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La Position de l'Église Catholique sur l'Avortement : Doctrine, Débats et Miséricorde

L'avortement est une question complexe et profondément chargée de valeurs morales, éthiques et religieuses. Au sein du christianisme, les opinions divergent, mais l'Église catholique maintient une position claire et constante, tout en cherchant à offrir miséricorde et compréhension. Cet article explore la position de l'Église catholique sur l'avortement, en examinant ses fondements doctrinaux, les débats internes qui ont jalonné son histoire, et son appel à la miséricorde envers ceux qui ont été confrontés à cette difficile décision.

Fondements Bibliques et Doctrinales

La position de l'Église catholique sur l'avortement repose sur plusieurs fondements bibliques et doctrinaux. Le cinquième commandement du Décalogue, « Tu ne tueras pas », est central. De plus, des passages bibliques soulignent la connaissance et la consécration de l'être humain dès le ventre maternel : « Avant d’être façonné dans le ventre maternel, je te connaissais. Avant ta sortie du sein, je t’ai consacré. »

L'Évangile selon Luc rapporte la Visitation, où Jean-Baptiste tressaille dans le sein d'Élisabeth à la salutation de Marie, un événement interprété comme une reconnaissance de la vie et de la sainteté de l'enfant à naître.

L'Avortement : Un Acte Grave Contre la Vie Humaine

Le point de vue officiel de l’Église catholique sur l’avortement est très clair : l’IVG est une violation de l’interdit de tuer un être humain. Plusieurs papes ont insisté sur le sujet. L’avortement est un péché d’une particulière gravité, car il s’agit du meurtre d’un être humain, et d’un être humain absolument sans défense. L’Église catholique considère que l’avortement est un infanticide, et les personnes impliquées dans un avortement font l’objet d’une excommunication.

L’Église catholique condamne toute forme d’interruption de grossesse volontairement provoquée. Il s’agit pour elle d’un acte immoral contre la vie humaine qui doit être respectée depuis le moment de la conception jusqu’à la mort naturelle, considérant que dès la conception, le fœtus est un « être humain déjà ». Le pape Jean-Paul II a réaffirmé cette position en 1995 dans son encyclique Evangelium Vitae. Telle est aujourd’hui la position officielle de l’Église romaine.

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La constitution du Concile Vatican II Gaudium et Spes dit : "Dieu, maître de la vie, a confié aux hommes le noble ministère de la vie, et l’homme doit s’en acquitter d’une manière digne de lui. Le pape François lui-même n’a de cesse de rappeler l’opposition ferme de l’Eglise catholique à l’avortement. L’Eglise plaide depuis toujours pour la mise en place d’une politique de soutien aux femmes enceintes.

Le diagnostic prénatal est moralement licite, « s’il respecte la vie et l’intégrité de l’embryon et du fœtus humain, et s’il est orienté à sa sauvegarde ou à sa guérison individuelle … Il est gravement en opposition avec la loi morale, quand il prévoit, en fonction des résultats, l’éventualité de provoquer un avortement. Un diagnostic ne doit pas être l’équivalent d’une sentence de mort » (CDF, instr. « On doit considérer comme licite les interventions sur l’embryon humain, à condition qu’elles respectent la vie et l’intégrité de l’embryon et qu’elles ne comportent pas pour lui de risques disproportionnés, mais qu’elles visent à sa guérison, à l’amélioration de ses conditions de santé, ou à sa survie individuelle » (CDF, instr. « Il est immoral de produire des embryons humains destinés à être exploités comme un matériau biologique disponible » (CDF, instr. « Certaines tentatives d’intervention sur le patrimoine chromosomique ou génétique ne sont pas thérapeutiques, mais tendent à la production d’êtres humains sélectionnés selon le sexe ou d’autres qualités préétablies. Ces manipulations sont contraires à la dignité personnelle de l’être humain, à son intégrité et à son identité » unique, non réitérable (CDF, instr.

Excommunication et Miséricorde

L’excommunication prive de la possibilité de recevoir les sacrements. Les personnes qui participent à un avortement et les parents qui le font volontairement sont excommuniés seulement s’ils sont catholiques, s’ils sont conscients du degré de gravité de cet acte, et s’ils agissent librement. L’Église n’exclut personne et souhaite que les femmes qui ont avorté, même quand elles étaient conscientes de la gravité de cet acte, puissent se sentir accueillies et aimées.

