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L'avortement à travers l'histoire : du Moyen Âge à nos jours

L'avortement, longtemps interdit, est devenu un droit au fil du XXe siècle. Cependant, l'accès à l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) reste inégal dans le monde. Cet article explore l'évolution de l'avortement à travers l'histoire, en se concentrant sur les pratiques au Moyen Âge, les facteurs sociaux influençant sa perception, et les débats contemporains.

L'avortement, une pratique ancienne

Les recherches historiques montrent que l'avortement est une pratique ancienne. Dans l'Égypte antique, des traités médicaux contenaient des prescriptions pour avorter. D'autres textes, comme le code assyrien en Mésopotamie antique, révèlent que cet acte a aussi été interdit très tôt.

Au Moyen Âge, en Europe, alors que le christianisme monte en puissance, l'avortement continue d'être réprouvé. La pénalisation de l'avortement coïncide avec une régression de la condition féminine, inscrite dans le Code civil à la fin de la Révolution.

Au XIXe siècle, même si l’avortement est considéré comme un crime par le code pénal, les femmes y ont de plus en plus recours. À l’époque, le désir d’avoir moins d’enfants monte dans la société, mais la contraception n’existe pas.

La légalisation progressive de l'avortement au XXe siècle

Il faut attendre le XXe siècle pour que des États légalisent l'avortement et permettent une vraie prise en charge médicale des femmes. Le premier à le faire est la République socialiste fédérative soviétique de Russie en 1920. Quelques pays européens suivent dans les années 1930, mais dans l'ensemble, l'avortement reste interdit. Les femmes y recourent dans la clandestinité en risquant leur santé et leur vie.

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Dans les années 1970, les mouvements féministes améliorent les techniques d'IVG et militent pour le droit des femmes à disposer de leur corps. Sur le continent européen, des lois sont alors votées pour l'autoriser ou supprimer les sanctions. C'est le cas en France, aux Pays-Bas ou en Grande-Bretagne. Depuis la fin des années 1990, ce droit a continué de progresser. Une cinquantaine de pays ont élargi l'accès à l'IVG.

En France, il est possible d'avoir recours à une IVG instrumentale jusqu'à 12 semaines de grossesse (soit 14 semaines après les dernières règles). L'IVG médicamenteuse peut être choisie jusqu'à la cinquième semaine de grossesse, mais peut aller jusqu'à sept semaines en établissement de santé, avec un protocole de suivi spécifique.

La situation actuelle de l'avortement dans le monde

En 2022, l'avortement est légal dans 75 pays, sur simple demande de la femme. Seul le nombre maximal de semaines de grossesse varie. Une centaine d'États l'autorisent sous conditions : par exemple, si la femme a été victime d'inceste ou de viol, ou pour des raisons de santé. Enfin, une vingtaine de pays l'interdisent. Au Salvador ou à Malte, les femmes risquent même la prison.

La décision, en 2022, de la Cour suprême des États-Unis de supprimer ce droit de la Constitution montre cependant que rien n'est acquis.

Les opposants à l'avortement

Les institutions religieuses se positionnent encore contre cet acte, ce qui justifie la position de certains pays. Des groupes de pression militent aussi activement contre ce droit, notamment aux États-Unis. Les médecins peuvent faire valoir leur objection de conscience et refuser de pratiquer l'IVG, même s'il est légal. C'est le cas en France, mais aussi en Italie où 70 % des gynécologues sont contre. Enfin, s'ajoute parfois le manque de moyens. En France, des centres IVG ont fermé ces dernières décennies.

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Pour l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) des progrès restent donc à accomplir.

Le contrôle social et l'avortement

La rumeur et la vox populi dévoilent avant tout une mentalité et des croyances populaires liées à l'avortement. Au cœur de celle-ci, se laisse deviner le contrôle social que subit, malgré elle, la femme du peuple. La communauté semble faire peser sur la femme un regard inquisiteur. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les dirigeants exaltent le devoir de maternité auquel doit se soumettre chaque femme pour son mari, sa famille et sa patrie. Son corps devient plus que jamais la matrice du corps social. Il est donc 'surveillé' officiellement. Le ventre féminin en devient presque un lieu public.

Officieusement, la communauté féminine - tout particulièrement la femme enceinte - est également sujette à un contrôle social de la part de son entourage. Les lieux traditionnels de la sociabilité féminine sont également des lieux traditionnels de la surveillance des ventres et de la recherche de la déviance. Dans un village ou une petite ville, un crime n’est jamais un acte isolé. C’est un acte social concernant l’ensemble de la microsociété : l’avortement n’échappe pas à cette règle. Les rumeurs et dénonciations émanent toujours de proches.

