Le maintien de la santé reproductive des vaches est essentiel pour la rentabilité des exploitations laitières et d'élevage. Parmi les nombreux aspects de la santé reproductive bovine, la gestion du corps jaune et des problèmes qui y sont associés, tels que les kystes ovariens, est primordiale. Cet article explore les causes, la détection et les stratégies de traitement des problèmes liés au corps jaune chez les vaches, en mettant l'accent sur les pratiques de gestion qui favorisent la fertilité et la santé de la vache.
Importance du corps jaune chez la vache
Le corps jaune joue un rôle essentiel dans le maintien de la gestation chez la vache. Il sécrète de la progestérone, une hormone nécessaire pour préparer et maintenir l'utérus pour l'implantation et le développement de l'embryon. Tout dysfonctionnement du corps jaune peut entraîner des problèmes de fertilité, tels que des avortements précoces ou des difficultés à concevoir.
Le vêlage : Une étape cruciale
Le vêlage, également appelé mise-bas ou part, est une étape importante à ne pas négliger. Il convient donc d’être bien préparé avant, pendant et après aussi bien pour la santé et le bien-être de la vache et du veau que pour des raisons économiques. Chez la vache, la durée de gestation est en moyenne de 282 jours. Cette durée varie selon plusieurs facteurs comme la race de la vache.
Déclenchement du vêlage
C’est la production de cortisol par le veau qui va déclencher plusieurs modifications hormonales responsables de la contraction de l’utérus ainsi que de la destruction du corps jaune. Chez la mère, on va observer des modifications comportementales (agitation, isolement) mais aussi des signes physiques (vulve tuméfiée, vache qui « se casse », etc.).
Préparation au vêlage
Une fois que des signes précurseurs du vêlage ont été observés et que le moment approximatif du vêlage a été déterminé, une bonne préparation en amont est nécessaire. La vache doit être placée dans un endroit dédié, propre et suffisamment confortable afin de favoriser le bon déroulement du part. Le stress de la vache doit également être minimisé.
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Les phases du vêlage
Lors de la première phase du vêlage, les contractions utérines débutent, la vache tourne en rond, se donne des coups et se regarde le flanc. Le fœtus effectue une rotation pour se préparer à sortir. Le col de l’utérus va s’effacer puis se dilater avant l’arrivée des poches des eaux fœtales (allantoïde puis amnios). La durée de dilatation du col est assez longue et dure entre 2 à 8 heures. Le veau va s’engager dans la filière pelvienne.
Lorsque la première poche des eaux se rompt, la deuxième phase de la mise-bas survient, il s’agit de la phase d’expulsion du fœtus. On peut alors voir la tête et/ou les pattes du fœtus arriver au sein de la deuxième poche des eaux par transparence. Cette poche va se rompre et la mère va faire une succession d’efforts expulsifs violents afin de faire sortir le veau. La phase d’expulsion dure entre 10 minutes et 3 heures. En général, le cordon ombilical se rompt en même temps que l’expulsion.
Importance du colostrum
Juste après le vêlage, il est indispensable de nourrir le veau le plus rapidement possible avec le colostrum de la mère afin de lui conférer une bonne protection contre les maladies qu’il peut contracter, comme les diarrhées néonatales. En effet, pour donner une bonne immunité passive au veau, la prise du colostrum doit se faire de manière optimale aussi bien quant à sa qualité (au-delà de 50 g d’anticorps par litre) qu’à sa quantité (administrer 4 à 5 L de colostrum dans les 6 à 12 premières heures de vie) tout comme la précocité d’ingestion (1,5 à 2 L dans les 2 premières heures de vie). Cette étape est fondamentale car le tube digestif du veau est perméable aux anticorps (immunoglobulines G) dans ses premières heures de vie puis cette perméabilité décroit jusqu’à 24 heures.
Kystes ovariens : Une cause fréquente d'infertilité
Les inséminations multiples causées par des problèmes de fertilité sont une nuisance que de nombreuses exploitations connaissent bien. Les kystes ovariens sont une cause fréquente. Les vaches atteintes de kystes sont des animaux à problèmes. Le nombre d’abattages dus à des problèmes de fertilité est également en augmentation. La situation devient critique lorsque les kystes ovariens se propagent non pas à des animaux individuels mais à l’ensemble du troupeau. Les kystes apparaissent une fois ou plus fréquemment chez environ 10 % des vaches laitières. Cependant, des valeurs allant jusqu’à 40% de charge en kystes dans le troupeau sont également mentionnées dans la pratique.
