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Les enjeux de l'avortement, des minorités et des actualités sous la loupe de Trump

L'ère politique marquée par la figure de Donald Trump a engendré des changements considérables dans le paysage sociopolitique américain, notamment en ce qui concerne les droits des minorités et l'accès à l'avortement. Cet article vise à explorer ces enjeux, en mettant en lumière les mesures prises par l'administration Trump, les réactions qu'elles ont suscitées, et les implications pour l'avenir des droits fondamentaux aux États-Unis.

La suppression de termes sensibles sur les sites web de l'administration américaine

Des journalistes du New York Times ont mis en évidence une pratique préoccupante : la disparition de certains mots et expressions des principaux sites web de l'administration américaine. Une liste de près de 200 termes a été identifiée, dont certaines mentions ont été effacées. Bien que tous les termes répertoriés figuraient sur un document d'« au moins une agence », il est important de noter que cela ne signifie pas nécessairement que l'ensemble des autres agences aient également été dissuadées de les utiliser.

Dans certains cas, des responsables des agences fédérales « ont conseillé la prudence dans l'utilisation des termes sans pour autant instaurer une interdiction pure et simple ». Un grand modèle de langage a été utilisé pour identifier les changements avant/après, et « en particulier les mots mis en évidence comme n'étant plus utilisés ».

Si certains mots (comme transexuel, transgenre ou l'expression « Diversité, égalité et inclusion ») semblent avoir été bannis en tant que tels, d'autres (comme femmes, victimes ou noir) ne semblent l'avoir été que dans certains contextes spécifiques. Le département d'État a pour sa part effacé la mention de l'accord de Paris sur le climat, ainsi que le fait que « la crise climatique ne connaît pas de frontières, et tant le défi que ses solutions vont de l'échelle locale à l'échelle mondiale ».

Selon l'AP, « Nous sommes satisfaits du respect rapide, par l'ensemble du département, de la directive visant à supprimer le contenu DEI de toutes les plates-formes », explique le porte-parole du Pentagone, John Ullyot.

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Le New York Times souligne que le président Trump et ses proches conseillers se sont pourtant souvent présentés « comme des champions de la liberté d'expression ».

La loi texane S.B. 8 : une restriction drastique du droit à l'avortement

Dans un contexte politique bipolarisé et radicalisé, la loi texane S.B. 8, entrée en vigueur le 1er septembre 2021, a suscité une vive controverse. Cette loi interdit tout avortement au-delà de six semaines de grossesse, privant ainsi les Texanes d'un droit constitutionnel. Les conséquences sont immédiates et dramatiques pour des milliers d'entre elles, sans qu'aucune issue ne se dessine.

Un mécanisme d'application inédit

La loi S.B. 8 comporte un mécanisme d'application inédit conçu précisément pour rendre difficile sa suspension par les autorités fédérales. Elle écarte les forces de l'ordre et repose sur l'intervention de citoyens délateurs et chasseurs de primes, ce qui pourrait être étendu à de nombreux autres domaines que l'avortement.

Selon la loi, « toute personne qui n'est pas un employé de l'État [du Texas] ou d'une de ses administrations locales peut intenter une procédure judiciaire civile contre toute personne qui : pratique ou déclenche un avortement […], s'implique en connaissance de cause dans une action qui aide ou soutient la pratique d'un avortement, y compris le paiement ou le remboursement du coût d'un avortement à travers une assurance ou d'une autre manière, si l'avortement est pratiqué dans des conditions qui violent ce sous-chapitre […], ou qui a l'intention de s'impliquer de telle manière ».

En pratique, cela signifie que toute personne peut intenter un procès à un individu ayant contribué de près ou de loin à un avortement au-delà de six semaines au Texas. Le plaignant n'a pas besoin d'être directement affecté par la loi, ni même de résider au Texas. S'il l'emporte, la cour lui attribuera une somme de 10 000 dollars minimum à payer par l'accusé pour chaque procédure ainsi que le remboursement de ses frais juridiques. Les frais engagés par l'accusé pour sa défense, en revanche, ne pourront être remboursés, même s'il l'emporte.

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Les conséquences de la loi S.B. 8

La loi S.B. 8 a des conséquences désastreuses pour les femmes texanes. La limite de six semaines est particulièrement problématique, car la plupart des femmes ne savent pas encore qu'elles sont enceintes à ce stade. De plus, la loi ne prévoit pas d'exception pour les grossesses causées par un viol ou un inceste, ce qui est inacceptable.

En pratique, l'interdiction à six semaines de grossesse ne signifie pas que les personnes concernées disposent de six semaines pour réfléchir, prendre une décision informée et procéder à un avortement. Selon Katherine Kraschel, spécialiste en politique de santé reproductive qui enseigne à la faculté de droit de l'université Yale, « la fenêtre est de deux semaines au mieux, pas de six semaines […] et encore, c'est dans le cas où le test de grossesse serait effectué le jour où la personne n'a pas eu ses règles et en supposant qu'elle ait un cycle menstruel régulier de quatre semaines ».

