Le bisou, geste universel d'affection, prend une dimension particulière lorsqu'il s'agit d'un baiser sur la bouche entre une mère et son enfant. Cette pratique, oscillant entre un rituel familial innocent et un geste potentiellement malsain, voire incestueux pour certains, suscite des débats passionnés et des opinions divergentes. Cet article explore les différentes facettes de cette question délicate, en s'appuyant sur des analyses psychologiques, des témoignages et des avis d'experts.
L'Exploration Affective Chez l'Enfant
Vers l'âge de 5-6 ans, les enfants peuvent manifester des bisous entre eux, y compris sur la bouche, comme une forme d'exploration affective et relationnelle. Il est crucial, dans ce contexte, de maintenir un lien de confiance avec l'enfant et de lui permettre d'exprimer librement ce qu'il ressent. Une réaction parentale mesurée, ni dans le rejet ni dans la dramatisation, favorise un climat de communication ouvert où l'enfant se sent libre de partager ses expériences et ses émotions.
La Confusion des Langages : une Perspective Psychanalytique
Sandor Ferenczi évoque la « confusion de langues entre les adultes et l’enfant » pour illustrer la complexité de la relation enfant-adulte. Les adultes, par leur comportement, influencent le développement de la sexualité future de l’enfant. Le bisou sur la bouche, geste socialement connoté comme un acte amoureux, peut créer une confusion chez l'enfant qui comprend très jeune les codes relationnels : maman est l’amoureuse de papa, ils s’embrassent sur la bouche. Recevoir un baiser sur la bouche de maman ou de papa peut être compliqué à gérer pour un enfant, le plaçant potentiellement à la même place que l’amoureux alors qu’il est l’enfant.
La Place de l'Enfant dans la Famille et le Complexe d'Œdipe
Un baiser sur la bouche d'un parent peut semer le trouble dans l'esprit de l'enfant, le conduisant à s'interroger sur sa place au sein de la famille. Un fouillis correspondant à une perte de repères peut naître dans sa tête. Cette pratique peut interférer avec le développement psychosexuel de l'enfant, notamment lors de la phase œdipienne, vers deux ans, où l’enfant devient amoureux du parent du sexe opposé. Durant cette période, l’enfant va par tous moyens tenter de séduire ce parent en essayant justement de l’embrasser sur la bouche, de mettre sa main sur les seins de sa mère… Pour lui permettre de dépasser cette étape essentielle de son développement, il est primordial que ses parents fixent les limites de façon claire. A savoir qu’il est interdit de mettre la main sur les seins de sa mère et… de se donner des bisous sur la bouche. Or si cette pratique existe dans la famille, l’enfant sera bloqué dans son développement en raison de la confusion qui existe dans son esprit et du fantasme qui prend de l’ampleur « Je peux épouser maman car je lui fais des bisous sur la bouche ». Dépasser la phase œdipienne, c’est lui permettre de grandir en allant vers l’extérieur : couper le cordon pour ultérieurement faire sa vie en adulte autonome et équilibré.
Si cette pratique existe dans la famille, l’enfant peut se sentir bloqué dans son développement, avec le fantasme que « Je peux épouser maman car je lui fais des bisous sur la bouche ». Dépasser la phase œdipienne, c’est lui permettre de grandir en allant vers l’extérieur : couper le cordon pour ultérieurement faire sa vie en adulte autonome et équilibré.
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L'Adolescence et l'Intimité
Les changements que vit l’adolescent sont extrêmement violents. Il aura besoin d’un cocon n’appartenant qu’à lui. Nul besoin d’expliquer en quoi les bisous sur la bouche avec les parents seront un empiètement inacceptable de l’intimité de cet être en pleine mutation. Souvent les adolescents vont rejeter les contacts physiques avec leurs parents, ce qui est une très bonne chose.
