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Le Berceau du Maréchal Foch : Histoire et Héritage

Le Maréchal Ferdinand Foch, figure emblématique de l'histoire militaire française et artisan majeur de la victoire des Alliés en 1918, a laissé une empreinte indélébile sur son époque. Cet article explore les différents lieux et symboles associés à son héritage, en commençant par sa maison natale à Tarbes, en passant par Bombon, lieu de décision stratégique pendant la Première Guerre mondiale, et en évoquant l'esprit militaire et patriotique qui l'animait.

La Maison Natale à Tarbes : Un Berceau Chargé d'Histoire

Située à Tarbes, la maison natale de Ferdinand Foch est bien plus qu'un simple lieu de naissance. C'est un sanctuaire chargé d'histoire où la destinée d'un grand homme a pris forme. Durant les douze premières années de sa vie, il s'épanouit au sein de ces murs avant d'être emporté par les aléas des mutations de son père.

L'histoire de la « Maison Foch » remonte au XVIe siècle. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la maison est rénovée par le Chanoine Alexandre Gemit de Luscan, chanoine de la cathédrale de Tarbes. En 1805, Pierre Clair de Fondeville (1752-1828), maire de Tarbes, divise la propriété en deux et vend séparément les maisons. En 1849, la famille Foch arrive à Tarbes et loue le 1er étage de la maison, le grenier et les combles, occupés par des domestiques.

Fière d’avoir été le berceau du Commandant en Chef des Forces Alliées, la Ville de Tarbes s’intéresse de près à la « Maison Foch ». Ce n’est finalement que le 16 août 1941 que la maison natale est déclarée d’utilité publique : l’Etat en devient propriétaire.

Aujourd'hui transformée en musée, elle offre un aperçu de la vie du maréchal, de son enfance à ses triomphes militaires. Le musée dévoile les traces indélébiles laissées par cet homme qui marqua l'Histoire de son empreinte.

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Découverte d'un Trésor Monétaire

Au cours de travaux d’entretien et de réparation, les agents municipaux de la Ville de Tarbes découvrent un ensemble de 186 pièces de monnaie. Datées du XVIIe au début du XXe siècle, cet ensemble est composé d’1 pièce en or, 139 pièces en argent, 37 pièces en bronze et 9 pièces de monnaie de remplacement. Trouvées entre 1970 et 1972, ce « trésor » au sens littéral du terme, a été remis au conservateur du musée Massey, Marcel Boulin, pour intégrer la collection Bigorre Quatre-Vallées.

Cet ensemble monétaire intrigue par sa variété de provenances : Belgique, Italie, Allemagne, Espagne, Grèce, Danemark, Chili !

La Création du Musée Foch

Lorsque le musée Foch a été créé en 1951, l’Etat était propriétaire du bâtiment alors que la Ville de Tarbes était propriétaire de la collection et avait en charge les travaux de restauration et d’entretien.

Bombon : Le Berceau de la Victoire de 1918

Le petit village de Bombon s'apprête à vivre un 11 novembre exceptionnel. En 1918, son château accueillait le quartier général des Forces alliées. « Le centenaire de la fin de la guerre 14-18 va être célébré de manière exceptionnelle à Bombon, qui a été déclaré »berceau de la victoire » par le journal L’Illustration d’avril 1919 », annonce Jean-Pierre Girault, le maire de la commune.

De juin à octobre 1918, le village a accueilli le grand quartier général des Forces alliées. Le général Ferdinand Foch avait installé son QG dans le château de Bombon, et 40 maisons du village logeaient ses officiers, mais aussi les délégations italiennes, américaines, britanniques et belges, ainsi que tout le personnel d’intendance.

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C’est au château de Bombon qu’a été décidée la contre-offensive décisive qui a vu la victoire des Alliées. C’est aussi ici que le général Foch a reçu son bâton de maréchal des mains du président de la République Raymond Poincaré et du président du Conseil Georges Clemenceau. C’était le 23 août 1918.

Outre le château, tout le village a servi de cantonnement au quartier général. Bombon a été un haut lieu de la résistance française pendant cette guerre.

Une exposition « Il y a 100 ans Bombon » a été organisée, fruit d'un an de travail et de recherches à l’équipe de bénévoles pour retrouver trace de la vie quotidienne du village à cette époque.

