L'avortement chez les vaches et les génisses est un problème majeur pour les éleveurs, entraînant des pertes économiques et affectant la santé du troupeau. Outre les traumatismes physiques, plusieurs facteurs peuvent être à l'origine de ces avortements, notamment des maladies bactériennes, virales et parasitaires. Il est crucial de comprendre ces causes, de mettre en œuvre des mesures de prévention efficaces et de savoir comment gérer les cas d'avortement pour minimiser leur impact.
Causes des Avortements chez les Vaches
Les avortements chez les vaches peuvent être liés à divers facteurs, notamment :
Maladies Infectieuses
Fièvre Q : Causée par la bactérie Coxiella burnetii, cette zoonose se transmet principalement par voie aérienne. Elle peut provoquer des avortements durant le dernier tiers de la gestation, des mises-bas prématurées, de la mortalité des jeunes par pneumonie et des problèmes d’infertilité et de métrites. L'excrétion de la bactérie est particulièrement importante autour de l'avortement, dans les produits de la parturition (avorton, délivrance) ou dans les sécrétions vaginales.
Néosporose bovine : Cette maladie est causée par le parasite Neospora caninum, transmis par les chiens (notamment lorsqu’ils ont la fâcheuse habitude de faire leurs besoins à proximité de l’alimentation des vaches et lorsque les chiennes mangent des délivrances ou des avortons contaminés). Elle entraîne des avortements durant le deuxième tiers de la gestation (entre le 4e à 7e mois). Le lait ou le colostrum ne transmettent pas la néosporose.
BVD (Diarrhée Virale Bovine) : Souvent associée à des problèmes d’infertilité et digestifs, la BVD peut également provoquer des avortements. Les signes de la présence du virus BVD dans le troupeau sont très variés sans signe caractéristique, avec notamment des naissances de veaux faibles ou malformés (atrophie du cervelet ou des yeux, cataracte, déformation des membres).
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Salmonellose : Les salmonelles engendrent généralement des diarrhées, parfois hémorragiques, chez le veau et l’adulte. Des avortements peuvent également survenir, en général dans la 2e moitié de la gestation. Les animaux se contaminent par l’intermédiaire d’eau ou d’aliments souillés.
Chlamydiose abortive : Les troubles de la reproduction sont attribuables à Chlamydia abortus et parfois Chlamydia pecorum et Chlamydia psittac. Ces signes ne sont pas spécifiques : rétentions placentaires, métrites, avortements et mises bas prématurées de veaux chétifs, infertilité et pathologies respiratoires chez la vache.
Listériose : Les avortements dus à Listeria monocytogenes sont rares chez les bovins (moins de 1 %) généralement en fin de gestation, mais ils peuvent se produire en série et s’accompagner de cas de méningites et de mortalités dans le troupeau.
Anaplasmose bovine : L'anaplasmose bovine est due à l'infection par Anaplasma marginale. Le premier symptôme observé est l'hyperthermie. Pour les vaches laitières, la chute considérable de la production de lait est en fait le premier signe d'appel. L'avortement est possible suite à l'anoxie foetale.
Facteurs Nutritionnels
L'alimentation joue un rôle crucial dans la santé reproductive des vaches. Une préparation adéquate au vêlage, incluant une évaluation des stocks de fourrage et une adaptation des rations en fin de gestation, est essentielle.
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Énergie : L’énergie joue un rôle déterminant dans la reproduction des vaches. Une ingestion insuffisante d’énergie peut entraîner une balance énergétique négative, affectant la performance reproductive.
Fibres : Les ruminants ont besoin de fibres digestibles et mécaniques pour assurer une bonne rumination et un pH ruminal adéquat.
Minéraux et Oligo-éléments : Le magnésium est important pour la fonction musculaire et les contractions utérines. La gestion de la BACA (Balance anion-cation) est nécessaire pour faciliter la mobilisation du calcium au vêlage. Un déficit en bêta-carotène peut limiter la production folliculaire. Une supplémentation en oligo-éléments est recommandée en cas de carence.
