La question de l'avortement aux États-Unis est un sujet profondément clivant, avec des implications considérables pour les droits des femmes, la politique et les entreprises. La décision de la Cour suprême des États-Unis d'annuler l'arrêt Roe v. Wade a renvoyé aux États la charge de légiférer sur l'accès à l'avortement, créant une mosaïque de lois à travers le pays et plaçant les entreprises face à un dilemme complexe. Alors que certains États ont promulgué des lois anti-IVG restrictives, d'autres protègent l'accès à ce droit, ajoutant une complexité à la conduite des affaires pour les groupes cotés.
Dans ce contexte, la position de Coca-Cola sur l'avortement est scrutée de près, d'autant plus que l'entreprise a été interpellée par ses actionnaires sur cette question. La société est confrontée à des pressions contradictoires de la part des consommateurs, des employés et des gouvernements locaux, qui l'incitent à prendre position sur des sujets de société.
Le Contexte Juridique et Politique de l'Avortement aux États-Unis
Aux États-Unis, les anti-choix sont passés à l’offensive et ont gagné du terrain. Après le Texas, le Missouri ou encore le Kentucky, l’Alabama a promulgué une loi pénalisant l’avortement. Encore plus restrictive que les autres, elle assimile l’IVG à un homicide et prévoit des peines allant jusqu’à 99 ans d’emprisonnement pour les médecins la pratiquant. En Géorgie, l’État a interdit aux femmes d’avorter dès que les battements du cœur sont détectables, soit dès la sixième semaine. Au total, ce sont plus de 300 mesures limitant l’interruption volontaire de grossesse qui ont été prises ces derniers mois dans 28 États américains.
Cependant, la situation est en constante évolution. Récemment, le juge Christian Jenkins du tribunal de première instance du comté de Hamilton (Etats-Unis) a déclaré inconstitutionnelle l'interdiction de l'avortement dans l'Ohio, en arguant la nécessité de protéger les soins de santé reproductive dans l’État. Cette décision découle d'une loi interdisant aux médecins de pratiquer des avortements après la détection d'une activité cardiaque ou embryonnaire fœtale pouvant survenir dès la sixième semaine de grossesse. Bien que les législateurs républicains de l’Ohio aient adopté cette loi en 2019, la législation n’est entrée en vigueur qu’en juin 2022, lorsque la Cour suprême des États-Unis a annulé Roe v Wade.
Cette décision a été saluée par les prestataires de soins de santé de l'Ohio, qui avaient intenté une action en justice pour mettre fin définitivement à la législation, car elle poussait les patients à rechercher des soins de santé reproductive en dehors de l'État, mettant ainsi en péril plusieurs cliniques locales.
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Le Mutisme Initial des Entreprises et les Appels au Boycott
Étonnamment, les grandes entreprises sont restées muettes sur ce sujet, elles qui ont dénoncé les lois anti-climat, anti-LGBT ou anti-immigration depuis l'élection de Donald Trump. L'avortement est un sujet encore trop clivant aux États-Unis pour qu'elles prennent ouvertement position.
Face à ce mutisme, des appels au boycott se sont élevés. L’actrice Alyssa Milano a interpellé plusieurs studios de production pour qu’ils quittent la Géorgie, surnommée le "Hollywood du sud". Plusieurs activistes ont également lancé le hashtag #BoycottAlabama ou #BoycottGeorgie qui visent les entreprises de la région. Le but est de faire pression sur les autorités. Mercedes-Benz dont la plus grande usine de fabrication est implantée en Alabama a été pris pour cible. Tout comme Coca-Cola, basé à Atlanta, en Géorgie. Les militants espèrent reproduire l’issue du boycott du projet de loi restreignant l’accès des personnes trans aux toilettes publiques en Caroline du Nord.
La Pression des Actionnaires et la Nécessité de Transparence
Aux Etats-Unis, il est fréquent que les groupes cotés soient interpellés par leurs actionnaires sur des questions sociétales. Des résolutions sur les conditions de travail des salariés, la politique d'inclusion des personnes LGBT ou sur les droits des consommateurs sont régulièrement soumises au vote. Cette année, pour la première fois, c'est le droit à l'avortement qui a fait son apparition à l'ordre du jour de certaines assemblées générales (AG).
En 2023, pas moins de 30 projets de résolution ont été déposés par des actionnaires pour débattre de ce sujet. La moitié a été retirée à la suite de discussions privées entre entreprises et investisseurs, mais l'autre moitié a été maintenue et a fait l'objet d'un vote. C'est le cas chez Coca-Cola, Walmart, Eli Lilly, American Express, ou encore HCA Healthcare.
Coca-Cola fait partie des groupes qui ont été interpellés par ses actionnaires. La société a un discours progressiste mais a financé des comités politiques anti-avortement. As You Sow a requis la publication d'un rapport sur les risques et les coûts liés à cette nouvelle politique publique. Coca-Cola a été interpellé une seconde fois, par Clean Yield AM cette fois-ci, qui lui a demandé d'expliquer pourquoi il avait soutenu des candidats de partis politiques qui défendaient des valeurs contraires à celles promues par la société, comme l'autonomisation des femmes.
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La Position Délicate de Coca-Cola : Entre Discours Progressiste et Financements Politiques
La situation de Coca-Cola est particulièrement complexe. D'un côté, la société affiche un discours public ouvertement pro-avortement. De l'autre, elle a versé plus de 2,6 millions de dollars aux comités politiques anti-IVG. Cette contradiction apparente soulève des questions sur l'authenticité de l'engagement de l'entreprise en faveur des droits reproductifs et sur les motivations de ses financements politiques.
