La berceuse, un chant doux et mélodieux destiné à apaiser et endormir les bébés, est une forme musicale universelle. Parmi les diverses traditions musicales à travers le monde, la berceuse des bergers occupe une place particulière, souvent liée à des pratiques ancestrales et des contextes culturels spécifiques. Cet article explore les origines et les traditions musicales associées à la berceuse des bergers, en s'appuyant sur des exemples variés et des sources historiques.
Musique et société dans les cultures anciennes
Les sources écrites et le matériel archéologique soutenant l'existence, la nature et la fonction de la musique dans les cultures anciennes sont souvent ténus. Cependant, après la conversion au christianisme, les traces et témoignages laissés sont plus clairs, suggérant que la musique faisait partie intégrante de la vie religieuse et sociale.
Dans la culture nordique, la poésie était considérée comme la forme d'art la plus importante, souvent récitée à haute voix. La poésie orale avait une cadence et un rythme propres, ce qui a peut-être relégué la musique à un statut secondaire. Malgré cela, la musique était présente dans divers aspects de la vie quotidienne, notamment dans les chants de travail et les célébrations festives.
Chants de travail et berceuses
Les chants pouvaient avoir égayé la monotonie des travaux agricoles tels que le labour et le battage, ou des travaux domestiques comme la mouture et le tissage. Généralement, celui qui a la voix la plus forte chante une strophe répétée ensuite par tout le groupe. Des historiens et des compositeurs pensent que la poésie en vieux norrois qui est parvenue jusqu'à nous par l'intermédiaire des sagas islandaises, pourrait recéler des chants de travail. Par exemple: la "chanson de Grótti" (Grottasöngr) où deux jeunes filles esclaves, Fenja et Menja, descendantes des géants des montagnes, sont achetées en Suède par le roi danois Fródi qui les condamne à moudre sans interruption, tandis qu'elles chantent leur histoire, leur fatigue et à la fin, la prophétie de leur vengeance.
Dans le cadre plus spécifique de l'élevage, le chant avec une voix aigüe (cf. lokk) et l'imitation du cri des animaux ont probablement précédé l'usage d'un instrument à vent (flûte, lur, corne). Lors des occasions festives, de rassemblements comme le Thing (l'institution politique et judiciaire de l'Âge Viking), ou à la cour des rois, la musique et le chant devaient faire partie des réjouissances au même titre que la poésie, à laquelle ils ont pu se mêler.
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Caractéristiques des berceuses
La berceuse, mangsöngr (mangsöngvar au pluriel), est un chant d'amour. Ce genre de chant vise à calmer et apaiser le bébé pour l'aider à s'endormir. Aussi, la berceuse est souvent monotone, chantée d'une voix grave, et la mélodie ne varie souvent que de 2 à 3 notes, des aiguës vers les graves. Entre tradition et improvisation, l'appel varie d'une personne à l'autre et d'un endroit à l'autre. Cette forme de chant se retrouve à travers le monde et est considérée comme l'une des premières formes de musique, selon Kurt Sachs dans son ouvrage "The Wellsprings of Music".
Instruments de musique traditionnels
Les Vikings avaient une grande variété d'instruments à leur disposition comme l'attestent les découvertes archéologiques, qui concernent majoritairement des instruments à vent en os ou en bois. Les flûtes en bois ou en os sont assez courantes sur les sites de l'Âge Viking. Les branches de sureau, faciles à creuser, ou de saule, permettaient de fabriquer de simples sifflets pour les enfants et des flûtes pour les musiciens. Certaines n'ont pas de trous, ou juste un ou deux. D'autres avec un bec et possédant généralement 3 trous, servaient probablement à jouer des airs de musique. Une flûte de pan en bois a été découverte lors des fouilles de Coppergate à York, en Angleterre. Cet instrument anglo-scandinave a été créé en creusant 5 trous de différentes profondeurs dans un bloc de buis. La flûte de pan n'étant pas intacte, il est fort probable qu'elle possédait à l'origine jusqu'à 7 ou 8 trous au total.
Une corne à jouer faite en corne de vache, a été découverte en 1936 à Västerby, dans le comté de Dalécarlie, en Suède et est conservé au Musée du comté à Falun. Elle a été datée du IXème siècle et les analyses scientifiques ont montré que la corne provenait d'une génisse âgée de 3 ans. Une autre datant de l'Âge du Fer, entre 500 et 400 avant notre ère, a été trouvée à Konsterud, dans le comté de Värmland, en Suède.
Le premier lur en bois de forme droite, mesurant 106,5 centimètres de long, a été trouvé dans le bateau-tombe d'Oseberg. Datant de 834 à 850 de notre ère, il est fait dans du bois teinté dont l'essence d'origine reste indéterminée. Pour le fabriquer, le bois a été fendu longitudinalement en deux parties, chacune ayant été évidée, avant d'être rassemblées et maintenues serrées en plusieurs endroits par des bandes d'un centimètre de large d'écorces de saule sur une largeur de 5 à 6 centimètres. Ce lur présente de grandes similitudes avec la trompe en bois jouée encore de nos jours en Scandinavie par les bergers, bien que sur leurs instruments, le maintien est assuré par des bandes d'écorce de bouleau au lieu du saule.
