L'alimentation des nourrissons a connu une évolution significative à travers l'histoire, des méthodes d'allaitement maternel aux alternatives artificielles. Parmi ces dernières, le biberon a joué un rôle central, mais son histoire est jalonnée de défis liés à l'hygiène et à la sécurité des matériaux utilisés. Cet article explore l'évolution du biberon, les dangers potentiels des biberons en métal rouillé, et les alternatives modernes plus sûres.
L'histoire du biberon : des origines à l'industrialisation
Antiquité et Moyen Âge : les ancêtres du biberon
L'histoire du biberon remonte à l'Antiquité. Les Romains utilisaient des récipients appelés guttus, ubuppa ou titina, ressemblant à des vases à fond plat avec un bec tubulaire. L'usage exact de ces objets a longtemps été débattu, certains archéologues suggérant qu'ils pourraient avoir servi de tire-lait.
Au Moyen Âge, on retrouve des représentations d'enfants avec des objets ressemblant à des biberons, souvent constitués de cornes d'animaux évidées, nettoyées et recouvertes d'un morceau de tissu ou d'un pis de vache. La « Chevrette », un petit vase avec un goulot tubulaire, était utilisée pour les enfants plus âgés capables de téter par eux-mêmes. Ces premiers biberons étaient généralement en terre cuite, en bois, en étain ou en verre, et contenaient principalement du lait animal. Un morceau de tissu recouvrait souvent la partie que l'enfant tétait pour éviter les blessures.
L'évolution vers des modèles plus sophistiqués
En 1786, Felipo Baldini propose un modèle de tétine en verre, conçu comme un « vaisseau qui tenait lieu de mamelle ». Les classes sociales plus aisées délaissent progressivement la « corne à boire » du Moyen Âge pour des objets plus sophistiqués, précurseurs des biberons actuels. Initialement fabriqués par des maîtres potiers en étain au XVIIe siècle, ils passent à une production industrielle au XIXe siècle. Ces modèles en étain, souvent gravés d'un prénom et d'un nom, étaient solides et peu coûteux, mais leur identification en tant que biberons est parfois moins évidente que pour les poteries issues des traditions médiévales.
Un exemple notable est le « Pod bronnek », une poterie régionale bretonne utilisée comme biberon, comme en témoignent des cartes postales et articles de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.
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L'ère du verre et de l'industrialisation
Le verre se généralise dans la fabrication des biberons à la fin du XVIIe siècle, et surtout au début du XIXe siècle. Sa transparence, son inaltérabilité et sa facilité de nettoyage en font un matériau privilégié, réduisant les risques d'infections gastro-intestinales, souvent mortelles à l'époque. Les biberons en verre étaient préférés à ceux en métal, en bois ou en caoutchouc, qui retenaient les odeurs et étaient plus difficiles à nettoyer.
L'industrialisation du XIXe siècle marque un tournant. Les biberons, auparavant anonymes et artisanaux, deviennent des produits fabriqués en série, portant le nom de leur inventeur. C'est l'avènement des marques. À la fin des années 1860, Édouard Robert, un entrepreneur de Dijon, met au point le « biberon Robert à soupape », un système avec un long tuyau et une soupape pour réguler le débit. Ce biberon permettait au bébé de téter seul, ce qui explique son succès. L'usine Robert est transférée à Paris vers 1880 et produit des millions de biberons et de tétines.
Les dangers des biberons en métal rouillé et le scandale des « biberons Robert »
Absence d'hygiène et contamination du lait
Le principal danger de l'alimentation au biberon résidait dans le manque d'hygiène et la mauvaise conservation du lait. Le lait, souvent cru et falsifié, était conservé dans des biberons en métal rouillé ou en verre avec un col étroit, difficiles à nettoyer. Les « biberons Robert », avec leur long tube impossible à nettoyer correctement, étaient particulièrement dangereux.
En 1881, le Dr Fauvel révèle que sur 31 biberons examinés, 28 contenaient des végétations cryptogamiques et des colonies de microbes de la diarrhée infectieuse et du choléra infantile. En 1885, ces contaminations entraînent la mort de 20 à 30 % des nourrissons.
L'interdiction des « engins de mort »
Le modèle de biberon Robert à soupape, qualifié d'« engin de mort » et interdit en Angleterre sous le nom de « murder bottles », finit par être interdit en France en 1910, à la suite d'un débat au Parlement.
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Il faut attendre le Congrès international de l'hygiène de 1889 pour que le corps médical recommande à l'unanimité l'utilisation de lait bouilli.
L'amélioration de l'hygiène et le contrôle du lait
Les découvertes de Pasteur et la pasteurisation
À partir des années 1890, suite aux découvertes de Pasteur, l'attention se porte non seulement sur l'hygiène du biberon, mais aussi sur celle du lait. Le contrôle du lait à l'étable, la mise en vente de laits pasteurisés et l'éducation des mères à la stérilisation domestique contribuent à diminuer les dangers du biberon.
