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Grossesse à l'adolescence : Risques et réalités au Nord-Est du Brésil

Introduction

La grossesse à l'adolescence est une question complexe, souvent perçue comme un problème de santé publique. Cet article examine les risques et les réalités de la grossesse à l'adolescence dans le contexte spécifique du Nord-Est du Brésil, en particulier dans la communauté du Pina à Recife. Il explore les facteurs sociaux, économiques et culturels qui influencent les taux de grossesse chez les adolescentes, ainsi que les perceptions et les attitudes des jeunes filles et des jeunes hommes face à la contraception et à la parentalité.

Contexte socio-historique

Pour comprendre la problématique de la grossesse à l'adolescence au Brésil, il est essentiel de se plonger dans l'histoire du pays et la formation de ses structures familiales. Au début du XIXe siècle, l'urbanisation rapide à São Paulo a créé de nouvelles opportunités commerciales, mais le système paternaliste de domination et d'autorité a permis de mélanger les sphères privée et publique, créant ainsi un processus de pouvoir, de violence et de contournement de la loi. C'est ainsi que s'est tissée la toile des relations personnelles et du "jeitinho".

À cette époque, le petit commerce et la prostitution étaient les deux aspects de la vie urbaine publique, du moins de celle considérée comme féminine. La prostitution était secondaire, occasionnelle et complémentaire aux activités de vendeuse de rue. En 1872, les femmes représentaient 45,5 % de la force de travail effective de la nation, dont 33 % travaillaient dans le secteur domestique.

Au moment de l'indépendance, 40 % de la population de São Paulo était constituée de femmes seules, chefs de famille, un phénomène étroitement lié à la structure coloniale et à l'urbanisation. Les jeunes filles pauvres, sans dot, restaient souvent célibataires ou avaient des unions successives, sans se fixer avec un compagnon. Cette constatation est directement liée aux attitudes des femmes des classes populaires à la fin du XIXe siècle, qui se rapprochaient des femmes noires réduites en esclavage.

L'homme pauvre, quant à lui, était souvent amené à migrer en fonction des cycles économiques et du travail disponible. Le nordestin continue de quitter sa terre pour chercher une vie meilleure ailleurs.

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Grossesse à l'adolescence : un phénomène de reproduction sociale ?

Historiquement, les femmes ont toujours eu des enfants très jeunes, "à l'âge des poupées". Les enfants sont considérés comme "des affaires de femmes". Au cours d'une enquête menée auprès de garçons de 12 à 18 ans, ils ont tous affirmé ne pas vouloir d'enfant avant d'avoir un travail, pas avant 25 ans. Ils ont également décrété que la contraception n'était pas leur problème, mais celui de leur partenaire. C'est donc à elle de se protéger : "Problema dela… Ela que sabe … se não quiser engravidar tem que tomar a pilula" ["C'est son problème… C'est à elle de savoir… Si elle ne veut pas tomber enceinte, elle doit prendre la pilule"]. S'ils sont pères, ils ne se sentent pas obligés d'assumer l'enfant, surtout s'il n'y a pas eu de discussion préalable ou de projet de vie commune. Ces garçons se sentent parfois manipulés par des femmes qui assouvissent leurs désirs d'enfants.

Parallèlement, les jeunes filles n'assument pas l'usage du préservatif. Elles craignent que leur partenaire ait une mauvaise image d'elles si elles en ont sur elles : "Vai pensar que a gente é galinha, transa com todo mundo" ["Il va penser qu'on est facile, qu'on sort avec tout le monde"]. Elles prennent alors le risque d'une grossesse, ce qui n'est pas pour leur déplaire. Cette attitude correspondrait à ce que David Le Breton appelle des "prises de risque" chez les adolescents. Personne ne mesure les risques liés à une grossesse ou aux maladies sexuellement transmissibles.

La question centrale est donc de savoir s'il s'agit d'un phénomène nouveau, de grossesse dite précoce, ou d'un phénomène de reproduction sociale. Serait-ce alors le regard de la société qui se serait modifié ? Et si oui, en quoi ? Dans quelle mesure les codes et valeurs interviennent-ils pour affirmer que telle réalité se situe dans le domaine du normal ou de l'alarmant dans le tissu social comme un tout ?

