Introduction
Boualem Sansal, né le 15 octobre 1949 à Theniet El Had, est un écrivain algérien d'expression française dont l'œuvre est marquée par un engagement politique et social fort. Principalement romancier, mais aussi essayiste, il est connu pour ses prises de position critiques envers le gouvernement algérien et son combat contre la montée de l'islamisme dans son pays. Ses écrits, souvent censurés en Algérie, sont publiés dans d'autres pays, notamment en France et en Allemagne, où il est reconnu et récompensé. Depuis novembre 2024, il est emprisonné à Alger, sanctionné pour délit d'opinion, une situation qui met en lumière les défis auxquels sont confrontés les défenseurs de la liberté d'expression en Algérie.
Jeunesse et formation
Boualem Sansal est né dans une famille aux origines diverses. Son père, Abdelkader Sansal, est issu d'une famille aisée du Rif ayant fui le Maroc pour l'Algérie. Sa mère, Khadjidja Benallouche, a reçu une éducation et une instruction occidentale. Il a passé une partie de son enfance dans le quartier Belcourt d'Alger, un trait qu'il partage avec Albert Camus, mais il n'a évoqué ces faits que tardivement, dans son sixième roman, Rue Darwin (2011).
Après des études à l'École nationale polytechnique d'Alger, il devient ingénieur et obtient un doctorat en économie. Sa carrière professionnelle est diversifiée : il est tour à tour enseignant, consultant, chef d'entreprise et haut fonctionnaire au ministère de l'Industrie algérien.
L'éveil de l'écrivain
Bien que grand lecteur, Boualem Sansal ne se destinait pas à l'écriture. C'est grâce aux encouragements de son entourage, notamment de son ami Rachid Mimouni (1945-1995), et à sa volonté de comprendre et d'expliquer la guerre civile qui ravage son pays durant la décennie quatre-vingt-dix qu'il se lance dans l'écriture en 1997.
Son premier roman, Le Serment des barbares, paraît en 1999 et reçoit le prix du premier roman et le prix Tropiques la même année. Ce roman rencontre un grand succès, notamment en France, et marque le début de sa carrière littéraire. On sent l’influence de Rachid Mimouni au moins dans ses deux premières œuvres, Le Serment des Barbares et L’Enfant fou de l’arbre creux (2000).
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Un opposant irréductible
Boualem Sansal est connu pour deux traits qui peuvent paraître surprenants : d'une part, il se montre dans ses écrits extrêmement critique à l'égard du gouvernement algérien, jusqu'à nos jours, mais en remontant dans l'histoire jusqu'aux origines du FLN (Front de libération nationale). D'autre part, il tient à travailler et à vivre en Algérie (il habite à Boumerdès, près d'Alger), alors même que, dès la parution de son troisième roman (Dis-moi le Paradis, 2003), il s'est vu limogé du poste qu'il occupait au ministère de l'Industrie.
Pour l'auteur, cette position n'est nullement paradoxale. Il estime que son pays a justement besoin de gens comme lui, à la fois pour ses compétences professionnelles et pour l'audace de ses critiques contre un régime qu'il juge prêt à tout pour se maintenir au pouvoir.
Thèmes et engagements
L'œuvre de Boualem Sansal est marquée par plusieurs thèmes récurrents :
La critique du pouvoir algérien
Boualem Sansal dénonce sans relâche la situation politique et sociale de l'Algérie, les dysfonctionnements du gouvernement, la corruption et l'islamisme. Il n'hésite pas à remettre en question les mythes fondateurs du régime et à critiquer la rente mémorielle qui entretient encore la population dans la haine de l'ancien colonisateur.
La lutte contre l'islamisme
Boualem Sansal est un fervent opposant à l'islamisme, qu'il compare parfois au nazisme. Il met en garde contre la progression de l'islamisme, particulièrement en France, et dénonce la violence et le totalitarisme de cette idéologie. Il exprime régulièrement son inquiétude face à l'incapacité de la France à se positionner clairement par rapport à l'islamisme.
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L'identité algérienne
La question de l'identité algérienne est au cœur de l'œuvre de Boualem Sansal. Il explore les complexités de cette identité, tiraillée entre tradition et modernité, entre héritage arabe et influence occidentale. Il critique ceux qui jouent à être algériens, sacrifiant au rituel avec tout l'art possible, et remet en question l'authenticité qu'ils regardent comme le pôle Nord de la mémoire.
L'importance de la mémoire
Boualem Sansal accorde une grande importance à la mémoire, tant individuelle que collective. Il estime qu'il est essentiel de se souvenir du passé, même douloureux, pour comprendre le présent et construire l'avenir. Il dénonce les tentatives de manipulation de la mémoire et les relectures de l'histoire officielle.
Une œuvre reconnue et récompensée
En dehors de l'Algérie, où il est vu comme un personnage sulfureux et très controversé, Boualem Sansal est un écrivain reconnu, principalement en France et en Allemagne, et ses livres ont reçu de nombreux prix.
