L'interruption volontaire de grossesse (IVG), ou avortement, est un droit pour toutes les femmes en France, qu'elles soient majeures ou mineures. La loi encadre cette pratique, et plusieurs étapes doivent être respectées pour garantir la sécurité et la santé des femmes. Cet article vise à informer de manière claire et précise sur le déroulement de l'IVG, les délais légaux, les différentes méthodes existantes, et les aspects importants à considérer.
Délais Légaux pour l'IVG
En France, l'avortement est autorisé jusqu'à 14 semaines de grossesse, soit 16 semaines d'aménorrhée (SA), calculées depuis le premier jour des dernières règles. Ce délai a été allongé en mars 2022. Il est crucial de prendre en compte ce délai pour entreprendre les démarches nécessaires dans les temps.
Les Deux Méthodes d'IVG
Il existe deux méthodes principales pour réaliser une IVG :
- IVG médicamenteuse : Elle consiste en la prise successive de deux médicaments. Cette méthode est possible jusqu'à 7 semaines de grossesse (9 SA).
- IVG chirurgicale (ou instrumentale) : Il s'agit d'une intervention chirurgicale réalisée dans un établissement de santé. Elle est obligatoire après 9 SA et reste possible jusqu'à la fin de la 14ᵉ semaine de grossesse (16 SA).
Le choix de la méthode dépend du terme de la grossesse, de la préférence de la patiente et de l'avis du professionnel de santé. Chaque méthode a ses avantages, ses inconvénients et ses spécificités.
IVG Médicamenteuse : Étapes et Déroulement
L'IVG médicamenteuse est une méthode non invasive qui consiste à provoquer une fausse couche grâce à la prise de deux médicaments :
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- Mifépristone (MYFEGINE) : Ce premier médicament bloque l'action de la progestérone, une hormone nécessaire au maintien de la grossesse. Il favorise également les contractions de l'utérus et l'ouverture du col utérin. Il est pris soit à domicile, soit lors d'une consultation. Dès cette étape, des saignements et des douleurs peuvent survenir, mais ils sont généralement plus importants après la prise du deuxième médicament. Il est important de noter que les saignements ne signifient pas nécessairement que la grossesse est arrêtée.
- Misoprostol (GYMISO) : Ce deuxième médicament est pris 24 à 48 heures après la mifépristone. Il augmente les contractions utérines et provoque l'expulsion de l'œuf. Il est pris soit à domicile, soit lors d'une consultation, soit au cours d'une courte hospitalisation. Les contractions utérines provoquent des douleurs qui ressemblent à celles des règles, parfois plus fortes. Des antalgiques peuvent être prescrits pour soulager la douleur. Les saignements, souvent assez abondants, surviennent généralement dans les 2 à 4 heures après la prise du misoprostol, mais peuvent parfois être plus tardifs.
Précautions et effets secondaires :
- La prise de misoprostol est déconseillée par voie vaginale par les laboratoires en raison du risque de douleurs abdomino-pelviennes plus fréquentes.
- Les saignements peuvent durer de 10 à 20 jours et peuvent être plus abondants après 7 SA.
- Des effets indésirables tels que nausées, vomissements, diarrhées, maux de tête, vertiges, malaises, frissons et bouffées de chaleur peuvent survenir.
- Il est important de contacter le médecin ou la sage-femme si aucun saignement ne se déclenche après 24 heures suivant la prise du misoprostol.
Visite de contrôle : Une visite de contrôle est indispensable 14 à 21 jours après la première prise de médicament pour s'assurer que la grossesse est bien interrompue et qu'il n'y a pas de complications. Cette visite peut se faire par un examen médical, une échographie ou un examen sanguin.
En cas d'échec : Si l'IVG médicamenteuse échoue (la grossesse se poursuit), une IVG instrumentale sera proposée.
IVG Chirurgicale : Étapes et Déroulement
L'IVG chirurgicale, ou instrumentale, est une intervention qui consiste à aspirer le contenu de l'utérus après une dilatation du col utérin. Elle se déroule obligatoirement dans un établissement de santé (hôpital ou clinique).
Préparation : La préparation peut inclure la prise de mifépristone (36 à 48 heures avant l'aspiration) ou de misoprostol (3 à 4 heures avant l'aspiration) pour faciliter la dilatation du col de l'utérus.
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Anesthésie : L'intervention peut se dérouler sous anesthésie locale ou générale. Le choix du type d'anesthésie se fait en concertation avec le professionnel de santé.
Intervention : L'intervention dure environ une dizaine de minutes. Une hospitalisation de quelques heures est nécessaire pour s'assurer de l'absence de complications.