La guimbarde est connue dans la plupart des pays d'Europe et d'Asie depuis 3000 ans. En Scandinavie et dans les colonies de l'Âge Viking, des morceaux de 18 lyres ont été trouvés. Les plus anciens d'entre eux proviennent de Suède, parmi lesquels un pont de lyre en ambre découvert à Halla Broa sur l'île de Gotland, daté de la fin du VIIIème siècle, et un autre en corne à Birka, daté du IXème siècle.
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Traditions polyphoniques et monodiques
En musique, la polyphonie est la combinaison de plusieurs mélodies, ou de parties musicales chantées ou jouées en même temps. En musique, la monodie ou monophonie, opposée à la polyphonie, est une mélodie exécutée à une voix, avec ou sans accompagnement. Le chant polyphonique est donc l’application de cette technique, avec la seule utilisation des voix lorsqu'il est pratiqué a capella, c'est à dire sans accompagnement instrumental.
Exemples de chants polyphoniques
Chant Corse: Le chant corse est une tradition orale et populaire issue d’une société villageoise où il a une fonction sociale, du lever au coucher du soleil. Tous les chants, et surtout la musique sacrée, se sont nourris d’influences extérieures : grecques, espagnoles, grégoriennes. On distingue le chant monodique, chanté par une seule personne (« i lamenti », « i voceri », « i nanni »), et le chant polyphonique Corse qui est chanté avec plusieurs voix (au moins 3 : a siconda, u bassu, a terza). Autrefois les bergers Corses communiquaient entre eux de cette manière, d’une montagne à l’autre, leurs voix étaient portées par l’écho et le vent.
Chant polyphonique Bulgare: Le chant polyphonique bulgare se caractérise par un rythme syncopé, le vibrato (tresene) des interprètes et la diaphonie.
Leelo Seto: Le leelo seto (le "chant seto" en langue seto) est le chant traditionnel des Setos, un peuple qui vit dans le sud-est de l’Estonie et le district de Petchory, en Fédération de Russie. Bien que la tradition seto inclut aussi le chant monophonique, le leelo est caractérisé à la fois par une mélodie polyphonique hétérophonique et un timbre de voix spécifique. Un chanteur principal chante un couplet et est ensuite rejoint par le chœur qui reprend les dernières syllabes avant de répéter la phrase tout entière. Autrefois, ce chant accompagnait presque toutes les activités quotidiennes des communautés rurales des Setos. Il rythmait le travail, les loisirs, les fêtes ainsi que les rites et les coutumes et servait à transmettre les règles régissant le mode de vie communautaire.
Chant polyphonique des Alpes du Sud: Le chant polyphonique des Alpes du Sud fait partie de la grande famille des chants de la Méditerranée. Des siècles d'échanges sur la mer Méditerranée ne pouvaient que marquer fortement cette expression artistique. La proximité de la Corse et de la Ligurie ont définitivement et depuis des siècles donnés au chant des Alpes du sud un coté Méditerranéen très affirmé.
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Le chant grégorien
La refonte, entre 680 et 730, d'un répertoire dit « vieux romain » (utilisé par Grégoire Ier) aboutit à une nouvelle formule dite désormais chant grégorien dont la notation date du ixe s. Cette dernière donne des indications à la fois mélodiques et rythmiques. Car le chant grégorien, entièrement suggéré par la signification des mots, ne peut se dissocier de la prosodie d'un texte. Purement mélodique, il avance par degrés conjoints et trouve son rythme dans les accents toniques des mots. Ainsi il ne peut être chanté qu'à une voix ou à plusieurs voix à l'unisson.
Traditions musicales régionales
Pays Basque: Tout a peut être commencé avec un os de vautour, percé de trois trous, il y a environ 20 000 ans avant notre ère. Cette flûte préhistorique, découverte en 1961 par l'archéologue Eugène Passemard dans les grottes d'Isturitz (province de Basse Navarre), est l'instrument de musique le plus ancien retrouvé en Europe. Au Moyen Âge, avec la propagation du christianisme, la musique du Pays Basque va être profondément influencée par l'introduction d'un mode de chant monodique, essentiellement composé dans les abbayes : le chant grégorien. Ainsi, la musique grégorienne modifie progressivement les gammes utilisées dans la tradition de la musique populaire basque, sans toutefois parvenir à lui imposer son chant mélismatique (plusieurs notes de musique pour une seule syllabe de texte). Au Pays Basque, on chante toujours et partout ; à la maison, à l'église, dans la rue, à la campagne. Nombreux sont les aspects de la vie communautaire évoqués à travers les chansons traditionnelles basques.
Maghreb: Dans l’ensemble du monde dit « arabe », le patrimoine poétique et musicale révèle des genres d’une très grande diversité. Le fond originel des chants et musiques maghrébins est essentiellement berbère. A ce fond berbère est venu s’ajouter des influences et des emprunts à l’Afrique du fait du trafic des caravanes et des migrations des populations du nord au sud et du sud vers le nord. Puis ce fut les apports arabes avec l’arrivée de l’Islam. Si la musique arabo-andalouse est fille de l’Espagne musulmane, elle doit son essor à Ziryâb qui va structurer la musique de son maître en mouvements et en suites : les vingt-quatre noubas dont les modes sont décalqués sur les heures du jour et les signes du zodiaque. La Tunisie, de par sa situation géographique a été un lieu où, au cours des siècles, se sont croisées, superposées et parfois fondues différentes sortes de cultures et donc de musiques.
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