De plus, la limite de six semaines imposée au Texas s'inscrit dans la continuité d'autres obstacles et restrictions déjà mis en œuvre dans cet État pour limiter les avortements. Il existe ainsi une période d'attente obligatoire de vingt-quatre heures entre la première visite chez le praticien et l'avortement effectif. Par ailleurs, le Texas limite drastiquement les cas dans lesquels un avortement est couvert par les assurances maladie.

Les restrictions très sévères imposées par la S.B. 8 préoccupent fortement l'ensemble de la gauche américaine.

Un contournement de la jurisprudence Roe v. Wade

La loi texane contourne la jurisprudence Roe v. Wade établie par la Cour suprême, qui protège le droit à l'avortement. En externalisant l'application de la loi à des citoyens privés, le Texas s'exonère de toute contestation judiciaire qui lui reprocherait le viol d'un droit constitutionnel par l'État texan et ses agents.

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Ainsi que l'explique Jordan Smith, un médecin qui pratique des avortements pourrait par exemple gagner un procès dans lequel il aura argumenté que la S.B. 8 est inconstitutionnelle, mais la portée du jugement sera limitée à cette seule affaire. Ce jugement n'empêchera pas un autre individu de porter plainte contre le médecin pour la même infraction supposée, traînant le médecin devant les tribunaux encore et encore pour qu'il présente le même argument. Et même s'il emporte chaque procès et ne doit donc pas s'acquitter de la prime de 10 000 dollars, il devra régler les frais juridiques occasionnés.

C'est précisément cette menace qui permet à l'interdiction de fonctionner : la menace de ruiner à coups de frais juridiques les personnes et institutions qui pratiquent des avortements.

Un mécanisme inquiétant pour l'avenir des droits constitutionnels

La loi S.B. 8 est préoccupante car elle prive les Texanes d'un droit constitutionnel. Elle inquiète aussi de manière beaucoup plus large car, au-delà de ce cas précis, le mécanisme pourrait être utilisé dans de nombreux autres domaines. En pratique, la S.B. 8 permet à un État de contourner un précédent de la Cour suprême. Si la Cour permet à cette loi de rester en vigueur, cette approche pourra donc être appliquée à tous les précédents de la Cour de la même manière, ne garantissant de ce fait plus aucun droit constitutionnel dans le pays.

Le retour de Donald Trump et ses implications pour les minorités

Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche après sa victoire aux élections de novembre 2024 constitue l'un des comebacks politiques les plus significatifs de l'histoire américaine. Si son premier mandat avait ébranlé l'establishment américain et entraîné le Parti républicain vers une ligne plus radicale et plus conservatrice, le second entend poursuivre ce virage idéologique.

Une politique protectionniste et un démantèlement de l'État fédéral

Avant même son investiture, Donald Trump a dévoilé un projet économique qui repose sur une politique protectionniste, opérant un tournant avec la politique étatsunienne pro-libre échange et présageant d'une guerre commerciale multilatérale avec les partenaires traditionnels des États-Unis, en particulier le Canada, le Mexique et la Chine. Il se positionne en faveur d'un démantèlement exacerbé de l'État fédéral et annonce la nomination de son soutien financier, Elon Musk, à la tête d'une agence qu'il charge précisément de réduire les dépenses des programmes fédéraux, le Department of Government Efficiency (DOGE). Enfin, renouant avec un certain expansionnisme, il annonce vouloir annexer le Canada, le Groenland et le canal du Panama.

Une politique anti-immigration et un renforcement des frontières

Dès son investiture, Donald Trump accélère la cadence, annonçant notamment le retrait des États-Unis de l'accord de Paris et de l'Organisation Mondiale de la Santé (qui avait critiqué sa gestion de la pandémie de COVID-19), et il suspend toutes les demandes d'asile aux États-Unis, mettant à exécution sa promesse de fermer les frontières et d'endiguer l'immigration.

Il signe des décrets notamment pour bloquer les demandes d'asile - en fermant notamment l'application CBP One mise en place par l'administration Biden pour faciliter ce processus -, pour reprendre la construction du mur, pour couper les financements aux villes sanctuaires, pour limiter le nombre de visas pour les étudiants étrangers, pour déporter les immigrés clandestins (notamment au Vénézuela). Plus récemment, il a ressuscité l'une des mesures phares de son premier mandat : le "travel ban" interdisant l'accès aux États-Unis pour les ressortissants de douze pays.

Une remise en question de la Constitution américaine

De façon exacerbée depuis son second mandat, Donald Trump n'a eu de cesse de remettre en question la Constitution américaine. Il enfreint des règles cardinales, franchit des limites censées être infranchissables. Il s'est octroyé des pouvoirs appartenant aux autres branches du gouvernement américain. Pour ce faire, il a fait un usage sans précédent des décrets présidentiels, qui atteste de sa volonté de centraliser le pouvoir et de gouverner "seul". En outre, son mépris de la branche judiciaire américaine, lorsque les cours - ou les juges qu'il a lui-même nommés - s'opposent à ses décisions, vont bien au-delà du recours aux freins et contrepoids (checks and balances) au cœur du système politique américain. Sa remise en question du 14e amendement, en particulier du droit du sol, remet en question l'identité même américaine.

