L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est une expérience complexe qui peut entraîner des changements de comportement significatifs chez certaines femmes. Bien que chaque vécu soit unique, il est essentiel d'examiner les facteurs qui contribuent à ces changements et de comprendre les risques associés à l'IVG, souvent méconnus ou passés sous silence.
Risques Psycho-Comportementaux Post-IVG
Les études convergent vers une augmentation significative des risques psycho-comportementaux post-IVG. Ces risques incluent :
Dépression : Une étude américaine (Cougle et al., 2003) montre une augmentation de 65 % du risque de dépression chez les femmes ayant subi une IVG, indépendamment de l’âge, de l’origine ethnique, de l’éducation, du statut matrimonial, du revenu ou des antécédents psychiatriques. Le risque reste élevé même pour les IVG motivées par une grossesse non désirée.
Stress Post-Traumatique et Anxiété : Les conséquences psychologiques de l’IVG ne se limitent pas à l’individu. Leurs répercussions peuvent affecter les relations avec les partenaires, la famille et les amis. Les femmes peuvent ressentir une incapacité à se connecter avec leur partenaire ou à parler de leurs émotions, ce qui peut conduire à une distance relationnelle.
Troubles du Sommeil :
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Toxicomanie et Alcoolisme : Le risque de toxicomanie et d’alcoolisme est multiplié par 5 chez les femmes post-IVG, même sans antécédents (Reardon & Ney, 2000).
Comportements Suicidaires :
Troubles Alimentaires :
Instabilité Relationnelle :
Ces risques sont amplifiés par des facteurs comme la contrainte, le manque d’information et les avortements répétés.
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Facteurs Aggravants
Contrainte : 64 % des femmes rapportent avoir subi des pressions de leur entourage pour avorter (Rue et al., 2004). Deux tiers des IVG impliquent une forme de contrainte.
Manque d’Information : 67 % des femmes américaines déclarent ne pas avoir été informées, 84 % n’ont pas reçu de conseils adéquats, et 79 % n’ont pas été informées des alternatives (Rue et al., 2004).
Le Vécu Psychologique de l'IVG
Le vécu d’une IVG est personnel et varie d’une femme à l’autre. C’est souvent le contexte de sa réalisation et l’accompagnement autour de l’IVG qui peuvent avoir un impact psychologique. Par ailleurs, les discours moralisateurs ou culpabilisants peuvent contribuer au mauvais vécu d’une IVG.
Sentiment de Culpabilité
Un aspect perturbateur du syndrome est le sentiment de culpabilité. Beaucoup de femmes éprouvent une incapacité à se pardonner d’avoir pris cette décision, associant leur avortement à un échec personnel. Ce sentiment peut être exacerbé par des facteurs socioculturels où l’avortement est stigmatisé, conduisant à un sentiment de honte.
Syndrome Post-Avortement : Réalité ou Mythe ?
Parmi les idées reçues qui circulent autour de l’IVG, on retrouve fréquemment l’existence d’un syndrome post avortement. Pourtant, de nombreuses études scientifiques fiables ont montré que l’IVG n’est pas à l’origine de troubles psychologiques spécifiques. Bien que certaines personnes soutiennent l’existence du syndrome, la communauté scientifique est divisée. La plupart préfèrent parler de symptômes de stress post-traumatique, et il n’existe pas encore de consensus clair sur ce que l’on appelle le syndrome post-avortement.
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Conséquences Physiques et Examens Médicaux Post-IVG
Après l’IVG, les examens médicaux ont pour objectif de vérifier que la grossesse est bien interrompue. En plus de l’examen clinique qui peut être réalisé, si la consultation est en présentiel, le médecin ou la sage-femme pourra vous proposer de réaliser une prise de sang pour doser les β-hCG ou une échographie. Tous ces examens et consultations sont pris en charge à 100% par l’Assurance maladie sans aucune avance de frais que vous soyez majeure ou mineure.
Saignements et Symptômes Physiques
Les saignements après une IVG peuvent être un peu plus abondants que les règles habituelles dans les premiers jours. Ils durent de quelques jours à 3 semaines. Les symptômes de grossesse (nausées ou sensibilité des seins) disparaissent généralement quelques jours après l’IVG médicamenteuse ou instrumentale. Un test de grossesse peut rester positif jusqu’à trois semaines après une IVG. C’est la visite de contrôle qui permettra de confirmer que l’IVG a fonctionné.
Retour des Règles
Après une IVG, les règles reviennent généralement dans les 4 à 6 semaines. Cela peut varier en fonction du type de contraception que vous avez choisi d’utiliser et du moment où vous l’avez débutée.
Reprise des Rapports Sexuels
Il est conseillé d’attendre une dizaine de jours avant la reprise des rapports sexuels avec pénétration après une IVG. En effet, si le col de l’utérus n’est pas refermé, il existe un risque que des germes puissent remonter du vagin vers l’utérus et soient à l’origine d’une infection. Pour les mêmes raisons, il est également recommandé de ne pas utiliser de tampons durant cette période.
