Hyères, ville pittoresque de la Côte d'Azur, recèle un passé riche et complexe, marqué par les influences successives de différentes cultures et époques. De la colline de Six-Fours, berceau originel de la commune, à la présence énigmatique des Templiers, en passant par l'empreinte royale de Saint Louis, Hyères offre un voyage captivant à travers l'histoire.
La Colline de Six-Fours : Aux Origines d'une Commune
L'histoire de Six-Fours débute au Xe siècle, une période d'insécurité et de raids. Les habitants se regroupent alors sur la colline, adoptant le modèle de « l'incastellamento » : un village perché et fortifié se développe autour du château et des édifices religieux.
Au XIIIe siècle, l'église Saint-Pierre est construite hors les murs, témoignant d'un manque de place dans l'enceinte et de l'émergence d'un faubourg. Ce choix est également lié à l'implantation des cimetières, traditionnellement accolés aux églises.
En 1716, la colline compte environ cent cinquante maisons, abritant une population encore significative. Cependant, les habitations sont modestes, avec une superficie moyenne de 37 m². Malgré cette densité, le village est déjà en déclin.
Dès le XVIIe siècle, les habitants délaissent progressivement la colline pour s'installer dans la bourgade, puis dans la plaine. En 1657, la séparation de La Seyne prive Six-Fours de son port, entraînant une perte démographique et économique majeure.
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L'Église Saint-Pierre : Un Joyau Roman
La revue des Amis du patrimoine consacre une large partie à l'église Saint-Pierre, dont la partie romane est analysée en détail. Les recherches architecturales suggèrent une construction datant du XIIIe siècle, reposant sur des principes géométriques précis. Les auteurs mettent en évidence l'utilisation de modules de mesure spécifiques, de figures géométriques symboliques et de proportions fondées sur la suite de Fibonacci.
La Transformation de la Colline : La Construction du Fort de Six-Fours
Un tournant majeur intervient à partir de 1875, avec la construction du fort de Six-Fours. Le chantier est d'une ampleur exceptionnelle : arasement du sommet de la colline, abaissement de plusieurs mètres, destruction des derniers vestiges du village médiéval, dont l'église Notre-Dame de Courtine. Près de trois cents ouvriers travaillent sur le site, transformant profondément le paysage.
Tensions et Recomposition du Pouvoir Local à la Fin du XVIIIe Siècle
À la fin du XVIIIe siècle, la commune est marquée par de fortes tensions internes. Le village perché a déjà perdu de son importance au profit de la bourgade et des hameaux de la plaine, dont les habitants réclament davantage de droits. En mars 1789, les chefs de famille se réunissent à Notre-Dame de Courtine pour élire les représentants du Tiers-État.
Si Six-Fours échappe aux grandes émeutes qui secouent la région, la situation reste instable. Les conflits entre notables du village et habitants des hameaux s'intensifient, sur fond de luttes d'influence et de recomposition du pouvoir local. Un habitant, proche du courant fédéraliste, est arrêté lors des troubles de 1793, au moment où les troupes de la Convention assiègent Toulon.
La Présence Mystérieuse des Templiers à Hyères
La première mention de la présence des Frères du Temple à Hyères date du 18 mai 1156. La Tour des Templiers, également appelée chapelle Saint Blaise, est l'ultime vestige de la commanderie que les Templiers fondèrent à Hyères. Il s'agit d'un bâtiment imposant et massif, de conception assez rare.
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L'Ordre du Temple : Entre Foi, Guerre et Finance
L’Ordre du Temple était un « Ordre religieux et militaire » issu de la chevalerie chrétienne du Moyen Âge. Il fut créé en 1129, lors du Concile de Troyes. A l’origine, ses membres constituaient une milice nommée les « Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon ». L’ordre eut pour mission, au cours des 12ème et 13ème siècles, d’accompagner et de protéger les pèlerins qui se rendaient en Terre Sainte, à Jérusalem, dans le contexte de la Guerre Sainte et des Croisades.