À l'adolescence, période de profonds changements, le besoin d'intimité se fait de plus en plus pressant. Les bisous sur la bouche avec les parents peuvent alors être perçus comme un empiètement inacceptable.
L'Incestuel et l'Appropriation du Corps de l'Enfant
L’enfant peut ressentir une excitation très forte en recevant un baiser parental. Cette excitation va s’engrammer dans sa mémoire corporelle et resurgira plus tard lors du complexe d’œdipe, mais aussi lorsqu’il aura une vie sexuelle. Cette empreinte viendra entacher sa vie intime en l’imprégnant inconsciemment. Il y aura à nouveau confusion entre l’amoureuse et le parent. Car le baiser parental conduit à imposer à son enfant une pratique qui est de l’ordre du sexuel alors qu’il n’est pas en âge d’avoir une sexualité d’adulte. Nous sommes là dans l’incestuel car l’adulte s’approprie, qu’il le fasse consciemment ou non, le corps de l’enfant. La sexualité ne doit pas se découvrir avec les parents. Les bisous parentaux sur la bouche sont des pratiques que nous imposons à nos enfants. Ce faisant en nous appropriant leur corps, nous les traitons comme des objets et nous leur apprenons que leur corps non seulement ne leur appartient pas mais bien pire, que leur corps est à la disposition des adultes. Ainsi l’enfant est préparé à devenir la proie idéale de prédateurs en tout genre. L’enfant ne saura pas faire la différence entre un geste anodin et un adulte mal intentionné car un bisou sur la bouche sera de l’ordre de la normalité.
Certains psychanalystes considèrent le bisou parental sur la bouche comme une forme d'incestuel, car il impose à l'enfant une pratique de l'ordre du sexuel alors qu'il n'est pas en âge d'avoir une sexualité d'adulte. En s'appropriant le corps de l'enfant, les parents pourraient, inconsciemment, le traiter comme un objet et lui apprendre que son corps est à la disposition des adultes, le préparant ainsi à devenir la proie de prédateurs.
L'Intimité et les Limites
En considérant la bouche de son enfant comme un espace sacré qui nous est interdit en tant que parents, nous permettons à notre enfant d’avoir une intimité propre. L’intimité est un espace clos n’appartenant qu’à lui. Il grandira en devenant un individu qui saura éviter les empiétements de tous ordres. Il saura mettre des limites naturellement. Ce sera à titre d’exemple un enfant qui hurlera et dénoncera telle personne qui a voulu le toucher.
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Il est essentiel de respecter l'intimité de l'enfant et de lui apprendre à fixer des limites. En considérant la bouche de son enfant comme un espace sacré, les parents lui permettent de développer son intimité propre et de grandir en devenant un individu capable d'éviter les empiétements et de mettre des limites naturellement.
Comment Réagir Face au Bisou Spontané de l'Enfant ?
L’enfant vers deux ans aura parfois envie de vous faire un bisou sur la bouche et peut être vous en fera un par surprise. Il sera alors judicieux de lui expliquer que les bisous sur la bouche ne sont autorisés qu’entre amoureux ; que vous êtes sa mère et qu’en tant que telle, c’est interdit. Qu’en revanche, son père qui est votre mari a le droit de vous en faire car c’est votre amoureux. Et que plus tard quand il sera grand, il pourra aussi faire des bisous sur la bouche de son amoureuse. Ce besoin d’être aimé devra se réparer par un travail sur soi et sur ses blessures d’enfant. Ce n’est qu’ainsi que l’adulte arrivera à donner un amour parental sain à ses enfants.
Si l'enfant initie un bisou sur la bouche, il est important de lui expliquer que ce geste est réservé aux amoureux et de lui proposer d'autres marques d'affection, comme un baiser sur la joue.
La Question du Consentement et des Limites
La question du bisou sur la bouche renvoie à la problématique du consentement et des limites. Il est essentiel d'enseigner à l'enfant le respect de son propre corps et de celui des autres.
