L'alimentation est une fonction vitale qui apporte les éléments nutritionnels indispensables pour rester en bonne santé. Elle joue aussi un rôle psychologique, affectif et social. Cependant, l'équilibre entre les exigences personnelles, culturelles et métaboliques peut être difficile à trouver. Cela peut ainsi se traduire par des troubles du comportement alimentaire, comme l'anorexie et la boulimie. Lorsqu’on parle de troubles du comportement alimentaire, on pense tout de suite à l’anorexie mentale, à la boulimie, aux pertes de poids, aux troubles de l’appétit, aux vomissements provoqués ou encore aux personnes souffrant de surpoids.
Cet article vise à explorer en profondeur la boulimie infantile, en abordant les causes potentielles, les signes révélateurs et les solutions envisageables pour aider les enfants et les adolescents à surmonter ce trouble complexe.
Qu'est-ce que la boulimie?
La boulimie est un trouble du comportement alimentaire (TCA) qui se caractérise par des crises répétées d'hyperphagie (l'absorption de grandes quantités de nourriture en peu de temps). La boulimie est un trouble des conduites alimentaires (TCA) caractérisé par la survenue répétée de crises alimentaires incontrôlées, suivies de comportements destinés à éviter la prise de poids. Comme dans l’anorexie mentale, on retrouve une estime de soi influencée de manière excessive par le poids ou la forme corporelle mais contrairement à l’anorexie mentale, la boulimie n’entraîne pas nécessairement une perte de poids importante : de nombreuses personnes boulimiques ont un poids normal, voire légèrement supérieur à la moyenne.
La personne hyperphagique a tendance à consommer de trop grande quantité de nourriture, rapidement, sans ressentir la sensation de satiété. Ce genre de conduite entraîne rapidement un sentiment de honte et de dégoût et peut parfois mener jusqu’à l’obésité. Pendant une crise, l’enfant ou l’adolescent va ingérer une grande quantité de nourriture en un laps de temps très court, souvent en moins de deux heures. Cette caractéristique fait partie des critères diagnostiques définis par le DSM-5. La personne boulimique n’arrive pas à s’arrêter, même lorsqu’elle n’a plus faim ou se sent physiquement mal. Ce comportement est souvent suivi d’un sentiment intense de honte, de culpabilité ou de dégoût de soi. Ce type de nourriture est parfois ingéré sans même être mâché ou savouré, dans un état proche de la dissociation. Il existe une influence majeure du poids et de la forme corporelle sur l’estime de soi, le poids devient le moteur de l’estime et rien d’autre ne peut le remplacer. Le jeune peut alors adopter des rituels de pesées quotidiennes voire plusieurs fois par jour.
Boulimie et Hyperphagie
La boulimie et l’hyperphagie boulimique partagent un point commun : les crises de suralimentation. La principale différence réside dans l’absence de comportements compensatoires dans l’hyperphagie. Les patients ne se font pas vomir et ne cherchent pas à « annuler » la prise alimentaire.
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Prévalence et âge d'apparition
La boulimie concerne environ 1,5 % des adolescents de 11 à 20 ans, en majorité des filles (3 filles pour 1 garçon), avec un pic d’apparition autour de 16 ans, tandis qu’elle reste extrêmement rare chez l’enfant prépubère (quelques cas pour 100 000 enfants par an). Ces troubles concernent en particulier les jeunes filles vers l'âge de 12 à 14 ans ou bien de 18 à 20 ans. Ils apparaissent en moyenne chez 6 à 10 filles pour un garçon et concerneraient une jeune fille sur 200 et une personne sur 1000 en France.
Causes potentielles de la boulimie infantile
La boulimie ne résulte jamais d’un seul élément déclencheur. Comme pour la plupart des TCA, elle apparaît à la croisée de plusieurs facteurs, qui peuvent varier d’une personne à l’autre. Il a été identifié des facteurs prédisposants, qui influenceraient une trajectoire de vulnérabilité d’intensité variable selon le type et la répétition de ces facteurs. Des facteurs précipitants, qui déclenchent les premiers symptômes de la maladie, les TCA seraient alors une réponse adaptative de l’individu à une situation de stress psychique. Et des facteurs d’entretiens, qui renforcent les symptômes et maintiennent l’individu dans ses conduites qui deviennent rapidement inadaptées et délétèrent. On sait à présent que les troubles du comportement alimentaire sont le résultat de plusieurs facteurs génétiques, neurobiologiques, psychologiques, sociaux et alimentaires. Les personnes ayant une personnalité perfectionniste, une faible estime d'elle-même et un besoin de contrôle ou d'attention sont plus souvent concernées. Même si le culte de la minceur des sociétés occidentales a un impact négatif, les personnes qui souffrent de TCA ont le plus souvent du mal à convertir certaines émotions (comme le stress ou l'anxiété). Elles trouvent dans ce comportement le moyen de les réguler ou de les dévier.