La lutte contre la falsification du lait
On se préoccupe également de lutter contre les falsifications du lait, courantes à l'époque. L'ajout d'eau au lait, pratique courante, ne cesse qu'en 1902. Le lait était également écrémé et additionné de substances pour lui rendre son opacité et sa couleur, ou pour retarder la fermentation.
Les « Gouttes de lait »
À cette époque apparaissent les « Gouttes de lait », des institutions qui fournissent aux mères un lait de qualité vérifiée, « humanisé », stérilisé et réparti en flacons individuels. La première « Goutte de lait » est créée à Fécamp en 1894 par le Dr Dufour.
Le biberon au XXe siècle et les enjeux actuels
Le recul de l'allaitement maternel et la puériculture « scientifique »
Le XXe siècle voit le triomphe d'une puériculture « scientifique » où tout est affaire de règles et de mesures édictées par les professionnels. L'alimentation au biberon cadre bien avec cette approche, avec des quantités précises à donner à des heures fixes.
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Jusqu'au début des années 1970, il était courant de faire jeûner le bébé pendant 18 à 24 heures après l'accouchement, en lui donnant des biberons d'eau sucrée. Les tétées étaient réglementées, avec des intervalles fixes et une durée limitée.
La Leche League et le retour à l'allaitement maternel
La Leche League, fondée en 1956, s'oppose aux diktats des professionnels de santé en promouvant l'allaitement maternel à la demande, sans minutage ni intervalle à respecter.
Les matériaux modernes pour les biberons
Aujourd'hui, les biberons sont fabriqués dans divers matériaux, chacun ayant ses avantages et ses inconvénients :
- Plastique (polypropylène) : Léger et résistant, mais peut libérer des microparticules de plastique.
- Verre : Facile à nettoyer et inerte, mais fragile.
- Acier inoxydable : Incassable, sain, hygiénique et recyclable, mais opaque.
Les biberons en acier inoxydable : une alternative sûre et durable
L'acier inoxydable, ou inox, est un alliage d'acier contenant au moins 10,5 % de chrome, ce qui lui confère une grande résistance à la rouille et à la corrosion. Seul l'inox alimentaire est utilisé pour la fabrication des biberons.
Les biberons en acier inoxydable présentent de nombreux avantages :
- Incassables : Ils résistent aux chocs et aux chutes.
- Sains : Ils ne contiennent pas de BPA et ne libèrent pas de substances toxiques.
- Hygiéniques : Ils empêchent le développement bactérien et résistent aux fortes chaleurs et à l'humidité.
- Recyclables : Ils sont écologiques et durables.
- Pratiques : Ils peuvent être réchauffés facilement et ne conservent ni le goût ni l'odeur des aliments.
L'inox de type 18/10 (18 % de chrome et 10 % de nickel) est considéré comme l'un des matériaux les plus sûrs pour contenir des aliments, car il stabilise le nickel et le chrome, empêchant leur migration dans les aliments.
Les conserves métalliques et la sécurité alimentaire
Les risques liés aux composants des boîtes de conserve
Bien que les conserves métalliques soient souvent considérées comme un moyen sûr de conserver les aliments, il est important de prendre en compte les risques potentiels liés à leurs composants. Les emballages métalliques contiennent généralement des revêtements polymères qui agissent comme une barrière entre les aliments et le métal. Cependant, certains de ces composants peuvent migrer vers les aliments, affectant leur qualité et présentant potentiellement un risque pour la santé.
Les perturbateurs endocriniens dans les boîtes de conserve
Des études ont montré que de nombreux revêtements de boîtes métalliques contiennent des résines époxy à base de bisphénol A diglycidyl éther (BADGE), synthétisé à partir d'épichlorhydrine et de bisphénol A (BPA), un perturbateur endocrinien. Le BPA peut interférer avec le système hormonal et contribuer au développement de maladies métaboliques et affecter le système reproducteur. En 2011, son utilisation a été interdite dans les biberons pour bébé.
Les autorités européennes réduisent progressivement la quantité maximale de bisphénol à laquelle la population peut être exposée, et la Commission européenne a interdit l'utilisation du BPA et de ses dérivés dans les matériaux destinés à entrer en contact avec des denrées alimentaires.
Recommandations pour une consommation plus sûre
Pour minimiser les risques liés aux conserves métalliques, il est recommandé de :
- Éviter de consommer les aliments en conserve à forte teneur en matières grasses, car ils peuvent contenir des niveaux de migration plus élevés de composés dérivés du bisphénol A.
- Ne pas assaisonner les aliments avec le liquide contenu dans les boîtes de conserve.
- Ne pas réchauffer les aliments directement dans la boîte de conserve.
- Tenir compte de l'exposition potentielle par différentes voies et de l'exposition cumulative tout au long de la vie.
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