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André Chamson : Itinéraire d'un Enfant du Siècle, un Hommage à l'Écrivain et à l'Homme Engagé

Pour commémorer le quarantième anniversaire de la disparition d'André Chamson, une exposition itinérante intitulée « Itinéraire d’un enfant du siècle » a été organisée. Cette exposition a pour vocation de retracer la vie et l’œuvre de cet écrivain et homme engagé. Elle s'est déroulée dans plusieurs lieux de la région des Cévennes, chers à l'écrivain, d'avril à octobre. Des conférences et des projections de films adaptés de ses œuvres ont également été annoncées.

Un Hommage Itinérant à travers le Gard

L'exposition a traversé le département du Gard, touchant des lieux importants pour André Chamson. Parmi eux, Villeneuve-lez-Avignon, où il a écrit et séjourné pendant près de 28 ans au Fort Saint-André, et Aigues-Mortes, où la nouvelle Médiathèque porte son nom et où résonne encore son livre « La Tour de Constance ». Ce livre relate la triste vie des femmes emprisonnées pour avoir choisi la religion prétendue réformée, certaines y demeurant plus de 30 ans dans des conditions de vie épouvantables. L'exposition a également été présente à Mialet, au musée du Désert, un autre lieu de rassemblements huguenots, où il prononça sept discours mémorables, dont le premier en 1935, intitulé « Résister ».

L'Ancrage Régional : Les Cévennes, Berceau de son Inspiration

André Chamson était profondément ancré dans sa région natale. C’est au Vigan, dans le village de sa grand-mère maternelle, qu’il a trouvé le point essentiel et la dimension qui lui ont donné à jamais le repère nécessaire à sa vie et à ses combats. Autant il était malheureux à Alès, autant chez sa grand-mère Aldebert, au Vigan, il se sentait « un petit seigneur de la montagne ». Là, un vieil homme, le père Finiels, lui servait à la fois de guide et de grand-père, lui racontant l’épopée des Camisards, celle de la fameuse route qui va du Vigan au Mont Aigoual, et lui ouvrait les portes de la montagne. Enfant ou adolescent, il s’élançait, bravant les dangers, ivre d’espace et de vent, dans une sensualité tellurique profonde avec la nature et les éléments. « Enfant, j’ai trouvé dans cette montagne, dans ce haut massif de l’Aigoual, ce que d’autres enfants demandent aux récits d’aventures, aux histoires guerrières : la présence d’un monde héroïque et fabuleux et cette première justification de la vie qui, pour les hommes ou pour les peuples, ne peut être faite que par la légende.

"Register" : Un Mot Gravé, Symbole de Résistance

Une autre dimension essentielle de la personnalité d'André Chamson est liée au mot "REGISTER", gravé sur la pierre de la margelle d’un puits dans la Tour de Constance par des prisonnières huguenotes. Ce mot, qui signifie « Résister » en patois du Haut-Vivarais, résume le courage et la volonté de ces femmes de tous âges et de toutes conditions qui n’avaient qu’une parole à dire, « Je me réunis », pour être libérées. Certaines restèrent pourtant plus de 30 ans, stoïques, dans ce cachot épouvantable. Deux ancêtres Chamson, prisonniers sur les galères Royales, refusèrent également de prononcer cette parole. André Chamson fit graver ce mot RESISTER sur son épée d’Académicien, tout comme sur la pierre de son tombeau.

Un Parcours Littéraire Éblouissant

La passion d'André Chamson pour la littérature date du début de ses années d’études en 1918 à l’École des Chartes où il fonde le groupe des Vorticistes. Son premier roman, « Roux le bandit » (1925), a connu un franc succès. À 16 ans, Chamson lit « Miréio », découvre Mistral et la poésie provençale, un éblouissement total. Le bilinguisme français-provençal lui semble essentiel, pour écrire comme pour penser, et il en fait d’ailleurs mention dans son discours de réception à l’Académie française le 17 mai 1957. Jusqu’à la guerre et son engagement en 39, Chamson écrit, est édité, et est un auteur plus que prometteur. Le silence qu’il s’impose de 40 à fin 44, écrivant mais refusant d’être édité, « on ne me permettrait que le mensonge », fait qu’il est alors presque oublié. Sartre a même annoncé sa mort.

