Loading...

Berceuse Amérindienne : La Signification Profonde de la Rivière dans la Culture Autochtone

L'article explore la signification profonde de la rivière dans la culture autochtone, en particulier à travers le prisme des berceuses amérindiennes. Il examine comment la rivière est perçue comme un élément vital, sacré et porteur de traditions ancestrales, et comment cette perception se reflète dans les chants et les récits transmis de génération en génération.

Les Récits Sacrés et les Supports Matériels

L’existence des grands récits sacrés autochtones, des chants-poèmes mythiques de la création du monde, est profondément liée aux supports matériels concrets. Les songlines aborigènes, les Chants pour écorce des Chippewas constitués de dessins tracés sur des écorces de bouleau, du Walam Olum, grand texte mythique et poétique des Lenapes, qui consiste en une série de pictogrammes peints sur des morceaux de bois dur, telle une partition grâce à laquelle le chant était transmis. Ces supports matériels ne sont pas de simples objets, mais des vecteurs de mémoire et de transmission culturelle.

La poésie autochtone contemporaine n’oublie pas cet héritage matériel. La colonisation, cependant, a imposé aux littératures autochtones des reconfigurations linguistiques et poétiques, comme en témoignent les générations de poètes nées entre les années 1920 et les années 1960. Oodgeroo Noonuccal, Ali Cobby Eckermann, Joy Harjo, Simon J. Ortiz, Rita Joe et Joséphine Bacon ont en commun la terrible expérience des tentatives d’ethnocides ayant marqué la colonisation des territoires australiens et nord-américains. Acculturation forcée dans des écoles ou des pensionnats, placements forcés d’enfants dans des familles blanches, « Générations volées » ; perte des repères, des traditions, des terres, des langues ancestrales ; racisme et stéréotypes humiliants vis-à-vis des communautés autochtones, misère sociale : devant l’adversité, ces poètes contemporains consacrent ou ont consacré leurs textes à reconquérir le sens de ce que peut signifier aujourd’hui être d’origine autochtone en Australie et en Amérique du Nord.

La Rivière : Source de Vie et de Spiritualité

La rivière est bien plus qu'un simple cours d'eau. Elle est une source de vie, un lieu de rassemblement, un chemin de voyage et un symbole spirituel puissant. Dans de nombreuses cultures autochtones, la rivière est considérée comme une entité vivante, dotée d'un esprit et d'une conscience. Elle est vénérée et respectée, et son eau est utilisée dans des cérémonies sacrées.

Les berceuses amérindiennes font souvent référence à la rivière comme un lieu de refuge, de protection et de connexion avec les ancêtres. Elles décrivent la rivière comme un miroir du ciel, un chemin vers l'autre monde et une source de sagesse et de guérison.

Lire aussi: Pourquoi chanter des berceuses à votre bébé ?

Exemples de Berceuses et de Chants de l'Eau

De nombreux chants traditionnels célèbrent l'importance de l'eau et des rivières. Parmi eux, le Nibiwabo, un chant Algonquin (Annishnabe), est particulièrement sacré. Selon la tradition, les nii`inaa ikwewag (les femmes de la Nation Anishinabee) sont les gardiennes de Gichi-Nibi, le cercle sacré de l’eau. La raison pour cela est que les Anishinaabekweg sont plus reliées aux cycles naturels que les ininwag (les hommes) . D’ailleurs, ce sont les femmes qui, pendant leurs lunes, sont connectées au sang de la Terre, qui est l’eau. Ainsi, les Anishinaabekweg ont la connexion et les façons de faire les cérémonies pour bénir et purifier les eaux.

Une partie importante de l’ ancienne cérémonie de l’eau est appelée «MIDE WAABOO». Dans cette cérémonie durant laquelle est chanté le chant qui s’appelle NIBI WABOO ou LE CHANT DE L’EAU, une Midewikwe (une membre de la société médicale, spirituelle, philosophique et artistique du peuple Anishinaabe, la MIDEWIWIN) porte l’eau au-dessus d’elle dans un récipient fait de cuivre sacré alors que le chant de l’eau est chanté par les autres femmes présentes.

L’esprit de l’eau est appelé lors d’une prière et un petit peu de cette eau (nibi) est partagée avec toutes les personnes présentes à la cérémonie. L’eau n’est plus simplement « nibi » - elle devient alors MIDE-WAABOO, l’eau médecine sacrée.