Contraception Post-IVG
Si vous ne souhaitez pas de grossesse, il est nécessaire d’utiliser une contraception dès la reprise des rapports sexuels après une IVG (une grossesse est possible même avant la reprise de vos règles). Au cours des différentes consultations effectuées pour réaliser l’IVG, vous recevez une information détaillée sur les méthodes contraceptives disponibles et pouvez échanger avec le médecin ou la sage-femme afin de choisir la contraception qui vous convient le mieux.
Types de Contraception
Aucune méthode n’est contre-indiquée après une IVG, sauf cas particulier. Seuls les moyens de contraception nécessitant des manipulations vaginales (anneau vaginal, cape cervicale, etc.) ne sont pas recommandés immédiatement après l’intervention, pendant le premier cycle suivant l’IVG.
La contraception que vous avez choisie peut être mise en place dès la réalisation de l’IVG. Un dispositif intra-utérin (au cuivre ou à la progestérone) peut être posé immédiatement après la réalisation de l’IVG instrumentale (sauf en cas d’épisode infectieux) ou lors de la visite de suivi pour une IVG médicamenteuse.
Une contraception hormonale, œstroprogestative (pilule, patch transdermique) ou progestative (pilule, implant, injection intra musculaire) peut être débutée :
- Le jour même ou le lendemain d’une IVG instrumentale.
- Le jour de la prise de misoprostol - prise du 2e médicament - pour une IVG médicamenteuse.
Les préservatifs externes (dits masculins) ou internes (dits féminins) peuvent être utilisés dès la reprise des rapports sexuels. Ce sont les seuls contraceptifs qui protègent des infections sexuellement transmissibles, dont le VIH-Sida.
Remboursement de la Contraception
Sont remboursables par l'Assurance maladie :
- Certaines pilules contraceptives.
- Les implants contraceptifs hormonaux.
- Les progestatifs injectables.
- Les dispositifs intra-utérins (DIU) ou stérilets.
- Les diaphragmes.
- Certaines marques de préservatifs externes (masculins).
Pour les femmes de moins de 26 ans avec une couverture sociale, ces contraceptifs sont délivrés en pharmacie sur prescription médicale avec une prise en charge à 100% et sans avance de frais. Concernant les préservatifs externes, ils sont pris en charge à 100% pour tous et toutes jusqu'à 26 ans, sans ordonnance. Le parcours de contraception pour toutes les personnes mineures est protégé par le secret.
Pour les femmes de plus de 26 ans, ces contraceptifs sont remboursés à 65 % par l'Assurance maladie dans les conditions habituelles.
Accompagnement et Soutien Psychologique
Face à ces symptômes, une prise en charge psychologique est souvent recommandée. Des thérapies comme la thérapie cognitivo-comportementale peuvent aider à traiter les pensées négatives et à développer des stratégies d’adaptation. Les groupes de soutien peuvent également jouer un rôle crucial dans le processus de guérison. Partager son expérience avec d’autres femmes ayant vécu des situations similaires peut être libérateur et offrir des perspectives nouvelles.
Les centres de santé sexuelle (anciens centres de planification et d’éducation familiale) délivrent à titre gratuit des médicaments ou dispositifs contraceptifs aux mineures désirant garder le secret et aux personnes ne bénéficiant pas d’une couverture sociale.
Témoignages et Situations de Vie
De nombreux témoignages de femmes ayant subi une IVG montrent à quel point cette expérience peut être variable. Il est crucial de reconnaître que les conséquences psychologiques de l’IVG varient d’une femme à l’autre. Les expériences personnelles, les facteurs socioculturels et le soutien reçu sont déterminants dans l’issue de chaque situation.
Exemple de Relation Post-IVG
Un jeune homme de 26 ans décrit une relation avec sa copine de 22 ans qui a changé après une IVG. La relation, initialement passionnelle, a été marquée par deux accidents de contraception, menant à une IVG que sa copine a catégoriquement choisie. Depuis, elle est d'humeur changeante, a tenté de revoir son ex et la relation intime est interrompue. Il se sent perdu et craint la fin de leur relation.
Les conseils donnés dans ce cas incluent :
- Communication : Discuter ouvertement avec sa copine pour qu'elle exprime ses sentiments et ses craintes.
- Soutien Émotionnel : Offrir un soutien émotionnel et être à l'écoute de ses besoins.
- Attention : Montrer que la relation est sérieuse et pas seulement basée sur le sexe.
- Compréhension : Reconnaître que l'IVG a pu être une épreuve difficile et qu'elle a besoin de soutien.
Témoignage d'une Femme Ayant Subi une IVG
Une femme de 30 ans raconte une relation tumultueuse avec son conjoint, marquée par l'infidélité et les conflits. Lorsqu'elle est tombée enceinte, elle a décidé d'avorter en raison de la situation instable et des menaces de son conjoint. Elle vit aujourd'hui très mal cette décision et regrette son choix.
Les conseils donnés dans ce cas incluent :
- Priorité à la Santé Mentale : Rechercher un soutien professionnel pour gérer les émotions et renforcer l'estime de soi.
- Reconnaissance de la Violence : Identifier les signes de violence conjugale et chercher de l'aide auprès d'associations spécialisées.
- Compassion envers Soi-Même : Être tendre et compatissante envers soi-même, car la décision a été prise dans des circonstances extrêmement difficiles.
- Distance : Maintenir une distance avec le conjoint pour permettre une reconstruction personnelle.
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