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Le Judaïsme en Arabie : Un Berceau et un Carrefour d'Influences

Le Proche et le Moyen-Orient sont reconnus comme le berceau de deux des trois grandes religions monothéistes : le judaïsme et le christianisme. Tandis que le christianisme a émergé comme une ramification des débats au sein du judaïsme en Judée romaine, le judaïsme lui-même plonge ses racines dans la haute antiquité. L'expansion du christianisme s'est d'abord faite vers l'ouest, dans l'espace romain de la Méditerranée, et plus tard vers l'est, grâce aux schismes byzantins qui ont poussé les chrétiens nestoriens vers l'empire perse des Sassanides.

L'islam, tout en se réclamant d'une continuité avec les figures de l'Ancien Testament et avec Jésus, a évolué autant en confrontation qu'en interaction avec les religions qui l'ont précédé. Les conquêtes arabes, n'ayant pas été convertisseuses et reconnaissant les religions du Livre, ont permis au judaïsme et au christianisme de continuer à se développer avec un minimum d'entraves, malgré quelques épisodes de restrictions ou de violence.

Le Judaïsme dans le Monde Musulman

Les conversions progressives à l'islam ont eu un impact limité sur les communautés juives dispersées dans les terres musulmanes. Les élites juives ont entretenu pendant plusieurs siècles des échanges fructueux avec les penseurs musulmans de leur époque. Les chrétiens, majoritaires au Proche-Orient et en Égypte, se sont ralliés lentement à l'islam, tout en maintenant une présence minoritaire mais active de communautés chrétiennes de diverses obédiences. Ces communautés, adoptant l'arabe à partir du Xe siècle, ont suivi de loin l'évolution du christianisme en dehors des terres musulmanes.

À partir du XVIe siècle, ces communautés ont été plus directement impliquées dans les luttes confessionnelles européennes et se sont divisées en catholiques "unies" à Rome et en "orthodoxes". Les maronites, issus d'une dissidence théologique du VIIe siècle et ralliés à Rome à l'époque des croisades, ont affirmé leur orthodoxie catholique et leur fidélité au pape.

L'Impact des Croisades et l'Émergence des Échelles du Levant

L'épisode violent des Croisades (1095-1291), avec l'établissement d'États latins au Proche-Orient, a renforcé le statut de Jérusalem comme troisième ville sainte de l'islam. Le véritable tournant vers la période moderne est marqué par les rapports des royautés européennes avec le pouvoir ottoman à partir du XVIe siècle, à travers les Échelles du Levant. Ces villes portuaires et celles de l'intérieur, comme Damas, Alep ou Le Caire, ont permis de renforcer les relations culturelles et religieuses, au-delà de l'économie marchande. Les voyageurs occidentaux ont contribué à la collecte de manuscrits en langues turque, arabe ou persane pour les orientalistes, et cette présence a facilité l'innovation et l'importation de techniques nouvelles, dont les Chrétiens d'Orient semblent avoir été les premiers bénéficiaires.

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L'Ère des Empires et les Mutations Identitaires

À la fin du XVIIIe siècle, l'Égypte et le Levant sont devenus des enjeux pour les puissances européennes, telles que la France, la Russie et l'Angleterre, engagées dans leur expansion impériale. L'empire ottoman a tenté de réagir en se réformant, introduisant des principes de gouvernement représentatif, d'égalité devant la loi et de citoyenneté ottomane. Cependant, l'hostilité d'une partie de la population, l'action des puissances "protectrices" des non-musulmans et la montée de l'idée d'État-nation ont mis ces tentatives en échec.

La Première Guerre mondiale a entraîné le démantèlement de l'empire ottoman et l'affirmation des consciences nationales, accompagnées d'une ethnicisation de l'appartenance confessionnelle. La République turque, fondée sur une conception raciale de la nation, a aboli le sultanat ottoman et la fiction califale, mettant fin au pluralisme ethnique et confessionnel ottoman. Le nationalisme arabe, contenu par les mandats français et britannique, a ensuite arraché l'indépendance par la lutte. L'islam est devenu une composante essentielle de l'identité nationale.

Le Sionisme et la Marginalisation des Minorités

Le sionisme, un nationalisme né en Europe orientale au XIXe siècle, a prôné la fondation d'un État pour les Juifs en Palestine. Les circonstances historiques du début du XXe siècle et l'appui de la Grande-Bretagne ont permis au sionisme de prendre corps, malgré la résistance des populations locales, tant chrétiennes que musulmanes. Les non-musulmans, perçus comme des "minorités", se sont sentis marginalisés ou exclus dans les nouveaux États.