Parmi ses œuvres les plus remarquées, on peut citer :
- Le Serment des barbares (1999), prix du premier roman et prix Tropiques
- Dis-moi le Paradis (2003)
- Harraga (2005)
- Le Village de l'Allemand ou le Journal des frères Schiller (2008), grand prix RTL-Lire
- Rue Darwin (2011), prix du roman arabe
- 2084 : la fin du monde (2015), Grand prix du roman de l'Académie française
Boualem Sansal a également reçu le grand prix de la francophonie de l'Académie française en 2008 et le prix de la paix des libraires allemands à la foire de Francfort en 2011.
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Censure et menaces
En raison de ses positions critiques, Boualem Sansal est régulièrement censuré et menacé dans son pays. Son livre Poste restante : Alger, une lettre ouverte à ses compatriotes (2006) est resté censuré en Algérie. Après la sortie de ce pamphlet, il est menacé, mais il décide de rester en Algérie. Le Village de l'Allemand (2008) est également censuré en Algérie car il fait le parallèle entre islamisme et nazisme.
Il est également rejeté en Algérie comme traître depuis la parution de Poste restante : Alger, où il osait discuter le nombre de morts de la guerre de libération, ce qui ne passe pas dans un pays où la contradiction est inenvisageable.
Arrestation et emprisonnement
Le 16 novembre 2024, Boualem Sansal est arrêté à l'aéroport d'Alger et emprisonné. On lui reproche d'atteinte au moral de l'armée, à l'intégrité et à l'unité nationales, de critique des institutions de l'État et de soutien à « l'entité sioniste ». Le prétexte à son arrestation est qu'il a jugé que le Maroc avait des droits historiques sur une partie de l'Algérie.
Son emprisonnement suscite l'indignation de nombreux écrivains et intellectuels à travers le monde, qui dénoncent une atteinte à la liberté d'expression.
La langue française comme patrie intérieure
Aux yeux du régime algérien, Boualem Sansal et Kamel Daoud incarnent la France. La langue française est leur patrie intérieure. Ils l'ont enrichie de leur imaginaire, de leurs univers, de leurs sonorités.
Boualem Sansal a d'ailleurs participé au Manifeste pour l'hospitalité des langues (2012), qui défend la diversité linguistique et culturelle.
Un appel à la paix
Grand militant de la paix entre les peuples, Boualem Sansal a lancé avec David Grossman, figure maîtresse de la littérature israélienne, l'idée d'un rassemblement mondial des écrivains pour la paix. Du 6 au 8 octobre 2012, ils se sont retrouvés à Strasbourg, avec le soutien du Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe, et ont lancé « L’appel de Strasbourg pour la paix » dans le cadre du 1er Forum mondial de la démocratie organisé par le Conseil de l’Europe.
Œuvres
- 1986 : La Combustion dans les turboréacteurs, éd. OPU
- 1989 : La Mesure de la productivité, éd. OPU
- 1999 : Le Serment des barbares, éd. Gallimard, coll. Folio, 2000
- 2000 : L'Enfant fou de l'arbre creux, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002
- 2002 : « Alger, mon amour », dans Amours de villes, villes africaines, coéd. Sépia-AFAA
- 2003 : Dis-moi le paradis, éd. Gallimard, coll. Folio, 2006
- 2003 : « Souvenirs d’enfance et autres faits de guerre », dans L’Algérie des deux rives, coéd. Autrement-Fondation Hassan II
- 2005 : Harraga, éd. Gallimard, coll. Folio, 2009
- 2006 : Poste restante : Alger : lettre de colère et d'espoir à mes compatriotes, éd. Gallimard, coll. Folio, 2008
- 2007 : Petit éloge de la mémoire : quatre mille et une années de nostalgie, éd. Gallimard, coll. Folio, 2010
- 2007 : C’était quoi, la France, éd. Stock
- 2008 : Le Village de l'Allemand ou Le Journal des frères Schiller, éd. Gallimard, coll. Folio, 2010
- 2011 : Rue Darwin, éd. Gallimard, coll. Folio, 2013
- 2012 : Manifeste pour l'hospitalité des langues, Gilles Pellerin, Henriette Walter, Wilfried N'Sondé, Boualem Sansal, Jean-Luc Raharimanana et Patrice Meyer-Bisch, éd. Passage(s)
- 2013 : Gouverner au nom d'Allah : islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe, éd. Gallimard, coll. Folio, 2015
- 2015 : 2084 : la fin du monde, éd. Gallimard, coll. Folio, 2017
- 2018 : Le Train d'Erlingen ou la Métamorphose de Dieu, éd. Gallimard, coll. Folio, 2020
- 2020 : Abraham ou La Cinquième alliance, éd. Gallimard, coll. Folio, 2022
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