Formation des kystes ovariens
Les kystes ovariens se forment généralement chez les vaches dont le bilan énergétique est négatif et se présentent sous la forme de grosses vessies à œufs. Ils produisent des hormones de blocage comme « protection » contre une autre grossesse, qui empêchent un autre cycle. L’un des facteurs clés pour la qualité des follicules est l’alimentation en énergie. Un manque d’énergie signifie que la maturation des follicules ne peut pas se faire de manière optimale et qu’ils sont donc de qualité inférieure. Des études confirment, entre autres, qu’un bilan énergétique négatif au moment de la naissance et au cours des dix premières semaines de lactation se traduit par un nombre accru de kystes. Des taux élevés d’acétone indiquent un risque accru de kystes.
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Facteurs de risque
Outre un bilan énergétique négatif, il existe un certain nombre d’autres facteurs de risque qui favorisent le développement de kystes. Outre l’alimentation, il s’agit de l’élevage et de la génétique. En définitive, la principale cause des kystes est une réponse hormonale défectueuse de l’ovaire au cerveau. Les hormones progestérone et LH (hormone lutéinisante) sont ici cruciales. En cas de déséquilibre de ces hormones, l’ovulation normale est empêchée et le follicule se transforme en kyste. Les animaux en déficit énergétique ne produisent souvent qu’un tiers de la quantité normale de LH, ce qui peut être trop peu pour une ovulation normale. Un taux de LH trop élevé peut également entraîner des kystes. Non seulement la LH mais aussi la progestérone jouent souvent un rôle décisif dans la formation des kystes.
Types de kystes ovariens
Mais tous les kystes ne sont pas les mêmes. Les kystes folliculaires de la thèque sont de grandes structures à paroi mince sur les ovaires. Ils se développent à partir de follicules d’ovules qui ne se rompent pas et ne régressent pas. Dans ce type de kyste, le taux de progestérone dans le lait et le sang est faible. De nombreuses vaches touchées présentent des symptômes d’œstrus (nymphomanie) et leurs lèvres sont hypertrophiées, avec un écoulement trouble s’écoulant souvent du vagin. La formation d’une queue creuse et des ligaments enfoncés sont également typiques. Il y a souvent plusieurs kystes folliculaires sur les ovaires, qui peuvent être très gros.
Les kystes de lutéine ont une paroi épaisse et ne se présentent que sous la forme d’une structure unique sur l’ovaire. Ils se développent lorsque le corps jaune ne régresse pas. Dans le sang ou le lait de ces vaches, la concentration de progestérone est élevée.
Prévention des kystes ovariens
Pour une bonne fertilité, un apport optimal d’énergie, d’oligo-éléments et de vitamines aux vaches est crucial, même avant le vêlage, car un follicule a besoin de 60 jours pour se développer. Un mauvais apport en nutriments avant le vêlage est déjà préjudiciable aux follicules en cours de maturation. La maturation des follicules nécessite un niveau élevé de glucose et une quantité suffisante de phosphore, qui est nécessaire au transfert d’énergie. Pendant la phase de transit, il est donc important de maintenir le déficit énergétique le plus bas possible. Dans cette phase, les animaux ont tendance à faire fondre les graisses du corps. Cette dégradation des graisses conduit à la formation de corps cétoniques, et finalement à la cétose et, dans le pire des cas, à la stéatose hépatique. Une application de DairyPilot soutient les animaux dans cette phase délicate. Il assure une meilleure utilisation de l’énergie chez l’animal, réduit le risque de cétose et donc la probabilité de kystes, et assure un meilleur métabolisme du foie pendant de nombreuses lactations. Il faut veiller à ce que l’état corporel des animaux soit régulièrement contrôlé. Il faut continuer à prendre des précautions contre les maladies de cétose. La productivité est calculée sur la base de la production laitière des 40 premiers jours de lactation.
Reprise de l'activité ovarienne après le vêlage
L'intervalle entre le vêlage et le premier œstrus est un indicateur clé de la fertilité post-partum. La fréquence des pulses de LH (hormone lutéinisante) constitue le facteur déterminant la période de première ovulation. La sécrétion de FSH (hormone folliculo-stimulante) reprend rapidement après le vêlage ce qui entraîne l'émergence d'une première vague folliculaire jusqu'à la sélection d'un follicule dominant. Le sort de ce follicule dominant dépend de la fréquence des décharges de LH.
