L'accouchement par césarienne, bien que souvent nécessaire et considéré comme sûr, n'est pas sans risques ni conséquences, tant pour la mère que pour le bébé. Cet article explore les potentielles blessures du bébé lors d'une césarienne, les complications à court et à long terme, ainsi que les aspects psychologiques et émotionnels liés à ce mode d'accouchement.
Césarienne : Une Intervention Courante, Mais Pas Sans Risques
En France, près d’une femme sur cinq donne naissance par césarienne. Même s’il s’agit d’une opération chirurgicale courante, la césarienne reste une intervention importante, qui peut provoquer des complications.
Blessures Physiques du Bébé Pendant la Césarienne
Même s'il est très rare, il existe un risque de coupure de l'enfant au moment de la césarienne. Une étude menée par des chercheurs américains a montré que l'incision effectuée au cours de la césarienne pouvait engendrer une blessure sur le bébé dans 1 césarienne sur 100 environ. Des fractures peuvent également survenir. Les auteurs de l'étude indiquent que le taux de blessure augmente si la césarienne est décidée en urgence pendant le travail.
Complications Respiratoires
L'accouchement par césarienne peut provoquer des complications respiratoires à court ou long terme pour le bébé. Pendant un accouchement par voie basse, les poumons du bébé sont comprimés au moment où il passe entre les os du bassin et dans le vagin. Ce processus leur permet d'expulser le liquide amniotique qu'ils contiennent in utero. Pendant une césarienne, comme le bébé est sorti par le ventre de la maman, il peut avoir du mal à expulser les fluides pulmonaires et à respirer normalement. À long terme, de nombreuses études ont démontré que le bébé risquait davantage de souffrir d'asthme pendant l'enfance après un accouchement par césarienne. Le risque d'asthme augmente en cas de césarienne.
Risque Accru d'Allergies
Les bébés nés par césarienne présentent un risque plus élevé de développer des allergies, notamment des rhinites allergiques (rhumes des foins), des allergies alimentaires (œuf et lait de vache). Cette différence avec les bébés nés sans césarienne s'explique par le contact du bébé avec la flore vaginale de la maman lors d'un accouchement par voie basse. Au cours d'un accouchement par voie basse, le bébé ingère les bactéries présentes dans le vagin de la mère. La composition de son microbiote est ainsi très proche du milieu vaginal de la mère. Ces bactéries ont un effet protecteur sur le système immunitaire du bébé. Elles créent un terrain favorable pour la colonisation par ses propres bactéries digestives. En d’autres termes, la flore intestinale du bébé né par césarienne est moins riche en bonnes bactéries que celle du bébé né par voie basse. La composition de son microbiote est modifiée et, à terme, cela influe sur son système immunitaire qui devient moins protecteur contre certaines maladies digestives ou respiratoires.
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Impact sur les Hormones et l'Éveil du Bébé
Au cours d'un accouchement par voie basse, le bébé sécrète des hormones (en particulier des noradrénalines) qui jouent plusieurs rôles. Elles permettent d'envoyer une quantité accrue de sang vers les organes vitaux, de faciliter la première inspiration à l'air libre, d'utiliser les nutriments stockés dans l'organisme qui n'est désormais plus alimenté par le cordon ombilical, de favoriser l'éveil du bébé, de stimuler le sens de l'odorat afin que le bébé reconnaisse l'odeur de sa mère. Du fait de la non-libération des noradrénalines au moment de la naissance, le bébé né par césarienne est moins vif, moins éveillé.
Effets de l'Anesthésie
Pour procéder à la césarienne, le médecin doit procéder à une anesthésie de la future maman. Il peut s'agir d'une anesthésie par péridurale - ce qui permet à la maman de rester éveillée et d'assister à la naissance. Néanmoins, dans certains cas, l'équipe médicale préfère effectuer une anesthésie générale. Quel que soit le type d'anesthésie réalisé, les produits utilisés se diffusent dans l'organisme de la maman (c'est essentiel pour qu'ils soient efficaces!). Et par conséquent, le bébé peut ingérer une infime part de ces anesthésiants lui aussi, via le cordon ombilical. Les bébés nés par césarienne ont, dans la majorité des cas, des scores d'Apgar plus bas que ceux nés par voie vaginale.
Difficultés d'Allaitement
Les difficultés respiratoires, la prématurité (même légère), le manque d'éveil du bébé né par césarienne expliquent pourquoi nombre d'entre eux ont du mal à prendre le sein les premiers jours. S'il s'agit d'un premier enfant, cela peut compliquer l'allaitement pour la maman qui expérimente en même temps que son bébé.
Lien Entre Césarienne et Surpoids
Une étude scientifique a établi un lien entre césarienne et surpoids chez l’enfant. D’après étude américaine basée sur 10 000 enfants, les bébés nés par césarienne auraient 2 fois plus de risque d’être en surpoids par rapport à ceux nés par voie basse. Le risque serait encore plus important pour ceux naissant de mères elles-mêmes en surpoids. Ce même constat a été fait 6 mois auparavant par la chercheuse Susanna Huh de l’hôpital pédiatrique de Boston. Le taux d’obésité à l’âge de 3 ans était deux fois plus élevé chez les enfants nés par césarienne (15,7 %) que chez ceux nés par voie basse (7,5 %).