Le Mont Valérien : Un Fort Stratégique

De par sa position géographique idéale à l’ouest de la capitale et sa hauteur (161 m), le mont Valérien est tout naturellement retenu pour accueillir une de ces forteresses. Construit selon un pentagone irrégulier, cet ensemble de 23 hectares peut abriter jusqu’à 2 000 hommes, une puissante artillerie et des centaines de tonnes de munitions.

Le fort de Suresnes, sur la colline du mont Valérien, polygone à cinq côtés, construit de 1840 à 1846, participe à la fortification de Paris décidée par Thiers. Il est le plus important des 13 forts détachés prévus autour de la capitale. En cas de guerre, sa mission est claire : elle doit éloigner la ligne d’investissement de l’enceinte de la capitale tout en commandant la presqu’île de Gennevilliers et en battant sous son feu la route de Cherbourg, les pentes de Sèvres et de Saint-Cloud ainsi que les hauteurs de Montretout.

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Véritable carrefour, le fort du mont Valérien dispose d’une tour Chappe, dans laquelle se trouve la ligne de télégraphie Paris-Brest-Cherbourg. Un autre moyen de transmission est égale­ment utilisé au mont par les militaires : lors du siège de Paris (1870-71), plus d’un million de messages seront portés par des pigeons.

Le Fort du Mont Valérien Pendant la Guerre de 1870-1871

La guerre de 1870-1871 donne l’occasion à ce verrou de Paris de s’illustrer. Le fort reçoit dès le début des hostilités, en juillet 1870, un supplément d’artillerie qui est encore augmenté lorsqu’il apparaît certain - après les revers français dans l’Est - que les troupes prussiennes seront bientôt aux portes de la capitale. De fait, à partir du 22 septembre, la puissante artillerie du mont Valérien entre en action et pilonne sans relâche les positions et les concentrations ennemies. Elle appuie également les sorties de la garnison parisienne, comme celle du 19 janvier 1871 qui voit des bataillons de la Garde nationale s’emparer momentanément de Buzenval.

L’échec final de cette ultime sortie sonne toutefois le glas de la résistance et Paris capitule quelques jours plus tard. Cette bataille use aussi très sérieusement l’artillerie du fort qui y perd sa plus grosse pièce : un canon de marine de 240 mm, surnommé «La Valérie», pesant 14 tonnes et qui, de novembre 1870 à janvier 1871, avait expédié 35 projectiles de 140 kilos chacun sur les lignes prussiennes. Emporté par les vainqueurs comme trophée de guerre, le canon fut restitué à la France en 1921.

Le Fort du Mont Valérien Pendant la Commune de Paris

La forteresse du mont Valérien n’en a pas pour autant terminé avec la guerre, fratricide cette fois-ci. En effet, dans la lutte que se livrent la Commune et le gouvernement de Thiers installé à Versailles, le fort, libéré par les Prussiens, soutient la cause des « Versaillais » et est le seul à ne pas tomber aux mains des fédérés. Son artillerie reprend de nouveau du service tirant plus de 15 500 obus en direction des assiégés.

Le Fort du Mont Valérien Après 1870-1871

Après 1870-1871, le fort du mont Valérien ne connut plus la guerre. En fait, le mont Valérien ne sortit plus guère d’une routine oublieuse qu’en de très rares occasions. L’affaire Dreyfus le rappela ainsi un temps au souvenir des Français, puisque ce fut dans ses murs que le lieutenant-colonel Henry, auteur du « faux patriotique » qui avait fait condamner le capitaine innocent, fut emprisonné.

Les développements des techniques de combat moderne lui retirent sa fonction défensive. Il n’en demeura pas moins une enceinte militaire consacrée au casernement et dans laquelle est créée en 1894 une école de télégraphie. En 1913, le 8e régiment du génie s’y installe et devient en 1947 le 8e régiment des transmissions. L’histoire du mont Valérien se confond aussi avec celle des transmissions militaires. En 1917, le gouvernement des États-Unis d’Amérique obtient une parcelle de terrain sur le flanc sud-est du mont. Des dépouilles de soldats américains morts pendant les deux guerres mondiales y reposent encore de nos jours.

