La musique, langage universel, transcende les cultures et les époques. Elle berce, apaise, émeut et parfois, elle raconte une histoire profondément personnelle. C'est le cas de la berceuse basque interprétée par Anne Etchegoyen, une œuvre qui résonne bien au-delà des frontières du Pays Basque et qui mérite une exploration approfondie.
Un Disque, Une Sélection, Une Histoire
Dans le paysage musical foisonnant, il arrive que des disques se distinguent par leur singularité et leur capacité à toucher l'auditeur au plus profond de son être. Ces disques peuvent être corses, jazz, classiques ou issus des musiques du monde. L'intérêt peut se porter sur des parutions récentes, mais aussi sur des raretés dignes d'intérêt, découvertes récentes ou considérées comme des chefs-d'œuvre intemporels.
Dhafer Youssef et l'Introspection Musicale
Dhafer Youssef, artiste ancré dans les traditions arabes et soufies, mais ouvert aux sonorités contemporaines telles que le jazz, le rock et les musiques électroniques, rejoint le prestigieux label allemand ACT. Il retrouve des collaborateurs de longue date comme le bassiste Chris Jennings et le guitariste Nguyên Lê. Leur dialogue musical presque télépathique confère à cet album une intensité particulière, où se mêlent l’intime et le grandiose, l’ombre et la lumière. Le jeu cristallin et imprévisible de Lê s’accorde parfaitement avec le timbre profond et méditatif du oud. D'autres musiciens de talent, tels que le pianiste Daniel García, le trompettiste Mario Rom, le bassiste Swaéli Mbappé et le batteur Tao Ehrlich, enrichissent cet opus.
Un Jazz aux Influences Multiples
Daniel Garcia, formé au Berklee College of Music de Boston et au Conservatoire de Castilla y León de Salamanque, apporte une touche unique à travers ses multiples influences, allant de l’électronique à la musique cubaine, en passant par le rock et le flamenco. Mario Rom, jeune trompettiste autrichien, insuffle une énergie nouvelle, tandis que le bassiste Swaéli Mbappé, collaborateur d'artistes internationaux et de stars de la pop française, apporte sa polyvalence. Tao Ehrlich, jeune batteur influencé par Jimi Hendrix et Led Zeppelin, s'oriente vers le Funk puis le Jazz qu’il étudiera au Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris (CRR).
Un Album Dédié à l'Amour et à l'Épreuve
L'album de Dhafer Youssef est dédié à son épouse, Shiraz Fradi, dont la rencontre a bouleversé sa vie. Pendant la pandémie du covid, elle lui redonne confiance. Plus tard, elle se découvre atteinte d’un cancer. Lors de sa troisième séance de chimiothérapie, Dhafer Youssef, impuissant à la soulager en paroles, comprend que seule la musique peut l'atteindre. L'album met en musique leur relation fusionnelle et l'épreuve traversée ensemble. "La musique reflète ce que Shiraz pense et entend", précise Dhafer. C’est sans doute l’enregistrement le plus introspectif de Dhafer à ce jour. Ce nouvel opus est à la fois enraciné et en perpétuel mouvement, entre passé et présent, entre tradition et expérimentation, entre musique arabe et musique occidentale.
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Giovanni Mirabassi et le Great American Songbook
Giovanni Mirabassi explore pour la première fois le Great American Songbook, accompagné par Gianluca Renzi à la basse et Colin Stranahan à la batterie. Son timbre chaleureux et sa sensibilité mélodique se fondent harmonieusement dans la tension dynamique du trio. Le bassiste Gianluca Renzi, dont le solo époustouflant sur "Nature Boy" est remarquable, est depuis longtemps le fidèle compagnon musical de Mirabassi. Ses lignes de basse audacieuses et sa clarté mélodique sont remarquables. De son côté, Colin Stranahan, l'un des accompagnateurs les plus polyvalents de la scène jazz new-yorkaise, accompagne Mirabassi avec une précision parfaite. Cet enregistrement marque le premier volume d'une série de trois parties, qui paraîtront chaque année. Il témoigne une fois de plus du talent artistique de Mirabassi. Si les prochains volumes continuent dans cette lancée, le projet The N.Y.C. Sessions pourrait bien devenir un chapitre déterminant de sa carrière.