Les chrétiens ne condamnent pas les femmes qui ont avorté ou les personnes qui ont réalisé ces avortements. Ils veulent que ces personnes puissent s’ouvrir à la vie et accueillir le pardon de Dieu. Mais pour cela il faut aussi prendre conscience du mal, du fait que l’avortement est le meurtre d’un être humain. Dieu pardonne toujours, mais pour accueillir son pardon il faut être conscient que l’on a besoin d’être pardonné. Les chrétiens sont appelés à faire découvrir à tout être humain qu’il est aimé. Si une femme ayant avorté se sent rejetée par des chrétiens, c’est que ceux-ci n’ont pas été fidèles à leur vocation.

La miséricorde est l’amour que Dieu porte à ceux qui sont faibles et pécheurs. Elle ne consiste pas seulement dans le pardon des péchés. Si Dieu me pardonne et que cela ne change rien à ma vie, je ne suis pas plus avancé… La miséricorde propose aussi une espérance, un chemin de vie. La personne qui a avorté peut se relever et vivre, être source de vie pour ceux qui l’entourent, même si elle a un jour choisi la mort. Le bonheur est possible pour tous, personne n’est exclu, même si Dieu ne nous promet pas que la vie sera facile sur cette terre.

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Évolution des Débats au Sein de l'Église

Autant les protestations catholiques contre la condamnation de la contraception (Humanae vitae) a été forte, y compris chez les évêques, autant les débats précédant la promulgation de la « loi Veil » le 16 janvier 1975 sont aujourd’hui oubliés. La question fut ouverte dès 1969 par un article paru dans la revue Esprit puis par les membres du Planning familial qui créèrent l’Association pour l’étude de l’avortement (ANEA) dont deux de ses vice-présidents étaient chrétiens : le théologien et pasteur André Dumas et un religieux salésien, René Simon.

Dès 1970, une commission éthique fonctionnait activement au sein de l’ANEA car l’urgence d’une telle réflexion était évidente pour tous. Sur une vingtaine de membres, on relève les noms de sept personnalités chrétiennes : deux pasteurs (André Dumas et Michel Viot) et cinq religieux : le jésuite Philippe Julien, le salésien René Simon et trois dominicains : Jacques Pohier, Bernard Quelquejeu, Albert Plé.

Plus décisif encore, fut la publication, en janvier 1973, d’un article de 28 pages de la revue Études intitulé « Pour une réforme de la législation française relative à l’avortement ». Hors de toute considération religieuse, philosophique et éthique, l’analyse aboutit à la conclusion que « s’il y a impossibilité d’humaniser l’enfant à naître », la décision d’interrompre la grossesse appartient à la fois à la mère ou au couple et à la société. Le texte est signé par quatorze personnalités : trois théologiens (Bruno Ribes, Philippe Roqueplo et René Simon), le pasteur André Dumas, six scientifiques et quatre médecins. Ainsi, trois grandes revues catholiques françaises - Études, le Supplément, Lumière et Vie - s’étaient prononcées en faveur d’une réforme, non seulement de la loi, mais aussi de la doctrine catholique.

Or, tandis que le cardinal Renard, archevêque de Lyon, défendait le point de vue officiel de l’Église catholique, deux dominicains plaidaient pour le changement de la législation : Jacques Pohier pour l’ANEA et Philippe Roqueplo pour Choisir. Pourtant, ces deux dominicains, ainsi que leur frère Bernard Quelquejeu, avaient fait l’objet d’une procédure canonique et, sur « l’invitation » des autorités romaines, le maître général Vincent de Couenongle, était venu à Paris pour les tancer et leur signifier une interdiction d’aborder en public le sujet de l’avortement pendant un an. Les Pères Pohier et Roqueplo transgressèrent donc cette interdiction en plaidant, en novembre 1973, pour le projet de loi devant le groupe parlementaire.

La Fermeté Doctrinale de Jean-Paul II et Benoît XVI

Avec Jean-Paul II, vint le temps d’un verrouillage doctrinal autoritaire. En février 1987, le cardinal Ratzinger, alors préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, précise que « l’âme spirituelle de tout homme est immédiatement créée par Dieu » ; puis deux encycliques ont ancré le magistère dans l’intransigeance. D’abord, Veritatis splendor (août 1993) qui fondait toute la morale sur les préceptes négatifs qui sont « universellement valables » ; ensuite, dans Evangelium Vitae (mars 1995), le pape affirmait qu’« aucune circonstance, aucune loi du monde, ne pourra jamais rendre licite (…) un acte contraire à la loi de Dieu inscrite dans le cœur de tout homme. » Le temps de la recherche théologique, si florissante dans les années soixante, est alors bel et bien terminé. Désormais, les théologiens n’ont plus qu’à se taire ou à quitter l’Église…

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L'Avortement et le Droit Canonique

L’Écriture précise l’interdit du cinquième commandement : « Tu ne tueras pas l’innocent ni le juste » (Ex 23, 7). Le meurtre volontaire d’un innocent est gravement contraire à la dignité de l’être humain, à la règle d’or et à la sainteté du Créateur. La vie humaine doit être respectée et protégée de manière absolue depuis le moment de la conception. Dès le premier moment de son existence, l’être humain doit se voir reconnaître les droits de la personne, parmi lesquels le droit inviolable de tout être innocent à la vie.

