L'abbaye de Royaumont, plus grande abbaye cistercienne d'Île-de-France, est un site d'exception dont l'histoire s'étend sur plusieurs siècles. Fondée en 1228 par le jeune roi Louis IX (futur Saint Louis) et sa mère, Blanche de Castille, elle a connu un grand rayonnement au Moyen Âge. Classée monument historique en 1927, Royaumont est un témoignage exceptionnel de la vie monastique et de l'architecture gothique. Ce lieu, niché dans un cadre apaisant et d'une beauté intemporelle, a connu plusieurs vies, successivement monastère cistercien, abbaye de cour, site industriel, noviciat, hôpital de guerre, résidence de campagne, avant de devenir un Centre Culturel de Rencontre.
La Fondation et l'Âge d'Or de l'Abbaye
Pour répondre à un vœu de son père, Louis VIII, le jeune roi Louis IX fonde une nouvelle abbaye, qu'il confie à une communauté de moines cisterciens. L’édification s’achève en 1235 avec la dédicace de l’église. La grande taille de l’église et l’importance des biens concédés révèlent l’ambition du jeune roi qui en fait l’un des plus grands établissements au nord de Paris après Saint Denis. Dès 1246, l'abbaye accueille des intellectuels, comme Vincent de Beauvais, moine dominicain connu pour sa rédaction du Speculum majus, qui y occupe la fonction de lector.
Dès le début du XIVe siècle, l’abbaye commence à souffrir d’un manque de moyens pour entretenir ses biens temporels.
Transformations et Mutations : De la Révolution à l'Ère Industrielle
Vendue à la Révolution, l’abbaye fut transformée en usine textile, et l’église démantelée servit à la construction d’un village ouvrier. Royaumont est l’une des plus importantes industries de la région, de 1792 à 1860. La famille van der Mersch, qui la possède et l’exploite de 1815 à 1860, attire en villégiature les artistes et la bourgeoisie parisienne.
En 1549, l’abbaye est cédée en commende, jusqu’à la Révolution, à des personnalités proches du pouvoir royal, tels Mazarin, Richelieu et la famille de Lorraine (1651-1728), qui, pour lui donner un nouveau lustre, la restaurent à grands frais. Presque tous les abbés commendataires tendent à confondre biens privés et biens monastiques, abbaye et villégiature. En 1635, Richelieu réunit tous les abbés des établissements cisterciens pour leur imposer un retour au respect strict des règles de l’ordre et leur fait signer « Les articles de Royaumont ». Dans le même temps, le roi Louis XIII fait donner à Royaumont le Ballet de la Merlaison, dont il est l’auteur et le chorégraphe. En 1783, le dernier abbé commendataire, grande personnalité mondaine, Henri-Eléonore-François Le Cornut de Ballivières, organise des fêtes fastueuses et fait édifier le palais abbatial sur le modèle des villas italiennes, inachevé lors de sa fuite en 1789.
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En 1790-1792, l’abbaye est déclarée bien national. Livres, archives, objets de culte et mobilier sont transférés dans des dépôts ou vendus. Les bâtiments sont achetés par le marquis de Travanet qui fait détruire l’abbatiale et transforme les bâtiments conventuels en filature.
Renaissance Spirituelle et Ouverture Culturelle
L’abbaye retrouva sa vocation première en accueillant en 1869 le noviciat des religieuses de la Sainte-Famille de Bordeaux, qui entreprirent de la restaurer dans le style néogothique. En 1864-1905, l’abbaye est rachetée par les Pères Oblats de Marie-Immaculée de Marseille, puis confiée en 1869 aux religieuses de la Sainte Famille de Bordeaux, qui s’attachent à redonner aux bâtiments leur usage et leur forme d’origine. Elles entreprennent, sous la conduite de l’architecte Louis Vernier, d’importantes restaurations sur les bâtiments conventuels, qui allient l’esprit néo-gothique et le respect de la simplicité cistercienne.