Le Bisou Imposé et le Droit à l'Intimité
Nos enfants sont devenus experts en claquement de bouche, alors que nous même, adulte, avons besoin de mieux connaître et apprécier une personne avant de lui accorder un signal fort d’affection : la bise, le baiser, le bisou. Bien-sûr, rares sont les enfants qui exultent de joie à l’idée d’embrasser la copine de la sœur à mémé. En attendant, on signifie à l’enfant que son avis n’a que peu d’importance, et que l’adulte a tous les pouvoirs. Ou encore que son corps ne lui appartient que trop peu et que le maitre de celui-ci, en tout cas jusqu’à sa majorité, c’est nous. Alors qu’en vrai. Le plus beau cadeau, c’est le petit bisou spontané, sans rien demander.
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Il est crucial de respecter le droit de l'enfant à refuser un bisou, même de la part d'un membre de la famille. Le plus beau cadeau, c’est le petit bisou spontané, sans rien demander.
Bisous des Professionnels de la Petite Enfance : un Tabou ?
La question se pose parfois, rarement finalement, du bisou fait par les professionnels en crèche. Un tabou ? Difficile d’être tranché sur la question. J’ai souvent entendu dire qu’il était déconseillé en raison de la juste distance avec le tout petit. A qui ce bisou fait il plaisir ? N’est-ce pas une demande de l’adulte plutôt que de l’enfant ? Si le bisou vient de l’enfant, il est clair qu’on ne le refusera pas. Mais pour parler de ma propre expérience en tant que maman. Lorsque j’ai confié mon premier enfant à une assistante maternelle, j’ai eu le cœur lourd lorsque je l’ai vu l’embrasser sur les joues. Je ne voyais pas ma fille de la journée, et mon sentiment était qu’elle se l’appropriait. Quand je reprenais mon bébé, il portait sur ses vêtements son odeur. D’ailleurs les premiers jours, mon premier réflexe était de lui changer ses habits et de lui mettre des vêtements avec notre odeur. Alors le bisou, je le laisse aux parents. L’affection peut se donner autrement, par des gestes, des attentions, le fait de contenir le tout petit et de lui dire des paroles rassurantes.
Les bisous des professionnels de la petite enfance font débat. Certains estiment qu'ils peuvent être intrusifs et qu'il est préférable de privilégier d'autres formes d'affection, comme des gestes et des paroles rassurantes.
Les Gestes "Sexuels" des Enfants de Maternelle : Comment Interpréter ?
Jouer au docteur, embrasser « sur la bouche » un copain ou une copine, baisser le pantalon, ou regarder sous la jupe des filles, en maternelle, ces expériences des petits sont fréquentes, surtout au printemps quand les vêtements sont plus légers et que de grandes complicités sont nées entre les enfants. Expression de la curiosité enfantine pour le corps de l’autre, le « monde des grands » et le mystère des origines, il s’agit d’une étape normale que l’adulte accompagne en répondant avec des mots simples et précis aux questions des enfants : « Qu’est-ce qu’un garçon ? Une fille ? D’où viennent les bébés ? Quand peut-on avoir un amoureux ou une amoureuse ? »
À l'école maternelle, les enfants peuvent manifester des gestes d'exploration du corps de l'autre, y compris en s'embrassant sur la bouche. Ces comportements sont généralement l'expression de la curiosité enfantine et doivent être accompagnés par des réponses simples et précises aux questions des enfants.
