Introduction
Cet article se penche sur l'œuvre complexe et multiforme de Bruno Durocher, figure marquante de la poésie et fondateur des éditions Caractères. À travers l'analyse de ses écrits et de son parcours personnel, nous explorerons les thèmes centraux de son œuvre, tels que la souffrance, la dénonciation de la folie humaine et la quête de lumière dans un monde obscur. Nous aborderons également la question de son identité complexe, marquée par les traumatismes de l'histoire et la recherche de ses racines.
Bruno Durocher : Un Poète Engagé et Tourmenté
Bruno Durocher, de son vrai nom Bronislaw Kaminski, est avant tout un poète. Sa poésie est un cri de rage, un questionnement métaphysique sur le Mal, un témoignage pour son peuple opprimé, une élévation vers un monde meilleur. Un poète qui a traversé le siècle et les fureurs de l'Histoire dont il portera à jamais les stigmates. Comment construire une identité quand on a été déclaré à l'état civil sous un nom factice, Bronislaw Kaminski, né en Pologne d'une mère juive et d'un père officier autrichien mort avant sa naissance, quand on a été coupé de ses racines et élevé dans le mensonge et le secret ? Comment construire une existence après la déportation à Mauthausen puis la retenue forcée pendant des années derrière le rideau de fer, quand on a connu l'errance, la perte des siens, la misère ?
En France, Bruno Durocher qui a francisé son nom fondera la maison d'édition Caractères mais il est poète et écrivain avant tout. Son œuvre imprécatoire est un cri de souffrance ininterrompu, une dénonciation véhémente de la folie des hommes, de l'absurdité cruelle du monde, une interrogation sur le Mal dans la Création. Entre lyrisme, tragique, délire, entre ténèbres et quête de Lumière. "Une interrogation sur le nombril de Dieu".
Caractères : Une Maison d'Édition Engagée
Bruno Durocher est connu pour être le fondateur de la maison d'édition Caractères. Les Editions Caractères ont été fondées en 1950 par Bruno Durocher. Nicole Gdalia, épouse de Bruno Durocher, est poète et directrice des Editions Caractères. La maison d'édition Caractères est un lieu de publication pour des auteurs engagés et des œuvres poétiques.
L'Identité Fragmentée de Bronislaw Kaminski
Un poète qui a traversé le siècle et les fureurs de l'Histoire dont il portera à jamais les stigmates. Comment construire une identité quand on a été déclaré à l'état civil sous un nom factice, Bronislaw Kaminski, né en Pologne d'une mère juive et d'un père officier autrichien mort avant sa naissance, quand on a été coupé de ses racines et élevé dans le mensonge et le secret ? Comment construire une existence après la déportation à Mauthausen puis la retenue forcée pendant des années derrière le rideau de fer, quand on a connu l'errance, la perte des siens, la misère ?
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L'Influence de l'Histoire sur l'Œuvre de Durocher
L'œuvre de Bruno Durocher est profondément marquée par les traumatismes de l'histoire, notamment la Shoah et l'expérience du rideau de fer. Son œuvre imprécatoire est un cri de souffrance ininterrompu, une dénonciation véhémente de la folie des hommes, de l'absurdité cruelle du monde, une interrogation sur le Mal dans la Création. Entre lyrisme, tragique, délire, entre ténèbres et quête de Lumière. "Une interrogation sur le nombril de Dieu".
Analyse de l'Écriture Fragmentaire dans l'Œuvre de Chraïbi
L’œuvre chraïbienne, complexe et polymorphe, donne à lire dans ses composantes macrostructurelles et microstructurelles les étapes de ses transformations. La tension entre l’éclatement du récit et sa cohésion révèle une écriture du fragment qui se veut, dans un premier temps, mimétique du chaos dans lequel évoluent les personnages, mais qui s’abandonne par la suite au ludisme de la composition textuelle. Cette tension dialectique se répercute dans les jeux interdiscursifs : d’abord appliqués à restituer la lutte d’une parole individuelle naissante dans un univers régi par l’absurdité dogmatique, ils s’ordonnent ensuite, délaissant la collision discursive au profit de la polyphonie. Ces procédés soulignent le continuum d’une pratique d’écriture par-delà les multiples facettes de l’œuvre et ils mettent au jour un vaste champ de résonances intertextuelles, bâtissant ainsi une œuvre fondamentalement référentielle1.