En 1905, Jules Goüin, président de la Société de Construction des Batignolles, acquit l’ancien monastère. Son petit-fils, Henry Goüin, décida d’ouvrir ses portes aux artistes et intellectuels nécessiteux pour offrir le « loisir de méditer - éventuellement de créer - à ceux que trop souvent les difficultés matérielles de la vie contraignent à vivre dans des lieux dont la beauté et la poésie sont absentes ». En 1915-1919, l’abbaye accueille l’hôpital auxiliaire n°301, dirigé par une équipe de femmes médecins et infirmières écossaises, « the Scottish Women ».
En 1931, Henry Goüin, petit-fils de Jules Goüin, épouse Isabel Lang. Ensemble, ils s’engagent dans un programme de restauration et d’aménagement des bâtiments - bâtiment des convers, couverture du cloître, réparation des charpentes du bâtiment des latrines, installation d’un orgue Cavaillé-Coll dans l’ancien réfectoire et suppression de la tribune, première restauration des anciennes cuisines, réfection des toitures de l’hôtellerie et du bâtiment des moines, installation du chauffage central - et font de l’abbaye un lieu où vont se retrouver artistes et intellectuels. En 1936, le 27 juin, un premier concert public est donné dans l’ancien réfectoire, qui annonce les futures saisons musicales. En 1938, le Foyer de l’Abbaye de Royaumont, lieu de travail ou de repos destiné aux artistes et aux intellectuels, est créé. Son activité est interrompue pendant la guerre. Elle reprend en 1947 sous la direction de Gilbert Gadoffre et devient le Centre culturel international de Royaumont (CCIR). En 1949, la bibliothèque de Paul Desjardins (provenant de l’abbaye de Pontigny) est acquise par Henry Goüin. De 1953 à 1964: restauration des anciennes cuisines, du bâtiment des latrines, interventions sur la tourelle, le cloître, l’ancien réfectoire et le bâtiment des moines…
La Fondation Royaumont : Un Centre Culturel de Rencontre
En 1964, le projet sera pérennisé sous la forme d’une fondation, la Fondation Royaumont (Goüin-Lang) pour le progrès des Sciences de l’Homme. Henry et Isabel Goüin créent la Fondation Royaumont (Goüin-Lang), pour le progrès des Sciences de l’Homme, déclarée d’utilité publique par décret du conseil d’état du 18 janvier 1964 et y apportent en dotation leur propriété de Royaumont ainsi qu’un capital. En 1971, le Centre de Royaumont pour une Science de l’Homme est créé. Il quittera la Fondation en 1973. En 1972, Royaumont participe en tant que membre fondateur à la création de l’Association des Centres Culturels de Rencontre.
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Après le décès d'Henry Goüin en 1977 et d'Isabel Goüin en 1988, la Fondation continue son œuvre. De 1976 à 1980 : poursuite des travaux de restauration du cloître, de l’ancien réfectoire et du bâtiment des moines, réaménagement de la maison d’hôtes… En 1984, création du Centre de la Voix, d’un centre de recherches et d’interprétation des musiques médiévales, du Centre littéraire, d’un Centre d’arts plastiques et d’un programme de recherche ethnologiques. De 1983 à 1992 : restauration des vestiges de l’abbatiale, du bâtiment des convers, du cloître, des anciennes cuisines, rénovation des 40 chambres et des galeries nord et ouest du cloître, rénovation du bâtiment des latrines et construction d’une nouvelle porterie… De 1992 à 2010 : restauration de l’ancien réfectoire des moines, réfection du carrelage des anciennes cuisines, restauration des balustrades et des terrasses du cloître, restauration et ouverture au public de la Bibliothèque musicale François-Lang, création de 6 nouvelles chambres, restauration du jardin du cloître, restauration du comble du bâtiment des convers et création d’une nouvelle salle de répétition.
