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Avortement des Boutons du Colza : Causes et Solutions

L'avortement des boutons floraux du colza est un problème récurrent qui peut impacter significativement le rendement des cultures. Ce phénomène complexe est rarement dû à une cause unique, mais plutôt à une interaction de plusieurs facteurs. Cet article se penche sur les causes possibles de l'avortement des boutons du colza et propose des pistes pour atténuer ce problème.

État des lieux et contexte

Des cas d'avortement massif de boutons floraux et de jeunes siliques ont été recensés, avec des parcelles qui n’émettent plus de fleurs. Aucune silique ne se forme et on constate des avortements de boutons des hampes secondaires. Les avortements concernent aussi bien des jeunes boutons que des boutons plus âgés. Les dégâts sont homogènes dans certaines parcelles ou par zones dans d’autres. Tout aussi préoccupant, on observe que pour les parcelles en fleurs, la situation est aussi très hétérogène avec également des avortements plus ou moins massifs de boutons floraux. Au-delà de la floraison, que ce soit dans les parcelles en fleurs ou non, des difficultés de croissance des colzas sont notées, avec des biomasses aériennes et des surfaces foliaires réduites.

Le phénomène d'avortement des boutons floraux du colza n'est pas nouveau, mais il se manifeste de manière plus ou moins importante selon les conditions climatiques printanières. Il a été observé dans plusieurs régions, notamment en Normandie, dans le Centre-Val-de-Loire, dans le sud-ouest de la Sarthe et dans l’est du Maine-et-Loire. Dans les Hauts-de-France, la surface concernée par ces colzas qui ne fleurissent pas est potentiellement très conséquente. Dans certains secteurs, on peut évaluer à une parcelle sur quatre ou sur cinq avec des difficultés de floraison. Dans le Grand-Est, ce serait environ 5 % des parcelles qui ne sont pas encore en floraison. La région Bourgogne-Franche Comté est aussi touchée par ce phénomène. Il est aussi observé des parcelles qui entrent en floraison difficilement avec là aussi des pertes importantes de boutons floraux et une formation de siliques en nombre limité à ce jour. Des parcelles sans problème, avec un potentiel de siliques et une nouaison tout à fait normale sont également observées dans ces régions.

Causes multifactorielles de l'avortement des boutons

Les recoupements réalisés entre situations (facteurs de conduite culturale en particulier) permettent très rarement d’identifier une et unique cause capable d’expliquer à elle seule les symptômes observés. On est typiquement dans le domaine des interactions. Plusieurs facteurs peuvent être à l'origine de ce problème, agissant souvent en combinaison.

Facteurs climatiques

  • Alimentation en eau : Un manque d'eau, surtout dans les terres superficielles, est un facteur déterminant. Les symptômes touchent les secteurs et les parcelles les plus séchants.
  • Écarts de température jour-nuit : Une plante qui subit des écarts extrêmes de températures entre le jour et la nuit voit sa physiologie très perturbée ; elle ne sait pas trop si elle doit se mettre en fonctionnement reproductif ou (encore) temporiser et prioriser la croissance de sa biomasse.
  • Gel : Les organes reproducteurs (ovules) sont particulièrement sensibles aux températures basses y compris aux stades les plus précoces, stade boutons. L’observation des parcelles touchées ne montrent pas de symptômes classiques de gel de fleurs mais des avortements de boutons qui militent plus en faveur d’une perturbation précoce de la méiose et des étapes suivantes. Les épisodes gélifs sévères de fin février - début mars ont défolié en partie certains colzas : de 30 à 50 %, de la biomasse en moins. Cette perte de feuilles a ainsi diminué les tissus photosynthétiques des plantes, et par conséquent limité les assimilats de carbone. Le deuxième élément aggravant est le très faible rayonnement survenu sur les régions Nord-Est. La plante n’arrivant pas à fournir l’énergie suffisante (rupture d’alimentation du fait du décalage entre l’offre et la demande) pour la sortie des fleurs et la formation des siliques, cela a donné lieu à des avortements.
  • Excès d'eau : Dans les parcelles hydromorphes, l'excès d'eau a entraîné une destruction partielle voire totale de la racine. Dans les cas les plus graves, la plante n'est plus suffisamment alimentée, ce qui stoppe la floraison ou la formation des jeunes siliques.

