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Trouble Bipolaire et Période Post-Accouchement: Symptômes, Diagnostic et Prise en Charge

La période post-partum, bien que souvent perçue comme un moment de joie, peut être une période de vulnérabilité accrue pour les femmes, notamment en ce qui concerne leur santé mentale. Parmi les troubles qui peuvent survenir, le trouble bipolaire post-partum, la dépression post-partum et la psychose puerpérale sont des conditions nécessitant une attention particulière. Cet article vise à informer sur les symptômes du trouble bipolaire après l'accouchement, en mettant en lumière les aspects spécifiques de cette condition, son diagnostic et sa prise en charge.

Troubles de l'Humeur Post-Partum: Généralités

La grossesse et la naissance d’un enfant sont des événements majeurs, représentant des épreuves physiques et psychiques pour les femmes. Il existe un continuum entre les manifestations psychiques normales liées à ces mutations et les manifestations pathologiques. La grossesse est une période à haut risque psychiatrique, avec une prévalence des troubles psychiatriques durant cette période s'élevant de 15 à 29 %, et seulement une petite proportion de femmes recevant un traitement adéquat.

La dépression post-partum touche environ 10 à 20% des femmes et apparaît dans un délai de deux mois suivant l’accouchement. Elle se distingue du baby blues, trouble passager, par sa durée et son intensité. La dépression post-partum peut durer jusqu’à 2 ans et s'accompagne de troubles de l’attachement avec le bébé, d'anxiété, de phobies et d'un sentiment d’incapacité. Des obsessions et des idées morbides peuvent également apparaître.

Psychose Puerpérale: Une Urgence Psychiatrique

La psychose puerpérale est une urgence psychiatrique survenant généralement après l’accouchement et pouvant entraîner des idées délirantes et des hallucinations. Elle se distingue du baby blues ou de la dépression post-partum par sa brutalité et la gravité de ses symptômes. La psychose puerpérale résulte généralement d’une interaction complexe entre des facteurs biologiques, psychologiques et environnementaux. Bien que rare, cette maladie nécessite une prise en charge rapide et adaptée pour protéger la mère, son enfant et le reste de la famille.

Les mères qui souffrent de psychose post-partum présentent parfois des antécédents personnels ou familiaux de troubles psychiatriques, notamment de trouble bipolaire, de schizophrénie ou dépression sévère. Mais la psychose puerpérale peut aussi survenir sans aucun antécédent psychiatrique.

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Trouble Bipolaire Post-Partum: Une Réalité Méconnue

Bien que le trouble bipolaire, la dépression post-partum et la psychose post-partum aient récemment fait la une des médias, le trouble bipolaire post-partum reste pratiquement inconnu. De nombreux professionnels de la santé ignorent son existence, et certaines organisations post-partum et bipolaires ne connaissent pas ou ne sont pas claires sur sa définition.

Le Dr Raja Gangopadhyay, obstétricien et responsable de la santé mentale périnatale, souligne que le risque de développer une nouvelle maladie mentale grave est plus élevé au début de la période suivant l'accouchement qu'à tout autre moment de la vie d'une femme. Les antécédents familiaux, les problèmes de santé mentale préexistants, l'expérience de naissance traumatisante et la privation de sommeil pourraient être des facteurs de risque potentiels. La maladie bipolaire peut se présenter pour la première fois au cours de cette période.

Il existe une confusion concernant la bipolarité post-partum et la psychose post-partum. Bien que les deux conditions puissent se présenter ensemble, le bipolaire post-partum n'est pas toujours accompagné d'une psychose post-partum.

Symptômes du Trouble Bipolaire Post-Partum

Les symptômes du trouble bipolaire post-partum peuvent varier d'une femme à l'autre, mais ils incluent généralement des épisodes de manie ou d'hypomanie alternant avec des épisodes de dépression.

Phase Maniaque ou Hypomaniaque:

  • Exubérance et loquacité: La personne peut se sentir anormalement joyeuse, énergique et bavarde.
  • Hypergraphie: Une envie compulsive d'écrire peut se manifester.
  • Hyperactivité physique et psychique: La personne peut avoir une énergie débordante et une envie excessive de faire des projets.
  • Insomnie: Difficulté à dormir malgré un sentiment d'énergie.
  • Euphorie: Un sentiment intense de bien-être et d'optimisme.
  • Comportements à risque: Augmentation de la prise de risques, comme des dépenses excessives ou des comportements sexuels imprudents.

Phase Dépressive:

  • Humeur triste: Un sentiment persistant de tristesse, de vide ou de désespoir.
  • Perte d'intérêt ou de plaisir: Incapacité à apprécier les activités autrefois agréables.
  • Fatigue et manque d'énergie: Un sentiment constant de fatigue et de manque d'énergie.
  • Troubles du sommeil: Difficulté à dormir ou dormir trop.
  • Changements d'appétit: Perte ou gain de poids significatif sans régime.
  • Difficulté de concentration: Incapacité à se concentrer, à se souvenir ou à prendre des décisions.
  • Sentiments de culpabilité ou de dévalorisation: Un sentiment excessif de culpabilité ou de dévalorisation.
  • Pensées suicidaires: Pensées récurrentes de mort ou de suicide.

Diagnostic du Trouble Bipolaire Post-Partum

Le diagnostic du trouble bipolaire post-partum peut être complexe, car les symptômes peuvent être confondus avec d'autres troubles post-partum, tels que la dépression post-partum ou le baby blues. Il est essentiel de consulter un professionnel de la santé mentale spécialisé dans les troubles périnataux pour obtenir un diagnostic précis.

