Le conte du Petit Chaperon rouge, universellement connu et aimé, est bien plus qu'une simple histoire pour enfants. Ses origines se perdent dans les méandres du temps, puisant leurs racines dans des légendes et traditions européennes médiévales. Ce récit, transmis oralement pendant des siècles, a subi de nombreuses transformations, reflétant les psychologies, les croyances et les mythes des époques successives. Des versions orales aux adaptations écrites par Charles Perrault et les frères Grimm, le Petit Chaperon rouge est un miroir de nos sociétés et de leurs préoccupations.
Les Racines Européennes du Conte
La plupart des récits que nous ont laissés les frères Grimm et Charles Perrault s’inspirent de légendes et de traditions locales répandues dans toute l’Europe au Moyen Âge. On retrouve trace de l’histoire d'un Petit Chaperon rouge dans la tradition orale de nombreux pays européens, sous différentes versions, antérieures au XVIIe siècle. Dans ses versions européennes, le conte oppose le plus souvent, dans une convention toute médiévale, l’univers sûr du village aux dangers de la forêt.
L'histoire du Petit Chaperon rouge est celle qui a subi les plus grandes transformations depuis ses origines. Des changements ont été apportés dans l’idée d’adoucir certaines images, afin que le public enfantin puisse les apprécier en toute tranquillité. Mais la vérité est qu’à chaque changement, nous avons perdu l’intention initiale. Parce que chaque histoire contenait une doctrine, un enseignement que nous devions tous suivre.
L’anthropologue britannique Jamie Tehrani, de l’Université de Durham, a ainsi mené une étude mathématique sur 58 variantes du conte en se concentrant sur 72 variables (nombre et sexe des protagonistes, le type d'animal, la fin, les ruses utilisées, etc.). Dans certaines des versions les plus anciennes, le Petit Chaperon rouge est un jeune homme déguisé en fille et envoyé par Mère-Grand dans la forêt hostile entourant le village pour tuer le loup. Le conte porte d'abord sur le travestissement et la dissimulation. La couleur du Chaperon servant au travestissement est une référence symbolique au meurtre du Loup. Dans la version italienne, intitulée La Finta Nonna (La Fausse Grand-mère), la petite fille l’emporte sur le Loup grâce à sa propre ruse, sans l’aide d’un homme ou d’une femme plus âgée. Il existe un conte chinois semblable. Dans celui-ci, c'est la grand-mère qui se rend chez ses trois petites-filles. Elle rencontre le loup, qui, après l'avoir interrogée, la tue et prend son apparence dans le but de tromper et de manger les trois filles. Ces dernières, cependant, finissent par comprendre l'imposture et par tuer le loup par la ruse, même si la grand-mère est tuée.
Charles Perrault et la Moralisation du Conte
En 1697, Charles Perrault a été le premier à récupérer l’histoire du Petit Chaperon Rouge. Il a dû l’inclure dans sa collection de contes populaires, sachant qu’il était l’un des moins connus des Européens. Le conte est né dans les Alpes du Nord. Il présentait des images trop sanglantes qu’il a modifiées par souci de rendre l’histoire plus inoffensive pour le public enfantin. C’est la première fois que l’histoire de cette jeune fille à la capuche rouge se répand en Europe.
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La plus ancienne version retranscrite et figée est celle de Charles Perrault, parue dans Histoires ou contes du temps passé, avec des moralités le 11 janvier 1697. Cette version est plus malheureuse et plus moralisatrice que celles qui suivront. L’héroïne en est une jeune fille bien élevée, la plus jolie du village, qui court à sa perte en donnant au loup qu’elle rencontre dans la forêt les indications nécessaires pour trouver la maison de sa grand-mère. Le loup mange la vieille dame en se cachant des bûcherons qui travaillent dans la forêt voisine. Il tend ensuite un piège au Petit Chaperon rouge et finit par la manger.