Le Judaïsme au Maghreb : Entre Intégration et Ségrégation

Dans la première moitié du XIXe siècle, on estimait le nombre de Juifs au Maghreb à 100 000 au Maroc, 40 000 en Algérie et 25 000 dans la Régence de Tunis. Ils étaient pour l'essentiel issus de Berbères convertis, puis arabisés. Parmi les Berbères juifs, on distinguait les Djeraoua, tribu à laquelle appartenait la Kahena. Les Berbères juifs furent rejoints par les expulsés d'Espagne et du Portugal, les megorashim (descendants de familles hispano-portugaises) et les toshavim (autochtones maghrébins). Il est important de ne pas essentialiser l'ascendance hispano-portugaise des Juifs d'Afrique du Nord sefardim, car de nombreux patronymes sont d'origine arabe et berbère.

Les Arabo-Berbères juifs du Maghreb ont été témoins de l'arrivée de leurs coreligionnaires expulsés d'Espagne et du Portugal, et cette élite d'éducation andalouse a fini par imposer sa suprématie culturelle et économique aux Juifs berberiscos. Les familles portant les noms Toledo, Cordoba, Berdugo témoignent de racines ibériques, mais nombreux sont les patronymes d’origine arabe et berbère. Les Juifs ne formaient ni une caste ni un « peuple-classe » homogène. Une proto-bourgeoisie d'origine ibérique, toscane ou sicilienne dominait des activités commerciales, en particulier dans les ports. Au Maroc, ces familles avaient la main sur les activités portuaires d'Essaouira et travaillaient avec les marchands musulmans.

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La ségrégation dans des mellah (quartier juif au Maroc) n'atteignit pas la sévérité des ghettos européens. Au Maroc, le premier mellah semble avoir été constitué à Fès en 1438 sur le modèle des juderias espagnoles. À la veille de la colonisation du Maroc, les Juifs n'étaient pas tenus d'y résider et des musulmans y vivaient aussi. Dans les campagnes, les solidarités liées aux appartenances locales pouvaient prendre le dessus sur l'appartenance religieuse. Des pèlerinages régionaux menaient Juifs et musulmans vers les mêmes tombeaux de saints. L'arabe et le tamazight étaient les langues les plus couramment employées, l'hébreu étant réservé à la liturgie.

La Colonisation et ses Conséquences en Algérie

La colonisation a fait voler en éclat les cadres sociaux traditionnels. Le cas de l'Algérie est révélateur des conséquences de la politique coloniale. Divisant pour régner, cette politique a hypertrophié les méfiances et mis en situation périlleuse les communautés concernées. L'absence de minorités chrétiennes au Maghreb colonisé par la France a conduit l'administration française à se tourner vers les minorités juives, avec l'adoption du décret Crémieux accordant la citoyenneté française aux Juifs d'Algérie (à l'exception de ceux du sud saharien).

À la fin du XIXe siècle, une situation explosive a émergé de la convergence entre violences coloniales, installation de colons européens appauvris et décret Crémieux, le tout sur fond d'affaire Dreyfus et d'une construction nationale endolorie par la défaite de 1870. Les émeutes antisémites de 1898 auxquelles se livrèrent les Européens d'Algérie en furent un résultat, de même que l'élection d'Édouard Drumont dans la circonscription d'Alger. Une identité juive s'est construite sur une double base : une distinction par rapport à un "autre" resté indigène, juridiquement soumis à des règles discriminantes, et une identification à un pouvoir colonial, pourtant régulièrement traversé par des poussées d'antisémitisme.

Le Judaïsme en Péninsule Ibérique : Coexistence et Intolérance

Entre le VIIIe et le XVe siècle, la Péninsule ibérique a été partagée politiquement et culturellement entre l'Orient musulman et l'Occident chrétien. Les trois minorités religieuses - chrétienne, juive, musulmane - ont toujours eu une existence légale, quel que fût le régime politique dominant. Les Juifs ont été les premiers à bénéficier de ces dispositions, ayant plutôt bien accueilli les envahisseurs musulmans et leur ayant souvent facilité la tâche. Les émirs et les califes les utilisaient volontiers dans l'administration, les finances et les activités économiques.