Une Écriture du Fragment
Du Passé simple à La Foule, les romans sont voués à la déstructuration, au démembrement ; la diégèse subit de multiples torsions narratives qui défient la chronologie et anéantissent toute linéarité. Le récit (Les Boucs et L’Âne en sont emblématiques) relève d’un assemblage étudié qui ne laisse place qu’à la discordance et à la dissonance. À partir de De tous les horizons, la dynamique s’inverse : le récit éclaté se restructure et bâtit ainsi sa cohésion, tout en s’autorisant le maintien d’une écriture du fragment qui joue sur la disjonction et l’hétérogène.
Le Récit Éclaté
Le Passé simple et Les Boucs affichent, à en croire les intitulés de leurs chapitres, une structure logique des plus rigoureuses. Dans le premier roman, cette logique est cautionnée par la science, ressortit à l’infaillibilité d’un processus chimique : « Les éléments de base », « Période de transition », « Le réactif », « Le catalyseur », « Les éléments de synthèse ». Le second roman détaille en abyme les étapes successives de la création d’une œuvre : « Copyright », « Imprimatur », « Nihil Obstat ». Le contenu des chapitres, ou des parties, est pour sa part plus désordonné, quand il ne se présente pas comme un enchaînement incohérent d’idées. Le Passé simple offre un récit nettement plus linéaire que Les Boucs, mais qui ne va pas sans ambiguïtés : s’il est assez aisé de reconnaître les « éléments de base » dans le premier chapitre consacré à l’exposition de la vie dans la famille Ferdi - une scène présentée comme itérative autour d’un père despotique, d’une mère soumise et apeurée -, des chapitres singulatifs comme « Le réactif » ou « Le catalyseur » posent problème. Le réactif désigne aussi bien le décès d’Hamid, déclencheur du règlement de comptes, d’abord avec la mère puis avec le père, que cette révolte elle-même et par extension le narrateur, sujet de cette révolte, ou encore la malédiction paternelle et l’exclusion de Driss. « Le catalyseur » n’est pas plus explicite si l’on considère que, dans ce chapitre, Driss a cherché refuge auprès de tous les membres de sa famille d’adoption, vendu l’appareil dentaire du Seigneur avec l’aide du Kilo, pratiqué toutes les pensionnaires de Noémie, tenté de se convertir au catholicisme chez le père Blot, s’est vidangé sur l’épaule de la jeune fille de l’église2 ; il a passé le baccalauréat avant de s’entretenir avec Joseph Kessel son examinateur, et finalement a conclu ses heures de liberté sur un retour au domicile familial pour y apprendre le décès de sa mère. La multiplication des épisodes, au service de l’accélération du récit, donne le vertige dans ce premier roman, mais l’action reste un tant soit peu chronologique, ce qui est loin d’être le cas des Boucs qui propose à son lecteur une seule alternative : se laisser porter par les méandres du stream of consciousness de Waldick en enjambant les cassures temporelles, ou lire crayon en main pour tenter de rétablir peu ou prou l’enchaînement chronologique des événements. Le « récit-cadre » concerne le manuscrit des « Boucs », œuvre de Waldick écrite en prison, soumis pour édition à Mac O’Mac. L’action débute sur l’arrivée de Raus apportant une éclanche dérobée et interrompant la prostration de Waldick ; la temporalité est indiquée incidemment : « Les vitres sont grises d’un matin gris » (B, p. 12). Raus prépare ensuite la viande après avoir dégondé la porte afin de la faire brûler. La pendule égrène bien les heures, mais le narrateur ne compte que les premiers coups parce que « neuf heures ou midi, quelle importance ? » (B, p. 17). Un peu plus tard, après la mention déjà anaphorique des injures de Raus, cassant la porte, le récit subit une brisure temporelle durant laquelle le narrateur rapporte, évoquant Simone : « Cette aube-là, elle m’attendait derrière la grille - Je n’ai pas pu venir à la Santé » (B, p. 20). À l’évidence, il s’agit de leur première rencontre depuis sa sortie de prison la plus récente ; le démonstratif joue le rôle d’un déictique, en ce qu’il renvoie à la situation d’énonciation et l’inscrit dans une référence spatio-temporelle, en même temps qu’il est anaphorique, référant directement à l’aube qui a précédé le matin gris sur lequel débute le roman. La parenthèse analeptique se referme après quelques lignes, le récit revient à Waldick qui s’apprête à rejoindre Raus, occupé à entretenir un feu d’enfer, pour exiger qu’il trouve une ambulance, et le chapitre se clôt sur l’étranglement du