Le Fort du Mont Valérien Pendant la Seconde Guerre Mondiale

Dès les premiers jours de la mobilisation en septembre 1939, le 8e régiment du génie quitte le Mont-Valérien pour rejoindre le front. Il ne reste dans le fort qu’un dépôt de munitions avec un personnel réduit. Le 3 juin 1940 les premières bombes allemandes frappent la forteresse. La Wehrmacht entre à Suresnes le 24 juin et se fait ouvrir les portes du fort. En août, des unités d’infanterie, de défense anti-aérienne et d’artillerie y séjournent brièvement. Le périmètre du fort devient une zone interdite. À l’intérieur des fortifications, la clairière sert de lieu discret pour l’exécution des résistants et otages transportés depuis les prisons et camps de la région parisienne.

Le 20 août 1944, les Allemands présents à Suresnes, rejoints par des miliciens français, se réfugient dans la forteresse. Après les combats pour la libération de Neuilly, la compagnie de Suresnes, composée en majeure partie des jeunes résistants de Suresnes, Nanterre, Puteaux, Courbevoie et de Boulogne, encercle le fort mais l’officier qui commande les troupes allemandes refuse de se rendre à des hommes sans uniforme. Le colonel Rémy du 1er régiment de marche de spahis marocains, de la 2e DB stationné à Longchamp, est appelé pour parlementer. Les Allemands acceptent enfin de se rendre.

L'Esprit Militaire de Foch : Un Héritage de Courage et de Détermination

Foch incarna un type de soldat français constamment grand à travers les âges, avec sa noble insouciance du danger et son idéal supérieur : soldat de la vieille monarchie, de la Révolution, de l’Empire, et celui que la guerre de 1914 va trouver encore plus grand, cet immortel croisé de l’éternelle croisade du Droit et de la Liberté, contre l’oppression et la force.

Villars : Un Exemple digne d'Admiration

Vogüé nous montre avec précision Villars à Munich, à Vienne, aux armées, à Versailles, tour à tour ambassadeur, courtisan et soldat de grande marque. Pour avoir sans défaillance traversé la sombre période de la guerre de Succession d’Espagne, pour avoir mené à la victoire les armées d’une France épuisée par vingt ans de lutte, Villars nous reste un exemple digne d’admiration. Trois noms surtout donnent la mesure de son œuvre : Friedlingen, Malplaquet, Denain.

La Bataille de Friedlingen : Un Chef-d'œuvre de Stratégie

Le petit-fils de Louis XIV, Philippe V, vient de monter sur le trône d’Espagne, mettant aux mains de la famille de Bourbon, la plus grande partie de l’empire de Charles-Quint. Son avènement a déchaîné contre la France, la coalition de l’Angleterre, de la Hollande, de l’Empire, de la Diète germanique, de la Prusse notamment, dont l’empereur, pour la circonstance, a fait de l’électeur un roi, se préparant ainsi pour l’avenir un maître redoutable. La France a sur les bras des armées commandées par Marlborough et le prince Eugène de Savoie : la puissance et le savoir. La guerre commencée dans les Pays-Bas, en Italie, en Espagne, franchira bientôt nos frontières, gagnera nos provinces du Nord comme aussi le Dauphiné, la Provence, pénétrera même quelques jours jusqu’à Toulon. La France pourra-t-elle soutenir le colosse bourbonien, sera-t-elle capable de porter la fortune de ses maîtres ?

Villars est en Haute-Alsace, à Huningue, sa mission est de joindre vers Ulm, l’électeur de Bavière, notre allié, toujours incertain, d’ailleurs, inquiet, réservé. Seule, la réunion des troupes permettra de tirer parti des contingents bavarois, seul l’esprit de décision qui anime Villars pourra avoir raison des hésitations de l’électeur. Mais, pour barrer sa route au général français, l’armée impériale, aux ordres du prince de Bade, s’est établie sur la rive droite du Rhin, face à Huningue, tenant les hauteurs de Tullingen. Comment faire sauter la barrière, comment l’aborder ?

Après avoir réglé la marche des colonnes qui doivent affluer à Huningue, Villars est arrivé dans cette ville le 27 septembre. Pour baser son opération, il a la petite place d’Huningue, restaurée par Vauban. Sous son canon et dès le 29, il jette un détachement dans l’île et fait construire sur le grand bras du Rhin un pont, terminé le 1er octobre au matin et immédiatement utilisé pour passer de l’artillerie dans l’île. Le même jour, il jette au delà du petit bras un détachement qui s’organise sur la rive droite et couvre la construction, sur ce bras, d’un pont terminé le 2 octobre. Le passage de l’armée ainsi assuré, il reste à la faire déboucher sur la rive droite. Là, la plaine qui sépare les deux armées, balayée par le canon ennemi, est intenable ; on ne peut y avancer que la pelle à la main. Après une conception d’attaque très simple, voilà bien une préparation méthodiquement et minutieusement réalisée.