Facteurs psychologiques
La boulimie est souvent liée à certaines fragilités psychologiques. Chez les personnes concernées, on observe fréquemment une faible estime de soi, un perfectionnisme prononcé, ainsi qu’une peur intense de l’échec ou du rejet. Ces individus ont parfois des difficultés à exprimer ou gérer leurs émotions, ce qui peut les pousser à utiliser la nourriture comme un moyen d’apaiser leur anxiété, leur tristesse ou un mal-être difficile à nommer. Ces personnes disent fréquemment qu’elles mangent leurs émotions ou comblent une sensation de vide avec la nourriture.
Facteurs environnementaux et familiaux
Le contexte familial joue un rôle déterminant dans le développement du trouble. De plus, une exposition précoce à des régimes restrictifs ou à des discours dévalorisants sur le corps peut favoriser l’apparition du trouble.
Facteurs génétiques
Selon les études épidémiologiques comparants des jumeaux, il existe une composante génétique prédisposant aux TCA. Il n’y aurait pas un ou plusieurs gènes prédisposants, mais plutôt une multitude de gènes et de mécanismes qui en interagissant avec l’environnement (épigénétique) constituerait un facteur de vulnérabilité. L’héritabilité de la boulimie nerveuse est estimée entre 50 et 60%, ce qui signifie que si l’on considère l’ensemble des facteurs prédisposants, la part génétique représenterait 50 à 60%.
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Signes révélateurs de la boulimie chez l'enfant et l'adolescent
La boulimie peut passer inaperçue, surtout chez les adolescents, car les signes ne sont pas toujours visibles et le poids reste souvent dans la norme. Certains signes doivent alerter les parents. Plus le trouble est repéré tôt, meilleures sont les chances de mise en place d’une prise en soin efficace.
- Crises de gavage: Un enfant boulimique va se jeter sur la nourriture à tout moment de la journée de manière impulsive et ingurgiter des quantités d’aliments avec excès. Ces crises peuvent conduire à des malaises physiques et psychologiques, qui vont pousser votre enfant à se faire vomir.
- Comportements compensatoires: Depuis quelques temps, votre enfant se restreint drastiquement dans sa consommation alimentaire, il/elle perd du poids à vue d’œil, compte sans cesse les calories dans ses aliments, manifeste une hantise de grossir et va jusqu’à se faire vomir, même occasionnellement.
- Préoccupation excessive du poids et de l'apparence: Comme dans l’anorexie mentale, on retrouve une estime de soi influencée de manière excessive par le poids ou la forme corporelle.
- Signes physiques: Chez l’enfant ou l’adolescent boulimique, les effets des crises alimentaires répétées et des comportements compensatoires ne tardent pas à se manifester sur le plan physique. Cependant, la croissance peut être perturbée.
- Détresse émotionnelle: L’un des signes marquants est la détresse émotionnelle ressentie après les crises : honte, culpabilité, perte de confiance en soi.
- Troubles associés: La boulimie est également fréquemment associée à des troubles anxieux, des épisodes dépressifs ou un trouble de l’estime de soi.
Complications potentielles de la boulimie infantile
Chez les jeunes en pleine puberté, période de transformation corporelle majeure, les carences nutritionnelles provoquées par les vomissements, le jeûne ou l’usage de laxatifs peuvent freiner le développement osseux, hormonal et musculaire. De plus, les épisodes de suralimentation incontrôlée peuvent modifier durablement la perception des signaux de faim et de satiété, perturbant les repères physiologiques de l’enfant. La boulimie est rarement un trouble isolé. Ces troubles peuvent précéder, accompagner ou résulter du TCA. L’enfant ou l’adolescent peut développer une vision très dévalorisée de son corps, de ses capacités ou de sa place dans le monde. La prise en charge doit donc impérativement inclure une évaluation psychologique approfondie.
Solutions et prise en charge de la boulimie infantile
Différents types de traitement existent et sont souvent associés. Les traitements médicamenteux permettent de combler les carences dues à la maladie ou de traiter certains troubles comme la dépression ou l'anxiété. Cependant, la psychothérapie reste le traitement le plus efficace pour réapprendre à s'aimer, s'alimenter et changer ses habitudes de vie. Le repérage et la prise en charge précoces du trouble semblent favoriser le pronostic, avec un risque diminué de chronicité et de complications somatiques, psychiatriques ou psychosociales.