chat scandé par la sirène de l’ambulance qui s’éloigne. Le second chapitre est consacré aux Boucs et au meurtre qu’ils ont perpétré sur un entrepreneur qui ne leur accordait pas de travail. Le troisième chapitre indique par un sommaire qu’une nuit s’est écoulée depuis le début du récit : « Toute la nuit j’attendis, immobile sur ma chaise » (B, p. 35-36). La journée et la nuit écoulées3 constituent le point nodal du récit où convergent tous les éléments de crise dont l’ordre pourrait être ainsi rétabli : à sa sortie de prison, Waldick ne fait que croiser Simone à la grille du jardin ; il s’enquiert de son fils, ce qui ne provoque qu’un haussement d’épaules de la part de Simone, visiblement sur le départ puisqu’elle rectifie sa coiffure et ne réapparaît pas dans la diégèse avant le lendemain matin. Rentré chez lui et après avoir été plus ou moins tiré de sa prostration par Raus qui s’évertue à procurer de la nourriture, Waldick décide de faire venir une ambulance pour son fils - que l’on croirait déjà mort à l’allure où Waldick détruit son berceau et ses affaires, mais qui est encore en vie, à l’hôpital où il est traité pour une méningite, comme Raus le révèle au chapitre 3. Les vingt-quatre heures que recouvrent ces trois premiers chapitres ont donc salué la sortie de prison de Waldick, l’hospitalisation de Fabrice, le meurtre de l’entrepreneur et l’adultère de Simone - cette dernière affiche un désintéressement total à l’égard de son enfant, laissant à Mac, dont le patronyme se charge soudain d’une signification nouvelle, le loisir de s’enquérir de l’état de Fabrice tandis qu'elle se remet de ses émotions : « J’ai fait un de ces voyages » (B, p. 38). Quatre jours s’écoulent au long des chapitres 4, 5 et 64. À la fin de la première partie, Waldick s’apprête à monter dans l’avion qui le ramène en Algérie. Le chapitre initial de la seconde partie narre l’arrivée de Waldick au Bourget et le récit présente une ellipse5 de deux mois, correspondant au séjour en Algérie - c’est Raus qui indique cette durée à la fin du chapitre 4. Le second chapitre le trouve devant la porte du pavillon de Simone, porte qui déclenche par association d’idées un récit analeptique et le ramène à la première porte qu’il a ouverte à son arrivée en France à dix-huit ans. Le chapitre 3 marque le retour à Simone qui, contrainte par Waldick, fait le récit de la fameuse nuit deux mois auparavant, comblant ainsi l’ellipse laissée dans la première partie entre son départ à la grille du jardin et son retour en compagnie de Mac. Le chapitre 4 se déroule dans la continuité du précédent, Raus emmène Waldick chez les Boucs après sa confrontation avec Simone : dans le tacot, Waldick se remémore ses pérégrinations en France - Raus est ici le déclencheur de l’analepse - depuis l’accrochage dans un bistrot alors qu’il vendait des tapis, bagarre qui l’a conduit en prison pour la première fois, jusqu’à son travail dans les mines, l’achat de son poste T.S.F. et la rencontre de Raus dans une cave de Gennevilliers. Le chapitre 5 couvre tout l’hiver passé chez les Boucs et la partie s’achève sur les disparitions nocturnes de Waldick, muni de sa bouteille de vin, clamant à son retour qu’il ne veut pas aimer. La troisième partie, extrêmement brève, comporte un premier chapitre analeptique qui explicite ces disparitions nocturnes6, puis un second chapitre qui met en scène la fête des Boucs célébrant l’arrivée du printemps. Le troisième et dernier chapitre est une analepse de plus de seize années7, ramenant le lecteur à l’enfance du héros et à sa rencontre à l’âge de dix ans avec le prêtre de Bône, catalyseur du départ pour la France. Un seul indice textuel autorise la datation, approximative et a posteriori, de l’action du roman : le récit d’Isabelle à la fin du roman situe l’action « même maintenant, dix ans après la Libération » (B, p. 178.) L’hiver rude passé chez les Boucs confirmerait qu’il s’agit de l’hiver 1954 : l’action se déroulerait donc de septembre 1953 au printemps 1954, le départ de Waldick pour la France serait ainsi à dater de 1945 et sa rencontre déterminante avec le prêtre de 19378. Alternant scènes et sommaires, le récit joue tantôt sur une accélération importante tantôt sur un étirement temporel. Les scènes itératives accentuent l’effet de statisme, le gommage de la temporalité, tandis que l’enchâssement de récits analeptiques lui confère une tout autre profondeur en rétablissant, par fragments, les multiples niveaux temporels.