Durant l’entre-deux-guerres, l’avortement est un fait social. Il n’est pas totalement assimilé par la morale et n’est donc pas pleinement admis et toléré. Les rumeurs et les dénonciations le prouvent : l’avortement est recherché parce qu’il fait peur et il est utilisé pour blesser un ennemi ou un conjoint parce qu’il fait mal.

Si la rumeur est le principal metteur en scène dans nos histoires, la principale actrice est l’avortée. C’est elle, avant l’avorteuse, qui sera la première « victime » du contrôle social. Elle est généralement soupçonnée sur base de peu d’éléments comme si un syndrome de l’avortement était répandu. Le critère de sélection est souvent la réputation. Dès qu’une femme peu estimée garde le lit, ses « détracteurs » pensent immédiatement à une interruption de grossesse. Pour l’époque, il est presque inconcevable qu’une femme honnête, issue d’une famille respectable, mette fin à sa grossesse. L’avortement semble le lot de célibataires frivoles, d’épouses infidèles ou peu scrupuleuses. Bref, de femmes manquant de vertus qui refusent de se plier au modèle d’épouse sage et féconde. Acte immoral, l’avortement ne peut être le fait que de personnes immorales. La sévérité de l’opinion suscite également des conduites de fuite, classiques depuis l’époque moderne : l’accouchement en ville pour cacher sa faute, voire l’abandon d’enfant ou l’infanticide.

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En matière d’avortement, c’est toujours la femme qui est fautive. Celle qui renonce à sa maternité s’apparente à un paria, à un monstre, à une criminelle selon l’idéologie dominante véhiculée à l’époque. Elle va à l’encontre de la vocation naturelle de toute femme, vocation qui veut que celle-ci soit une mère, une épouse et une ménagère.

La sociabilité féminine et la connaissance de l’avortement

L’avortement est une réalité bien plus courante et plus connue que de nos jours. Depuis qu’il est toléré par la loi et médicalisé, il est davantage confidentiel. C’est désormais le médecin qui est le gardien des techniques abortives. L’avortement est aux mains de spécialistes. Le progrès a désorganisé les voies traditionnelles de la solidarité féminine. En effet, si certaines franges de la population condamnent l’avortement, il n’en reste pas moins accepté par une partie de celle-ci et compris par la plupart des femmes. L’avortement est un domaine où se dévoile une forte solidarité de sexe. Cette solidarité est renforcée par l’appartenance à un même milieu social, celui de la ménagère. Les femmes s’échangent entre elles les adresses, les recettes et les méthodes. De cette manière, le savoir-faire en matière d’avortement se propage. Dans ce domaine, la rumeur publique qui entoure les faiseuses d’anges joue aussi un rôle important.

Cette connaissance de l’avortement se retrouve à la lecture des différentes pièces des dossiers d’abandon de poursuites. Dans une cinquantaine d’affaires, le moyen supposé employé par la femme pour se faire avorter est précisé. Qu’il soit vrai ou pas, sa simple mention témoigne que les techniques abortives sont connues du grand public. Dans cet imaginaire collectif, l’avortement instrumental semble avoir pris l’ascendant sur les procédés populaires fondés sur l’absorption de substances dites abortives. Mais l’un n’empêche pas l’autre. Des travaux contemporains soulignent que le premier mouvement des femmes qui constatent la suppression de leurs règles est de recourir à l’automédication. Autour de 1880, sous la dénomination « pilules de dames », toutes sortes de produits sont commercialisés en dépit de leur inefficacité. Des tisanes, décoctions et médicaments sont ainsi évoqués dans les déclarations. En tête de ceux-ci, se trouve une plante : la rue. Suivent ensuite l’absinthe, l’ergot de seigle, la sabine, l’apiol et le café.

Plus fréquent, l’avortement « chirurgical » est rendu possible grâce aux progrès de la médecine. Les instruments avancés dans les lettres et déclarations sont des sondes, crochets, injecteurs, canules et poires. Sondes et crochets servent à percer la poche amniotique en la piquant. À cet égard, tout ce qui est pointu ou tranchant peut être utilisé, à commencer par des aiguilles à tricoter. Quant aux injecteurs, ils provoquent l’avortement par irritation des parois et contractions de l’utérus. L’embryon ou le fœtus est « décollé » et expulsé. La nature du liquide injecté importe peu. Mais les femmes croient renforcer les effets de l’injection par un adjuvant réputé abortif : l’eau savonneuse. Ainsi, la plupart des déclarations qui mentionnent cette technique d’avortement l’associent au savon sunlight. L’injection intra-utérine est le procédé abortif le plus répandu durant l’entre-deux-guerres. Il est aussi le plus sûr en termes d’hygiène et de discrétion : il ne laisse en principe pas de traces et ne nécessite pas forcément une aide extérieure.

