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Colette: Une Analyse Approfondie de *La Naissance du Jour* et de son Métier d'Écrivain

Introduction

Colette, figure complexe de la littérature française, oscille entre reconnaissance populaire et consécration littéraire. Son œuvre, souvent perçue comme un entrelacs de stéréotypes et d'innovations, suscite encore aujourd'hui des interrogations quant à son lectorat cible et à sa portée universelle. L'étude de son parcours et de ses écrits, notamment La Naissance du jour, offre un éclairage précieux sur la réalité du métier d'écrivain, envisagé sous différents angles.

Les Débuts d'une Écrivaine Inattendue

Rien ne prédestinait Colette à embrasser une carrière littéraire. Son enfance à Saint-Sauveur-en-Puisaye, loin des cercles intellectuels parisiens, ne laissait présager aucune vocation d'écrivain. Cependant, une éducation solide, nourrie par une bibliothèque familiale riche et une mère imprégnée de l'esprit progressiste de la presse bruxelloise, lui ouvrit les portes du monde des livres. Malgré l'absence d'initiation au latin dans son enseignement féminin, elle développa une indépendance d'esprit qui allait façonner son œuvre.

Son mariage avec Henry Gauthier-Villars, dit Willy, la propulsa au cœur du milieu littéraire parisien. Elle fut plongée dans un univers foisonnant, fréquentant journalistes, "nègres" littéraires, artistes bohèmes, bourgeois, aristocrates et figures du demi-monde. Elle croisa notamment Proust dans les salons littéraires. Colette et Willy se mettaient mutuellement en valeur, le parisianisme de l'un rehaussant la fraîcheur agreste de l'autre. Ils incarnaient ces "olympiens" dont parlera plus tard Edgar Morin. Colette, immortalisée par des peintres et des sculpteurs, devint une figure publique, sa popularité alimentée par d'innombrables photos et articles de journaux.

C'est dans ce contexte que Colette se lança dans l'écriture, à la demande de son mari, avec Claudine à l'école. Publié sous le nom de Willy, le roman connut un succès retentissant, salué par des critiques aussi divers que Charles Maurras et Rachilde. L'adaptation théâtrale amplifia ce succès, donnant lieu à la commercialisation d'objets dérivés. La série des Claudine s'imposa par son caractère scandaleux, abordant avec audace des thèmes transgressifs tels que les perversités adolescentes et l'homosexualité.

L'Émancipation et la Diversification des Activités

Devenue indépendante, Colette dut subvenir à ses besoins sans l'aide d'un mécène. Elle se tourna vers le monde du spectacle, se produisant dans des pantomimes à Paris et en province, et participant à des tournées théâtrales. Elle conserva toujours ce goût du contact avec le public et ce sens du spectacle efficace. Elle écrivit pour le théâtre, mais adapta surtout ses romans pour la scène, avec l'aide de Léopold Marchand. Son sens du succès populaire la conduisit parfois à des adaptations qui, aux yeux d'aujourd'hui, peuvent sembler dénaturer ses œuvres narratives. Elle fut une critique théâtrale exceptionnelle, sensible aux spécificités du genre. Elle perçut également la puissance du cinéma et les exigences de la création cinématographique.

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Parallèlement à ses activités théâtrales, Colette collabora à de nombreux journaux et revues, accordant une attention égale à l'écriture de ses articles et de ses romans et essais. Ces derniers furent souvent publiés en feuilleton avant d'être réunis en volumes. Inversement, ses chroniques furent rassemblées en recueils, tels que Les Vrilles de la vigne, recueil de poèmes en prose.

Colette composa également de nombreux textes publicitaires, activité qu'elle revendiquait et dont elle vantait les qualités. Elle créa un institut de beauté, donna des conférences et publia ses grandes œuvres, confiant ses manuscrits à divers éditeurs après d'âpres négociations. Son troisième mari, Maurice Goudeket, fonda après la Seconde Guerre mondiale une maison d'édition, le Fleuron, qui permit de réunir l'ensemble de son œuvre de son vivant. Ses manuscrits furent très tôt recherchés et vendus.