Paroxysme de l'Éclatement du Récit
Avec L’Âne, cet éclatement du récit est porté à son paroxysme : non seulement le personnage de Moussa se scinde et se diffracte dans tous les autres personnages ou actants éponymes des récits, mais il est le héros d’un récit initial qui éclate en une multiplicité d’autres récits absolument insituables par rapport au récit premier, mais également insituables les uns par rapport aux autres. Les deux premiers chapitres se décomposent en trois mouvements9 : la trame narrative du premier chapitre est construite sur le type : début in medias res / récit analeptique / retour à la temporalité du premier mouvement et progression. Le second chapitre comporte également trois mouvements mais les temporalités sont mêlées au niveau du paragraphe lui-même : l’incipit de « Premier amour » est constitué d’un discours logorrhéique réunissant les temporalités présente, passée et future :
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Quand je le vis, j’étais dans le défilé, à trois ou quatre rangs des chars. Dans l’odeur des bigaradiers en fleur aussi puissante qu’un raz-de-marée, aussi délirante que tout à l’heure la foule, les blindés, les mégaphones, le macadam et les tambours et les cymbales - moi, assise là, sur la colline auréolée d’un coucher de cuivre, fiai la tête au creux de son épaule, j’écoute les cordes de sa guitare vibrer et nous conter en résonances de métal l’histoire même de notre amour (plus tard, à peine dix jours plus tard, appuyée au garde-fou du Bon Reg Reg bouillonnant et rouge comme ce couchant, un soir comme celui-ci, je sentirai encore la floraison lointaine des bigaradiers. […/…], et maintenant j'ai la sensation d'être à sa place sur ce camion à remorque, en promontoire de la foule en délire, et de me voir moi-même de là-bas et avec mes yeux, vêtue de kaki et pensant kaki dans ce défilé d’uniformes […]. Même maintenant, descendant pas à pas derrière lui le sentier des chèvres que tout à l'heure j’avais grimpé… (A, p. 29-30)
Il est impossible de dater précisément la rencontre de la narratrice et de Moussa qui prend place dans le second mouvement, que ce soit par rapport à ce discours premier ou en fonction des événements présents, passés et futurs qui y sont relatés. Il en va de même dans le troisième chapitre, « Le citron » : établir une relation chronologique quelconque (antérieure, simultanée, postérieure) entre le déferlement des hordes, le déchaînement des « folles de Dieu », et l’apparition de Moussa, situer par rapport à tout ceci l’histoire de la mendiante et de la femme-enfant, qui vient s’y greffer dans un second temps, relève de la gageure. Les brisures temporelles dans présentent un lien, même ténu, avec le récit dont elles dépendent ; dans L’Âne, les récits secondaires semblent relever à la fois de la simultanéité et de la progression. Chaque chapitre est pourvu d’un titre représentatif de l’actant secondaire mis en valeur à l’intérieur de la diégèse : le roman n’est qu’une succession d’images, de flashes aveuglants, liés les uns aux autres sans que l’on puisse en rétablir réellement la cohérence. Le déroulement de la narration sur le principe de l’association d’idées est à l’œuvre dans Les Boucs : l’exemple donné par l’image de la porte du pavillon de Simone ramenant le narrateur à l’image de la première porte poussée en France est patent et, pour ainsi dire, « explicité ». Dans L’Âne, ce type d’embrayeurs existe sans être explicités autrement que par leur récurrence : l’image du lion occupe à l’évidence cette fonction, mais l’embrayage ainsi effectué demeure fort nébuleux. Dans le premier chapitre, à l’occasion d’une scène itérative décrivant les périodes d’éveil temporaire de Moussa, avant qu’il ne « s’éteign[e], comme une chandelle, pour un nouveau somme d’un mois ou d’un an » (A, p. 20), le héros déclare : « Je suis un lion » (A, p. 19). Dans le chapitre suivant, « Premier amour », ce lion est omniprésent : c’est lui que la narratrice de ce chapitre a aperçu depuis sa place dans le défilé des Jeunesses Féminines ; c’est encore lui qui figure sur l’insigne des Jeunesses Féminines qu'elle offre à son amoureux inconnu10. Partie à la recherche de ce lion, elle ne trouve que Moussa, adossé à son camion. La fin du chapitre, qui rend la parole