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Le diagnostic repose sur une évaluation clinique approfondie, comprenant un entretien détaillé sur les antécédents médicaux et psychiatriques de la patiente, ainsi que sur l'observation des symptômes et de leur évolution dans le temps. Il est également important de prendre en compte les antécédents familiaux de troubles de l'humeur.

Prise en Charge du Trouble Bipolaire Post-Partum

La prise en charge du trouble bipolaire post-partum est multidisciplinaire et peut inclure:

  • Médicaments: Les médicaments régulateurs de l'humeur, tels que le lithium, peuvent être prescrits pour stabiliser l'humeur et prévenir les rechutes. Il est important de discuter des risques et des avantages de la prise de médicaments pendant la grossesse et l'allaitement avec un médecin.
  • Psychothérapie: La psychothérapie, telle que la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) ou la thérapie interpersonnelle (TIP), peut aider les patientes à gérer leurs symptômes, à développer des stratégies d'adaptation et à améliorer leur fonctionnement global.
  • Soutien psychosocial: Le soutien de la famille, des amis et des groupes de soutien peut être précieux pour les patientes atteintes de trouble bipolaire post-partum.
  • Hospitalisation: Dans les cas graves, une hospitalisation peut être nécessaire pour stabiliser l'humeur et assurer la sécurité de la patiente et de son bébé.

Grossesse et Trouble Bipolaire

En cas de désir de grossesse, les femmes qui prennent des médicaments régulateurs de l’humeur (thymorégulateurs) doivent en parler avec leur médecin. Une réévaluation du traitement est nécessaire avant de débuter la grossesse. Les risques de malformations liés aux traitements thymorégulateurs ont été probablement un temps sous-estimés pour être ensuite sur-estimés. Le risque de rechute dépressive ou maniaque provoqué par l’arrêt d’un traitement bien équilibré doit être comparé aux risques induits par la poursuite du traitement pendant la grossesse.

Néanmoins, toutes les mesures doivent être prises pour éviter une grossesse sous valproate de sodium ou valpromide, en raison du risque de malformations chez le fœtus et de troubles du développement chez les enfants dont les mères ont pris le médicament. Pour les autres substances, le risque malformatif est moins important. Le lithium augmente légèrement le risque de malformations cardiaques, notamment en cas de prise entre le premier et le deuxième mois de grossesse. Si possible, il doit être suspendu pendant cette période.

Dans tous les cas, une grossesse chez une femme traitée pour un trouble bipolaire est considérée comme à risque. Elle doit être prise en charge par une équipe spécialisée. Après l’accouchement, les femmes souffrant d’un trouble bipolaire sont plus vulnérables et doivent faire l’objet d’une surveillance rapprochée. Elles sont exposées à un risque augmenté de dépression et à un risque de psychose. Si le traitement thymorégulateur a été interrompu, le risque de récidive de la maladie justifie la reprise d’un traitement dans les semaines qui précèdent et qui suivent l’accouchement. Les sels de lithium sont souvent privilégiés.

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Facteurs de Risque et Prédispositions

Certains facteurs peuvent prédisposer à un trouble psychique de la grossesse et du post-partum. Il s’agit de facteurs favorisants et de situations de vulnérabilité qui ne sont pas des facteurs de causalité directe. Les troubles psychiques de la grossesse et du post-partum sont étroitement corrélés avec des facteurs psychoaffectifs et des facteurs obstétricaux. Lors des consultations de suivi de grossesse, il est nécessaire de prendre le temps d’informer mais aussi d’écouter attentivement la femme enceinte, le couple, afin d’appréhender leur situation dans sa globalité, c’est-à-dire selon ses aspects médico-psycho-sociaux. Il faut être soucieux de toute situation de vulnérabilité et de toute forme d’insécurité.

La grossesse ne devrait être envisagée que lorsque la pathologie psychiatrique est équilibrée depuis plusieurs mois. Les femmes doivent être informées sur les risques de la prise de toxiques pendant la grossesse et en cas d’allaitement. Les premières rencontres doivent favoriser l’alliance thérapeutique. Il faut éviter toute culpabilisation et toute stigmatisation. Ainsi, toute prescription de psychotropes pendant la grossesse implique de mettre en balance les bénéfices par rapport aux risques. Les risques sont tout autant ceux de l’exposition au traitement pour le fœtus que ceux de l’abstention thérapeutique.

Le Rôle des Professionnels de Santé

Lors des consultations de suivi de grossesse, il est crucial d'informer et d'écouter attentivement la femme enceinte et son partenaire afin d'appréhender leur situation dans sa globalité, en tenant compte des aspects médicaux, psychologiques et sociaux. Il est essentiel d'identifier toute situation de vulnérabilité et toute forme d'insécurité. Si la femme est suivie en secteur spécialisé, la grossesse doit faire l'objet d'un projet thérapeutique, avec un suivi régulier par des psychiatres, des obstétriciens ou des sages-femmes.

Toute prescription de psychotropes pendant la grossesse implique une évaluation minutieuse des bénéfices par rapport aux risques, tant pour la mère que pour le fœtus. De manière générale, il est recommandé d'éviter la prescription de psychotropes au cours du premier trimestre de la grossesse et de diminuer, voire d'arrêter, tout traitement juste avant l'accouchement.

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