Les méthodes pour avorter font donc certainement partie des conversations de femmes, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Les ruses et autres astuces pour échapper à la répression doivent probablement se transmettre par le même canal. Plus étonnant, certaines jeunes femmes décrivent précisément le déroulement de l’opération qu’elles auraient été amenées à subir et cela avant de se rétracter ou d’avouer un infanticide. Enfin, les risques liés à la pratique de l’avortement sont également connus. La maladie d’une femme est souvent l’élément déclencheur d’une rumeur ou d’une dénonciation. Pour l’opinion d’alors, un avortement n’est donc pas un acte anodin sur le plan de la santé. La peur de la douleur, des séquelles médicales, l’ombre de la mort planent et sont plus dissuasives que tous les discours natalistes et/ou patriotiques.

L'attitude à l'égard du fœtus

Au centre de l’imaginaire collectif qui entoure l’avortement, se trouvent la femme, son statut et sa place dans la société. C’est elle qui, tantôt est au cœur de la rumeur et, tantôt aux mains d’un médecin expert. Tout tourne autour d’elle. Ce n’est toutefois pas sa parole qui est en mesure de déterminer l’issue d’une instruction. Seul son corps compte. L’expertise est prioritaire. Reste que le grand absent dans nos dossiers est la « victime concrète » du délit : l’embryon ou le fœtus. De l’enfant à naître, par essence le sujet principal de l’avortement, il est rarement question.

Les dénonciateurs nomment rarement la victime qu’ils entendent défendre. De temps à autre, apparaît la formule « pauvre petit ». Leur préoccupation n’est pas tant le fœtus que le respect de la morale pour la quiétude de tous. Pour qualifier l’avortement, on retrouve « faire passer, faire partir, faire faner le chou, faire sauter ». Dans les dépositions et déclarations, le synonyme d’avorter est « débarrasser » ou « libérer ». Les femmes qui reconnaissent leur fausse couche parlent également très peu du fœtus expulsé et de façon très détachée. Ce dernier est désigné par un pronom démonstratif neutre qui le déshumanise. Son évocation peut se réduire à sa description. S’il s’agit d’un embryon, l’avortement s’effectue d’un bloc et l’avorton se confond avec un « caillot de sang gros comme une noix, un amas de sang ou à une boule de sang ». Lorsqu’on est en présence d’un fœtus, la fausse couche se fait en deux temps avec l’expulsion de l’enfant puis du placenta. Dans ce cas, la taille et l’aspect du fœtus peuvent être signalés. Parfois rien.

Profil des personnes impliquées dans les affaires d'avortement

Les dites avortées

Quelques 171 femmes sont présentées aux autorités judiciaires comme des avortées. Parmi celles-ci, cinq ont déjà eu affaire à la justice pour avortement. Et dix seraient mortes des suites de l’avortement. Les femmes incriminées dans une infraction comme l’avortement sont généralement et logiquement relativement jeunes. Elles sont ainsi en moyenne âgées de vingt-cinq ans et demi La plus jeune a quatorze ans. La plus âgée en a quarante-sept. Peu de femmes dépassent les trente-cinq ans.

Sur 163 femmes dont l’état civil est connu, septante-trois sont renseignées mariées, soixante-sept célibataires, onze divorcées ou séparées, six fiancées et six veuves. Les femmes mariées ont donc bien pris l’ascendance sur les célibataires dans les rumeurs d’avortement. Les célibataires sont en moyenne âgées de vingt-deux ans, les femmes mariées de trente.

Sur les 142 femmes dont la profession est connue, nonante et une sont présentées comme des ménagères, soit près de 65 %. Le ménage est la tâche qui incombe aux femmes de la famille, mariées ou non.

Bref, les avortées présumées appartiennent aux classes populaires. Or, la pratique de l’avortement touche sans distinction les classes inférieures comme les couches sociales les plus élevées. Disposant davantage de moyens, les femmes mieux nanties ont un meilleur accès aux contraceptifs. Surtout, moins soumises au regard des voisins, elles semblent mieux protégées de la justice.

Les présumés faiseuses d’anges et avorteurs

Des présumés avorteurs ont affaire à la justice plusieurs fois durant l’entre-deux-guerres. Certains de ces « récidivistes » sont considérés comme des spécialistes en la matière.

Calculé sur base des quarante-quatre cas qui sont connus, leur âge moyen s’élève à trente-sept ans et demi. Il dépasse d’une dizaine d’années l’âge moyen des avortées.

Sur les septante-quatre auteurs suspectés, vingt sont de sexe masculin. Pas moins de onze d’entre eux sont les amants, les maris, les fiancés ou les abuseurs de la femme que l’on dit avortée. Ils ont donc une responsabilité dans la grossesse de celle-ci.

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