à Moussa11 par un glissement de focalisation, révèle au lecteur l’identité de l’amoureux éconduit par le tuteur de cette jeune fille : il n’est autre que Moussa. L’identité de Moussa et du lion est établie par une forte cohésion entre l’incipit de ces deux premiers chapitres. Le chapitre éponyme, « L’Âne », débute par : « Ceux qui le virent, par cet après-midi d’août qui sentait la poussière » (A, p. 15), et le chapitre suivant réduplique ce commencement, avec une modification de la focalisation qui semble alors se rétrécir : « Quand je le vis, j’étais dans le défilé » (A, p. 29). Le contexte du premier chapitre est très clair, c’est Moussa qui est l’objet des regards. Au second chapitre, le lecteur est amené, par la répétition quasi exacte de la scène, à identifier d’emblée le pronom complément comme référant à Moussa. L’effet est déceptif lorsque débute le second mouvement de ce chapi…
La Berceuse "Shtiler, Shtiler" : Un Symbole de l'Enfance Perdue
Helios Azoulay, qui lit les textes de Bruno Durocher et se met au piano, interprète notamment une berceuse écrite dans un ghetto par un enfant de onze ans Aleksander Volkoviski. La berceuse s'intitule Shtiler Shtiler. C'est la musique de fin. Helios Azoulay a découvert cette berceuse lorsqu'il collectait les musiques des camps. La berceuse "Shtiler, Shtiler", écrite par un enfant dans un ghetto, est un symbole poignant de l'enfance perdue et de la souffrance endurée pendant la Shoah. Son inclusion dans l'émission consacrée à Bruno Durocher souligne la thématique de la mémoire et de la transmission des traumatismes de l'histoire.
Réflexions sur la Crise du Capitalisme et la Révolution
Le capitalisme a unifié le monde, mais il l’a fait sur des bases tout à fait contradictoires. Loin d’apporter la paix et une prospérité générale comme l’ont prétendu ses chantres les plus zélés, il a fait de la guerre une industrie développée sur une échelle inconnue jusqu’alors. Dans sa phase d'accumulation primitive, il a suscité des conquêtes coloniales qui ensanglantèrent l’Afrique, l’Asie et l'Amérique en faisant disparaître des peuples entiers. Dans sa phase impérialiste, il transforma la grande masse des exploités, en particulier dans les métropoles, en chair à canon pour des affrontements gigantesques (la Première et la Deuxième Guerre mondiale) dont le but était le partage ou le repartage du monde. Même dans les périodes de calme relatif, celles où la violence restait latente ou marginale, les rapports de force comme la division internationale du travail se trouvaient sans cesse bouleversés. Le développement des forces productives se faisait de façon heurtée et inégale, dans les disproportions et les crises, en bousculant les situations les mieux établies. La fin de la Deuxième Guerre mondiale marque, semble-t-il, une profonde transformation de cet état de choses. Les deux puissances victorieuses, les Etats-Unis et l’U.R.S.S. apparaissent capables d’assurer un ordre durable à l’échelle planétaire. A l’Ouest, les Etats-Unis imposent un système monétaire international sous leur égide (accords de {Bretton Woods}) et une véritable organisation du commerce international qui sert de soubassement à leur hégémonie politique. A travers la distribution de crédits ou d’aides gratuites mais liées, ils s’introduisent en force chez leurs vieux concurrents d’Europe de l’Ouest. A l’Est, l’Union Soviétique sous la direction de Staline organise son glacis européen comme une sorte de zone tampon destiné à protéger un empire largement autarcique. Elle ne se soucie pas d’appuyer véritablement le mouvement révolutionnaire dans les autres parties du monde, bien au contraire, elle se sert de l’influence qu’elle a sur les partis communistes pour les subordonner à la recherche de compromis de longue durée avec les puissances impérialistes. En effet, il s’agit pour la bureaucratie soviétique de s’intégrer dans un ordre mondial dominé par le capitalisme, mais dont elle serait cogestionnaire pour défendre ses intérêts conservateurs. Dans la division internationale du travail (rapports de force économique, échanges commerciaux), elle est prête à se contenter d’une position marginale et sensiblement inférieure à celles des principales puissances impérialistes en escomptant bien que sa puissance