L'avortement, un sujet de société complexe et profondément personnel, continue de susciter des débats passionnés à travers le monde. En France, bien que dépénalisé depuis plusieurs décennies grâce à la loi Veil, ce droit fondamental reste fragile et constamment remis en question. L'histoire de Camille Venise, artiste engagée, s'inscit dans cette lutte continue pour la liberté des femmes à disposer de leur corps.
La Loi Veil : Une Victoire Historique
Le 26 novembre 1974, Simone Veil, alors ministre de la Santé sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, prononçait un discours poignant devant une Assemblée nationale majoritairement masculine. Ses mots, "Il suffit d'écouter les femmes", résonnent encore aujourd'hui comme un appel à l'empathie et à la compréhension. Ce discours historique a marqué un tournant décisif dans la lutte pour la dépénalisation de l'avortement en France.
La loi Veil, adoptée après des débats houleux, a autorisé l'interruption volontaire de grossesse (IVG) dans certaines conditions. Cette loi représentait une avancée considérable, mettant fin à des années d'avortements clandestins pratiqués dans des conditions sanitaires déplorables, causant la mort ou des séquelles graves pour de nombreuses femmes.
L'Avortement Clandestin : Un Passé Douloureux
Avant 1975, l'avortement était illégal en France. Les femmes qui souhaitaient interrompre leur grossesse étaient contraintes de recourir à des "faiseuses d'anges", des personnes pratiquant des avortements clandestins dans des conditions souvent dangereuses. Ces avortements clandestins étaient une cause importante de mortalité et de morbidité maternelles.
Un documentaire événement inédit, produit par l'INA et réalisé par Sonia Gonzalez, intitulé "Il suffit d'écouter les femmes" raconte le vécu ordinaire de l'avortement clandestin dans la France d'avant 1975. Des archives et des paroles des derniers témoins d’une époque, qui rappellent à toutes les générations l’héritage de Simone Veil et sa lutte décisive pour la liberté et les droits des femmes.
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L'œuvre littéraire d'Annie Ernaux, notamment son récit "L'Événement", témoigne également de la réalité brutale de l'avortement clandestin. Ernaux y relate son propre avortement en 1963, alors que l'IVG était illégale, et décrit les difficultés et les dangers auxquels elle a été confrontée. Elle explique même que c’est l’avortement qui a renforcé son désir de maternité, et elle a d’ailleurs eu deux enfants plus tard lorsqu’elle s’est mariée.
La Fragilité d'un Droit
Bien que la loi Veil ait marqué une étape importante, le droit à l'avortement reste fragile et menacé. En France, comme dans le reste du monde, des voix s'élèvent régulièrement pour remettre en question ce droit fondamental. Des arguments moraux, religieux ou politiques sont avancés pour restreindre l'accès à l'IVG, voire pour l'interdire complètement.
En 2018, le Groupe féministe de Fougères a appris que l’avortement chirurgical n’était plus pratiqué au Centre Hospitalier de Fougères.Le 10 octobre, le pape François met en parallèle le recours à l’avortement et le fait d’engager un tueur à gages.En France comme dans le reste du monde, en 2018, les femmes ne peuvent toujours pas disposer pleinement de leur corps, sans être jugées, forcées à se justifier et culpabilisées.
Le combat pour le droit à l'avortement est donc un combat de tous les instants. Il nécessite une vigilance constante et une mobilisation continue pour défendre les acquis et faire progresser les droits des femmes.
Camille Venise : Une Voix Engagée
Camille Venise, artiste contemporaine, s'inscrit dans cette lutte pour les droits des femmes. Son travail explore les thématiques du corps, de la féminité et de la liberté. Elle utilise son art comme un moyen d'expression pour dénoncer les inégalités et les injustices, et pour promouvoir l'autonomie des femmes.
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Dans sa performance "Venise, un corps à soi", Fanny Chériaux - entourée de Thomas Couppey et Sébastien Dalloni - revient sur ce qui a marqué et forgé son corps et son esprit, et décortique avec autodérision, en musique et en danse, la construction sociale de la féminité et ce qui se joue dans les interstices de nos inconscients pétris de clichés et de complexes qui en découlent. Accompagnée de Thomas Couppey et Sébastien Dalloni sur le plateau, qui apportent un effet comique, léger et décalé non négligeable, Fanny Chériaux utilise la chanson et le piano, ses outils d’expression depuis de nombreuses années, mais ne se cache pas derrière pour autant. Elle se dévoile, autant qu’elle module son organe vocal. Elle joue avec beaucoup d’autodérision et de sincérité et au fil de son récit renforce sa confiance en elle et en son corps. Le plaisir et la jouissance découverts sur le tard, la PMA à 44 ans qui étouffe le corps et la santé mentale à coup d’injections et de remarques désobligeantes et jugeantes, un avortement et les litres et les litres de sang qui coulent, le temps perdu à cultiver la haine de sa propre enveloppe charnelle parce que trop ceci ou pas assez cela… elle en aborde tous les aspects en décryptant au prisme de la société ce que devenir une femme signifie quand on n’a pas les codes de la bonne meuf. Et puis, elle s’en affranchit et nous émancipe au passage des regards malveillants, culpabilisants et moralisateurs.
En prenant la parole sur des sujets tabous tels que l'avortement, Camille Venise contribue à briser le silence et à sensibiliser le public. Elle encourage les femmes à s'approprier leur corps, à faire leurs propres choix et à défendre leurs droits.
L'Avortement dans le Monde : Des Inégalités Persistantes
L'accès à l'avortement varie considérablement d'un pays à l'autre. Dans certains pays, l'IVG est légale et accessible, tandis que dans d'autres, elle est strictement interdite ou soumise à des restrictions sévères. Ces inégalités ont des conséquences dramatiques pour la santé et la vie des femmes.
En Argentine, par exemple, le droit à l’avortement est toujours refusé. Le film "Que sea ley", diffusé au cinéma L'Arvor, à Rennes, revient sur leur combat historique et puissant en 2018.Le projet de loi est rejeté à 38 voix contre 31 voix en faveur de la légalisation. Parce que plus de 3000 argentines sont décédées des suites d’un avortement clandestin. Parce qu’elles sont toujours plus nombreuses à être rendues coupables d’agir contre une grossesse non désirée. Parce qu’elles sont sévèrement punies de ne pas vouloir mener cette grossesse à terme. Aussi parce que la loi permettant l’avortement en cas de viol et/ou de danger pour la vie de la femme concernée n’est pas appliquée.
Le 28 septembre est la Journée internationale pour le droit à l’avortement. Un droit toujours refusé aux Argentines. On se souvient de leur combat historique et puissant en 2018 alors que le 7e projet de loi visant la légalisation de l’IVG était étudié par les parlementaires.
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L'Irlande a légalisé l'avortement en 2019, mais dans de nombreux autres pays, les femmes continuent de se battre pour ce droit fondamental.
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