Les chants de l’eau peuvent être chantés à chaque nouvelle lune ou tous les jours pour bénir l’esprit de l’eau. Ceci peut se faire au bord des lacs, des rivières, des puits et du grand océan- même à l’évier de la cuisine. Partout où il y a de l’eau. Traditionnellement, lors du déroulement du NIBI WABOO, une tenue et des objets cérémoniels sont utilisés et certains enseignements sont partagés. Les femmes en cercle utilisent un bâton qu’elles tapent sur un autre bâton creux fait d’écorce de bouleau- tel que cela se faisait dans les temps anciens, avant que le tambour arrive aux femmes.

Après une période de 150 ans pendant laquelle le NIBI WABOO a disparu de la surface de la terre et n’a peut-être plus du tout été chanté, un groupe de femme de Omàmiwininiwak ou Nation Première Algonquine du Québec, décida de rendre vie au NIBI WABOO. Parmi les participantes à cette cérémonie qui se passa en février 2002 dans la réserve de Kitigan-zibi, il y avait des femmes Omàmiwinini (Algonquine) et des femmes de sang mélangé, 13 en tout. Ces 13 femmes représentent les femmes de toutes les races du monde.

Lire aussi: Analyse musicale de La Reine des Neiges

Une des femmes était une grand-mère qui, en 1998, avait reçu la vision de l’ancient NIBI WABOO. Après avoir effectué un voyage spirituel de 4 ans dans le but d’apporter la renaissance et la manifestation de la cérémonie, elle décida de rester anonyme. Depuis cet instant, les autres 12 participantes sont les gardiennes de la cérémonie avec comme mission de transmettre cette cérémonie aux femmes du monde entier.

La MIDE WABOO est célébrée chaque année à la 13ème lune qui est celle de fin février/mars. Il est demandé que le chant de l’eau, comme toutes les cérémonies de femmes, soient chanté à la nouvelle lune uniquement par des femmes. Il faut le chanter une fois dans chacune des 7 directions - l’est, le sud, l’ouest, le nord, les cieux, la terre et pour soi-même. Selon la vision de la grand-mère « Omàmiwinin qui a permis la renaissance de cette cérémonie de l’eau, les 13 grand-mères se sont tenues debout sur un lac gelé afin de recevoir l’enseignement de l’eau par leurs pieds.

Les mots qui constituent le chant du NIBI WABOO sont tellement sacré que, même s’il est plus qu’important que ce chant soit partagé à travers la terre entière, ils ne sont pas supposé être partagés sur internet. Ce chant, Nibi Nagamowin, a été écrit par Waabanikwe (Doreen Day) de Objiwe Waabizeshi doodem à la demande de son petit-fils. Ce chant est comme une berceuse sans percussions ou tambour. Les paroles de Nibi Nagamowin peuvent être partagées librement.

La Rivière comme Support Matériel et Spirituel

Face à la disparition de leurs traditions, de leurs terres, de leurs langues, les poètes autochtones déploient la métaphore de la carte, du chemin, allant parfois jusqu’à constituer une triade support matériel / poème-chant / carte-chemin, les uns étant parfois synonymes des autres dans une réversibilité qui frôle la fusion : terre, eau, bois, neige, le poème est le support matériel et la carte, et réciproquement.

Joséphine Bacon se présente comme une passeuse de langues et de récits de la tradition orale nomade des Innus de Pessamit, à l’est de la péninsule du Québec-Labrador, sur la côte nord du fleuve Saint-Laurent. Née en 1947, elle appartient aux générations des pensionnats du Québec, expérience tragique de sédentarisation et d’acculturation forcées. En faisant de ses poèmes des tshissinuatshitakana, des bâtons à message, Joséphine Bacon se présente en héritière des Innus nomades. Les arbres ont parlé avant les hommes. Tshissinuatshitakana, les bâtons à message, servaient de points de repère à mes grands-parents dans le nutshimit, à l’intérieur des terres. Les Innus laissaient ces messages visuels sur leur chemin pour informer les autres nomades de leur situation. Un bâton penché très près du sol contre un bâton vertical signifiait la famine, et son orientation désignait, comme une boussole, le territoire où ils se rendaient. Les tshissinuatshitakana offraient donc des occasions d’entraide et de partage. À travers eux, la parole était toujours en voyage. Mon peuple est rare, mon peuple est précieux comme un poème sans écriture. Les aînés se sont tus, nous laissant l’écho de leur murmure… Leurs atanukan [mythes fondateurs, légendes] nous ont appris à vivre […]. Nous sommes un peuple de tradition orale. Aujourd’hui, nous connaissons l’écriture. La poésie nous permet de faire revivre la langue du nutshimit, notre terre, et à travers les mots, le son du tambour continue de résonner.

Lire aussi: Berceuses Célèbres : Analyse et Exemples

tags: #berceuse #amérindienne #signification #the #river

Articles populaires:

Share: