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John Dickson Carr : Le Maître de la Chambre Close et du Crime Impossible

Introduction

John Dickson Carr, né le 30 novembre 1906 à Uniontown en Pennsylvanie et décédé le 27 février 1977 à Charlottesville en Virginie, fut un écrivain américain de romans policiers. Également connu sous les pseudonymes de Carter Dickson, Carr Dickson et Roger Fairbairn, il a marqué le genre par son ingéniosité et ses intrigues complexes. Agatha Christie elle-même reconnaissait être souvent déjouée par ses énigmes.

Une Carrière Polyvalente

Carr a exploré diverses facettes du roman policier, allant du réalisme au fantastique. Influencé par G. K. Chesterton et Conan Doyle, il a créé des atmosphères prenantes et des personnages mémorables. Son œuvre comprend des romans historiques, des pièces radiophoniques et une biographie de Conan Doyle saluée par la critique.

Les Détectives de Carr

Carr a mis en scène plusieurs détectives, parmi lesquels le Dr Gideon Fell, un obèse amateur de bière et fumeur de pipe inspiré de Chesterton, et l'inspecteur Sir Henry Merrivale, chef des services secrets anglais. Le colonel March, animateur du Département des causes bizarres de Scotland Yard, est un autre personnage marquant de son œuvre.

  • Henri Bencolin : Apparaît dans les nouvelles de jeunesse de l'auteur, ainsi que dans cinq de ses premiers romans.
  • Dr. Gideon Fell : Un personnage fantasque, plus intuitif que déductif, qui apparaît dans Le Gouffre aux sorcières. Vingt-trois romans suivront jusqu’en 1967.
  • Sir Henry Merrivale : Chef des services secrets anglais. "H.M" est en fait le portrait craché de Mycroft Holmes, le frère de Sherlock. Sir Henry sévit jusqu’en 1953, dans 22 romans en tout.
  • Colonel March : Animateur d’un curieux service de Scotland Yard, le Département des causes bizarres. March n’apparaît que dans 9 nouvelles, mais reste peut-être le plus célèbre des détectives dicksonien grâce à la série télévisée où il est incarné par le comédien Boris Karloff.

L'Art du Crime Impossible

Le thème dominant de l'œuvre de Carr est le crime impossible, en particulier l'énigme de la chambre close. Il a exploré toutes les variantes possibles et imaginables de ce motif, créant des situations apparemment insolubles. Pour Carr, le mystère est souvent l'occasion de suggérer une hypothèse surnaturelle et de donner à ses intrigues une coloration fantastique, même si l'explication finale demeure inévitablement rationnelle.

Influences et Style

Admirateur de G. K. Chesterton et de Conan Doyle, John Dickson Carr publie la majeure partie de son œuvre sous son patronyme, mais utilise également les pseudonymes de Carter Dickson, notamment pour les aventures de Sir Henry Merrivale, de Carr Dickson pour le roman The Bowstring Murders 1934 et de Roger Fairbairn pour de Devil Kinsmere 1937, un roman dont, insatisfait, il donne une nouvelle version en 1964 sous le titre Le Grand Secret. En France, depuis les années 1980, les éditeurs n'emploient plus que sa véritable signature pour coiffer ses titres.

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Reconnaissance et Postérité

Après quarante ans de purgatoire, John Dickson Carr revient ensuite sur le devant de la scène dans les années 1980, pour être enfin consacré comme un des maîtres du genre. Il reçoit le grand prix de littérature policière en 1969. Son œuvre a influencé de nombreux auteurs et continue d'être lue et appréciée aujourd'hui.

Les Œuvres Principales

  • Trois cercueils se refermeront (1935)
  • Arsenic et Boutons de manchette (1936)
  • La Chambre ardente (1937)
  • Le Naufragé du Titanic (1938)
  • La Flèche peinte (1938)
  • Les meurtres de la licorne
  • La Maison du bourreau
  • Le Lecteur est prévenu

Biographie

Fils d'un avocat spécialisé dans les affaires criminelles et politicien de l'état de Pennsylvanie, John Dickson Carr découvre dans la vaste bibliothèque de son père les auteurs qui vont marquer son écriture : Alexandre Dumas, Robert Louis Stevenson et Frank L. Baum. Il a huit ans quand ses parents s'installent à Washington. Grâce à l'appui d'un ami de la famille, le journaliste William O'Neil Kennedy, il fait paraître à quatorze ans ses premiers comptes rendus de manifestations sportives ou de procès criminels dans le Daily News Standard, un quotidien de sa ville natale. Pendant cette période, il s'intéresse aussi à de célèbres affaires des annales judiciaires d'Amérique et d'Europe. Il écrit une première nouvelle policière à l'âge de quinze ans. Plusieurs autres récits criminels et quelques poèmes paraîtront dans le journal de son établissement scolaire.

