L'idée que la consommation de fœtus soit une pratique courante en Chine est un sujet qui suscite des émotions fortes et de nombreuses controverses. Des rumeurs persistantes, souvent alimentées par des images choquantes circulant sur internet, contribuent à entretenir cette perception. Cependant, il est crucial de distinguer les faits avérés des allégations non fondées. Cet article vise à démêler le vrai du faux concernant cette question sensible.
L'origine des rumeurs : l'affaire Zhu Yu
L'une des sources principales de ces rumeurs remonte à l'an 2000, lors du festival des arts de Shanghai. Une exposition de photographies de l'artiste Zhu Yu a déclenché une vive controverse. Sur ces clichés, on pouvait voir l'artiste manipulant ce qui semblait être des fœtus. Zhu Yu lui-même a alimenté les rumeurs de cannibalisme en affirmant avoir cuisiné et mangé des fœtus pour réaliser cette exposition.
Cependant, il a été révélé par la suite que les fœtus présents sur les images étaient en réalité des créations artificielles, fabriquées à partir de poupées et de carcasses d'animaux. Malgré cette clarification, les images ont continué à circuler et à alimenter les rumeurs de consommation de fœtus en Chine.
La diffusion des rumeurs : un tabloïd malaisien et le web africain
En 2001, un tabloïd malaisien a publié les clichés de Zhu Yu en les présentant comme une illustration de plats à base de viande de nourrisson humain servis dans un restaurant taïwanais. Cette publication a été fermement condamnée par le gouvernement taïwanais, qui a exigé une rétractation.
Plus récemment, des rumeurs de cannibalisme chinois ont refait surface sur le web africain, accompagnées d'images choquantes. Ces rumeurs ont notamment ciblé des restaurants chinois à Douala, au Cameroun, accusés de conserver des fœtus dans leurs congélateurs.
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Les faits : un hoax démenti par les autorités et les experts
Il est important de souligner que la Chine n'a jamais légalisé la consommation de fœtus de bébé. De plus, aucune trace d'une conférence de presse donnée sur le sujet n'a été trouvée, ni de références à une quelconque loi autorisant cette pratique.
Plusieurs sites web spécialisés dans la vérification des faits, tels que Hoax-net et Snopes, ont mené des enquêtes approfondies sur ces rumeurs et ont conclu qu'il s'agissait d'un hoax.
Les enjeux éthiques et les fantasmes autour de la modification génétique
Parallèlement à ces rumeurs de cannibalisme, des controverses éthiques émergent autour des avancées scientifiques en matière de modification génétique. En 2018, une équipe chinoise a annoncé avoir réimplanté des embryons humains modifiés par nucléases, en l'occurrence de type CRISPR. Cette annonce a suscité de vives réactions et a relancé le débat sur les limites de la recherche scientifique et les risques potentiels pour l'espèce humaine.
Il est essentiel de ne pas projeter de stéréotypes sur l'exemple chinois. L'utilisation des embryons surnuméraires en Chine n'est pas plus libérale qu'aux États-Unis, voire qu'en France. En moyenne, 83 % des couples chinois ayant recours à la FIV décident de garder les embryons entre 0 et 3 ans après avoir eu des enfants, là où 62 % des couples américains gardent leurs embryons entre 0 et 5 ans après un accouchement.
La recherche sur l'embryon est encadrée en Chine par un texte, les « règles éthiques pour la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines », publié en 2003 par les ministères des Sciences, Technologies et de la Santé. L'article 3.9 interdit en théorie la réimplantation d'un embryon génétiquement modifié dans un but reproductif.
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Cependant, l'interprétation de ce texte se fait par les administrations des ministères en charge, et elle précède sa mise en œuvre. De plus, la recherche militaire joue un rôle important dans ce domaine, avec les facultés de médecine et hôpitaux militaires gérés par la section santé du département général de la logistique de l'Armée Populaire de Libération (APL). Ce département serait quasi-souverain pour interpréter et mettre en œuvre les recommandations nationales formulées par les ministères.
Les implications politiques et économiques de la course au "genome editing"
La technologie CRISPR appliquée aux embryons a entraîné une course technologique au « genome editing » entre grandes puissances scientifiques. La Chine investit massivement dans le secteur des sciences de la vie depuis plus de 20 ans. Le Neuvième Plan Quinquennal (1996-2001) mentionne déjà l'importance des biotechnologies. Le plan actuel (Treizième Plan Quinquennal) est encore beaucoup plus explicite.
Cette course au "genome editing" soulève des questions éthiques, économiques et politiques complexes. Il est essentiel d'encadrer ces avancées scientifiques pour éviter les dérives et garantir le respect de la dignité humaine.
Les débats bioéthiques en France et l'importance d'un cadre maîtrisé
En France, les débats bioéthiques sont également très présents. La loi relative à la bioéthique est en constante évolution, avec des enjeux majeurs tels que l'accès à la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples de femmes et les femmes seules, la recherche sur l'embryon et la modification génétique.
Il est crucial de mener ces débats de manière sereine et éclairée, en tenant compte des différents points de vue et en veillant à respecter les principes éthiques fondamentaux. Il est également important de garantir un cadre maîtrisé pour les pratiques médicales et scientifiques, afin d'éviter les dérives et de protéger l'intérêt supérieur de l'enfant.
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