Pharoah Sanders et l'Héritage Spirituel
Le grand saxophoniste Pharoah Sanders, disparu il y a trois ans, rejoint le groupe de John Coltrane en 1965. L'occasion est offerte de réévaluer son influence à l'occasion de la sortie de Love Is Here. Cet enregistrement restitue l'intégralité du concert donné le 17 novembre 1975 au Studio 104 de la Maison de la Radio à Paris, devant un public très réceptif. Cette nouvelle édition contient des titres supplémentaires et des versions plus longues de la plupart des morceaux.
Un Concert Inoubliable à Paris
L'album débute par une improvisation de neuf minutes jouée sur un orgue à tuyaux. Mixon crée un raz-de-marée sonore qui emplit l'auditorium. Sanders émet des grognements et des hurlements au saxophone ténor. Les trois morceaux suivants sont en fait une suite de 30 minutes, « Love Is Here ». La première partie est un morceau joyeux, où le groupe swingue avec force sur deux accords piano/basse, tandis que Sanders se déchaîne au ténor. A la coda Sanders interprète un solo court et tranchant, tout en erraillements, qui introduit la deuxième partie. Un long solo de piano de Mixon lui succède, dans un style très tynerien, avec des accords percutants. Hill enchaîne avec un solo de basse, suivi du solo de batterie de Bandy avant que le groupe revienne au thème. Cette section de 13 minutes est l'un des moments forts de l'album. La troisième partie, d'une durée de sept minutes, débute par une longue et lente impro au piano. Sanders joue doucement, puis Mixon interprète un long solo. Il est rejoint par le chant de Sanders. Mixon enchaîne alors avec une courte impro, avant de revenir au thème, rejoint par Sanders au saxophone.
Un Medley Émouvant et des Hommages
Le morceau suivant, le plus long (seize minutes), est un medley simplement intitulé « Piano Medley/Pharoah's Blues ». « I Want To Talk About You » de Billy Eckstine était un favori de Coltrane. Le deuxième disque commence par le premier des deux morceaux de Coltrane, extraits de son album Blue Train de 1957. « Moment’s Notice » est une balade de quatorze minutes, où le groupe enchaîne les changements de rythme, chacun excellant dans son solo. « The Creator Has A Master Plan » de Pharoah Sanders est apparu pour la première fois sur son album Karma de 1969. Sanders joue la section d'ouverture avec une sonorité douce et soyeuse, avant de laisser la place à Mixon, qui interprète un long solo. Le ténor de Sanders revient vers la fin, tout en hurlement, accompagné par la batterie rebondissante de Bandy. qui y ajoute également des vocalises. Le dernier morceau de l'album « Love Is Everywhere » dure douze minutes. Sanders, tel un prédicateur, s'exclame « Love is everywhere ! Love is in your heart ! Love is in the air ! Love is on earth ! Love is in the sea ! Love is everywhere ! », tandis que Mixon joue un piano rapide. La tension monte, avec la basse de Calvin Hill et la batterie de Greg Bandy en parfaite harmonie. Pharoah annonce le groupe, puis crie « In Paris ! In Paris ! Puis il termine par une coda très coltranienne, avec Danny Mixon qui reprend l'orgue à pompe.
Keith Jarrett et l'Art de l'Improvisation
Bien qu'enregistré également à l'Opéra national de Vienne, New Vienna se déroule dans une autre salle à l'acoustique exceptionnelle, la Goldener Saal du Musikverein, célèbre pour avoir créé des œuvres d'Arnold Schoenberg, Alban Berg et Anton von Webern au début du XXe siècle. On aurait pu craindre des redites dans cette succession de concerts solo. à une autre histoire musicale unique. de sa carrière d'interprète après son syndrome de fatigue chronique, à des pièces plus courtes et plus composées, qui, dans leur ensemble, atteignent souvent le caractère d'une suite impromptue.