À 30 kilomètres en aval de Huningue, se trouve la petite place de Neuenbourg. Le 11 septembre au soir, il la fait surprendre par un détachement de 3 000 hommes, et y envoie immédiatement tous les bateaux disponibles à Huningue. Le 13, un pont y est établi. Dès lors, s’étant assuré par cette construction la possibilité de franchir le Rhin et par la main-mise sur Neuenbourg celle de déboucher sur la rive droite, il va pouvoir manœuvrer, jouer des deux passages d’Huningue comme de Neuenbourg et dérouter l’ennemi, en prenant l’initiative et la direction d’événements qu’il exploitera avec suite et rapidité.

Comme on pouvait s’y attendre, le prince de Bade répond à cette nouvelle menace de débouché, en décidant de porter son armée sur les hauteurs en face de Neuenbourg. Le mouvement est commencé dans la soirée du 13, l’infanterie quitte ses lignes fortifiées dans la matinée du 14. C’est le moment que Villars attendait avec toutes ses forces massées pendant la nuit : l’infanterie dans l’île et dans les tranchées, la cavalerie dans le lit presque à sec du petit bras du Rhin. À la première heure, seize compagnies de grenadiers se jettent sur la gauche des retranchements ennemis vides d’infanterie. Elles les occupent et s’y établissent en pivot. Sur leurs talons, la cavalerie accourt à fond de train, tournant la redoute, montant sur la seconde plaine et se formant sur deux lignes, face au Nord, sa gauche aux grenadiers. Derrière ces deux lignes, l’infanterie formée en colonnes serrées pour réduire sa longueur, traverse la plaine, se hâte aux montagnes, aborde l’éperon et le plateau de Tullingen, monte à travers les vignes et couronne les hauteurs.

Jusqu’ici grâce à toutes les précautions prises, aux nombreux préparatifs réalisés, comme aux ordres bien établis, l’opération s’est développée comme un ballet parfaitement réglé, sans difficulté même aux points critiques, sans surprise, sans un coup de canon et sans aucune résistance de l’ennemi. Celui-ci a son attention et son activité reportées depuis deux jours du côté de Neuenbourg. Et Villars n’a lâché son attaque qu’après s’être assuré que le prince de Bade marchait bien vers cette ville.

La bataille est gagnée, l’armée impériale se retire, laissant sur le champ de bataille canons, drapeaux, pertes nombreuses. La victoire allait avoir un grand retentissement, l’armée française avait bien retrouvé un chef digne d’elle. Sûr de sa voie, quelle maîtrise Villars n’a-t-il pas déployée dans la largeur et la souplesse de sa conception, le soin de sa préparation, la sûreté de sa méthode, la vigueur et la promptitude de son exécution ! Jusqu’au dernier moment, il s’est réservé la possibilité de déboucher en bonne forme, soit à Neuenbourg, soit à Huningue ; il n’a lancé son attaque par Huningue, le 14 au matin, qu’après s’être assuré, dès le 13, que l’ennemi marchait bien sur Neuenbourg. C’était bien là du grand art. Seul, sans chef immédiat, porté par son naturel à comprendre et à pratiquer l’offensive que lui prescrivait Louis XIV, sûr par là de la ligne de conduite à tenir, il avait magistralement vaincu.

La France de 1914 : Préparation et Résolution

La France de 1914, loin de désirer la guerre, à plus forte raison de la rechercher, ne la voulait pas. Quand la lutte parut imminente à la fin de juillet, le gouvernement français consacra tous ses efforts à la conjurer. C’était la politique que la République n’avait cessé de pratiquer depuis plus de quarante ans. Sans jamais oublier les provinces perdues, tout en cherchant à cicatriser la plaie toujours saignante qu’avait causée leur arrachement, la France avait répondu par une attitude pleine de dignité et de résignation aux virulentes provocations des incidents de Schnoebelé, de Tanger, d’Agadir, de Saverne et autres.

Elle avait successivement réduit la durée de son service militaire de cinq ans à trois ans, puis de trois ans à deux ans, et ce n’est que sous la menace des continuels renforcements allemands et sous l’empire des plus légitimes inquiétudes et d’une évidente menace, qu’elle était revenue hâtivement en 1913 au service de trois ans. Il en était grand temps. Elle était bien résolue à ne recourir à la force que le jour où son existence et sa liberté seraient mises en péril par une agression allemande.

