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Berceuse Malgache : Tradition et Transmission Culturelle à Travers le Chant

Introduction

Les berceuses, ces mélodies douces et apaisantes, transcendent les frontières linguistiques et culturelles. Elles sont un vecteur puissant de transmission du patrimoine familial et un outil précieux pour l'éveil des tout-petits. Cet article explore la richesse de la berceuse malgache, en mettant en lumière son rôle dans la préservation de l'identité culturelle et son intégration dans des projets interculturels innovants, notamment en France.

La Berceuse Malgache : Un Héritage Culturel Précieux

Madagascar, la Grande Île, est un creuset de cultures, avec 18 ethnies aux traditions singulières. La musique malgache, loin d'être homogène, reflète cette diversité. Parmi les genres musicaux les plus connus, on trouve le "ba-gasy", des chants théâtralisés souvent accompagnés au gorodo. La berceuse malgache, quant à elle, occupe une place particulière dans le cœur des familles, transmettant des valeurs, des histoires et un sentiment d'appartenance.

Andomalala Ratovelomanana, dite « Ando », née en France, incarne cette transmission culturelle. Issue d'une famille d'immigrés malgaches arrivés à Lyon en 1981, elle partage ses racines à travers le chant. Chef de chœur de Gospel Colors, une chorale gospel basée à Villeurbanne, Ando est également impliquée dans plusieurs groupes de musique malgache, dont Tiharea, spécialisé dans les polyphonies du Sud de Madagascar (style beko ou békou, chant de griot). Elle a fondé l'association Ankathileis pour promouvoir la culture malgache dans la région.

Le répertoire chansonnier malgache compte environ 900 chants religieux traduits des cantiques anglicans. Ando a souvent rencontré des réticences face au gospel dans les milieux ecclésiastiques, mais elle privilégie la spiritualité et la diversité culturelle au sein de sa chorale. Gospel Colors interprète des chants en malgache, français, anglais, taki taki (Guyane), zoulou, gabonais (Swali) et créole (Martinique).

Initiatives Interculturelles : La Berceuse Malgache comme Outil de Dialogue

La berceuse malgache trouve également sa place dans des projets interculturels visant à valoriser la diversité et à favoriser le lien social. Un exemple éloquent est celui du quartier des Rosiers à Marseille, où cohabitent des populations d'origines diverses : Comoriens, Maghrébins, Kurdes, Kosovars, Burkinabés, Italiens, Malgaches, Ivoiriens, Serbes, Cambodgiens et Marseillais.

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François Le Gall, inspiré par son expérience à ATD Quart Monde et à Enfance et Musique, a mis en place un projet original dans ce quartier. L'idée était de solliciter les parents pour qu'ils partagent des chansons de leur patrimoine familial, afin d'atteindre à la fois les enfants et leurs parents.

En mars 2008, sept cents habitants du quartier des Rosiers, dont de nombreux enfants, ont assisté à un spectacle inédit au théâtre Toursky. Sur scène, leurs propres enfants, âgés de moins de six ans, ont chanté des comptines et des berceuses en français, comorien, malgache, sicilien, kurde, kabyle, wolof, arabe, polonais et vietnamien devant une assemblée de plus de deux cent cinquante familles. Pour beaucoup, c'était leur première expérience au théâtre.

François Le Gall explique : « Nous avons donc cherché des moyens pour rejoindre les parents mais au départ nous ne savions pas jusqu’où nous pourrions aller. » Il a ensuite intégré le centre de formation des musiciens intervenants d'Aix-en-Provence, ce qui lui a permis d'intervenir dans les écoles.

Pour impliquer les parents, François Le Gall a mis en place une stratégie ingénieuse. Il jouait de divers instruments dans la cour de l'école au moment où les élèves arrivaient avec leurs parents. Il avait également fabriqué un grand soleil en carton avec le mot "bienvenue" écrit en français. Il demandait aux parents comment on disait "bienvenue" dans leur langue et l'inscrivait en phonétique sur un des rayons du soleil. Petit à petit, il leur demandait s'ils connaissaient une chanson et s'ils pouvaient la chanter.

« Je n’étais pas celui qui sait et vient apprendre aux autres ce qu’ils ne savent pas. J’étais au contraire constamment en demande de ce que chacun savait », souligne François Le Gall. Il enregistrait les parents qui acceptaient de partager une chanson, puis décryptait les paroles et la mélodie. Il faisait ensuite vérifier les informations par d'autres parents pour s'assurer de l'exactitude.

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Les enseignants ont ensuite travaillé sur l'apprentissage de ces chansons avec les enfants, en utilisant les enregistrements fournis par François Le Gall. Un spectacle a été organisé pour restituer aux parents ce qu'ils avaient apporté. Les élèves de grande section ont écrit un conte, "Le voyage de Petit Pierre", qui est devenu le fil rouge du spectacle. Les décors ont été réalisés par les enseignants, les élèves, les enfants de la bibliothèque de rue et ceux de la halte garderie.

Ce projet a eu un impact significatif sur la communauté. Comme le souligne un enseignant : « On ne sait pas comment ça chemine dans la tête des gens ! Dans ce projet, on n’a pas fait de cours aux parents pour qu’ils s’impliquent dans l’école ou le projet… Tu mets des situations en place en espérant obtenir des effets, des réactions. »

"Comptines d'ailleurs chantées ici" : Un Livre Sonore pour Valoriser les Langues Maternelles

D'autres initiatives, comme le livre sonore "Comptines d'ailleurs chantées ici" à Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor), mettent également en valeur les langues maternelles et favorisent l'inclusion. Ce projet a permis de recueillir quatorze comptines dans douze langues différentes.

Zaliha, une mère de six enfants qui chante la comptine "Mangina Safia" en malgache, témoigne : « J’y ai mis du cœur. ​Pendant l’enregistrement, j’avais mon bébé dans les bras. ​Un moment de tendre complicité qu’elle n’oublie pas. »

Aichata, quant à elle, chante en mahorais la comptine "Moina, Mon bébé joli" en français. Elle explique : « C’est comme une berceuse. On partage avec les enfants. Ça me fait du bien de chanter… Ça fait partie de ma culture. »

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Émeline Coffinet, référente famille à Cap couleurs, souligne l'importance de ce projet : « Nous mettons des actions en œuvre, depuis 2018, autour du langage. ​Un déficit langagier a été constaté chez les élèves de maternelle dans les trois écoles du quartier. Un manque de vocabulaire a été pointé. À la fin de l’année dernière, est née l’idée de recueillir les comptines du monde dans le quartier. ​Le but : Valoriser les langues maternelles de chacun. »

Le livre est accompagné de QR codes qui permettent d'écouter les comptines chantées par les mamans et les enfants. Il est distribué gratuitement aux 300 élèves des écoles maternelles du quartier.

Andriamanitra : L'Invocation Divine dans la Musique Malgache

Au-delà des berceuses et des comptines, la musique malgache est également riche en chants religieux. José Ralaivitanaviro, arrivé en France en 2011, partage avec sa femme Audrey, passionnée de culture malgache, des chants tels que "Andriamanitra ô".

"Andriamanitra" désigne la divinité, l'Être Suprême, les morts ou les manifestations mystérieuses en général. Selon une croyance séculaire, une odeur suave et sucrée se ferait sentir par les prophètes avant une manifestation divine. "Andriamanitra" serait un Dieu sans nom propre, sans image, une énergie primordiale.

Le chant "Andriamanitra ô", bien que chrétien protestant, est connu de tous et accompagne fêtes, mariages, enterrements et réunions familiales, représentant une adresse à cette divinité totale.

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