Facteurs liés au sol et à la nutrition

  • Qualité de l’enracinement : Les parcelles concernées peuvent présenter des enracinements et/ou des qualités structurales médiocres à très moyennes. L’alimentation en eau et en nutriments s’en trouve alors fortement limitée même si ces derniers sont présents dans le sol. Les parcelles présentant des défauts d’enracinement (racines « coudées » à moins de 15 cm) voient la valorisation des ressources du sol pénalisée (eau et éléments minéraux venant du sol mais également des engrais apportés), ce qui limite les capacités de compensation des plantes.
  • Défaut d’alimentation : Malgré des fertilisations réalisées, les plantes semblent être en défaut d’alimentation et en incapacité temporaire à fournir en éléments les organes floraux, dans une période où les besoins en éléments sont très importants pour réaliser la floraison. Les apports d’azote au printemps constituent le principal facteur conditionnant la taille et la structure du couvert. Pour produire chaque unité de surface foliaire verte, le plant de colza doit avoir absorbé 50 kg/N/ha. Les nutriments principaux doivent être apportés afin de garantir un développement continu du couvert jusqu'au printemps et au-delà. L'azote et le soufre sont particulièrement importants, et lorsque les sols se rafraîchissent et deviennent humides, l'apport en phosphate peut être limité. Pendant l'automne et le printemps, les racines et les plantules grandissent rapidement avec une division cellulaire maximale, ce qui requiert un apport élevé en bore et calcium.

Facteurs biologiques

  • Attaques de ravageurs : Pression localement forte de méligèthes et/ou charançons de la tige du colza, mais ne pouvant expliquer l’ampleur du phénomène à elle seule dans les parcelles observées. Une partie des symptômes constatés résulte de dégâts de méligèthes (pédoncules courts et/ou morsures sur le bouton). Les vols de méligèthes ont été très conséquents cette année et les colzas ont eu une croissance très faible au printemps, augmentant ainsi la durée de sensibilité de la culture. Une partie de ces parcelles n’a pas été traitée, certains traitements ont été tardifs, ou une ré-infestation a été constatée. À noter, notamment dans les Hauts-de-France, des situations où la présence de méligèthes est encore problématique pour l'entrée en floraison du colza et il peut être envisagé une intervention dans ces situations. On observe aussi, comme autre facteur aggravant, des dégâts de charançon de la tige (tiges creuses et déformées) dans plusieurs parcelles. Des tiges « habitées » par des larves de grosses altises ou déformées voire éclatées par les larves de charançon de la tige ne seront pas à même d’alimenter correctement des inflorescences et des siliques.
  • Maladies : Bien que moins fréquemment mentionnées dans le contexte de l'avortement des boutons, certaines maladies peuvent affaiblir les plantes et les rendre plus sensibles aux autres facteurs de stress.

Facteurs liés aux pratiques agricoles

  • Variété : Rien ne permet d’incriminer une variété plutôt qu’une autre. Des cas sont observés sur plusieurs variétés à génétique et précocité différentes. Toutefois, en Normandie, des observations ont permis de montrer que les variétés éruciques - plus précoces de 4 à 5 jours à floraison que la majorité des 00 - ne sont pas impactées, contrairement à des variétés tardives. Le constat est identique dans les parcelles avec ES Alicia. Il est encore trop tôt pour préciser ce critère mais nous avons vu des comportements variétaux différents, avec des variétés moins impactées que d’autres, ce qui est lié à leur précocité de reprise, leur capacité à faire de la biomasse à l’automne, … Des variétés comme KWS Feliciano, LG Aviron ou LG Ambassador tirent leur épingle du jeu.
  • Phytotoxicité : Pas de lien identifié à ce jour entre ces pratiques et les symptômes observés. Il n’y a à ce jour pas de lien constaté entre les avortements et de la phytotoxicité (rinçage de cuve d’herbicide céréales, régulateur au printemps…).
  • Densité du couvert : Lorsque les couverts sont trop denses, le nombre de feuilles par plante et la pénétration de la lumière sur les feuilles et les siliques inférieures diminuent, ce qui peut entraîner l'avortement des graines dans les siliques en développement. Des couverts denses sont également plus sujets à la verse, les plantes ayant des tiges plus faibles et plus minces.

Stratégies de gestion et solutions potentielles

Face à ce problème complexe, il est crucial d'adopter une approche intégrée combinant différentes stratégies.