Les soldats du Christ seront présents dans de nombreuses batailles lors des Croisades en Terre Sainte, ainsi que dans la péninsule ibérique lors de la « Reconquista ». Pour accomplir et financer ses missions, l’Ordre va pouvoir, grâce à des dons fonciers, essaimer et construire à travers l’Europe tout un réseau de monastères (commanderies), puis s’étendre dans tout l’Occident chrétien. Cette montée en puissance va lui donner un rôle privilégié parmi les souverains de l’époque. Les Pauvres chevaliers du Christ vont devenir des partenaires financiers de premier choix auprès des monarques occidentaux. Ils effectueront même, avec certains rois, des transactions à caractère non lucratif, voire devenir les gardiens des trésors royaux.
La Chute des Templiers
Le 28 mai 1291, après la chute de Saint-Jean-d’Acre et le retrait définitif des armées croisées de la Terre Sainte, l’Ordre va tomber en disgrâce, devenant trop puissant aux yeux du roi de France, Philippe le Bel. Les chevaliers du Temple seront condamnés en procès pour hérésie.
Le 14 septembre 1307, le roi dépêche des messagers à tous ses sénéchaux et baillis, leur ordonnant de saisir tous les biens mobiliers et immobiliers des Chevaliers du Temple. Le 13 octobre 1307, sur ordre du roi Philippe le Bel, l’on procède en France à l’arrestation de la totalité des Templiers, et ce au cours d’une même journée. Le 13 mars 1312, l’Ordre est dissout par le pape Clément V. Le 18 mars 1314, le dernier Grand Maître des Templiers, Jacques de Molay, est brûlé sur un bûcher dressé sur l’île aux Juifs, à Paris.
La Tour des Templiers : Un Vestige de la Commanderie d'Hyères
En 1673, la tour est vendue à la commune, qui en laisse l’occupation aux Pénitents bleus jusqu’en 1765. Au Moyen Âge, la chapelle du rez-de-chaussée, dont l’entrée se situe au sud, ne communique pas de l’intérieur avec la grande salle de garde du 1er niveau.
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L’abside possède deux crédences, l’une du côté de l’épître, l’autre, beaucoup plus importante, du côté de l’évangile. La nef unique est divisée en deux travées par des arcatures aveugles à double rouleaux, retombant sur de petites colonnes géminées sans base, dont les chapiteaux sont décorés de feuilles d’eau ou de motifs géométriques. L’un d’eux est sculpté de la Croix des Templiers. On pénètre actuellement dans la chapelle par une grande porte au nord, surmontée d’un arc formé de petits claveaux. Au sommet, une terrasse de défense est reliée à la salle de garde par un escalier construit dans l’épaisseur du mur.
La première mention officielle de la commanderie des Templiers d'Hyères remonte à 1198. Il est alors question d'un ensemble imposant comprenant grenier, écuries, forges. La maison se situe alors aux portes de la ville sur la route menant à la mer. L'ordre religieux et militaire des Chevaliers de la milice du Temple ou Templiers, avait reçu, des comtes de Provence, des biens considérables dans ce pays, dès le milieu du XIIe siècle. Raymond-Bérenger III (1158-1181), fils de Raimond-Bérenger IV, comte de Barcelone et comte associé (régent) de Provence sous le nom de Raimond-Bérenger II, et de Pétronille Ramirez, reine d'Aragon, leur avait concédé la délicieuse vallée de Sauvebonne.
Les chevaliers du Temple ont construit, dans l'intérieure de la ville d'Hyères, différents édifices dont quelques-uns subsistent encore aujourd'hui. Selon la tradition locale, l’église actuelle Saint-Louis aurait été construite par les Templiers avant de devenir celle des Cordeliers. La commanderie des Templiers d'Hyères forme une importante exploitation agricole qui dispose de vignes, de terres labourables et d’oliveraies tout autour de la ville.
