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La position de l'Église catholique sur l'avortement : le cas de l'excommunication au Brésil

L'avortement est une question complexe et controversée, en particulier lorsqu'il s'agit de cas impliquant des victimes de viol. La position de l'Église catholique sur l'avortement est bien connue : elle considère que la vie humaine doit être protégée dès la conception et que l'avortement est un acte moralement répréhensible. Cette position a été réaffirmée à plusieurs reprises par les papes et les responsables de l'Église. Cependant, l'application de cette doctrine à des situations particulières, comme celle d'une fillette de 9 ans violée et enceinte, suscite des débats et des controverses, même au sein de l'Église catholique.

Le cas de l'excommunication au Brésil

En 2009, un cas choquant a mis en lumière la complexité de cette question. Mgr José Cardoso Sobrinho, archevêque de Recife (Brésil), a excommunié la mère d'une fillette de 9 ans qui avait avorté de jumeaux après avoir été violée par son beau-père. L'archevêque a également excommunié l'équipe médicale qui avait pratiqué l'avortement.

Les faits

La fillette avait été violée par son beau-père depuis l'âge de 6 ans. À 9 ans, elle est tombée enceinte de jumeaux. La grossesse a été découverte lorsque la fillette a commencé à ressentir des douleurs et a été conduite à l'hôpital par sa mère. L'équipe médicale a décidé de pratiquer un avortement en raison des risques que la grossesse présentait pour la santé de la fillette. La loi brésilienne interdit l'avortement, sauf en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère.

La justification de l'excommunication

Mgr Sobrinho a justifié l'excommunication en affirmant que « la loi de Dieu est supérieure à toute loi humaine. Alors, quand une loi promulguée par des législateurs humains est contraire à la loi de Dieu, cette loi n'a aucune valeur. » L'archevêque a également noté que le beau-père violeur était « contre l'avortement » : « Certes, ce qu'il a fait est horrible, mais il y a tant de péchés graves, et le plus grave est l'élimination d'une vie innocente. »

Les réactions

La décision de l'archevêque a suscité de vives réactions au Brésil et à l'étranger. Le président brésilien de l'époque, Luiz Inacio Lula da Silva, a vivement critiqué la décision, « déplorant profondément en tant que chrétien et catholique qu'un évêque de l'Église catholique ait un comportement aussi conservateur ».

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Le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la Congrégation pour les évêques, président de la Commission pontificale pour l'Amérique latine, a approuvé la décision de l'archevêque de Recife. Il a rappelé que « l'Église a toujours défendu la vie et doit continuer à le faire, sans s'adapter aux humeurs de l'époque ou à l'opportunité politique ». « C'est un triste cas, mais le vrai problème est que les jumeaux conçus étaient deux personnes innocentes, qui avaient le droit de vivre et qui ne pouvaient pas être supprimées », a-t-il déclaré.

Le droit canonique et la pratique pastorale

Pour certains faits qui ne sont pas toujours publics, le code de droit canonique a prévu une excommunication « latae sententiae », c'est-à-dire automatique. L'avortement entre dans ce cadre : « Qui procure un avortement, si l'effet s'ensuit, encourt l'excommunication latae sententiae » (canon 1398). L'Église, cependant, dans sa pratique pastorale, ne saurait s'en tenir à une application automatique des principes juridiques. L'attention aux personnes la conduit à prendre en compte les situations particulières, et notamment à tenir compte « du moindre mal » provoqué par une décision, dans les cas extrêmes. Le Catéchisme pour adultes des évêques de France précise ainsi (n. 579) que l'excommunication est prévue « pour attirer l'attention sur la gravité de cet acte à celui qui le sachant et le voulant, provoque un avortement ». Il poursuit : « C'est aussi un grave devoir d'accueillir avec charité les femmes qui ont connu l'avortement, afin de leur manifester la miséricorde de Dieu et de leur permettre un nouveau départ.

L'Eglise au centre d'une polémique

Le Vatican a justifié l'excommunication prononcée par l'Eglise brésilienne à l'encontre de la mère de la fillette, tandis que le violeur n'a pas été sanctionné, car "le viol est moins grave que l'avortement" d'après le Vatican. Cette position a suscité une nouvelle polémique, renforçant l'image rétrograde de l'Eglise sur les questions de société.

Le cardinal Giovanni Battista Re a déclaré que "l'excommunication pour ceux qui ont provoqué l'avortement est juste", car cette opération constitue "toujours la suppression d'une vie innocente". Il a ajouté qu'"il faut toujours protéger la vie, l'attaque contre l'Eglise brésilienne est injustifiée".

Le médecin qui a opéré la fillette a expliqué que l'avortement était nécessaire pour sauver la vie de l'enfant, qui entrait dans les deux catégories prévues par la loi brésilienne (viol et danger pour la mère). L'évêque de Recife a ignoré ces considérations, insistant sur le fait que "la loi de Dieu est au-dessus de n'importe quelle loi humaine".

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Cette affaire a créé l'émoi au Brésil, le plus grand pays catholique au monde. Le président Lula a critiqué cette décision, "déplorant profondément en tant que chrétien et catholique qu'un évêque de l'Eglise catholique ait un comportement aussi conservateur". Cette polémique intervient alors que le gouvernement tente de dépénaliser l'avortement, mais se heurte à l'opposition de l'Eglise, très influente dans le pays.

Réflexions sur l'excommunication et la compassion

Face à cette situation de détresse exceptionnelle, certains catholiques ont été heurtés par le manque de compassion apparent dans la décision d'excommunication. Ils estiment que le premier geste de l'Église devrait être d'aider les personnes en difficulté, plutôt que d'ajouter à leur détresse.

Il est important de rappeler que l'excommunication est une mesure grave qui n'est effective que si les auteurs des actes sont pleinement conscients et libres de ce qu'ils font. Dans le cas de la mère de la fillette, il est difficile de savoir si elle était pleinement consciente et libre de ses actes, compte tenu de la situation de détresse dans laquelle elle se trouvait.

De plus, on peut se demander si la déclaration publique de l'excommunication était la chose la plus importante à faire dans cette situation. Il aurait peut-être été plus approprié d'essayer d'aider la mère et la fillette à surmonter leur détresse, plutôt que de les condamner publiquement.

L'impact sur l'image de l'Église

Cette affaire a fait un mal considérable à l'image de l'Église. Beaucoup de catholiques ont été heurtés par cette situation et ont du mal à comprendre comment l'Église peut condamner une victime de viol et ceux qui l'ont aidée, tout en laissant impuni le violeur.

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Cette polémique s'ajoute à d'autres affaires récentes qui ont fragilisé l'image de l'Église, comme l'affaire Williamson. Certains estiment que ces affaires sont utilisées par des personnes qui ont intérêt à fragiliser l'image de l'Église dans la société.

La position des évêques brésiliens

La Conférence des évêques catholiques du Brésil (CNBB) a exprimé son indignation face à l'avortement de la fillette et a rappelé que l'Église est toujours en faveur de la vie, de sa conception jusqu'à sa mort naturelle. Les évêques ont également exprimé leur solidarité envers la fillette et toutes les victimes d'abus sexuels.

Cependant, ils ont déploré le fait que l'on n'ait pas procédé avec la tranquillité nécessaire, avec sérénité, et qu'on n'ait pas respecté le temps demandé par la situation.

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