Une politisation du renseignement

Pendant son premier mandat, Donald Trump a souvent été en conflit avec les agences de renseignement américaines, notamment le FBI, et a émis le souhait de les mettre sous sa coupe. À la suite de sa réélection, il semble s'atteler à les réformer grâce à la nomination de la très controversée Tulsi Gabbard comme Directrice du renseignement national (DNI), chargée de coordonner les 18 agences américaines de renseignement. Ce choix laisse présager d'une refonte en profondeur des agences américaines, voire une redéfinition même du rôle de ces agences. Il est à craindre que les agences de enseignement, qui sont censées être apolitiques et indépendantes, dérogent à cette règle de neutralité.

Une politique étrangère controversée

Dans la politique étrangère de l'administration Trump II, la notion de frontière est également omniprésente. Donald Trump répète à l'envi l'importance d'ériger et de défendre lesdites frontières. Pourtant, verbalement et symboliquement, il ne cesse de les transgresser. Sur la question de la Guerre en Ukraine, Donald Trump s'émancipe des limites rhétoriques que lui imposent les codes de discrétion et bienséance qui prévalent dans les milieux diplomatiques. Sur la question du conflit israélo-palestinien, Donald Trump manie également une rhétorique désinhibée, où la frontière entre ses propres fantasmes et la réalité disparaît.

Une politique anti-LGBTQ+

Alors qu'un récent sondage indique que 9,3% de la population adulte américaine s'identifie comme LGBTQ+ et que les dernières données recueillies en 2022-2023 indiquaient un taux de crime haineux 9 fois supérieur pour les personnes LGBTQ+, l'administration Trump 2.0 n'a pas attendu pour continuer sa politique anti-woke à travers ses mesures ouvertement LGBTphobes amorcées 8 ans plus tôt. Outre les décrets présidentiels dont les effets se font ressentir à court terme, certaines craintes concernent davantage des arrêts de la Cour Suprême.

Le soutien des femmes évangéliques blanches à Donald Trump

L'un des enjeux de la campagne présidentielle américaine de 2024, notamment pour le camp démocrate, a été de remporter l'adhésion de l'électorat féminin. Si Donald Trump ne s'est pas particulièrement adressé à l'électorat féminin au cours de sa campagne, il est pourtant un vote féminin sur lequel il a pu compter : celui des femmes évangéliques blanches, qui s'était déjà manifesté lors des élections présidentielles de 2016. Environ deux-tiers des femmes évangéliques blanches soutenaient en effet Donald Trump durant son premier mandat. Pour l'élection de 2024, les chiffres ont augmenté, puisque 80% des évangéliques blanches ont voté pour lui.

Ce chiffre correspond au soutien du groupe évangélique blanc hommes et femmes confondus pour les élections de 2024, mais aussi de 2016 et 2020. Pour répondre à ces questions, nous nous appuierons sur divers travaux conduits sur le rapport des femmes évangéliques à l'antiféminisme, ainsi que sur l'analyse de discours issus d'internet (notamment de réseaux sociaux évangéliques) dans une perspective sociologique.

Les évangéliques blanc·hes représentent aujourd’hui 14% environ de la population étasunienne, soit un déclin assez marqué depuis le début du 21ème siècle, puisqu’ils et elles étaient encore 23% en 2006. Ils et elles constituent cependant toujours le groupe religieux le plus important du pays.

Depuis les années 1970, les évangéliques blanc·hes se sont constitué·es en force politique conservatrice influente, contribuant notamment à l'élection de Ronald Reagan en 1980. Ils ont en commun la défense de valeurs morales qui s'articulent notamment autour d'un modèle familial hétéronormé. Ils s'opposent fermement au droit à l'avortement et à l'acquisition de nouveaux droits pour les minorités sexuelles. Aujourd'hui, la majorité des évangéliques blanc·hes sont par ailleurs issu·es d'une classe moyenne déclassée se sentant de plus en plus minoritaire dans la société étasunienne, menacée par les autres groupes ethniques.

Le ralliement des évangéliques à Donald Trump peut s'expliquer par plusieurs facteurs politiques et socio-économiques qui ont été mis en évidence par l'historien Mokhtar Ben Barka (2017). Tout d'abord, le premier mandat de Donald Trump a permis la nomination de trois juges conservateur·rices à la Cour Suprême : Neill Gorsuch en 2017, Brett Kavanaugh en 2018 et Amy Coney Barrett en 2020. Cette inflexion conservatrice a notamment conduit en 2022 à la révocation de l'arrêt Roe v. Wade de 1973.

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