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Sauvegarde du Patrimoine Artistique pendant la Seconde Guerre Mondiale

Aux côtés de son épouse, Lucie Mazauric, André Chamson a eu une contribution essentielle à la sauvegarde du patrimoine artistique pendant la période de la Seconde Guerre mondiale. Démobilisé, triste, et dévasté par cette division de la France en deux, il rejoint son épouse Lucie Mazauric qui a déjà commencé le périple de sauvetage des trésors du Louvre, organisé par Jacques Jaujard, alors directeur des musées nationaux. Elle le raconte joliment dans son « Ma vie de château » (ensuite réédité sous le nom de « Le Louvre en voyage »), et sa mère, Frédérique Hébrard, fera aussi le récit de ces moments à la fois difficiles et fabuleux dans son livre « La chambre de Goethe ». Paris, Versailles, Loc Dieu, La Treyne, Montauban… les tableaux les plus fabuleux, comme les antiquités Égyptiennes leur sont confiés, s’éloignant toujours plus au sud pour échapper aux convoitises nazies. Actif auprès des œuvres et soucieux de leur préservation, Chamson est en contact avec plusieurs maquis et organise des filières, « vous direz : je viens de la part de Monsieur des Bressous » ; sa vie est menacée, on le suit, on l’épie… mais rien ne le fera dévier de sa mission. On confie alors à Chamson le musée du Petit Palais où il organisera la première exposition des trésors de la peinture de retour de leur long voyage (le Louvre n’était pas en état de les recevoir). Suivront d’autres expositions, internationales, toujours plus étonnantes et spectaculaires. Pour les Archives, Malraux propose Chamson.

Un Intellectuel Engagé face aux Menaces du Fascisme

Dès 1932, André Chamson a compris le péril des événements qui s’annoncent avec la montée du fascisme et du nazisme, des réalités déjà annoncées à travers la guerre d’Espagne. Dès 1932-33, Chamson sent la montée des périls et du fascisme dans toute l’Europe. En France, au cabinet Daladier, il vit de l’intérieur les événements tragiques du 6 février 34 et l’attaque contre l’Assemblée nationale : 20 morts et des centaines de blessés. Bouleversé, il décide de contrer la presse d’extrême droite en créant « Vendredi », premier hebdomadaire proche des valeurs du Front Populaire, créé, pensé et dirigé par des intellectuels. Il multiplie alors engagements, discours et manifestations, en France comme à l’étranger. Quand la guerre est déclarée, il est capitaine de réserve et demande à s’engager. « Je suis de la France autant qu’on peut l’être. J’appartiens à cette terre par les cimetières et les sillons ». Devant les dangers qui menacent le pays, le pacifiste s’éloigne. Et le combattant s’affirme. C’est ainsi qu’en 44 il montera la Brigade Alsace-Lorraine avec son ami André Malraux, rejoignant le général De Lattre De Tassigny avec qui il avait combattu en 39. « Et résister c’est sans doute combattre, mais c’est aussi faire plus : c’est se refuser d’avance à accepter la loi de la défaite. Voilà l’exemple que nos Cévennes donnent à l’homme.

Catherine Velle : Une Petite-Fille Reconnaissante

Comme beaucoup d’enfants, surtout les enfants d’artistes, Catherine Velle a très tôt été confiée à ses grands-parents Chamson. André, qu'elle appelait Daddy, lui a appris à skier, et à monter à cheval, en Camargue. Elle lui doit sans doute d’avoir presqu’autant aimé ce pays sauvage de cavales blanches et de noirs taureaux que les austères montagnes cévenoles, aux lourds nuages, aux orages d’apocalypse et aux étés lumineux. Elle pense à lui dans les moments de solitude montagnarde où elle écrit. Et elle regrette qu’il n’ait pas pu lire le premier de ses livres, voire les autres… Elle aurait aimé avoir son avis. Sur eux, comme sur notre époque. C’est là qu’on se dit qu’il faut profiter, autant qu’on le peut, de nos aînés.

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