Importance d'une approche multidisciplinaire
La prise en soins est multidisciplinaire, au minimum somatique (médecin nutritionniste, pédiatre, médecin généraliste) et psychologique (pédopsychiatre ou psychiatre et/ou psychologue). Dans le traitement de la boulimie, il est important que la prise en charge se fasse de manière pluridisciplinaire. Elle doit être adaptée à chaque patient et à l’intensité de ses troubles.
Accompagnement psychologique
Le traitement de la boulimie repose avant tout sur un accompagnement psychologique adapté. Chez les adolescents, un travail thérapeutique incluant la famille est souvent essentiel. Les thérapies familiales permettent de restaurer la communication, d’apaiser les tensions et de soutenir l’enfant sans jugement. L’objectif de la psychothérapie va être de reconnaître, au-delà des aspects symptomatiques, la souffrance psychique du patient. Cet accompagnement va permettre de s’intéresser à la construction de la personnalité et à la souffrance inconsciente de l’individu.
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Suivi médical et nutritionnel
En complément de l’accompagnement psychologique, un suivi médical est indispensable pour évaluer les conséquences physiques du trouble : perturbations hormonales, carences, troubles digestifs, ou encore déséquilibres électrolytiques et problèmes dentaires liés aux vomissements.
Parallèlement, l’intervention d’un professionnel de la nutrition ou d’un diététicien formé aux TCA permet de rétablir une relation plus apaisée à l’alimentation. Le but n’est pas de mettre en place un régime, mais de soutenir une alimentation structurée, sans culpabilité et respectueuse des sensations de faim et de satiété. Le travail diététique et nutritionnel peut commencer par une phase de renutrition si besoin.
Traitement médicamenteux
Lorsque les angoisses sont trop fortes ou que des signes de dépression apparaissent, un traitement par antidépresseur est efficace dans la prise en charge des patients boulimiques. En cas de boulimie sévère, la prescription de fluoxétine (antidépresseur) à des doses élevées aide à prévenir les crises de boulimie et à les rendre moins fréquentes. Toutefois, ces traitements ne sont pas proposés en première intention. Le Dr Greppo précise que cela dépend beaucoup de l’âge du patient. Les médicaments ne constituent pas le traitement de première intention de la boulimie, mais ils peuvent être prescrits dans certains cas, notamment en présence de troubles associés comme une dépression ou une anxiété marquée. Leur utilisation doit toujours s’inscrire dans une approche globale, encadrée par un professionnel de santé, et associée à un suivi psychothérapeutique.
Conseils aux parents
- Soyez à l'écoute et rassurez votre enfant: Montrez-lui que vous l’aimez, tranquillisez votre enfant en lui rappelant que ses parents l’aiment, qu’ils seront toujours là pour l’écouter et s’occuper de lui/elle. C’est dans ces moments que votre enfant a le plus besoin de vous ! Soyez présent(e), essayez de l’apaiser, de passer des moments privilégiés avec lui/elle. Dites-lui qu’il/elle n’est pas responsable de sa maladie et que ce ne sera qu’un état passager parce que vous allez l’accompagner pour qu’il/elle se sente mieux dans sa peau.
- Adoptez un comportement alimentaire sain: Avoir vous-même un comportement alimentaire sain aidera votre enfant à prendre exemple sur vous. Faites votre maximum pour préparer des plats sains et variés. Privilégiez les légumes et les fruits. Pensez à assaisonner, mettre des épices, préparer une petite sauce à côté pour donner envie à votre enfant de manger abondamment ces plats et pour qu’il/elle soit calé(e) après chaque repas.
- Evitez les remarques dévalorisantes et les comparaisons: Evitez les remarques du type « tu manges trop », « tu as encore grossi », « tu avales tes repas trop vite ». Ne dévalorisez pas votre enfant et ne le/la critiquez pas, ce n’est pas la solution pour l’aider à ouvrir les yeux sur son état. Surtout, ne faites pas de comparaison avec ses frères et sœurs ou ses amis. En effet, votre enfant dénie complètement ses troubles et ne sera pas à l’écoute s’il/elle se sent persécuté(e) et blâmé(e).
- Consultez un professionnel de santé: N’hésitez pas à consulter votre médecin généraliste avant de vous rendre chez un(e) psychiatre pour un diagnostic de la maladie. Dans certains cas, l’enfant nécessitera un suivi psychiatrique.
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