Au XIIe siècle, fuyant les persécutions des Almoravides et des Almohades, les Juifs ont émigré vers les royaumes chrétiens et ont mis leur expérience au service des souverains. La belle époque du judaïsme en Castille s'étend du milieu du XIIe siècle au milieu du XIVe. Cette prospérité a pris fin avec la récession et les catastrophes qui ont suivi la Peste Noire, les masses chrétiennes rendant les Juifs responsables de tous leurs malheurs.

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Mozarabes (chrétiens vivant en territoire musulman) et mudéjares (musulmans vivant sous domination chrétienne) étaient protégés par des statuts juridiques comparables. Les mozarabes ont fini par s'arabiser, adoptant l'arabe comme langue de culture et de communication. La reconquête de Tolède (1085) par Alphonse VI a créé une situation nouvelle, des milliers de mozarabes étant réintégrés dans la chrétienté.

Tolérance ou Nécessité ?

En permettant à des minorités religieuses de vivre et de pratiquer leur culte, al-Andalus et l'Espagne chrétienne ont-ils fait preuve de tolérance ? Chrétiens et musulmans étaient convaincus qu'ils détenaient la vérité et que leur foi était incompatible avec celle des autres. S'ils se montraient tolérants, c'était parce qu'ils ne pouvaient pas faire autrement. Dans les royaumes chrétiens, c'est seulement à partir du XIIe siècle que le problème mudéjar s'est posé en termes politiques.

C'est la force des choses plus que l'esprit de tolérance qui a rendu possible la présence de communautés chrétiennes en terre d'Islam et de minorités de mudéjares dans les royaumes chrétiens, sans parler des Juifs que l'on trouve partout. A défaut d'assimiler les minorités, on les exploitait. Après la fin de la Reconquête, en 1492, la tolérance n'a plus eu de raison d'être : on a expulsé les Juifs et on a prétendu assimiler les mudéjares.

Jérusalem : Une Ville au Carrefour des Civilisations

Jérusalem, l'une des plus anciennes villes au monde, a été détruite 12 fois, assiégée 20 fois et prise 50 fois. Tour à tour égyptienne, perse, juive, grecque, romaine, byzantine, arabe, croisée, mamelouke, ottomane, anglaise, jordanienne, israélienne et palestinienne, Jérusalem est au cœur des intérêts et des passions du monde. En 1004 avant J.-C., le roi David d'Israël et de Juda a conquis Jérusalem et en a fait la capitale de son royaume unifié. En 64 avant J.-C., les troupes romaines de Pompée ont conquis Jérusalem, annexée à l'Empire en tant que Province de Judée.

Au début du VIIe siècle, les Arabes ont assiégé Jérusalem et la religion prédominante dans la ville a changé une fois de plus. Après quatre siècles de domination musulmane, le Pape Urbain II a annoncé la première Croisade, prêt à rétablir le christianisme dans la Ville Sainte. Les derniers à avoir longtemps régné sur Jérusalem furent les Ottomans. Pendant la Première Guerre mondiale, les armées britanniques ont battu l'armée ottomane et sont entrées à Jérusalem.

Depuis la guerre des Six Jours de 1967, où Israël a étendu ses frontières et occupé Jérusalem, la Palestine a revendiqué Jérusalem-Est comme capitale.

Le Sionisme : Mouvement de Libération ou Colonialisme ?

Le mouvement politique contemporain appelé « sionisme », qui a conduit une partie des Juifs à tenter de repeupler leur ancienne patrie et à combattre pour en faire un État juif souverain, est-il un « mouvement de libération nationale du peuple juif » ou un mouvement colonialiste et raciste ?

Les origines du sionisme résident dans l'émancipation des Juifs en Europe occidentale, qui leur a offert l'égalité politique individuelle au prix de l'abandon de la loi religieuse communautaire. En Europe centrale et orientale, la population juive était plus nombreuse et concentrée, vivant à l'écart des populations chrétiennes majoritaires et se distinguant par sa religion et sa langue, le yiddish.

Les Accords d’Abraham et l’Avenir des Communautés Juives

Les accords de paix dits d’Abraham, signés en septembre 2020, normalisant les relations diplomatiques entre Israël et les Émirats arabes unis, ainsi qu'entre Israël et Bahreïn, semblent annoncer une nouvelle ère pour les populations juives installées dans les pays du Golfe. À Bahreïn, la communauté juive ancestrale, composée de citoyens du pays, constitue une particularité.

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