L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit fondamental pour les femmes en France. Cependant, l'accès à ce droit est loin d'être uniforme sur le territoire national. Des inégalités territoriales persistent, rendant le parcours des femmes souhaitant avorter parfois complexe et semé d'embûches. Cet article explore les défis et les disparités qui entravent l'accès à l'IVG en France, en s'appuyant sur des exemples concrets et des témoignages de professionnels de santé.
Inégalités Territoriales et Fermetures de Centres
L'accès à l'IVG est inégalement réparti sur le territoire français. Dans certains départements, le nombre de centres pratiquant l'IVG est limité, ce qui entraîne des difficultés pour les femmes souhaitant avorter. La Seine-et-Marne (77), le département le plus vaste d'Île-de-France, illustre parfaitement cette situation. Avec seulement huit structures réalisant des IVG, les femmes, en particulier celles résidant dans le secteur Est, plus rural et mal desservi par les transports en commun, sont confrontées à des difficultés d'accès.
La fermeture ou le transfert de centres pratiquant l'IVG aggrave encore ces inégalités. Par exemple, l'hôpital de Nemours a cessé de pratiquer des IVG dans le cadre d'une refonte de ses activités. Ces fermetures, combinées à un manque d'investissement du secteur privé, laissent le secteur public seul face à la demande. La clinique de Tournan-en-Brie est la seule de Seine-et-Marne à réaliser des IVG. Pour les autres, l'activité, coûteuse et mal remboursée, a été abandonnée. Malgré la revalorisation du forfait, décidée par le gouvernement Ayrault en début d'année, l'activité reste déficitaire.
Un Parcours du Combattant
Pour de nombreuses femmes, l'avortement reste un parcours du combattant, jalonné de nombreuses étapes qui en allongent la procédure. Même avec des délais de consultation acceptables, globalement inférieurs à une semaine dans les principaux centres de Seine-et-Marne, un grand nombre d'avortements sont effectués tardivement (entre 9 et 12 semaines de grossesse) alors qu'ils auraient pu être pris en charge plus tôt.
Se rendre aux rendez-vous indispensables avant une IVG (deux consultations espacées d'au moins une semaine, une prise de sang, une échographie pour dater la grossesse… le tout à des horaires qui empiètent souvent sur le temps de travail) demande une organisation personnelle solide, d'autant qu'il est souvent difficile de se confier à son entourage pour obtenir une aide. "La procédure est complexe et chaque hôpital a la sienne, souligne Isabelle Louis, directrice du Mouvement français pour le planning familial (MFPF) Ile-de-France. Selon les centres, il faut se déplacer une, deux, trois ou quatre fois. Rien n'est fait pour que ce soit facile."
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Le rôle d'information et d'orientation d'une association comme le Planning familial est donc capital. Les efforts du MFPF en Seine-et-Marne se concentrent d'ailleurs sur les secteurs les plus isolés du département. La première antenne du Planning dans le 77 a ouvert ses portes il y a trois ans à la Ferté-sous-Jouarre, petit village situé à mi-chemin entre Meaux et Château-Thierry, et deux autres permanences sont en projet à Veneux-les-Sablons et à Champagne-sur-Seine, non loin de Fontainebleau. La dizaine de bénévoles du Planning dans ce secteur semi-rural espère entraîner dans son sillage tout un réseau de professionnels de santé sensibilisés. "Quand on habite dans un village de 700 à 5 000 habitants, il n'est pas évident pour une jeune fille de parler au médecin de famille de sa sexualité ou de franchir la porte de sa pharmacie pour obtenir une contraception", explique Patricia Jaume, chargée de mettre en place cette deuxième antenne du MFPF dans le département.
IVG Médicamenteuse et Engagement des Médecins
La loi permet depuis 2004 aux médecins libéraux de réaliser des IVG médicamenteuses, à condition d'avoir suivi une formation et signé une convention avec l'hôpital du secteur. Mais dans certaines régions, peu de médecins généralistes s'engagent dans cette pratique. A Meaux, par exemple, aucun généraliste ne pratique d'IVG en cabinet, relève le Dr Francine Michel. "L'hôpital a proposé des formations aux généralistes du secteur. Seuls deux médecins l'ont suivie, c'est une perte d'argent." Un médecin a bien signé un agrément avec le centre hospitalier (CH) de Meaux… mais n'a encore jamais réalisé d'acte. Au service de planification familiale, on avoue ne jamais orienter de patiente vers ce médecin. "On n'y pense même pas !"
La situation est différente autour de Melun, où dix médecins de ville sont conventionnés auprès de l'hôpital. L'an dernier, ces libéraux ont réalisé 409 avortements, soit près de 40 % des IVG faits dans le secteur de Melun en 2012 (les IVG devant obligatoirement être déclarés, il est facile pour les hôpitaux d'en tenir la comptabilité). Mais là encore, certains médecins ne jouent pas complètement le jeu : trois de ces médecins concentrent 80 % de l'activité libérale d'IVG en ville, tandis que deux n'ont réalisé aucune interruption de grossesse en 2012.
Le manque d'intérêt des médecins masque parfois des freins idéologiques. A Meaux, deux médecins de ville sont rattachés à l'hôpital spécifiquement pour effectuer des IVG chirurgicales. Mais ils ne sont là qu'à temps partiel. "Tout le service est censé faire des IVG, notamment des IVG médicamenteuses. Or, sur huit médecins, nous avons trois objecteurs de conscience, et sur les cinq restants, deux s'arrangent pour n'avoir jamais à faire d'IVG, regrette Francine Michel. Comme ancienne chef de service, j'ai fait l'erreur de ne pas demander aux médecins que nous recrutions s'ils acceptaient de pratiquer des IVG. Ce devrait pourtant être un critère prioritaire pour travailler dans le secteur public." Un critère qui permettrait aux hôpitaux de montrer que l'IVG est une activité parfaitement assumée par le service public.
Vers une Constitutionnalisation de l'IVG ?
Dans un contexte où le droit à l'avortement est remis en question dans certains pays, la France envisage d'inscrire la liberté des femmes à recourir à l'IVG dans la Constitution. Cette initiative vise à consolider ce droit et à le protéger contre d'éventuelles restrictions futures. L'Assemblée nationale examine actuellement un texte de loi en ce sens.
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Cependant, certains professionnels de santé expriment des craintes quant à l'impact réel de cette constitutionnalisation. "Est-ce que l'inscription dans la Constitution changerait quoi que ce soit ?", s'interroge Nathalie Laurenceau, sage-femme et coordinatrice en maïeutique au CHU de Toulouse.
Les Différentes Méthodes d'IVG
En France, les femmes ont le choix entre deux méthodes d'IVG :
- L'IVG médicamenteuse : Elle peut être réalisée jusqu'à la fin de la septième semaine de grossesse (soit neuf semaines après le premier jour des dernières règles) en cabinet médical ou en centre de santé. Elle consiste en la prise de deux médicaments à 48 heures d'intervalle, qui provoquent l'arrêt de la grossesse et l'expulsion de l'œuf. Dans le cadre de la téléconsultation (IVG à l'hôpital ou en ville), les médicaments sont prescrits par le médecin ou la sage-femme et délivrés par une pharmacie d'officine désignée par la femme.
- L'IVG instrumentale (chirurgicale) : Elle est pratiquée obligatoirement en établissement de santé (hôpital ou clinique autorisé en gynécologie obstétrique ou chirurgie), jusqu'à 14 semaines de grossesse. Elle consiste en une aspiration de l'œuf, précédée d'une dilatation du col de l'utérus. L'intervention peut être réalisée sous anesthésie locale ou générale. Les sages-femmes effectuant une IVG instrumentale (chirurgicale) en établissement de santé doivent justifier de leur compétence.
Importance de l'Accompagnement Psycho-Social
Quelle que soit la méthode choisie, un accompagnement psycho-social est essentiel pour les femmes qui avortent. Lors d'une consultation avec un médecin ou une sage-femme, la femme enceinte doit être informée sur les méthodes abortives et a le droit d'en choisir une librement en fonction du terme de la grossesse. Le médecin ou la sage-femme vous propose un entretien psycho-social (celui-ci est obligatoire si vous êtes mineure et doit être réalisé avant le recueil de votre consentement). Une consultation psycho-sociale est systématiquement proposée après l'IVG.
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