La flore intestinale des enfants nés par césarienne traiterait moins bien les aliments gras et sucrés, et donc faciliterait le surpoids. Pour autant, pas question de s’alarmer. De toute évidence, la césarienne n’est pas à elle seule responsable de l’épidémie d’obésité. D’autres facteurs prédisposants, comme l’IMC des parents, entrent également en ligne de compte. De plus, si la césarienne influence le microbiote, celui-ci peut aussi se régulariser au fil du temps.
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Aspects Psychologiques et Émotionnels de la Césarienne
Traumatisme et Perturbation du Lien Mère-Enfant
Il est tentant de considérer le traumatisme dans l’ici et maintenant tant la massivité de l’événement peut sidérer, surprendre. Il est légitime d’être obnubilé par le côté brutal, subit et imprévisible de l’événement traumatique, qui vient faire effraction dans le déroulement normal des choses. Cet événement surprenant désorganise à tel point qu’il est souvent difficile, voire impossible, de considérer ce qui est avant ou ce qui est à venir après. Or, à événement égal, nous savons que chacun réagira différemment. Pour l’un, l’événement représentera un épiphénomène dont il ne gardera pas trace, pour l’autre, il s’agira d’un traumatisme le conduisant sur la voie de la décompensation. Pourquoi une telle différence ? On parlera de sensibilités ou de personnalités différentes bien sûr, mais si un événement fait écho chez l’un et non chez l’autre, c’est peut-être aussi parce qu’il a trouvé un terrain riche chez l’un et un désert chez l’autre. Autrement dit, il faudrait s’attendre à ce que l’événement profite d’une prédisposition pour faire impression dans un deuxième temps.
Outre la frustration de ne pas avoir pu s’approprier entièrement la fin de leur grossesse, certaines femmes dont le vécu les a sensibilisées à la séparation, pourraient voir dans la césarienne le symbolisme d’un lien rompu. Il fut un temps où l’on anesthésiait intégralement les femmes, les privant de toute possibilité relationnelle précoce avec leur nourrisson. Aujourd’hui la césarienne est souvent pratiquée sous anesthésie péridurale afin d’éviter cette rupture du lien, mais certains obstétriciens pensent tout de même que la césarienne elle-même « entrave déjà la qualité de la relation précoce entre la mère et son enfant ».
Ruptures Potentielles du Lien
Une première rupture pourrait être le bloc opératoire et l’éloignement du conjoint qui sera dans la majorité des cas dans l’impossibilité d’accompagner sa femme et de couper le fameux cordon comme il se fait fréquemment maintenant. La triade ne sera par conséquent pas maintenue. Le bloc opératoire, qui est un lieu où l’on trouve un appareillage impressionnant, ne ressemble en rien à celui de la salle de travail plus intime. Celle qui se retrouve dans ce lieu étranger au milieu d’étrangers qui ne feront guère appel à son aide, peut se sentir isolée et ressentir une incapacité temporaire à établir un lien privilégié avec son enfant.
Une deuxième rupture pourrait être l’intervention du chirurgien qui prend l’enfant à la mère en la privant de la possibilité de le donner elle-même. En effet, il n’y a guère besoin de lui demander une quelconque participation, puisqu’anesthésiée, elle ne sent rien comme c’est souvent le cas, mais elle demeure en plus de l’autre côté du rideau sans contact possible avec la réalité de ce qu’il se passe.
Une troisième rupture serait enfin la séparation souvent prolongée d’avec l’enfant. Le bloc opératoire est un lieu où la température, pour des raisons de stérilisation, n’est pas très élevée. Il faut donc vite extraire le bébé de ce lieu et l’amener au chaud. Il y aura aussi la nécessité de recoudre la mère, ce qui implique un allongement du temps. La durée de la séparation est très variable en fonction des circonstances et des hôpitaux, mais elle reste toutefois bien plus longue que lorsqu’il s’agit d’un accouchement par voie basse.
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Césarienne : Un Acte Chargé de Symbolisme
L’accouchement est empreint d’une symbolique à laquelle il est difficile de ne pas être réceptif. Cette symbolique, souvent occultée au profit des faits, est particulièrement forte pour l’accouchement par césarienne. Il s’agira pour certaines femmes dont l’histoire personnelle s’y prête, de l’acte chargé de symbole par excellence. Elles témoigneront à ce sujet disant qu’elles ont ressenti un sentiment de dépossession. L’acte du chirurgien qui coupe le ventre et qui s’empare du nourrisson sera parfois vécu comme une intrusion les renvoyant à leur incapacité. De plus, le fait que l’opération soit masquée par un rideau, peut leur ôter toute illusion de vouloir apporter leur concours à la mise au monde de leur bébé.
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