La Reconnaissance et la Magistrature des Lettres

Malgré ses activités diversifiées, Colette exerça rapidement une forme de magistrature des lettres. Elle dirigea une collection chez Ferenczi, fut membre de nombreux jurys littéraires, fut reçue à l'Académie royale de langue et de littérature française de Belgique et à l'Académie Goncourt, et reçut les décorations les plus prestigieuses. Elle devint une sorte de Muse de la Quatrième République, honorée de toutes parts. Elle fut célébrée par ses pairs, d'Apollinaire à Proust, en passant par Mauriac, Gide, Montherlant, Queneau, Sartre, Simone de Beauvoir et Aragon. Elle devint rapidement un écrivain classique, son style faisant l'objet d'études dès 1914.

Colette considérait son travail d'écrivain comme un métier de création originale, exercé quotidiennement avec une régularité "bureaucratique". Elle insistait sur la difficulté de l'écriture, sur le mal que lui coûtait la rédaction de la moindre page. La nécessité extérieure devint nécessité intérieure, et Colette continua à écrire presque jusqu'à la fin de sa vie.

Elle comparait la création artistique à un artisanat solitaire, assimilant les écrivains aux "gens de la terre", aux cultivateurs et aux artisans qui répondent aux besoins essentiels. Pendant et après la dernière guerre, elle montra le Palais-Royal comme un pan d'un Paris traditionnel, avec ses vieux commerces et ses artisans.

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Une Technologie de l'Écriture

Colette décrivit les conditions concrètes de son écriture comme autant de consignes de métier à respecter, une sorte de technologie de l'écriture. Elle évoquait ses préférences pour certaines heures de jour ou de nuit, le choix du papier bleu, le besoin de chaleur, etc. Elle échangeait à ce sujet avec ses pairs, évoquant les habitudes scripturales d'Henri Duvernois, de Joseph Kessel et de bien d'autres. Ces détails ne sont pas seulement anecdotiques : l'écriture apparaît ainsi comme une forme parmi d'autres de la praxis. Le souci du métier dans sa matérialité a pour corollaire le sentiment d'appartenir à un corps chargé de produire des œuvres de grande qualité, des chefs-d'œuvre au sens ancien, dont le principe consiste à défendre et illustrer la langue française.

Elle insistait sur la lente et difficile élaboration de ses textes, sur les multiples brouillons déchirés. Elle n'a pas théorisé systématiquement sa conception de l'art d'écrire. La Naissance du jour est autant, sinon plus, l'histoire de la composition du livre qu'une série de séquences plus ou moins romanesques. Autour des angoisses de la rédaction quotidienne conquise sur les émotions de l'été, et des lettres de la mère comme matrice du texte, se construisent des variations et des amplifications multiples, dont l'examen livre une sorte de radiographie de la genèse de l'œuvre.

Analyse de La Naissance du Jour : Un Retour aux Sources

L'extrait de La Naissance du jour s'ouvre sur les souvenirs d'enfance de Colette, évoquant son amour pour le lever du jour. L'auteure utilise l'imparfait pour décrire ses habitudes passées, tout en établissant un lien avec le présent grâce à l'adverbe "déjà". Colette décrit son réveil précoce à trois heures et demie du matin, marquant le début de son exploration. La promenade de Colette se transforme en une véritable communion avec la nature. Colette décrit une fusion progressive avec le paysage, le brouillard enveloppant chaque partie de son corps. Dans la dernière partie de l'extrait, Colette pose un regard rétrospectif sur ses expériences d'enfance. L'auteure utilise des images poétiques pour décrire sa jeunesse, comparant ses cheveux à des "vrilles de vigne vierge" et évoquant sa "robe courte".

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