Prévention des Avortements
La prévention des avortements repose sur plusieurs piliers :
Biosécurité et Hygiène
Isolement : Isoler la vache avortée ou présentant des métrites ou des non-délivrances durant une quinzaine de jours pour favoriser la vidange de l’utérus et le retour en chaleur.
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Élimination des déchets : Les veaux morts, avortés et les délivrances sont des réservoirs à maladies. Éliminez-les rapidement dans un bac d’équarrissage avant que d’autres animaux n’y touchent et protégez-vous des zoonoses avec des gants.
Hygiène des locaux : Désinfection des cases de vêlages et nurseries, abreuvoirs, murs, tubulaires et vides sanitaires.
Qualité de l’eau et des aliments : Éviter que l’eau de boisson et les aliments ne soient souillés par d’autres animaux.
Gestion des litières : Le compostage peut être efficace pour désinfecter les litières contaminées par certaines bactéries, tout comme le traitement des lisiers à la cyanamide calcique.
Vaccination
La vaccination peut être une mesure préventive efficace contre certaines maladies abortives, comme la fièvre Q et la BVD. Les vaccins actuels sont efficaces contre les différentes souches de virus BVD qui circulent en France. Ils évitent les problèmes cliniques dus à la maladie et limitent la circulation virale. La vaccination est également possible contre les souches S. Typhymurium et S. Dublin de salmonelles et réduit les signes cliniques.
Gestion de la Néosporose
Prévention de la contamination : Empêcher les chiens (et autres carnivores) d’accéder à la nourriture, à l’eau, aux aires d’alimentation, et surtout aux délivrances ou avortons.
Test à l’introduction : Tester les femelles introduites pour éviter la recontamination du cheptel.
Réforme des lignées : Si peu de vaches séropositives, réforme de la ou des lignées concernées à court terme.
Préparation au Vêlage
Une bonne préparation au vêlage favorise la tonicité des muscles lisses, les contractions dynamiques, l’expulsion du veau et limite les risques sanitaires liés (non délivrance, métrite). Elle permet également la naissance d’un veau vif et tonique et la production d’un colostrum riche. La phase de tarissement est déterminante pour permettre aux vaches de refaire leurs réserves et préparer la lactation et la reproduction suivante.
Gestion des Cas d'Avortement
En cas d’avortement, il est important de suivre un protocole rigoureux :
Déclaration et Prélèvements
Les avortements des ruminants font l'objet d'une surveillance obligatoire et doivent être déclarés et prélevés (placenta et prise de sang de l’avorteuse). En cas d’avortements successifs, les vétérinaires recommandent de faire des analyses sérologiques et par PCR du placenta ou de l’avorton. Des frais pris, en partie, en charge par les GDS.
Isolement et Soins
Quelle que soit la cause de l’avortement, il est important d’isoler la vache avortée ou présentant des métrites ou des non délivrances durant une quinzaine de jours afin de favoriser la vidange de l’utérus et le retour en chaleur. Le protocole de soin (antibiothérapie) et de diagnostic est à définir avec son vétérinaire ou le groupement de défense sanitaire (GDS).
Précautions Sanitaires
- Le lait d’une vache ayant avorté ne doit pas être consommé.
- Les avortons et les délivrances doivent être rapidement collectés avec des gants et mis à l'équarrissage (et à l’abri des chiens ou d’autres animaux).
- Les femmes enceintes doivent éviter de s’en approcher, et plus généralement éviter d’être présentes lors des vêlages.
Diagnostic
En cas d'avortement, il est crucial de déterminer la cause pour mettre en place des mesures de prévention adaptées. Le diagnostic repose sur les observations épidémio-cliniques et les examens de laboratoire.
Prélèvements : Associer une recherche sérologique et une recherche bactériologique. Réaliser un prélèvement sanguin sur tube sec pour la sérologie et un écouvillonnage du col de l'utérus pour la bactériologie.
Méthodes sérologiques : Plusieurs méthodes sérologiques permettent le diagnostic et le dépistage, notamment l'épreuve à l'antigène tamponné (EAT), l'ELISA sur sérum individuel et l'épreuve de fixation du complément (FC).
Réaction immunitaire cellulaire : La réaction immunitaire cellulaire peut être détectée par un test d'hyper-sensibilité retardée (ou test à la brucelline).
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