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Facteurs influençant la reprise de l'activité ovarienne
En absence de progestérone, la fréquence des décharges de LH chez la vache en post partum est régulée par son alimentation, son état corporel et l'allaitement. La première ovulation pourra avoir lieu entre le 10ème et le 20ème jour après la mise bas. Des chaleurs accompagnent cette ovulation dans un tiers des cas. C'est seulement après le premier ou le deuxième cycle que l'intervalle entre les œstrus.
- Vache laitière en bon état corporel au vêlage: fréquence élevée de pulses de LH et ovulation.
- Vache maigre ou en faible état corporel au vêlage: faible fréquence des pulses de LH. Le premier follicule dominant devient atrétique et un second se développe. Il peut devenir kystique.
L'intervalle entre le vêlage et les premières chaleurs est plus long chez la vache allaitante que chez la vache laitière. La reprise des sécrétions de FSH et du développement folliculaire, ainsi que le moment de formation du premier follicule dominant sont comparables chez la vache allaitante et chez la vache laitière. Cependant le sort de ce follicule dominant est diffèrent. Seulement 25 à 30% des vaches allaitantes vont ovulé le premier follicule dominant. En effet, le stimulus de l'allaitement parfois associé à un faible état corporel entraîne une diminution des décharges de LH.
Traitement des problèmes liés au corps jaune
Le traitement des problèmes liés au corps jaune dépend de la cause sous-jacente. Dans le cas des kystes ovariens, plusieurs options de traitement sont disponibles, notamment :
Hormonothérapie: L'administration d'hormones telles que la GnRH (gonadolibérine) ou la PGF2α (prostaglandine F2 alpha) peut aider à induire l'ovulation ou à lutéolyser les kystes lutéaux.
Ponction des kystes: Dans certains cas, il peut être nécessaire de ponctionner les kystes pour les drainer et permettre la reprise d'une activité ovarienne normale.
Amélioration de la gestion nutritionnelle: Une alimentation équilibrée et une gestion appropriée de l'état corporel sont essentielles pour prévenir la formation de kystes ovariens et favoriser la fertilité.
Utilisation de médicaments lutéolytiques
Le dinoprost (sous forme de trométamol) possède une activité lutéolytique. Il provoque l'involution du corps jaune chez la plupart des mammifères et induit l'apparition de l'oestrus et de l'ovulation chez les femelles ayant une activité sexuelle cyclique. L'administration de dinoprost provoque l'avortement ou l'induction de la parturition chez les bovins et les porcins.
Le médicament est préconisé pour ses effets lutéolytiques chez les bovins et porcins. Chez les bovins, l'effet lutéolytique du médicament vétérinaire peut être mis en application dans les cas suivants :
- Synchronisation de l'œstrus.
- Traitement du sub-œstrus ou des « chaleurs silencieuses » des vaches qui ont un corps jaune fonctionnel mais qui ne manifestent pas de chaleurs.
- Induction de l'avortement, jusqu'au 120ième jour de gestation.
- Induction de la parturition.
- Aide au traitement des métrites chroniques ou des pyomètres dans le cas où il y a un corps jaune fonctionnel ou persistant.
Gestion des endométrites
Le traitement des endométrites, inflammation utérine plus de 21 jours post partum sans atteinte de l’état général peut faire appel à plusieurs classes de médicaments. Les principales sont les antibiotiques intra-utérins (les antibiotiques par voie générale n’étant indiqués qu’en cas de métrite puerpérale aiguë), les antiseptiques intra-utérins, les prostaglandines F2 alpha. Les antiseptiques intra-utérins (de type solutions iodées) n’ont pas fait la preuve de leur efficacité, voire même ont des effets délétères sur l’utérus et les performances de reproduction . En France, les antiseptiques intra-utérins n’ont été testés qu’en association aux prostaglandines et leur effet propre est donc difficile à évaluer . Si le mécanisme d’action des antibiotiques lors d’infection utérine est de limiter la croissance bactérienne, le ou les mécanisme(s) d’action des prostaglandines restent encore le sujet de beaucoup d’interrogations. Leur efficacité elle-même fait l’objet de débats, en particulier sur les endométrites des femelles sans corps jaune au moment du traitement.
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