Après ses études au Haverford College, au demeurant peu brillantes en mathématiques et sciences, mais remarquables en histoire et littérature, il est envoyé pour une année à Paris en 1928, sous prétexte de compléter ses études. Carr est fasciné par la capitale française depuis qu'il connaît les enquêtes du Chevalier Dupin d'Edgar Poe et qu'il a découvert, quelques années plus tôt, les aventures d'Arsène Lupin de Maurice Leblanc. À la même époque, il se passionne aussi pour les aventures de Sherlock Holmes et du Père Brown, de même que pour les textes de Jacques Futrelle, mais surtout pour les exploits de Joseph Rouletabille, notamment Le Mystère de la chambre jaune, ce roman de Gaston Leroux qu'il considèrera toute sa vie comme le chef-d'œuvre incontesté du roman policier.

Pendant son séjour à Paris, le jeune écrivain, qui a déjà publié quelques nouvelles policières dans le journal de son collège The Haverfordian, fréquente, médusé, le théâtre d'horreur du Grand-Guignol et transpose son expérience dans une novella court roman qui sert de base à son premier roman Le marié perd la tête. En effet, de retour en Amérique en 1930, il se rend chez un oncle de Pittsburg pour s'atteler à l'écriture de ce premier roman d'énigme, où apparaît l'enquêteur français Henri Bencolin déjà présent dans quatre nouvelles insérées, à partir de décembre 1926, dans le journal du Haverford College. 15 000 exemplaires de ce coup d'essai sont écoulés en une semaine et ce succès inattendu conforte le jeune homme dans sa volonté de devenir un auteur de roman policier. Pour l'heure, la jolie somme qui lui échoit lui permet de s'offrir un deuxième séjour en France, en compagnie cette fois de son ami O'Neil Kennedy. Lors de la traversée du retour, à bord de paquebot Pennland, il rencontre sa future femme, Clarice Cleaves, une jeune Anglaise de Bristol. Le mariage est célébré en 1931.

Le couple élit domicile en Amérique, mais à la suggestion de Clarice, s'installe en Angleterre dès 1933, d'abord dans les environs de Bristol, puis dans la capitale britannique à partir de 1937. John Dickson Carr est déjà à cette époque un prolifique auteur de fictions policières aux intrigues se déroulant dans le cadre de la campagne anglaise, des grands propriétés terriennes et de petits villages verdoyants, nichés au creux des vallons ex.: Le Naufragé du Titanic, Les Yeux en bandoulière, bien que certains récits prennent naissance au cœur du Londres métropolitain, ex.: Le Chapelier fou, Trois cercueils se refermeront et, plus rarement, aux États-Unis ex.: La Chambre ardente.

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En 1936, après six années de carrière, Carr a déjà publié dix-sept romans, dont plusieurs, encensés par la critique, rencontrent un égal succès des deux côtés de l'Atlantique. Aussi est-il le premier écrivain américain, cette année-là, à être invité au Detection Club, une association britannique d'auteurs de roman policier qui compte notamment dans ses rangs Agatha Christie, Dorothy L. Sayers, Anthony Berkeley, R. Austin Freeman, John Rhode, Freeman Wills Crofts, et dont le président est G. K. Chesterton. Carr sera pendant plus de dix ans le secrétaire honoraire de cette prestigieuse institution qui n'accueillera dans toute son histoire qu'un seul autre membre étranger, l'américaine Patricia Highsmith en 1975.

