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Psychanalyse des contes de fées : Un résumé de l'œuvre de Bruno Bettelheim

Bruno Bettelheim, psychanalyste et pédagogue américain d’origine autrichienne, a marqué la psychologie de l'enfance avec son ouvrage "Psychanalyse des contes de fées". Publié après son départ de l’École orthogénique de Chicago en 1973, ce livre est le fruit de son expérience auprès d'enfants autistes, de leurs parents et de leurs éducateurs. Bettelheim y explore le rôle essentiel des contes de fées dans l'éducation et le développement psychique de l'enfant, cherchant à en comprendre les mérites et à leur redonner la place qu'ils ont tenue dans le passé.

Contexte et genèse de l'œuvre

Bettelheim a entrepris la rédaction de "Psychanalyse des contes de fées" après avoir quitté la direction de l'École orthogénique de Chicago en 1973. Son objectif était de tirer les conclusions de son expérience avec les enfants autistes, leurs parents et leurs éducateurs, et de les appliquer à l'éducation de tous les enfants. Il a constaté que la lecture joue un rôle essentiel dans cette éducation et a exploré l'univers des contes de fées pour mieux comprendre leurs mérites et leur redonner la place qu'ils avaient autrefois.

Le pouvoir thérapeutique des contes de fées

Dans "Psychanalyse des contes de fées", Bruno Bettelheim constate que les contes ont une valeur thérapeutique pour l’enfant. Il suggère que ceux-ci aident l’enfant à découvrir le sens profond de la vie tout en le divertissant et en éveillant sa curiosité. Les contes stimulent l’imagination et la curiosité du petit lecteur et l’aident à voir clair dans ses émotions. Bettelheim montre que le conte donne une représentation symbolique de la vie psychique de l’enfant, de ses relations avec ses parents et rivaux, les situant dans un monde imaginaire. La scène se passe à distance, hors du réel ; l’enfant peut y exprimer ses pensées et fantasmes inconscients, ses craintes, ses sentiments ambivalents, sans qu’ils lui soient imputés. Son père et sa mère peuvent se transformer en figures terrifiantes qui le menacent ou lui infligent de terribles punitions.

Bettelheim insiste sur le fait que les contes de fées ne sont pas irréels ; ils présentent au contraire à l’enfant la réalité telle qu’elle est : l’amour mêlé à la haine, l’angoisse, la souffrance, la peur d’être abandonné, la mort, etc. Ils le conduisent à la maîtrise progressive des stades de son développement psychique et l’ouvrent à des valeurs comme l’amour, l’amitié, la solidarité. Ils sont également, d’après lui, une manière idéale pour l’enfant de s’initier à la sexualité.

Analyse des contes populaires

Bettelheim ne réalise pas une étude exhaustive, mais limite son choix aux contes de fées encore populaires, dont il se donne pour tâche de mettre en lumière les significations essentielles. Son analyse porte sur plusieurs dizaines de textes, choisis parmi les recueils les plus célèbres :

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  • Les Mille et Une Nuits (en particulier le Pêcheur et le Génie, Sindbad le Marin et Sindbad le Portefaix).
  • Les Trois Petits Cochons.
  • De nombreux contes des frères Grimm tels la Reine des abeilles, Frérot et Sœurette, les Deux Frères, les Trois Langages, les Trois Plumes, la Gardeuse d’oies.
  • Des contes de Charles Perrault : Jeanne et Margot (Hansel et Gretel), le Petit Chaperon rouge, Jack et la Tige de haricot, Blanche-Neige, Boucle d’or et les Trois Ours, la Belle au Bois dormant, Cendrillon, et bien d’autres appartenant notamment au «cycle du fiancé-animal» (la Belle et la Bête, le Roi-Grenouille, etc.).

Exemples d'interprétations

Bettelheim offre des interprétations spécifiques pour plusieurs contes. Par exemple, il voit La Belle au bois dormant comme un récit initiatique pour les jeunes filles, où les règles sont symbolisées par la malédiction, suivies d’un repli sur soi (le sommeil de cent ans) dont la figure masculine (le prince) est le sauveur, le libérateur.

Concernant Hansel et Gretel, Bettelheim explique que « La maison de pain d’épices qu’ils trouvent dans la forêt représente une existence fondée sur les satisfactions les plus primitives. Se laissant emporter par leur faim incontrôlée, les deux enfants n’hésitent pas à détruire ce qui devrait leur procurer abri et sécurité, alors que les oiseaux, en mangeant les miettes de pain, auraient dû leur faire comprendre qu’il n’est pas bon de dévorer tout ce qu’on rencontre. En dévorant une partie du toit et des fenêtres de la maison de pain d’épices, nos héros montrent qu’ils n’hésitent pas, par gourmandise, à priver des personnes de leur demeure (ils ont eux-mêmes transféré sur leurs parents leur peur d’être privés de maison en les accusant de vouloir les abandonner pour pouvoir manger à leur faim) ».

Il analyse aussi le conte de Boucle d’or et les trois ours, soulignant que ce conte, très significatif, met en avant la place de l’enfant au sein de la famille et la quête d’identité. Boucles d’or cherche sa place, en essayant la chaise du père, de la mère, puis de l’enfant.