L'École Maternelle : un Lieu de Socialisation et d'Apprentissage du Respect
L’école maternelle est souvent le principal lieu de socialisation à cet âge, c’est en son sein que l’enfant découvre l’autre et apprend à le respecter. Nous utilisons des jeux, des livres, des poupées et poupons, pour nommer les parties du corps, montrer celles qui font parties de l’intimité et que l’autre n’a pas le droit de toucher, surtout si l’on n’est pas d’accord[1]. Sans dramatiser les jeux entre enfants, l’enseignante[2] trace aussi clairement que possible la limite de l’intime qui ne doit pas être franchie. « Dès le plus jeune âge, explique la psychologue et psychanalyste Héloïse Castellanos-Colombo, on doit apprendre à s’affirmer et à refuser avec véhémence ce qui dérange de la part des autres enfants. »
L'école maternelle joue un rôle crucial dans l'apprentissage du respect de l'autre et des limites de l'intimité. Les enseignants doivent tracer clairement la ligne entre les jeux innocents et les comportements qui peuvent être préjudiciables.
Signaler ou ne pas Signaler ? un Dilemme Éthique
Pour l’enseignante, la décision de signaler est lourde à porter, mais celle de ne pas signaler devrait l’être tout autant car elle est justifiée par la conviction que l’enfant agresseur lui-même ne subit pas de violence dans son entourage. Or, comme le dit Héloïse Castellanos-Colombo, après trente ans d’exercice en Centre médico-psycho-pédagogique et de psychothérapie infantile, « les signes d’abus sexuels sont très difficiles à repérer car le plus souvent, l’enfant ne parle pas ».
Les enseignants sont souvent confrontés au dilemme de signaler ou non des comportements potentiellement problématiques chez les enfants. Il est important de prendre en compte tous les éléments de la situation et de ne pas hésiter à solliciter l'aide de professionnels.
Les Questions à se Poser
Il est donc particulièrement important de prendre le temps, malgré toutes les pressions que l’école peut ressentir (des parents, de la hiérarchie), de bien examiner la situation pour en avoir une vision la plus exhaustive possible de la situation.
Plusieurs questions peuvent y aider :
- Quelle est la nature de la violence ? Vouloir embrasser sur la bouche n’est pas pareil que mettre la main dans la culotte. Plus la violence mime ou dans les cas les plus graves, reproduit l’acte sexuel, plus le risque est grand que l’enfant « agresseur » soit exposé à des scènes de nature sexuelle ou victime de viol ou d’attouchements, un signalement au procureur directement (sans passer par la CRIP) s’impose.
- Quelles sont les circonstances ? quel était le lieu ? le moment ? où était l’adule ? Si l’enfant « agresseur » a agi sous le regard de l’adulte, il n’a sûrement pas conscience de l’interdit qu’il a franchi et il faut chercher les raisons de cette ignorance. En maternelle, les enfants ne sont jamais seuls sans adultes mais l’organisation du travail et la configuration des cours de récréation font que l’adulte embrasse rarement du regard la totalité du groupe. Si les enfants se sont sciemment cachés de l’adulte, il faut également en connaître les raisons.
- Quelle a été l’attitude de la victime ? A-t-elle réagi en repoussant l’agresseur ? Est-elle allée voir l’enseignante ? Si ce n’est pas le cas, Héloïse Castellanos-Colombo conseille aux parents et à l’enseignante d’engager un travail avec l’enfant pour lui apprendre à se protéger.
- Quant à l’agresseur, est-ce la première fois qu’il agit ainsi ? Il est important, si aucun autre fait n’a été rapporté, de dialoguer avec les enfants de la classe pour s’assurer que rien d’autre ne s’est produit. Il existe parfois des « contagions » de jeux dans une même classe, qui peuvent expliquer le comportement ponctuellement violent d’un élève dont ce n’est pas l’habitude. En revanche, si ce n’est pas un acte isolé de la part de cet enfant, cela doit alerter : « cela peut être le reflet d’un discours familial ou d’un modèle parental où violenter une femme, par exemple, est autorisé », explique Héloïse Castellanos-Colombo.