Étude de cas : la communauté du Pina à Recife

Une recherche-action a été menée dans la communauté du Pina, à Recife, entre janvier et avril 1997, auprès de trente et une adolescentes âgées de 12 à 18 ans, enceintes ou ayant récemment accouché. Cette recherche, à la fois qualitative et quantitative, visait à répondre aux demandes du "Réseau Pina" sur le thème de la famille et au projet de crèche de l'Association des Amis de Sœur Emmanuelle. Un questionnaire a été utilisé pour recueillir des informations sur les conditions de vie des jeunes filles (origine géographique, type de construction, accès à l'eau, évacuation des déchets). Les thèmes fondamentaux abordés étaient la famille, l'école, l'habitation, l'habitat, les revenus, la sexualité, la nouvelle famille qui s'était ou allait se construire, les relations avec le compagnon, et la première grossesse de leur mère, afin d'évaluer la question de la reproduction sociale. Chaque situation étant unique, les jeunes mères pouvaient s'exprimer sur leur histoire de vie, y revenir ou, au contraire, refuser d'en parler lors de moments difficiles. L'observation participante et les histoires de vie ont également été utilisées comme sources de données. Des activités ont ensuite été proposées à ces adolescentes tout au long de l'année 1997, puis à partir de février 1998, jusqu'à fin 1999.

La communauté du Pina, située dans la ville de Recife, est un quartier populaire d'îles et de marées, construit dans ce qui était une mangrove. Une population pauvre vivant d'expédients dans le secteur informel (pêche, ramassage des déchets, trafics et prostitution) s'y est installée. Depuis les années 1980, le quartier s'est développé commercialement et est devenu un lieu de passage obligatoire entre le centre-ville et les quartiers résidentiels. Nombreuses sont les femmes et les jeunes filles qui travaillent dans les quartiers sud de la ville comme employées domestiques, cuisinières, femmes de ménage et gardes d'enfants. Les hommes travaillent souvent dans le bâtiment, comme gardiens de voiture, livreurs, manutentionnaires, ou sont au chômage. Ce sont fréquemment les femmes qui ramènent un maigre salaire à la maison, une inversion des rôles qui attise la violence dans les rapports de genre.

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Une partie de la population vit de la pêche de crabes et de crevettes, vendue directement dans la rue. Selon l'Instituto Brasileiro do Governo de Estado, 35 % des 6 500 foyers auraient des revenus inférieurs à un salaire minimum. Un tiers de ces foyers compte une femme comme chef de famille. Parmi les habitants, 12 000 jeunes ont moins de 20 ans et 4 800 sont âgés de 7 à 14 ans, âge de scolarité obligatoire au Brésil. Cependant, tous ne fréquentent pas l'école, beaucoup abandonnant avant 14 ans pour travailler et participer aux dépenses du groupe familial.

Le projet "Rosas do Pina"

Les jeunes filles ont nommé ce projet "Rosas do Pina", trouvant que "mères adolescentes" ou "grossesse précoce" étaient des titres péjoratifs. L'observation participante et la dynamique de groupe y étaient essentielles. Pendant plus de deux ans, ces jeunes mères ont été associées à des activités physiques, parallèlement à des activités de formation et de soutien. La formation avait lieu tous les soirs. Le lundi, des réunions étaient organisées pour cerner leurs priorités et leurs urgences et leur proposer une formation adaptée à leurs possibilités et à leurs aspirations, sans perdre de vue qu'elles souhaitaient avant tout un peu d'argent "immédiatement".

D'autres ONG telles que le Papai (Projet d'Appui aux Pères Jeunes et Adolescents), le Cais do Parto (qui travaille sur l'accouchement), Gestos (qui intervient auprès des adolescents sur la prévention sida) et le Coletivo Mulher Vida (collectif dont l'activité de départ était de lutter contre tous types de violence subie par les femmes et qui a élargi ses activités en travaillant avec les enfants des rues, avec les mères adolescentes, entre autres projets) sont intervenues, chacune apportant sa contribution en fonction de sa spécialité.