La vie politique américaine est largement financée par le secteur privé, qui espère parfois ainsi s'attirer les bonnes grâces des élus. Les entreprises veulent montrer l'exemple, parce que c'est important pour leurs employés, sur les armes à feu, le racisme… Mais sur l'avortement, le paysage juridique est en constante évolution, ce qui rend la prise de position délicate.
Les Risques et les Opportunités pour les Entreprises
Pour beaucoup d'entreprises présentes aux États-Unis, la controverse sur l'avortement que vient de relancer la Cour suprême est un casse-tête. Le projet de la Cour, que vient de révéler une fuite de Politico, visant à supprimer le droit constitutionnel garanti depuis une jurisprudence de 1973 dite « Roe versus Wade », place les sociétés devant un dilemme. Faut-il prendre parti ou non ? Le temps semble révolu où elles se contentaient de générer du profit. Aujourd'hui, la pression est énorme pour qu'elles se positionnent sur des sujets de société.
La pression provient d'abord des consommateurs, qui peuvent jeter l'opprobre sur une marque. Selon un sondage CNBC d'avril 2021, 60 % des employés pensent que leurs employeurs devraient s'exprimer sur les sujets politiques et de société, en particulier les milléniaux, très investis dans les thèmes de justice sociale.
Les PDG pensent aussi à leurs rapports avec les gouvernements locaux. Au Texas, la prise de position de certaines entreprises au sujet des lois électorales a déclenché la fureur des républicains dénonçant le « capitalisme woke ». Plus récemment, Walt Disney Co, qui s'est exprimé contre une loi de Floride sur l'implication des parents dans l'éducation des enfants, a perdu le mois dernier un statut spécial dont il bénéficiait.
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Mais les entreprises n'auront pas le choix très longtemps. Car dans les États qui banniront l'avortement, recruter et fidéliser de la main-d'œuvre qualifiée pourrait s'avérer de plus en plus difficile. Plusieurs entreprises, comme Yelp ou Apple, ont proposé de payer les frais de voyage hors de l'État pour se faire avorter. La banque Citigroup a aussi annoncé : « À partir de 2022, nous offrirons une aide au déplacement pour faciliter l'accès aux ressources adéquates » en réponse aux « changements dans les lois liées à la santé reproductive dans certains États des États-Unis ».
La Rumeur Infondée sur l'Utilisation de Cellules de Fœtus Avortés dans l'Industrie Agroalimentaire
Il est important de noter qu'une rumeur a circulé sur les réseaux sociaux concernant l'utilisation de cellules de fœtus avortés dans l'industrie agroalimentaire, visant notamment des marques comme Nestlé, PepsiCo et Tropicana. Cette rumeur est totalement infondée.
Au cœur de cette rumeur sur l’industrie alimentaire, on trouve la société de biotechnologie américaine Senomyx. En 2002, des employés de la société ont fait paraître, dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Science of the United States of America, un article sur le fonctionnement des récepteurs du goût dans la bouche et la manière dont ils transmettent des informations au cerveau. Les chercheurs y déclarent avoir lancé des expériences avec des cellules du type HEK-293T. Des cellules issues d’un fœtus avorté, oui, mais pas directement.
Il s’agit ici d’une lignée de cellules fœtales. Elle s’obtient en prélevant une cellule sur un fœtus, ici avorté et avec l’accord des parents, puis en la multipliant en plusieurs cellules identiques. Ces dernières sont ensuite cultivées et reproduites pendant des années, voire des décennies, à des fins de recherche scientifique. Toutes les cellules du type HEK-293 sont issues d’un fœtus avorté dans les années 1970 aux Pays-Bas. On ne prélève donc pas automatiquement des cellules sur tous les fœtus avortés, comme le suggèrent certains internautes.
Ce type de cellules est régulièrement utilisé à des fins de recherche scientifique et pharmacologique. Les HEK-293 ont, par exemple, été utilisées par certains laboratoires dans les tests d’élaboration de vaccins contre le Covid-19. En revanche, il n’est jamais fait mention, dans les recherches de Senomyx ou d’autres scientifiques, de cellules humaines pour l’industrie alimentaire.
Coca-Cola et la Grossesse : Consommation Modérée et Précautions
Il convient également de mentionner la question de la consommation de Coca-Cola pendant la grossesse. Durant les neuf mois de grossesse, la femme enceinte peut avoir des envies soudaines de sucré et rêver d’un verre ou d’une canette de Coca-Cola, notamment en cas de soif intense. Il est possible d’en boire lorsque l’on attend un enfant à condition que ce soit avec modération.
Le Coca-Cola renferme notamment différents édulcorants et colorants dont le E150D, un dérivé alimentaire du caramel, qui lui donne sa couleur noire. On retrouve également de la caféine, environ 30 à 35 mg dans une bouteille d’un litre de Coca-Cola. La caféine pourrait avoir des effets délétères sur la santé, notamment chez la femme enceinte. Présent dans les bouteilles de Coca-Cola light et zéro, l’aspartame est une alternative au sucre. Selon certains travaux scientifiques, l’aspartame pourrait entraîner une hausse significative du risque d’accouchement prématuré chez les femmes enceintes ayant une consommation excessive de Coca-Cola light et zéro (plus de dix litres par jour). Il est donc conseillé aux femmes enceintes de consommer cette boisson avec modération et de privilégier l'eau comme principale source d'hydratation.
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