Pour Les Trois Petits Cochons, le psychanalyste met en avant le fait que la vie ne se résume pas uniquement au principe de plaisir : les deux premiers petits cochons jouent de la musique et s’amusent, mais leurs fondations s’effondrent tour à tour (faites en paille et en bois).

Structure de l'ouvrage

L'ouvrage est divisé en deux parties :

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  1. Une partie théorique qui analyse les principes de base des contes.
  2. Une partie pratique qui s'attache à expliquer méthodiquement les contes les plus répandus en occident.

La réalité à travers le prisme du conte

Bettelheim insiste sur le fait que les contes de fées ne sont pas irréels ; ils présentent au contraire à l’enfant la réalité telle qu’elle est : l’amour mêlé à la haine, l’angoisse, la souffrance, la peur d’être abandonné, la mort, etc. Ils le conduisent à la maîtrise progressive des stades de son développement psychique et l’ouvrent à des valeurs comme l’amour, l’amitié, la solidarité.

Contes de fées et développement moral

L'éducation morale peut ainsi se transmettre à travers eux, de manière ludique et optimiste.

Réponses aux objections courantes

Bettelheim répond aux objections courantes concernant les contes de fées. Certains disent que les contes de fées sont malsains parce qu’ils ne présentent pas le tableau « vrai » de la vie réelle. Il ne vient pas à l’esprit de ces personnes que le « vrai », dans la vie d’un enfant, peut-être tout différent de ce qu’il est pour l’adulte. Ils ne comprennent pas que les contes de fées n’essaient pas de décrire le monde extérieur et la « réalité ».

Certains parents ont peur de « mentir » à leurs enfants en leur racontant les évènements fantastiques contenus dans les contes de fées. Ils sont renforcés dans cette idée par cette question que leur pose l’enfant : « Est-ce que c’est vrai ? » De nombreux contes de fées, dès leurs premiers mots, répondent à cette question avant même qu’elle puisse être formulée. Par exemple, « Ali Baba et les Quarante Voleurs » commence ainsi : « À une époque qui remonte très très loin dans la nuit des temps » L’histoire des frères Grimm, « Le Roi Grenouille ou Henri le Ferré » s’ouvre par ces mots : « Dans l’ancien temps, quand les désirs s’exauçaient encore » Des débuts de ce genre marquent clairement que l’histoire se situe à un niveau très différent de la « réalité » d’aujourd’hui. Certains contes de fées commencent d’une façon très réaliste : « Il était une fois un homme et une femme qui désiraient en vain, depuis très longtemps, avoir un enfant. » Mais pour l’enfant qui est familiarisé avec les contes de fées, « il était une fois » a le même sens que « dans la nuit des temps ». La « vérité » des contes de fées est celle de notre imagination et non pas d’une causalité normale.

Tolkien, à propos de la question « Est-ce que c’est vrai ? », remarque : « Il ne faut pas répondre à la légère de façon inconsidérée. » Il ajoute que la question suivante a beaucoup plus d’importance pour l’enfant : « Est-ce qu’il est gentil ? Est-ce qu’il est méchant ? Avant d’être à même d’appréhender la réalité, l’enfant, pour l’apprécier, doit disposer d’un cadre de référence.

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Fantaisie et réalité

Certains parents redoutent que leurs enfants se laissent emporter par leur fantasmes ; que mis en contact avec les contes de fées, ils puissent croire au magique. Mais tous les enfants croient au magique, et ils ne cessent de le faire qu’en grandissant (à l’exception de ceux qui ont été trop déçus par la réalité pour en attendre des récompenses). D’autres parents craignent que l’esprit de l’enfant puisse être saturé de fantasmes féeriques au point de ne plus pouvoir apprendre à faire face à la réalité. C’est le contraire qui est vrai.

Si complexe qu’elle soit (bourrée de conflits, ambivalente, pleine de contradictions), la personnalité humaine est indivisible. Toute expérience, quelle qu’elle soit, affecte toujours les divers aspects de la personnalité d’une façon globale. La personnalité commence à se développer de façon défectueuse dès que l’un de ses composants (le ça, le moi ou le surmoi, le conscient ou l’inconscient) domine l’un des autres et prive l’ensemble de la personnalité de ses ressources particulières. Parce que certains individus se retirent du monde et passent la plus grande partie de leur temps dans le royaume imaginaire, on a supposé à tort qu’une vie trop riche en imagination nous empêche de venir à bout de la réalité. Mais c’est le contraire qui est vrai : ceux qui vivent totalement dans leurs fantasmes sont en proie aux ruminations compulsives qui tournent éternellement autour de quelques thèmes étroits et stéréotypés. Loin d’avoir une vie imaginative riche, ces personnes sont emprisonnées et sont incapable de s’échapper de leurs rêves éveillés qui sont lourds d’angoisses et de désirs inassouvis. Mais le fantasme qui flotte librement, qui contient sous une forme imaginaire une large variété d’éléments qui existent dans la réalité, fournit au moi un abondant matériel sur lequel il peut travailler. Cette vie imaginative, riche et variée, est fournie à l’enfant par les contes de fées qui peuvent éviter à son imagination de se laisser emprisonner dans les limites étroites de quelques rêves éveillés axés sur des préoccupations sans envergure.

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