La relation avec ces jeunes mères passait par des échanges et un dialogue un peu différent. Les séances commençaient par du yoga, suivi d'une relaxation et surtout de l'écoute de ce qu'elles avaient à dire entre questionnements, angoisse, désespoir, peur, bonheur, doutes, haine…. L'hypothèse de départ était que ces jeunes filles ne souhaitaient pas avoir d'enfant, évoquant alors la violence sexuelle de la part des garçons, le poids des traditions, la fragilité des jeunes filles, le "machisme" ambiant. Cependant, après plusieurs mois, il est devenu évident qu'elles étaient tout à fait informées sur les questions de la contraception, mais qu'elles n'en utilisaient pas. Lors d'une réunion, l'une d'entre elles a interpellé la chercheuse : "En quoi ça te dérange qu'on soit enceinte ? Quel est le problème pour toi ? Parce que pour nous, il n'y en a pas".

Conditions de vie et revenus

Parmi les trente et une jeunes femmes étudiées, quinze vivaient dans des constructions en briques, avec toit de tuiles et sol en ciment, disposant en général de trois petites pièces. Deux familles vivaient dans des maisons sur pilotis d'une seule pièce, et cinq autres vivaient dans une seule pièce, quatre dans une maison en bois et une dans une maison en briques, avec un sol en terre battue. Vingt-neuf se déclaraient propriétaires de leur maison, mais aucune ne possédait de titre de propriété. Ces espaces appartiennent à la marine nationale et correspondent à un "terrain d'invasion", les habitants pouvant en être expulsés à tout moment. La majorité de ces jeunes mères se disait propriétaire et ne payait pas de loyer. Une seule famille utilisait l'eau d'un puits, les autres ayant accès au réseau de l'eau de la ville. Dix-sept bénéficiaient de l'eau dans la maison, alors que douze allaient chercher l'eau au robinet dans la rue. La question de l'eau est devenue dramatique en 1999, lors d'une sécheresse qui a limité l'accès à l'eau à un jour par semaine.

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Le chômage n'est pas déclaré ouvertement. Sur un total de trente et une familles, le chômage du chef de famille n'a été annoncé que trois fois. Dix-neuf hommes (pères, maris, beaux-pères) et douze femmes (mères, grands-mères, l'adolescente elle-même) étaient chefs de famille. Sept hommes et deux femmes annonçaient des revenus familiaux réguliers (salaire, retraite), alors que quatorze hommes et sept femmes parlaient de rentrée d'argent irrégulière. Ces familles vivaient du secteur informel, vendaient des produits dans la rue, faisaient des ménages, des petits travaux, travaillaient dans la construction civile ou pêchaient. Les familles qui disposaient de revenus fixes avaient aussi des revenus très bas, provenant de retraites ou de salaires d'employée domestique, de gardien, d'aide cuisinier ou de jardinier.

Risques associés à la grossesse à l'adolescence

Bien que les jeunes filles interrogées dans l'étude ne perçoivent pas la grossesse à l'adolescence comme un problème, il est important de souligner les risques potentiels associés à cette situation, tant pour la mère que pour l'enfant. Ces risques peuvent inclure :

  • Risques pour la santé de la mère : complications pendant la grossesse et l'accouchement, anémie, pré-éclampsie, etc.
  • Risques pour la santé de l'enfant : prématurité, faible poids à la naissance, mortalité infantile, etc.
  • Conséquences sociales et économiques : interruption de la scolarité, difficultés d'insertion professionnelle, pauvreté, etc.

Il est également important de noter que la grossesse à l'adolescence peut être associée à des problèmes de santé mentale, tels que la dépression et l'anxiété.

Prévention et interventions

La prévention de la grossesse à l'adolescence passe par une éducation sexuelle complète et accessible, ainsi que par la promotion de l'accès à la contraception pour les jeunes. Il est également essentiel de lutter contre les inégalités sociales et économiques qui contribuent à la vulnérabilité des adolescentes.

Les interventions auprès des jeunes mères doivent être adaptées à leurs besoins spécifiques et viser à améliorer leur santé, leur bien-être et leurs perspectives d'avenir. Ces interventions peuvent inclure :

  • Soutien médical et psychologique : suivi de la grossesse, préparation à l'accouchement, soutien à l'allaitement, etc.
  • Soutien éducatif et professionnel : aide à la reprise de la scolarité, formation professionnelle, etc.
  • Soutien social : aide à la garde d'enfants, accès aux services sociaux, etc.

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