militaire et son rôle de tuteur du mouvement communiste écarteraient d'elle les menaces les plus pressantes. A Téhéran, à Yalta, à Postdam (de 1943 à 1945), la diplomatie soviétique se montre ainsi intraitable sur le détail, c’est-à-dire sur les gages territoriaux qu’elle estime indispensable pour sa sécurité militaire, mais tout à fait accommodante sur des problèmes aussi essentiels que les régimes sociaux des pays vaincus. L’utopie d’un monde réconcilié dans l’union de la bourgeoisie américaine et de la bureaucratie soviétique dure, toutefois, assez peu. Les milieux dirigeants américains, surtout après la mort de Roosevelt, ne se font guère à l’idée d’avoir à tenir compte constamment des intérêts matériels et politiques d’un partenaire trop puissant auquel ils ne font pas totalement confiance pour mâter les mouvements de masse. Dès 1945, leur principale préoccupation est d’exploiter les faiblesses de leur allié de la veille, tant sur le plan idéologique que sur le plan stratégico-militaire. Dès 1946, la dénonciation du totalitarisme et de l’expansionnisme de l’Union soviétique prend de l’ampleur. C’est l’époque où la presse capitaliste redécouvre les camps de travail, le rôle du N.K.V.D. ou du M.V.D. en utilisant les sentiments d’horreur ou de répulsion suscités par le système concentrationnaire nazi pour faire l’apologie du système de la libre entreprise. C’est l’époque où les Etats-Unis commencent à aménager et à étendre leurs bases militaires à l’échelle mondiale tout en prenant le relais des pays impérialistes affaiblis comme la Grande-Bretagne et la France. Face à cette attitude de plus en plus agressive, TU.R.S.S. ne peut que se raidir et combattre, par les moyens bureaucratiques qui sont ceux de sa couche dirigeante, les tendances centrifuges présentes dans sa zone d’influence. Parallèlement, la bureaucratie tente de soumettre aux mêmes normes politiques et économiques (propriété d’Etat et planification) l’ensemble des territoires et des pays qu’elle administre. Pour l’Europe de l’Est, c’est l’heure de la « russification » et d’une assimilation progressive aux structures sociales de l’Union soviétique sous le signe de la « révolution par en haut ». Les masses ouvrières et paysannes sont peu à peu dépossédées de tous leurs moyens d’intervention au nom de la lutte pour l'expropriation de la bourgeoisie, en réalité parce que la bureaucratie ne veut pas chercher appui sur elles pour affronter l’impérialisme. A ce raidissement soviétique correspond, bien entendu, une agressivité accentuée de l’impérialisme américain. Au blocus de Berlin et à la prise du pouvoir par le P.C. On pourrait être tenté d'interpréter ces épisodes - et beaucoup de commentateurs n'ont pas manqué de le faire - comme une résurgence manifeste de la lutte des classes internationale niée au moment de Yalta et de Postdam. Les deux protagonistes principaux de la guerre froide seraient dans cette optique les représentants - conscients ou inconscients - des deux classes fondamentales de la société internationale : d’un côté les Etats- Unis, la personnification de l'impérialisme, et de l’autre l'Union soviétique, malgré toutes ses tares bureaucratiques, fondé de pouvoir du prolétariat. Mais un examen tant soit peu attentif de la politique concrètement menée par les partis communistes sous l'influence de l'U.R.S.S. suffit à réfuter de telles vues. A partir de la formation du Kominform (bureau d’information des P.C.) en 1947, le mouvement communiste devient plus militant et radical dans ses rapports avec la bourgeoisie, mais il ne change pas fondamentalement de stratégie. En Europe, les P.C., chassés des gouvernements parlementaires auxquels ils participaient depuis 1944-1945, s'orientent vers des coalitions avec la bourgeoisie « patriote » pour s’opposer à la « vassalisation » par l’impérialisme américain, c’est-à-dire continuent d’escamoter les frontières de classes tout en utilisant un langage dur. Comme le leur conseillait Staline, ils relèvent le drapeau de l’indépendance nationale que des fractions importantes de la bourgeoisie ont laissé tomber (pour se mettre sous le parapluie américain). Cette politique a évidemment peu de crédibilité auprès des masses, elle a toutefois l’in…
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