- Quel est le parcours scolaire de l’enfant agresseur ? A-t-il déjà changé d’école ? Notre magistrat observe que les familles maltraitantes ont tendance à déménager et changer d’école pour fuir les suspicions de l’entourage. Quel est son comportement social ? A-t-il des relations harmonieuses avec les autres ? Quel est son comportement face aux apprentissages ? Montre-t-il de la motivation ? Se concentre-t-il facilement ? Quelle attitude a-t-il face à son travail ? Un enfant qui détruit systématiquement son travail peut chercher à maîtriser ce qui sort de lui. Cela peut être, dans certains contextes, un symptôme d’abus.
Face à des comportements potentiellement problématiques, il est essentiel de se poser les bonnes questions et d'analyser la situation dans son ensemble.
L'Importance de l'Accompagnement Éducatif
Un travail d’accompagnement éducatif est à engager avec les enfants de la classe et les familles. Psychologue scolaire, équipe de circonscription, assistante sociale, infirmière scolaire… dans l’idéal, tous ces personnels devraient être concernées et venir appuyer l’action de l’école. Malheureusement, leurs effectifs ne leur permettent pas de réaliser ce travail.
Il est crucial d'engager un travail d'accompagnement éducatif avec les enfants et les familles, en impliquant les différents acteurs de la communauté éducative.
Les Risques pour la Santé Physique
Si les parents craquent devant la bouille joufflue de leur progéniture, les psychologues et les pédiatres sont pourtant formels sur la question : il ne faut pas faire de bisous sur la bouche de son enfant. Et pour cause, cette pratique, bien qu’elle soit spontanée et dénuée de mauvaises intentions, peut s’avérer dangereuse pour la santé physique, mais aussi psychologique du nourrisson ou de l’enfant.
Au-delà des considérations psychologiques, il est important de rappeler que le bisou sur la bouche peut présenter des risques pour la santé physique de l'enfant.
Transmission de Maladies
Embrasser un bébé sur la bouche peut lui transmettre des maladies. La première raison pour laquelle les spécialistes de santé recommandent de ne pas embrasser son bébé sur les lèvres est que durant ses premiers mois de vie, son système immunitaire est extrêmement fragile. Comme l’a expliqué la pédiatre Dr Emmanuelle Rondeleux à Doctissimo en 2019, les nourrissons sont vulnérables aux virus et bactéries : “Durant les 3-4 premiers mois de sa vie, un nourrisson a un système immunitaire immature. Il ne bénéficie que des anticorps de sa mère.” Il faudra attendre l’âge de 5 à 6 ans pour que l’immunité d’un enfant soit plus solide. Il est important de rappeler que l’on peut être porteur sain d’une maladie. Les personnes souffrant d’herpès ou d’eczéma n’ont pas forcément besoin d’avoir de symptômes pour être contagieuses. Sauf que pour les bébés, ces deux virus peuvent s’avérer très dangereux pour leur santé. S’ils se transmettent, cela peut engendrer des méningites mortelles et des encéphalites, soit une inflammation d’une partie du cerveau qui peut laisser de grosses séquelles, voire conduire au décès du bébé.
Les nourrissons, dont le système immunitaire est encore immature, sont particulièrement vulnérables aux virus et aux bactéries. Le bisou sur la bouche peut donc leur transmettre des maladies potentiellement graves, telles que l'herpès ou l'eczéma.
Risques pour la Santé Buccale
Un bisou sur la bouche peut endommager la santé buccale du nourrisson. Si un jeune enfant développe le streptococcus mutans, cela peut engendrer le développement d’une carie sur sa dent de lait, au mieux, et au pire, “affecter les tissus mous et les gencives avant que les dents de lait ne se soient développées.”
Le bisou sur la bouche peut également favoriser la transmission de bactéries responsables de caries et d'autres problèmes bucco-dentaires.