Au mois de juillet de cette année 1914, si le ciel franco-allemand continuait de rester chargé de nuages, la France toujours forte de sa sagesse croyait l’orage si peu prochain que le Président de la République et le Président du Conseil des ministres partaient, au lendemain de la fête nationale, pour la Russie, en un voyage de plusieurs semaines. Pour un grand nombre d’autorités, pour le Parlement, commençait la saison des vacances.

Brusquement, le 23 juillet, l’ultimatum de l’Autriche à la Serbie, par ses conditions inacceptables, semblait-il, apportait dans le ciel politique une formidable décharge électrique. Et comme, néanmoins, la Serbie les acceptait avec deux faiblies réserves tendant à s’en remettre au jugement des grandes puissances et du tribunal de La Haye, le représentant de l’Autriche à Belgrade quittait sa résidence, en rompant les relations et en déclarant la réponse insuffisante. Par là s’affirmait le parti pris bien arrêté de l’Autriche de prendre les armes sans plus d’examen.

D’autre part, l’alliance étroite qui unissait les deux empires centraux laissait craindre que l’engagement du fidèle second fût le simple prélude de l’entrée en action déjà décidée de l’Allemagne, que le conflit cherché en Orient fût l’avant-coureur de celui poursuivi en Occident. Le 28 juillet, l’Autriche déclare la guerre à la Serbie ; le 29, elle bombarde sa capitale, Belgrade ; le 31, elle ordonne la mobilisation générale de ses troupes. En vain le gouvernement de Londres a-t-il proposé de soumettre le litige à un arbitrage de quatre grandes puissances désintéressées, France, Angleterre, Allemagne, Italie ; en vain la Russie a-t-elle souscrit à cette proposition, l’Allemagne s’est dérobée à ces tentatives d’apaisement. Dès le 26, elle a menacé la Russie de mobiliser son armée, et par mobilisation il fallait entendre guerre, ajoute son ambassadeur à Petrograd. En fait, à la mobilisation autrichienne du 31, la Russie répond par une mesure du même ordre. L’empereur d’Allemagne proclame le Kriegsgefahrzüstand, qui comporte la majeure partie des dispositions de mise sur pied de guerre de l’armée allemande. En même temps, il demandait au gouvernement français une déclaration de neutralité de garantie par la livraison de Toul et de Verdun aux troupes allemandes pour la durée de la guerre. Et tandis que, dans cette même journée, l’Autriche témoignait d’un certain désir de détente, l’Allemagne adressait un ultimatum à la Russie, et, dès le fer août, elle prescrivait le complément des mesures de la mobilisation générale destinées à grouper ses forces sur les deux fronts de l’est et de l’ouest.

Dès à présent, retenons que le conflit engagé, comme on l’a vu, par les empires centraux, contre une nation slave allait entraîner l’entrée en action de toutes les forces russes amenées au plus tôt à la guerre. Un débat soulevé par ces empires sur la question d’Occident eût pu déterminer un départ moins résolu des forces du vaste empire moscovite, et par là réduire pour quelque temps l’aide qu’il allait apporter à la France. Le gouvernement de l’Allemagne ne regardait pas de si près aux détails de sa politique. Le triomphe de ses armes ne faisait aucun doute à ses yeux, à la condition d’agir avec résolution et rapidité.

Dans la même absolue confiance, au mépris du droit le plus élémentaire, un ultimatum était adressé, dès le 2 août, à la Belgique d’avoir à laisser passer librement sur son territoire les armées allemandes, qui d’ailleurs violaient la neutralité du Luxembourg sans plus d’égards. Et ces décisions avaient pour conséquence de vaincre les dernières hésitations du gouvernement de Londres et de jeter dans les rangs alliés les armées britannique et belge. Que les gouvernants allemands aient commis là une méprise, ou éprouvé une surprise, il leur importait peu. Une large offensive, rapidement exécutée, suivant un plan soigneusement réglé, n’aurait-elle pas raison même d’une coalition qui était encore en voie de formation et qui se montrait retenue d’ailleurs par des sentiments d’honneur ou par des scrupules de conscience ? Avec ses faiblesses ou ses délicatesses pourrait-elle arrêter dans sa marche la plus formidable machine de guerre qui ait jamais existé et qui se trouvait déjà lancée en pleine opération ? Et d’autre part, si les gouvernements alliés tentaient de résister à la politique allemande, l’armée n’était-elle pas en état de briser la volonté des peuples, en semant la terreur dans les pays envahis, par des procédés que les nécessités de la guerre seraient censées justifier ?