Visite de contrôle : Une visite de contrôle est indispensable dans les 14 à 21 jours après l'intervention pour s'assurer de l'interruption effective de la grossesse et de l'absence de complications.
Les Étapes Préalables à l'IVG (communes aux deux méthodes)
Quelle que soit la méthode choisie, plusieurs étapes sont obligatoires avant de procéder à l'IVG :
- Consultation d'information : Lors de cette consultation, le médecin ou la sage-femme informe la femme sur les deux méthodes d'IVG, les lieux de réalisation, les risques et les effets secondaires possibles. Un dossier-guide est remis. Un entretien psychosocial est proposé, et il est obligatoire pour les mineures. Si le professionnel consulté ne pratique pas l'IVG, il doit orienter la patiente vers un professionnel compétent.
- Recueil du consentement : Lors de cette étape, la femme choisit la méthode d'IVG qui convient le mieux à sa situation et confirme son choix par un écrit. C'est également un moment privilégié pour discuter de la contraception post-IVG et pour réaliser ou se faire prescrire un dépistage des infections sexuellement transmissibles et du cancer du col de l'utérus.
Mineures : Une autorisation parentale n'est pas obligatoire pour une IVG. Les mineures doivent être accompagnées par un adulte de leur choix et assister à une consultation psychosociale.
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Il n'y a pas de délai légal entre les deux temps préalables à l'IVG. Si la patiente le souhaite, il est possible de réaliser ces deux temps au cours d'une seule et même consultation.
Aspects Financiers et Remboursement
Pour toutes les femmes assurées sociales (majeures ou mineures), l'avortement et tous les actes associés (consultations, échographies, prises de sang…) sont pris en charge à 100 % par l'Assurance maladie, sans avance de frais ni dépassement d'honoraires possible.
Pour les femmes résidant en France en situation irrégulière et non admises à l'aide médicale de l'État (AME), il existe une prise en charge des soins urgents (dont fait partie l’IVG) à l'hôpital.
Complications Possibles et Risques
Bien que l'IVG soit généralement une intervention sûre, des complications peuvent survenir, bien que rarement.
IVG médicamenteuse : Les complications les plus fréquentes sont les douleurs pelviennes, les saignements abondants et les troubles digestifs. Plus rarement, des infections ou des hémorragies peuvent survenir. Il est important de consulter en urgence en cas de fièvre, de pertes de sang importantes, de fortes douleurs abdominales ou de malaise.
IVG chirurgicale : Les complications immédiates sont rares, mais peuvent inclure une hémorragie ou, exceptionnellement, une perforation de l'utérus. Des complications à distance peuvent survenir, telles que des infections. Il est important de consulter rapidement en cas de fièvre, de pertes de sang importantes, de fortes douleurs abdominales ou de malaise.
Il est important de noter qu'avoir recours à un ou plusieurs avortements médicamenteux dans sa vie n'entraîne pas de risque d'infertilité et n'a aucune conséquence sur la fertilité.
Soutien Psychologique et Accompagnement
Chaque femme réagit différemment à une IVG. Certaines peuvent ressentir du soulagement, d'autres de la tristesse ou un sentiment de vide. Il est important de ne pas hésiter à demander de l'aide et du soutien si nécessaire.
Des associations comme Agapa proposent des entretiens individuels ou des cafés-rencontres entre femmes ayant vécu une IVG. Le service d'écoute SOS Bébé offre également un espace pour exprimer questions, doutes et émotions.
La consultation psycho-sociale, systématiquement proposée et obligatoire pour les mineures, est un moment privilégié pour bénéficier d'un accompagnement social et psychologique.
Contraception Après une IVG
La reprise de la fertilité après une IVG est immédiate. Il est donc recommandé d'utiliser une contraception si une nouvelle grossesse n'est pas souhaitée. Il est important d'en discuter avec le médecin ou la sage-femme pour choisir la méthode contraceptive la plus adaptée à sa situation.
Où S'adresser et Qui Contacter ?
Pour toute question ou démarche concernant une IVG, il est possible de s'adresser à :
- Un médecin généraliste
- Une sage-femme
- Un centre de santé
- Un centre de santé sexuelle (anciennement centre de planification ou d'éducation familiale)
- Un établissement de santé (hôpital ou clinique)
Des annuaires répertoriant les structures et professionnels réalisant des IVG sont accessibles sur les sites internet des ARS de chaque territoire.
Le numéro IVG, contraception, sexualités (0800 081 111) est également disponible pour toute information ou orientation.
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