Auteur de textes religieux, chef de file des Modernes dans la Querelle des Anciens et des Modernes, Charles Perrault était considéré par ses contemporains comme l'un des grands auteurs du XVIIe siècle. Charles Perrault est né dans une famille bourgeoise tourangelle installée à Lyon. Son grand-père a été brodeur du roi, son père Pierre († 1652) avocat au Parlement de Paris s'est marié en 1608 à Paquette Le Clerc († 1657) qui lui donne sept enfants. Charles Perrault est baptisé le 13 janvier 1628 en l'église Saint-Étienne-du-Mont à Paris. Il fait des études littéraires brillantes au collège de Beauvais à Paris dont il raconte, dans ses Mémoires, qu'y étant élève de philosophie, il quitta la classe à la suite d’une discussion avec son professeur, en compagnie d'un de ses camarades. Tous deux décident de ne plus retourner au collège, et ils se mettent avec ardeur à la lecture des auteurs sacrés et profanes, des Pères de l'Église, de la Bible, de l’histoire de France, faisant de tout des traductions et des extraits. Reçu avocat en 1651 après avoir obtenu sa licence de droit, il s'inscrit au barreau, mais s'ennuie bientôt de « traîner une robe dans le Palais ». En 1653, il publie avec son frère Claude un poème, « Les murs de Troie ou L'origine du burlesque ». Un an plus tard, il entre en qualité de commis chez son frère qui était receveur général des finances. Il est chargé par Colbert de la politique artistique et littéraire de Louis XIV en 1663 en tant que secrétaire de séance de la Petite Académie, puis en 1672 en tant que contrôleur général de la Surintendance des bâtiments du roi. Dès lors, Perrault use de la faveur du ministre au profit des lettres, des sciences et des arts. Perrault contribue également à la fondation de l’Académie des sciences et à la reconstitution de l’Académie de peinture. Il fait partie, dès l’origine, de la commission des devises et inscriptions qui devint l’Académie des inscriptions et belles-lettres mais à la mort de Colbert en 1683, il perd sa charge de contrôleur général et est exclu de cette Académie. Entré à l’Académie française en 1671, il y donne l’idée des jetons de présence, de rendre publiques les séances de réception et de faire les élections « par scrutin et par billets, afin que chacun soit dans une pleine liberté de nommer qui il lui plairait. Perrault commence en 1696 et termine cinq ans après un ouvrage intitulé Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle (2 vol.
Dans la version du Petit Chaperon rouge de Charles Perrault, il a décidé de supprimer les éléments les plus cruels des versions originales, comme le cannibalisme, dans le but de donner une leçon de morale aux jeunes femmes. Dans ce cas, Perrault voulait punir le Petit Chaperon Rouge pour avoir parlé à des inconnus, le Loup de la Forêt en étant la représentation. Dans presque toutes ses histoires il laisse une morale très explicite et, pour celle du Petit Chaperon Rouge, il écrit ceci :« On voit ici que des adolescents et des jeunes femmes plus élégantes, bien faites et belles, font mal d’écouter certaines personnes, et qu’il ne faut pas s’étonner de la plaisanterie que tant de gens sont mangés par le loup. Je dis le loup, car ces animaux ne sont pas tous les mêmes : il y en a avec un excellent caractère et un humour affable, doux et accommodant, qui sans bruit, sans fiel ni irritation poursuivent les jeunes filles, venant derrière elles jusqu’à la maison et même dans la chambre. ces loups mielleux les plus dangereux ? “Avec ce passage, la leçon de morale qu’il a voulu laisser aux jeunes femmes qui établissent des relations avec des inconnus devient évidente, soulignant le caractère sexuel de ces rencontres.
Les Frères Grimm et la Fin Heureuse
En 1812, les frères Grimm ont également décidé de l’inclure dans leurs collections. Pour ce faire, ils se sont inspirés de l’ouvrage allemand de Ludwig Tieck : la vie et la mort du petit chaperon rouge, dans lequel, contrairement au récit de Perrault, le personnage du chasseur était présent. Ils ont éliminé toute trace d’éléments érotiques et sanglants, donnant à l’histoire une belle fin heureuse. Que serait un conte de fées pour enfants sans le classique happy end ?
