L'Ordre des Frères Mineurs, né de l'esprit de François d'Assise, a profondément marqué l'histoire de la spiritualité chrétienne. Cet article explore les origines de cet ordre en Ombrie, son expansion rapide à travers le monde, et son influence durable sur la société et l'Église.
Les Racines Ombriennes : François d'Assise et la Naissance d'un Ordre
Tout commence au cœur de l’Ombrie, au tournant du XIIIᵉ siècle. François d’Assise (1181/82-1226), fils de marchand, choisit la pauvreté radicale, l’itinérance, et une vie en totale fidélité à l’Évangile. Il ne fonde pas seulement un ordre : il propose un nouveau regard sur Dieu, sur l’homme, sur le monde. Autour de lui naît l’Ordre des Frères mineurs, structuré par la Règle de 1223, tandis que Claire d’Assise crée l’ordre féminin des Clarisses.
François, un Homme en Quête d'Absolu
Fils d'un riche drapier d'Assise, François grandit comme un adolescent de la jeunesse dorée : il aime les fêtes et la compagnie des jeunes de son milieu. À 20 ans, il reçoit les premiers signes de sa conversion. Dans l’église d’Assise, le Christ lui apparaît et lui demande de « réparer [sa] maison qui tombe en ruine ». Il vend ses biens pour acheter des matériaux. À 24 ans, il rompt avec le monde pour se vouer à la vénération du Christ. Le jeune homme vit désormais en ermite, prie assidûment et fréquente les lépreux. Les disciples accourent, irrésistiblement attirés par le « Petit pauvre » dont la mystique, loin de se complaire dans la souffrance, est une invitation joyeuse au dépassement de soi, à se donner aux autres et à s’abandonner à la grâce ineffable de Dieu. Avec eux, il va prêcher et mendier dans les villes.
Dès les premières années de sa conversion, François sillonne l’Ombrie. Il prêche à Assise, Bevagna, Cannara, Gubbio, Spolète, Terni, Foligno, Narni. Lui et ses frères adoptent un mode de vie itinérant : ils marchent sans possessions, annoncent la paix, vivent de mendicité, soignent les lépreux, prient dans la nature. Chaque ermitage est une halte intérieure, un îlot de silence, un refuge pour l’âme en quête d’authenticité : grotte, chapelle, arbre, croix, source.
Claire d'Assise et la Fondation des Clarisses
En 1212, François accepte parmi ses disciples Claire Offreduccio, jeune fille de la noblesse d’Assise, qui a fait sien son idéal de pauvreté et de chasteté. Le jour des Rameaux, Claire, âgée de 18 ans, quitte ses habits pour la bure. Après un passage chez les bénédictines, elle fonde avec François l’ordre des Pauvres Dames ou Clarisses. Comme les Frères mineurs, les Clarisses vivent dans le plus extrême dénuement, mais elles sont cloîtrées et se vouent à la contemplation. La communauté s’installe au couvent Saint-Damien d’Assise. Claire la dirige pendant quarante-deux ans, jusqu’à sa mort. Elle est canonisée en 1255.
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Claire d’Assise, issue d’une famille noble, est profondément marquée en 1212 par les prêches de François d’Assise. Séduite par son appel à une pauvreté radicale, elle quitte en secret sa famille pour rejoindre François et ses compagnons. Elle reçoit alors la bure, tunique de toile grossière, et fonde avec lui l’Ordre des Pauvres Dames, communément appelées les Clarisses, près de la chapelle de San Damiano. Tout au long de sa vie, Claire reste inflexible face aux pressions qui tentent de faire accepter à sa communauté des possessions matérielles. Sa Règle, inspirée de celle de François, est approuvée par le pape Innocent IV peu avant sa mort en 1253. Sa canonisation intervient en 1255, suivie de la construction de la Basilique Sainte Claire à Assise. La relation entre Claire et François est marquée par un certain déséquilibre. Claire admire profondément François, cite fréquemment ses écrits et défend fermement son attachement aux Frères mineurs. François incarne un mode de gouvernance atypique pour son époque, proche des valeurs évangéliques féminines. Inscrite dans le contexte des ordres religieux respectifs - les Frères mineurs pour François et les Sœurs pauvres pour Claire - leur relation, bien que silencieuse ou distante, est fondée sur une communion profonde dans l’amour du Christ pauvre.