Un mot d’ordre, « c’est la guerre », dans la bouche du général comme dans celle du soldat, n’allait-il pas légitimer les plus inutiles atrocités et les plus violentes atteintes aux droits de l’humanité ? Une fois de plus, la victoire, qui devait justifier tous les procédés et régler tous les différends, était certaine au prix d’une offensive immédiate et audacieuse, dégagée de tout scrupule, dût-elle même étendre et redoubler les rigueurs de la guerre sur des populations inoffensives.

L'Armée Française en 1914 : Force et Détermination

La lutte qui allait s’engager trouvait l’armée française dans le même état moral que la nation entière. Cette armée de la République, reconstituée au lendemain de nos désastres de 1870, la première qui ait connu le service personnel obligatoire, avait produit un extraordinaire effort de régénération. Si, au cours de cette période de temps, la nation avait affirmé, par ses sacrifices, sa volonté de vivre et de tenir son rang en Europe, l’armée, dans un admirable labeur, avait recherché avec acharnement la manière de résister victorieusement à une nouvelle agression de son puissant voisin. Elle poursuivait pour cela l’étude et la préparation de la grande guerre, dont la notion avait été perdue par l’armée impériale ainsi qu’en témoignaient deux désastres sans précédent : Metz et Sedan. Elle préparait ensuite les forces d’où sort la victoire. Elle développait dans les troupes la valeur morale, le savoir professionnel et l’entraînement physique, pour faire avant tout de ces troupes un excellent outil de guerre.

Dans les manœuvres de toutes sortes, répétées et prolongées au mépris de sérieuses fatigues, on pouvait toujours remarquer, au-dessus de l’excellent esprit de tous, leur ardent désir de s’instruire, comme aussi une endurance et une discipline que les anciennes armées n’avaient pas connues. Progressivement les exercices d’automne, auxquels prenaient part certaines classes de réservistes, avaient permis de réunir et de faire opérer, dans un ordre et une régularité parfaits, de grandes unités : divisions, corps d’armée, armées. L’emploi aisé de ces forces et des nombreux services qu’elles comportent, combiné avec une large utilisation des chemins de fer, était devenu familier au commandement, et cette facilité de maniement répandait une entière confiance dans tous les rangs de l’armée. Les réservistes, momentanément arrachés à la vie civile, venaient couramment reprendre, avec leur place dans le régiment, l’excellent esprit de leur corps. Les officiers de complément, de la réserve et de la territoriale, sérieusement recrutés et éprouvés, assuraient de précieuses ressources pour l’avenir.

Le regard toujours tourné vers la frontière, sans se laisser détourner de sa tâche patriotique, le corps d’officiers de l’active avait traversé, impassible mais non sans éprouver des pertes, les crises de la politique, époques de patriotisme réduit, de pacifisme voulu ou de sectarisme officiel, sorte d’abdication nationale exploitée en tout cas par certains partis au profit d’intérêts personnels et non de personnalités marquantes, au total au détriment de la valeur militaire du corps d’officiers. Malgré tout, il avait conservé son armée à la France.

En définitive et notamment pour qui a connu les armées du second Empire, l’armée de la République était devenue, par un travail opiniâtre de tous, un supérieur instrument de guerre, animée au plus haut degré du sentiment du devoir, résolue à assurer à tout prix le salut du pays. En 1914, il lui restait à affronter l’épreuve du champ de bataille. On ne pouvait douter des moyens moraux qu’elle allait y apporter.

Le commandement des armées avec leurs états-majors et leurs services avait été méthodiquement organisé de longue date. Le commandement des unités moindres, corps d’armée, divisions, brigades, se ressentait encore des ingérences de la politique dans l’avancement des officiers, sous certains ministères. La présence à la tête de l’armée, depuis 1911, d’un généralissime hautement doué et soutenu de la confiance du gouvernement de la République avait permis de réduire, mais non de supprimer, le nombre des chefs d’une valeur insuffisante que leurs opinions avaient fait parvenir à certains commandements.

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