Au XIXe siècle, deux versions distinctes furent rapportées par Jacob et Wilhelm Grimm : la première par Jeanette Hassenpflug (de) (1791-1860) et la seconde par Marie Hassenpflug (1788-1856). Les deux frères firent de la première version l’histoire principale et de la seconde une suite. L’histoire de Rotkäppchen (La Capuche rouge) parut dans la première édition de leur collection Kinder- und Hausmärchen (Contes de l'enfance et du foyer, 1812). Dans cette version, la fillette et sa grand-mère sont sauvées par un chasseur qui suivait la piste du Loup. La suite montre la fillette et sa grand-mère piégeant et tuant un autre loup, anticipant ses gestes grâce à l’expérience acquise au cours de la première histoire. Les frères Grimm modifièrent l’histoire dans les éditions postérieures, jusqu’à atteindre la version la plus connue dans l’édition de 1857. Cette version édulcorée, largement répandue, raconte l’histoire d’une petite fille qui traverse la forêt pour apporter un morceau de galette, du beurre à sa grand-mère. En chemin, la fillette fait la rencontre d’un loup, qui la piège à la fin et la dévore elle et sa grand-mère. Un chasseur vient néanmoins pour les sauver en ouvrant le ventre du Loup.
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Symbolisme et Interprétations
Comme mentionnée précédemment, cette histoire trouve son origine dans une région isolée des Alpes. Son but est de nous avertir, de nous signaler qu’il y a des choses qui nous sont interdites en tant que race humaine, communauté et groupe. Dans la légende, notre protagoniste est une adolescente, une jeune fille qui vient d’entrer dans le monde des adultes. D’où le capuchon rouge, symbole du cycle menstruel. Cette jeune fille reçoit une tâche de sa famille : elle doit traverser les bois pour apporter du pain et du lait à sa grand-mère malade. Comme vous pouvez le voir, jusqu’ici les variations par rapport à l’histoire originale ne sont pas nombreuses, mais il faut interpréter chaque geste et chaque image.
La forêt est une zone de danger pour les jeunes. Elle représente un test, un rite de passage au sein d’une communauté, par lequel il est démontré que les enfants sont entrés dans le monde des adultes. Cette forêt présente comme risque principal la figure du loup, un animal qui symbolise la barbarie et l’irrationalité. Quelque chose que notre petit chaperon rouge sait déjà et doit affronter. La jeune fille parvient à traverser les bois et arrive heureuse chez sa grand-mère, qui la reçoit dans son lit parce qu’elle est malade. Tout cela ressemble sans doute beaucoup à l’histoire classique. La grand-mère malade dit à la jeune fille au chaperon rouge de ranger le pain et le lait et de manger de la viande prête pour elle dans la cuisine. Le petit chaperon rouge la dévore d’appétit, se rassasie et suit ensuite le deuxième ordre donné par la vieille femme : elle doit enlever ses vêtements, un vêtement après l’autre, et les jeter dans le feu, puis se coucher avec elle dans son lit. La jeune fille, diligente, le fait sans aucun doute, sans penser qu’il y a quelque chose d’étrange dans cette situation. Juste au moment de se coucher, elle découvre que celui qui la reçoit au milieu des rires est le loup, qui lui révèle que la viande qu’elle vient de manger était celle de sa grand-mère malade. Elle a commis un grave péché, le cannibalisme. Plus tard, le loup dévore le jeune chaperon rouge. Le symbolisme est présent dans chaque personnage : le loup représente le monde sexuel et violent. La vieille femme dévorée par la jeune fille représente la succession des générations.
Bernadette Bricout, professeur de littérature orale, explique que le lecteur a affaire à « un apprentissage de la liberté et de l’autre » dans Le Petit Chaperon rouge. Dans son essai Psychanalyse des contes de fée, le pédagogue et psychologue Bruno Bettelheim soulignait l’importance et le bénéfice des contes pour enfants. Même si de nos jours, la figure du loup est souvent interprétée et associée à celle d’un prédateur pédophile, Charles Perrault ne lui donnait pas cette dimension. L’histoire du Petit Chaperon rouge met en garde les enfants et particulièrement les jeunes filles qui s’aventureraient seules dans un lieu inconnu.
Lucile Novat, dans son essai "De grandes dents. Enquête sur un petit malentendu", défend la thèse que le danger pointé par le conte, ce ne serait pas celui qui rôde au dehors, dans les forêts, dans les bals ou sur les parkings, mais bien un danger du dedans. Ce que nous raconte le Petit chaperon rouge, c’est que la menace se trouve au cœur du foyer, au sein de la famille, au creux d’un lit où se trouve quelqu’un que l’on connait bien. Autrement dit, le Petit chaperon rouge, ce serait avant tout une histoire d’inceste.
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