Après la destruction de l'ordre des Templiers, en 1312, leurs biens furent donnés aux Chevaliers Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, dits Chevaliers de Rhodes et plus tard de Malte. Lors de l’arrestation des Templiers en Provence, la liste dressée pour la maison de Hyères ne contient que quelques noms dont : la tour Saint-Blaise fait partie d’un important ensemble qui comprend un casal et des dépendances diverses : moulin, cellier, grenier, écurie, forge, four,…
Les Chevaliers de l'ordre de Malte, successeurs des TemplIers, avaient conservé à Hyères des biens territoriaux considérables ; ainsi, en 1698, leur commanderie de Beaulieu, près de Solliès, y possédait encore plus de 250 hectares de terres cultivées ; et, en outre, au quartier de Sauvebonne, des collines boisées d'une grande étendue. En 1673, la communauté d'Hyères, qui depuis longtemps cherchait un local où elle pût établir son Hôtel-de-Ville, acquit du commandeur de Beaulieu, Jean-Augustin de Garnier-Rousset, les bâtiments de la place du Piot, par acte du 24 août 1673.
Hyères et les Îles d'Or : Un Système de Défense Complexe
L'étude de l'ensemble fortifié des îles d'Hyères a été menée en deux temps. Une première phase, en 1989-1990, s'est concentrée sur les constructions des îles. Une deuxième tranche, en 2007-2008, a couvert les ouvrages de la presqu'île de Giens, la batterie de Mauvanne à Hyères, et les ouvrages de Léoube et Cap Blanc à Bormes-les-Mimosas. En 2018, l'étude du fort de Brégançon reste à mener.
L'étude des ouvrages des îles d’Hyères s’est faite en trois phases : visite détaillée des ouvrages et prises de vues photographiques, recherches d'archives à Paris, et recherches d'archives à Toulon. L'étude a porté sur les ouvrages situés sur les îles stricto sensu (Grand Ribaud, Porquerolles, Petit Langoustier, Port Cros, Bagaud et le Levant).
Les Quatre Grandes Générations d'Ouvrages
- Des origines à François 1er : Avant les ouvrages actuels a existé une génération antérieure, vraisemblablement médiévale, dont des témoins se discernent encore dans l'île du Levant, sur la pointe du Castelas, et sur la pointe du Titan, sur le site de la batterie de l'Empire.
- Les ouvrages de Richelieu : Une planche de l'atlas de Tassin (vers 1635) donne une carte de la presqu'île du Langoustier où figurent comme existants le fort du Petit Langoustier, le fort de l'Etoile, et le retranchement de Port Fer, barrant l'isthme. Par contre, le fort du Grand Langoustier n'apparaît pas encore. On sait par ailleurs que le cardinal de Richelieu achète les "îles d'Or" et Port Cros aux Gondi le 31 janvier 1635. Les îles sont ensuite revendues, le 21 août 1656, par le duc de Richelieu.
- Analyse architecturale des ouvrages "Richelieu" : On trouve quatre tours cylindriques (ou plutôt cylindro-tronconiques) : Petit Langoustier, Port Man, Estissac et Eminence (avant sa destruction), et deux tours pyramidales à base carrée : Grand Langoustier et Alycastre. Les quatre tours cylindriques et une tour à base carrée (l'Alycastre) présentent des analogies structurelles frappantes.
- Enceintes et Fossés : Il n'y a rien à dire de particulier pour les enceintes tenaillées, à plan régulier ou non, enveloppant ces tours : il s'agit d'une première ligne de défense contre un coup de main, permettant d'obtenir un certain espace protégé pour recevoir des détachements de renforts et quelques pièces d'artillerie.
L'Abbaye Saint-Pierre de l'Almanarre : Un Haut Lieu Spirituel
L'"Abbatia Sancti Pietri" de Almanarra ou Almanaria" fut fondée par des Moines Bénédictins en ce lieu de Lalmanarre ou Almanarre en (989), à 3 lieues de la mer. Cette Abbaye fut pendant un temps possession de l'Abbaye de St Gervais de Fos au diocèse d'Arles. En (1220) le Cardinal Conrad, évêque de Porto, Légat en Provence du pape Honorius III fit venir pour remplacer les moines, des Moniales de l'Abbaye de St Pons de Gémenos.