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Optimisation des pratiques culturales

  • Gestion de l'eau : Améliorer la capacité de rétention d'eau du sol par des pratiques telles que le travail du sol minimal, l'apport de matière organique et le choix de variétés adaptées aux conditions locales.
  • Fertilisation équilibrée : Assurer une nutrition adéquate des plantes, en particulier en azote et en soufre, en tenant compte des besoins spécifiques de la culture et des analyses de sol.
  • Choix variétal : Sélectionner des variétés adaptées aux conditions climatiques locales et présentant une bonne tolérance aux stress.
  • Gestion des ravageurs : Mettre en place une surveillance régulière des populations de ravageurs et intervenir de manière raisonnée, en privilégiant les méthodes de lutte intégrée et en tenant compte des seuils de nuisibilité. Une autre stratégie de lutte consiste à mélanger sa variété de colza avec de 5 à 10 % d’une variété à floraison plus précoce qui concentrera sur ses fleurs les attaques de méligèthes et préservera le reste du colza au stade bouton. L’utilisation de variétés à floraison très précoce en mélange à 7-10 % avec une variété conventionnelle concerne plus du quart des surfaces de colza en France. Cette stratégie montre une certaine efficacité pour réduire l’impact des méligèthes en dessous d’un seuil de nuisibilité significative. Il n’y a pas de répercussion sur le rendement avec ce mélange et le coût avoisine les 5 euros par hectare seulement.
  • Densité de semis : Ajuster la densité de semis pour éviter les couverts trop denses, qui peuvent favoriser la verse et l'avortement des graines.

Favoriser la compensation naturelle des plantes

Les capacités de récupération du colza sont largement connues. La compensation sera néanmoins très dépendante des conditions climatiques à venir. Un retour significatif de la pluie permettrait aux parcelles concernées de réactiver des bourgeons dormant et d’engager un nouveau cycle de floraison.

Outils d'aide à la décision

Des outils digitaux de suivi des ravageurs de printemps du colza sont proposés avec Xarvio Field manager. À partir de données parcellaires, météorologiques et de stade de culture, Xarvio Field Manager simule les dates de vols et de pontes pour les charançons de la tige du chou et du colza, pour les méligèthes, pour le charançon des siliques et pour la cécidomyie. Il donne une prévision à J + 4 de l’état de développement de ces ravageurs et indique les dates d’interventions insecticides à prévoir. L’outil se base sur des modèles experts (ProPlant) qui ont déjà été utilisés et éprouvés par Terres Inovia pendant dix ans. Par ailleurs, un autre service, Xarvio Scouting, une application mobile capable d’identifier et de compter les ravageurs de colza piégés dans les cuvettes jaunes via une photo avec son smartphone : méligèthes, grosse altise, charançon de la tige et charançon des siliques.

Perspectives d'évolution des parcelles de colza concernées

Il est trop tôt pour évaluer l’impact de ces phénomènes. La compensation du colza est possible comme cela a été constaté en 2010 et 2017. À partir des mêmes symptômes de départ, les parcelles avaient refleuri une à deux semaines après les avortements et les rendements corrects avaient confirmé la non rentabilité d’un retournement. Pour les colzas qui cumulent plusieurs aléas sanitaires et climatiques depuis le début de l’année (gels, larves d’altises, excès d’eau, …) et qui avaient déjà une croissance très faible précédemment, la compensation sera difficile et limitée. A l’inverse, les colzas avec un bon état végétatif mais ayant de nombreux avortements pourront mieux poursuivre leur cycle et réaliser de nouvelles ramifications. Mais toutes les parcelles ne sont pas concernées dans un même secteur, on trouve parfois des parcelles côte à côte avec des comportements radicalement différents.

Faut-il retourner les colzas ?

Les parcelles n’ayant plus de capacités de compensation ont souvent été retournées à la faveur du tournesol ou du maïs au début du mois d’avril dans les Hauts-de-France. Les parcelles restantes n’auront pas de floraison franche et auront leur potentiel réduit mais seront pour la plupart conservées dans le contexte actuel de prix élevé. Le retournement à ce jour est une décision individuelle et à réfléchir à la parcelle. Elle dépendra des investissements déjà réalisés sur le colza, de son prix de vente mais également de la disponibilité de semence de la culture de remplacement ainsi que son potentiel prévisionnel (irrigation, date possible d’implantation, etc.) ou encore tout simplement de critères de gestion de l’exploitation (assurance, vente anticipée de la récolte, etc.).

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