Impact Psychologique : un Message Brouillé
Naturellement, un papa ou une maman qui fait un bisou à son bébé ne sexualise pas ce geste. Pourtant, il n’est pas si anodin que l'on aimerait le croire, raison pour laquelle on n’embrasse pas son voisin, l’enfant d’une amie ou n’importe quelle autre personne que son partenaire ! “On doit éviter d’embrasser son enfant sur la bouche, même lorsqu’il est tout-petit, en tout cas ne pas en prendre l’initiative, car cela lui procure une excitation qui n’est pas la bienvenue” affirme la psychanalyste Catherine Bergeret-Amselek, interviewée par Parents. Pour le pédopsychiatre Stéphane Clerget, invité sur RTL, le bisou sur la bouche doit “appartenir aux amoureux” dans la tête de l’enfant. Une façon d’éviter de lui renvoyer un message déroutant et de favoriser le complexe d’œdipe. “D’un baiser innocent au bébé, on peut tomber dans quelque chose d’incestuel, de déplacé. L’enfant reçoit dans cet échange de baiser parental une excitation trop forte, invisible sur l’instant qui reste encryptée dans une sorte de mémoire du corps, et c’est plus tard qu’elle peut avoir des effets négatifs, notamment dans l’installation du complexe d’Œdipe et sa résolution” précise en effet Catherine Bergeret-Amselek.
Le bisou sur la bouche peut envoyer un message brouillé à l'enfant, en associant un geste d'affection parentale à un geste amoureux. Cela peut perturber le développement psychosexuel de l'enfant et interférer avec la résolution du complexe d'Œdipe.
Les Clés pour une Relation Parent-Enfant Saine
Si on traite son enfant avec des gestes qui devraient être réservés aux adultes, on ne lui donne pas les clés pour comprendre que les adultes n’ont pas le droit d’avoir des gestes amoureux envers lui. La relation parent-enfant ne doit pas ressembler à une relation amoureuse, ni dans les gestes ni les mots. J’entends beaucoup de parents dire à leur enfant « je t’aime ». Pour moi, il s’agit d’une phrase du registre amoureux. Vous ne dites pas à votre conjoint « je t’aime beaucoup », vous lui dites « je t’aime », c’est absolu. Vous ne pouvez donc pas dire la même chose à votre enfant. Autrefois, on ne disait pas à son enfant qu’on l’aimait. On lui montrait, par une présence, une attention… C’est toujours pertinent aujourd’hui. Mais si vous tenez à exprimer votre amour parental, vous pouvez nuancer, en disant par exemple « je t’aime… haut comme le soleil » ou « je t’aime… rouge comme la tomate ». Ca peut même devenir un jeu entre vous et votre enfant.
Pour établir une relation parent-enfant saine, il est important de distinguer clairement les gestes et les mots réservés aux relations amoureuses. Il est préférable de montrer son amour à son enfant par une présence, une attention et d'autres marques d'affection non équivoques.
Comment Mettre Fin à Cette Pratique ?
De nombreux papas et mamans, qui pratiquent le bisou sur la bouche avec leurs enfants, ont tendance à attendre qu'ils mettent le holà par eux-mêmes pour arrêter. C’est le cas de Florence, jeune maman d’une petite Emma, âgée de 3 ans : « Ma fille est encore très jeune et pour elle, un bisou sur la bouche ou un bisou sur la joue, c’est la même chose. J’attends qu’elle me dise stop, et si elle ne le fait pas, j’arrêterai de moi-même avant l’entrée à l'école primaire ». Pour Syrine Slim, demander à son enfant qu’il prenne une telle décision revient « à inverser les rôles. C’est au parent de fixer les règles et les limites, pas à l’enfant. Alors, comment faire marche arrière ? « La maman ou le papa peut expliquer à l’enfant qu’il s’est trompé. Qu’il apprend tous les jours à être parent et qu’il a compris que ce type de bisou était réservé aux amoureux », que désormais loulou devra « réserver ce genre de bisou à son futur(e chéri(e) »…
Si vous souhaitez mettre fin à la pratique du bisou sur la bouche avec votre enfant, il est important de prendre l'initiative et de lui expliquer clairement que ce geste est réservé aux amoureux.
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