En 2000, le projet culturel est redéfini. Il diversifie les programmes musicaux, s’ouvre à la danse contemporaine, associe la poésie à des rencontres avec d’autres disciplines, lie plus fortement patrimoine et création. En 2004, création d’un jardin d’inspiration médiévale, le jardin des 9 carrés, conçu par Olivier Damée et Edith Vallet. En 2007, acquisition de la Bibliothèque musicale François-Lang.
En 2010, le projet culturel est recentré autour de la musique et du patrimoine dans le cadre de deux pôles principaux : le Pôle des « Programmes artistiques », qui réunit le Programme Voix, le Programme des Claviers, le Programme Voix Nouvelles, le Programme Musique orales et improvisées, le Programme de recherche et composition chorégraphiques, l’Unité scénique, le Grand Atelier, la Bibliothèque François-Lang, les Archives et la Bibliothèque Henry & Isabel Goüin et le Pôle de « l’Action territoriale et des publics », chargé de la diffusion des activités mises en œuvre par les différents programmes artistiques. En 2014, ouverture le 28 juin du Potager-Jardin, conçu par Astrid Verspieren et Philippe Simonnet, restauration et aménagement de l’ancien réfectoire des frères convers et signature le 3 octobre d’un contrat d’objectifs quinquennal (2014-2018) avec l’État, la région d’Ile-de-France et le département du Val-d’Oise. En 2015-2016, la Fondation Royaumont engage de très importants travaux de restauration de son abbaye, de rénovation et d’extension de son équipement résidentiel. En 2016 : adossement de la Médiathèque Musicale Mahler (Paris) à la Fondation Royaumont. En 2020 : restauration des façades et des toitures du réfectoire des moines et de l’ancien chauffoir ; restauration des menuiseries extérieures ; isolation des combles ; remise aux normes des installations électriques. En 2022 : restauration de l’ancienne grille médiévale retrouvée dans un canal de l’abbaye à la fin du XIXe siècle, et classée « Monument Historique » en 1934.
Architecture et Organisation des Bâtiments
Ses bâtiments s’organisent autour d’un cloître aux dimensions remarquables. Accessible depuis le passage parloir reliant le cloître au parc, la salle du chapitre abrite aujourd’hui la Bibliothèque Henry et Isabel Goüin. Le réfectoire des moines est l’un des rares exemples de réfectoire à deux nefs encore visibles en France. La structure aérienne de son architecture, aux colonnes élancées, et ses grandes ouvertures colorées par des vitraux rappellent la fonction liturgique du repas chez les moines cisterciens, très attachés à la fonction symbolique de leur architecture. À partir du XIXe siècle, il fut atelier, séchoir, chapelle et enfin salle de concert avec l’installation, en 1936, d’un grand orgue Cavaillé-Coll.
Le réfectoire des convers est une salle de trois travées voûtées sur croisées d’ogives, l’une des plus spacieuses de l’abbaye ; transformé en salle de bal, théâtre, cantine, dortoir, entrepôt, il est aujourd’hui ouvert à la visite au même titre que les anciennes cuisines des moines. Traversé par un canal sur toute sa longueur, le bâtiment des latrines, l’un des derniers bâtiments de ce type conservé en Europe, témoigne de la science hydraulique et du souci de l’hygiène qui existaient au Moyen Âge chez les cisterciens. Aujourd’hui, au rez-de-chaussée se trouvent un salon pour les résidents, un bar-salon de thé et une salle de réception. À l’étage, des espaces ont été aménagés pour les concerts, les répétitions des artistes ou des séminaires d’entreprise. Ils complètent les aménagements résidentiels réunis dans le bâtiment des moines, le plus vaste de l’abbaye avec 65 mètres de longueur et 23 mètres de hauteur. De l’abbatiale, détruite à la Révolution, il subsiste des ruines romantiques composées de colonnes et de chapiteaux, au Nord de l’abbaye.