Même si la Seconde Guerre mondiale le frappe de plein fouet, Carr continue de publier à un rythme soutenu. Pourtant, sa maison de Londres est bombardée, de même que l'hôtel où il trouve ensuite refuge, tout comme l'est également le cottage de ses beaux-parents à Bristol où sa femme s'installe avec leurs derniers meubles. Ces circonstances précaires n'empêchent pas l'écrivain de rédiger, à l'invitation de la BBC, plusieurs feuilletons policiers pour la radio et de collaborer à des émissions de propagande. Au printemps de 1942, il rentre en Amérique pour se mettre à la disposition des autorités après l'attaque de Pearl Harbor et l'entrée en guerre des États-Unis. Il devient alors l'un des principaux auteurs de la nouvelle série radiophonique Suspense, diffusée par la CBS pour laquelle il rédige une vingtaine de scripts. Carr reprend ensuite ces pièces radiophoniques et en écrit une dizaine de plus pour la série radiophonique britannique Appointment with Fear. Après la guerre, pour une autre série radiophonique intitulée Cabin B-13, d'après le titre d'une de ses pièces, Carr donne une quinzaine de textes supplémentaires. La série est diffusée de juillet 1948 à janvier 1949 sur les ondes de CBS5.

À la même époque, Carr obtient des héritiers d'Arthur Conan Doyle l'autorisation d'écrire la biographie du créateur de Sherlock Holmes. Il a collecté d'innombrables documents et reçu plusieurs témoignages, lu toute la correspondance du romancier et a pu consulté à loisir les archives familiales mises à sa disposition par le plus jeune fils de l'écrivain, Adrian, dont il était devenu l'ami en 1943 à la suite d'une rencontre dans les couloirs de la BBC. Avec Adrian, il conçoit également, Les Exploits de Sherlock Holmes, une série de nouvelles prolongeant les aventures du célèbre limier de Baker Street.

Alors que sa réputation d'écrivain est à son faîte, Carr retourne en Amérique en 1948, d'abord pour un bref séjour, puis, à la fin des années 1950, il rentre définitivement dans son pays natal. À ce tournant de sa carrière, il délaisse un peu le roman d'énigme classique au profit du roman policier historique, les deux genres se partageant dès lors les parutions qui s'espacent avec les années. Dès février 1949, l'association des Mystery Writers of America lui propose la présidence de leur association et lui décerne un prix Edgar-Allan-Poe pour sa biographie de Conan Doyle. La même association l'honore à nouveau en 1962 par la remis d'un Grand Master Award pour l'ensemble de son œuvre.

En 1963, dans une petite ville de l'état de New York, où il réside, l'écrivain est victime d'une crise cardiaque qui le laisse paralysé du côté gauche. Il n'en continue pas moins d'écrire encore des romans, et même, à partir de 1969, de rédiger une chronique mensuelle dans le Ellery Queen's Mystery Magazine. Dans les années 1970, il déménage en Caroline du Sud, où il meurt d'un cancer du poumon en 1977.

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Situation et composantes de l'œuvre

Carr appartient à l'école classique, dite du whodunit, tout comme Agatha Christie, Margery Allingham, Rex Stout ou Ellery Queen. Son œuvre, qui couvre quatre décennies du premier roman, Le marié perd la tête It Walks By Night, publié en 1930, au dernier, Les Nouveaux Mystères d'Udolpho The Hungry Goblin, paru en 1972. Le tout compte 72 romans, 47 nouvelles, 92 pièces radiophoniques, 4 pièces pour la scène et la biographie de Sir Arthur Conan Doyle susmentionnée. Carr a également fait paraître des articles et critiques concernant la littérature policière.

Le thème dominant en est le crime impossible, dont Carr a exploré toutes les variantes possibles et imaginables, de la classique chambre close à l'assassin invisible, en passant par le meurtre commis sur une plage vierge de toute empreinte ou au sommet d'une tour inaccessible. Le modèle du genre est pour lui Le Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux qu'il a cherché à surpasser en élaborant un grand nombre de romans reprenant ce motif dont les solutions s'avèrent tout aussi renouvelées qu'implacablement logiques.

Pour lui, le mystère est souvent l'occasion de suggérer une hypothèse surnaturelle et de donner à ses intrigues une coloration fantastique, même si l'explication finale demeure inévitablement rationnelle. La Chambre ardente 1937 demeure l'exception à cette règle et s'avère, peut-être pour cette raison même, son livre le plus connu. Ce roman a été adapté au cinéma par Julien Duvivier en 1962.

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