Détruite pendant les guerres Beaussenques elle fut reconstruite. En (1409), les Religieuses furent la proie des Pirates et corurent se réfugier dans le Monastère situé près du château d'Hyères sous la conduite de l'Abbesse Saure de Glandevès. Ce nouveau Monastère placé sous le vocable de St Bernard fut dévasté en (1793) pendant La Révolution.
Elle a fait l'objet de fouilles (1958)-(1963). De style Roman Provençal, était à l'origine composée d'une seule nef, terminée par une abside semi circulaire et un chevet à fond plat. L'Abbaye prenant de l'importance et le nombre des religieuses croissant, elles firent agrandir l'église en créant une nouvelle nef au Nord. La nef Sud est fouillée en (1960) et comporte un sol dallé, d'époque Médiévale. Il a fait l'objet de fouilles (1958)-1963), au chevet de l'église. On y a découvert près de 500 tombes, Moniales et personnes Laïcs travaillant à l'Abbaye. Une parties des sépultures et à inhumations en pleine terre, à coffrages ou bâties et datant du (XIIIème siècle) et (XIVème siècle). Au cours des fouilles fut découvert un "Enclos paléochrétien" qui se trouve amputé par l'Abside Nord de l'église. Une nouvelle campagne de fouilles en (1988) fut réalisée par Muriel Vecchione, ingénieur de recherche à l'"AFAN". L'ensemble des sépultures s'étend sur 2 Siècles (XIIIème siècle) et (XIVème siècle).
L'Église Saint-Louis d'Hyères : Un Hommage Royal et une Tapisserie Historique
L'histoire de l'Église Saint-Louis d'Hyères débute au XIIIe siècle avec l'arrivée des Franciscains en Provence. C'est en 1254 que Saint Louis, roi de France, revient de la septième croisade et fait une halte mémorable à Hyères. Sa visite est immortalisée par la dédicace de l'église, et une stèle commémorative, face à la plage de L'Ayguade, marque cet événement historique.
Initialement partie d'un couvent franciscain, l'église a été transformée en paroisse en 1842. Au fil des ans, elle a subi de nombreux changements, mais elle conserve son charme historique. Le bâtiment a été classé monument historique en 1840, assurant sa préservation pour les générations futures.
Merveilles Architecturales
En approchant de l'Église Saint-Louis d'Hyères, les visiteurs sont accueillis par sa façade saisissante, qui combine des éléments romans et gothiques. L'entrée est marquée par trois portails en arc de cercle, accessibles par un large escalier. Ce mélange architectural se poursuit à l'intérieur, où la nef centrale présente des voûtes gothiques à nervures, tandis que les bas-côtés arborent des voûtes en berceau romanes.
L'église s'étend sur 48 mètres de long et 17 mètres de large, comprenant trois nefs et six travées. L'intérieur est orné de magnifiques vitraux, créés en 1847 par le célèbre Atelier Maréchal de Metz. Ces fenêtres colorées projettent des motifs vibrants sur les sols de pierre, ajoutant une atmosphère sereine à cet espace sacré.
Découverte de l'Intérieur
À l'intérieur, l'Église Saint-Louis d'Hyères est un véritable trésor d'art religieux et d'objets historiques. Parmi ses points forts figurent deux grandes peintures illustrant des scènes de la vie de Saint Louis. L'une, peinte par Louis-Charles Arsenne en 1840, capture le moment de l'arrivée de Saint Louis à L'Ayguade. L'autre représente Saint Louis et son frère Robert portant un reliquaire contenant la Couronne d'Épines. L'église abrite également une remarquable peinture du XVIIe siècle de Sainte Véronique, classée monument historique en 1912.
La Musique en Harmonie
Les amateurs de musique apprécieront l'orgue impressionnant de l'église, datant de 1848. L'instrument, fabriqué par François Mader en 1878, continue de remplir l'église de mélodies harmonieuses lors des offices et événements spéciaux.
Une Communauté Vivante
Aujourd'hui, l'Église Saint-Louis d'Hyères reste une paroisse active, confiée à la Congrégation de l'Oratoire de Saint Philippe Néri depuis 2012. C'est un lieu où la foi, l'histoire et la communauté se rejoignent, offrant un refuge spirituel aux habitants et visiteurs.
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