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Un Concert en Neuf Parties
« Part I » s'inscrit dans la tendance des autres concerts de la tournée : Jarrett ne choisit pas une ouverture lyrique et douce, mais se lance dans une danse effrénée de 11 minutes. Un tourbillon sonore spontané, tourbillonnant, dense et complexe, un déluge de notes constamment mouvant et imprévisible, à la fois exaltant et épuisant. Jarrett explore les capacités de l'instrument dans une rafale de notes qui englobent la tessiture et la dynamique du piano. Il explore avec aisance, voire audace, le blues, le jazz modal, le hard bop et même la musique classique, avec une articulation fluide et une vision harmonique complexe et détaillée. « Part II » s'ouvre avec des accords mineurs dans le registre grave; sur un rythme sombre et funèbre. et des accords plutôt rêveurs pour former une mélodie, contrastant fortemement avec le morceau précédent. « Part III », toujours assez sombre, est une fantaisie post-bop centrée sur le rythme, mettant en valeur sa capacité à développer des motifs différents et superposés avec chaque main. Sa main gauche, avec un ostinato en mineur, est une merveille. « Part IV » débute avec des accords dans les registres médium et aigu, accompagnant une mélodie aux allures d'hymne qui n'émerge jamais vraiment, avant de basculer vers le gospel et le blues. « Part V » marque un changement radical dans le concert. S'étendant sur dix minutes, c'est une ballade aérienne et pensive. Les mélodies se forment et se dissolvent sans cesse. On retrouve le doigté phénoménal de Jarrett. Le pianiste conclut ce segment du concert par l'improvisation chantante de « Part VII ». On retrouve dans « Part VII » des échos de son quatuor Belonging et aussi du Köln Concert.. « Part VIII » marie gospel, blues et ragtime dans une explosion d'harmonies et de rythmes assonants. « Part IX » est une « danse » aux accents gospel, dans un style entraînant, enjoué et processionnel.
Somewhere Over The Rainbow
« Somewhere Over The Rainbow » est joué très différemment des versions entendues à La Scala, à Multitude of Angels et à Munich 2016, enregistré une semaine plus tard, le 16 juillet. Le morceau commence par le pont, laissant la mélodie se révéler à elle-même avec les couplets. Le tempo est ralenti pour accentuer les notes individuelles.
Branford Marsalis et la Réinterprétation d'un Chef-d'Œuvre
Branford Marsalis fait ses débuts sur Blue Note avec Belonging, une réinterprétation complète de l'album ECM du même nom de Keith Jarrett de 1974 qui marquent les débuts du Quatuor européen du pianiste. Belonging est la première nouveauté de Marsalis depuis 2019 avec son quatuor composé de Joey Calderazzo (piano), Eric Revis (contrebasse) et Justin Faulkner (batterie).
Un Hommage Respectueux et Innovant
L'idée d’un hommage complet à Belonging a émergé en 2019, lorsque Marsalis et son groupe ont enregistré The Secret Between the Shadow and the Soul. D’abord envisagée pour un seul titre, The Windup, la réflexion a évolué lorsque Eric Revis a suggéré de reprendre l’album dans son intégralité. Le quartet a appliqué la même approche que Branford Marsalis avait utilisée pour revisiter des classiques de Charles Mingus, du Modern Jazz Quartet, de John Coltrane et d'autres - ni une fidélité aveugle aux originaux, ni des déconstructions extrêmes.
L'Expérience d'un Quartet Soudé
Contrairement au groupe de Keith Jarrett, qui s'est formé pour la première fois lors de l'enregistrement de “Belonging” et ne deviendra un groupe emblématique des années 70 que plus tard, le Quartet Marsalis peut se vanter d'une histoire rare en tant que groupe. Eric Revis a rejoint le groupe en 1996, Joey Calderazzo en 1999 et Justin Faulkner en 2009, et leur capacité à s'écouter et réagir les uns aux autres est inégalée. Branford Marsalis souligne que « Le but de ce groupe est d'être plus un ensemble de chambre qu'un groupe de jazz », et dans ce processus, il a emmené les auditeurs avec lui sans compromettre son approche. « Tout ce qu'un public veut pour n'importe quelle musique, c'est une belle mélodie et un bon rythme d'accompagnement », explique-t-il. « Peu importe où notre voyage nous mène, tant que nous maintenons la danse en mouvement.
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Une Invitation à la Réécoute
C'est l'occasion de réécouter le chef d'oeuvre du quartet de Jarrett, enregistré les 29 et 30 avril 1974, et d'écouter en parallèle le disque de Branford Marsalis. Première différence : c'étaient les premiers pas du quartette européen de Keith Jarrett alors que le quartet de Marsalis existe depuis seize ans. Un air dansant, puissant, très rythmé, avec un lyrisme pop-folk peut-être inspiré des danses scandinaves comme le « Dear Old Stockholm » de Stan Getz. La basse et la batterie sont presque explosives. La version de Marsalis est beaucoup plus longue et un peu plus lente. Marsalis au ténor improvise beaucoup plus. Une belle ballade introduite par le piano rêveur de Jarrett. Le soprano de Garbarek a des accents pastoraux et le romantis…
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