Depuis le premier siècle, l’Église a affirmé la malice morale de tout avortement provoqué. Cet enseignement n’a pas changé. Il demeure invariable. Tu ne tueras pas l’embryon par l’avortement et tu ne feras pas périr le nouveau-né. La coopération formelle à un avortement constitue une faute grave. L’Église sanctionne d’une peine canonique d’excommunication ce délit contre la vie humaine. “Qui procure un avortement, si l’effet s’en suit, encourt l’excommunication latæ sententiæ” (⇒ CIC, can. 1398) “par le fait même de la commission du délit” (⇒ CIC, can. 1314) et aux conditions prévues par le Droit (cf. ⇒ CIC, can. 1323-1324). L’Église n’entend pas ainsi restreindre le champ de la miséricorde.

« Les droits inaliénables de la personne devront être reconnus et respectés par la société civile et l’autorité politique. Les droits de l’homme ne dépendent ni des individus, ni des parents, et ne représentent pas même une concession de la société et de l’état ; ils appartiennent à la nature humaine et sont inhérents à la personne en raison de l’acte créateur dont elle tire son origine. Parmi ces droits fondamentaux, il faut nommer le droit à la vie et à l’intégrité physique de tout être humain depuis la conception jusqu’à la mort » (CDF, instr. « Dans le moment où une loi positive prive une catégorie d’êtres humains de la protection que la législation civile doit leur accorder, l’Etat en vient à nier l’égalité de tous devant la loi. Quand l’Etat ne met pas sa force au service des droits de tous les citoyens, et en particulier des plus faibles, les fondements même d’un état de droit se trouvent menacés… Comme conséquence du respect et de la protection qui doivent être assurés à l’enfant dès le moment de sa conception, la loi devra prévoir des sanctions pénales appropriées pour toute violation délibérée de ses droits » (CDF, instr.

La Miséricorde du Pape François

L’Année de la miséricorde s’est achevée, dimanche 20 novembre, mais il en demeurera quelque chose pour l’Eglise catholique. Le pape François a en effet décidé, lundi 21 novembre, de « concéder » à tous les prêtres « la faculté d’absoudre le péché d’avortement » commis par ceux qui s’en repentiraient. Cela peut concerner les femmes qui ont recouru à une interruption volontaire de grossesse (IVG), mais aussi les personnels soignants qui l’ont pratiquée. Pour l’Eglise catholique, l’avortement est un acte jugé si grave qu’il entraîne l’excommunication de ceux qui le commettent.

Dans une lettre apostolique intitulée Misericordia et misera, François rappelle « de toutes [s]es forces » qu’il n’est pas question pour l’Eglise de modifier son jugement sur l’IVG : « L’avortement est un péché grave, parce qu’il met fin à une vie innocente. » Mais, justement parce qu’il est grave, la réponse de l’Eglise catholique doit pouvoir témoigner du caractère inépuisable de pardon divin. « Je peux et je dois affirmer avec la même force qu’il n’existe aucun péché que ne puisse rejoindre et détruire la miséricorde de Dieu quand elle trouve un cœur contrit », affirme la lettre. « Que chaque prêtre se fasse donc guide, soutien et réconfort dans l’accompagnement des pénitents sur ce chemin particulier de la réconciliation », ajoute le pontife.

La Dimension Sociale et le Soutien aux Femmes

La culture, les conditions économiques et sociales jouent un rôle considérable dans le fait que des couples envisagent l’avortement comme une solution à des problèmes qui peuvent être très réels. Cependant, il faut affirmer qu’objectivement l’avortement est un acte très grave. Le concile Vatican II affirme que l’avortement est un crime abominable (cf. S’il existe des cas de détresse tragiques, les dispositions actuelles de la législation française contribuent, malgré leurs bonnes intentions, à obscurcir la conscience. « C’est légal donc c’est moralement permis », pense-t-on trop facilement. La législation de l’avortement et la complaisance d’une partie du monde médical tendent à banaliser l’avortement dans l’opinion publique.

Le scandale de l’avortement exige de chacun les plus grands efforts pour changer les causes sociales et culturelles qui le provoquent. C’est un grave devoir d’aider les femmes en difficulté et de soutenir ceux qui donnent aux familles les moyens d’assumer leurs responsabilités devant une vie humaine commencée.

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