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Royaumont et le Sacre des Rois de France
Le sacre des rois de France est une cérémonie qui trouve son origine dans le baptême de Clovis, premier roi des Francs, par l’archevêque Saint-Remi à Notre-Dame de Reims à Noël 496. Les rites du sacre évoluent au fil des siècles, et c’est au 13e siècle, avec Louis IX (Saint-Louis), qu’ils prennent la forme qu’ils auront jusqu’au sacre de Charles X, le dernier roi de France sacré à Reims en 1825.
La cérémonie du sacre, minutieusement codifiée, dure plus de 5 heures et est toujours organisée un dimanche ou à l’occasion d’une fête liturgique importante. Elle se déroule en quatre actes : le serment, le sacre avec l’onction, la remise des vêtements et insignes royaux, et le couronnement.
Reims devient, pour des siècles, le berceau du pouvoir sacré des rois de France. En 1000 ans, 33 rois seront sacrés à Reims.
Le Berceau du Roi de Rome et l'Héritage Impérial
Le 20 mars 1811 naquit aux Tuileries Napoléon François Charles Joseph, le fils de Napoléon Ier et de Marie-Louise, l’héritier tant attendu de l’Empire. Dès sa naissance, l’enfant reçut le titre de « roi de Rome », Rome étant considérée comme la seconde capitale de l’empire depuis l’annexion des États pontificaux par la France en mai 1809 et l’enlèvement du pape Pie VII en juillet 1809, détenu à Savone. Ce titre était aussi une manière d’inscrire l’enfant roi dans la succession des souverains du Saint-Empire romain germanique, fondé au Xe siècle, qui se faisaient appeler « roi des Romains ».
En 1810, Napoléon est au sommet de sa puissance militaire et politique. Pour consolider et pérenniser sa nouvelle dynastie, il doit assurer sa postérité. La stérilité de Joséphine l'avait poussé à divorcer un an plus tôt. L'empereur épouse alors Marie-Louise d'Autriche. La grossesse de la nouvelle impératrice ne tarde pas son annonce officielle se fait à l'automne 1810, au château de Fontainebleau. Marie-Louise comble tous les espoirs en mettant au monde un garçon le 20 mars 1811 au palais des Tuileries. La naissance du Roi de Rome est un tel événement que la Ville de Paris offre à l'empereur un berceau d'apparat d'une richesse inouïe. Dessiné par le peintre Pierre-Paul Prud'hon à la demande du préfet de la Seine, il est réalisé par l'orfèvre Jean-Baptiste-Claude Odiot, assisté de Pierre-Philippe Thomire, bronzier, et de Victor Roguier, sculpteur. Pour sa réalisation, près de 280 kg d'argent sont nécessaires. Conçu comme un trône, il est placé sur une estrade et sous un dais dans le Grand Salon de l'enfant, au palais des Tuileries. C'est ce meuble exceptionnel qui sert de modèle au berceau aujourd'hui conservé à Fontainebleau. Le berceau, de forme arrondie à chaque extrémité, repose sur des pieds en X . L'ornementation du meuble est composée suivant un programme iconographique qui célèbre l'héritier du trône et l'Empire. Ainsi, sur chacun des côtés du berceau, des bas-reliefs en bronze représentent le Tibre et la Seine, références à Rome et à Paris. Le Tibre , figuré en dieu fleuve, tient les attributs signifiant les bienfaits qu'il prodigue à Rome : dans sa main gauche une rame, qui évoque la navigation, et dans sa main droite la corne d'abondance, rappelant les vertus nourricières du fleuve. À ses côtés, la louve allaite Romulus et Rémus, fondateurs de la ville. Chaque extrémité du berceau est ornée de deux cornes d'abondance encadrant, d'un côté, le génie de la force, tenant une massue, et, de l'autre, le génie de la justice , avec la balance. La tête du berceau , en forme de bouclier, est décorée de deux cercles de bronze entre lesquels s'inscrivent des guirlandes d'olivier et de laurier. Le berceau apparaît dans un tableau de François Gérard représentant Marie-Louise et le Roi de Rome en 1812 .
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