- Pour les soignants : permet de dialoguer à l’aide de pictogrammes sur les principales situations, de sélectionner l’une des 16 langues si le patient n’est pas francophone, et de construire des scénarios personnalisés.
- Pour les patients : permet aux patients en difficulté de communication d’utiliser les pictogrammes, aux patients étrangers de sélectionner leur langue pour dialoguer avec les soignants, et à tous patients, de préparer à l’avance un entretien et de l’enregistrer seuls ou avec un proche.
Comment ça marche ?
Le patient ou le soignant télécharge gratuitement l’application sur Google Play Store pour les Android et Apple Store pour les IPhone. Un dialogue peut s’engager entre soignant et patient en sélectionnant les pictogrammes. Les pictogrammes sont également classés par thème. L’onglet scénario permet d’enregistrer une succession de pictogrammes.
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