Lieux Franciscains en Ombrie
L’empreinte de François est partout en Ombrie. Assise devient centre spirituel et artistique : la Basilique Saint-François, commencée dès sa canonisation en 1228, attire des artistes majeurs. Les lieux comme San Damiano, la Porziuncola ou l’ermitage des Carceri incarnent cette tension entre contemplation et action. On prie, on chante, on soigne, on marche : la foi se vit dans le concret.
Lieu de naissance et d’origine de François, Assise est le cœur de sa vie et de sa mission. C’est là qu’il renonce à sa vie de jeune noble pour embrasser la pauvreté évangélique. La Basilique Saint-François, construite après sa mort, abrite ses reliques et témoigne de l’importance spirituelle de la ville. Avant sa conversion, Pérouse fut une ville où François vécut et se comporta en jeune bourgeois guerrier. Il y fut fait prisonnier lors d’un conflit entre Assise et Pérouse, ce qui fut une étape clé vers sa transformation spirituelle. Ce séjour en captivité, qui dura environ un an, fut un moment de réflexion profonde avant son appel à la pauvreté. Ville importante au Moyen Âge, Spolète fut aussi une étape dans la jeunesse de François. Il participa à des campagnes militaires et fit l’expérience des tensions politiques locales. Après sa conversion, François trouva refuge à Gubbio, où il fut accueilli chaleureusement. C’est dans cette ville qu’a lieu l’épisode célèbre de la réconciliation avec le loup, symbole de paix et de maîtrise des forces hostiles. Petite cité médiévale, Bevagna est associée aux passages de François lors de ses missions en Ombrie. François vint passer le carême de 1211 ou 1213 sur l’Isola Maggiore, alors inhabitée.
L'Expansion Mondiale du Message Franciscain
En moins d’une génération, le message franciscain franchit les Alpes. France, Espagne, Angleterre, Saint-Empire romain germanique : partout des fraternités s’installent. Leur mode de vie sans biens ni statut séduit. À partir du XVIᵉ siècle, les franciscains accompagnent la colonisation. Ils fondent des missions en Amérique latine et en Asie, construisent écoles, hôpitaux, églises. Leur empreinte spirituelle s’enracine sur plusieurs continents.
Présence en Terre Sainte
Notre fondateur, saint François d’Assise, se rendit au Moyen-Orient en 1209 poussé par l’amour du Christ pauvre et crucifié afin de « toucher » et « sentir » les Lieux de la Révélation de Dieu pour se conformer pleinement au Christ. Au cours de ce voyage, et malgré les Croisades, François rencontra et dialogua avec le sultan Melek al-Kamel, qui, en ce temps là, gouvernait la Terre Sainte. Ce fut une rencontre pacifique de deux hommes de foi ; elle marqua le début de notre présence en Terre Sainte et influença notre manière de vivre l’Évangile au milieu d’autres religions. Saint François et les franciscains ont toujours eu à cœur l’amour de l’Incarnation de Jésus et c’est pourquoi dès le début de l’Ordre, ils ont aimé la Terre Sainte. Il n’existe pas en effet d’Incarnation sans Lieu. Pour nous, aimer cette Terre signifie aimer Jésus. En 1342, l’Eglise catholique nous a confié la Garde des Lieux saints, nous ne les avons jamais quittés. Jusqu’en 1861, date de création de l’évêché de Jérusalem, nous étions les seuls catholiques « latins » c’est à dire de l’Eglise romaine qui est la nôtre. Encore aujourd’hui, nous avons la charge des plus grosses paroisses de Terre sainte. Nous sommes plus de 300 frères d’une cinquantaine de nationalités répartis sur Israël, la Palestine, le Liban, la Syrie, la Jordanie, Chypre, Rhodes et l’Egypte.
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Un exemple en France : le Couvent des Cordeliers de Rougemont
Le pape Nicolas V autorise, le 11 février 1448, la fondation par Thiébaud de Rougemont d'un couvent de cordeliers à l'emplacement de la basse-cour du château. Le 10 mai 1449, quatre religieux de Dole s'y installent. La chapelle Saint-Georges est achevée en 1455 et son autel consacré en 1457. Philippe le Bon, duc de Bourgogne, aurait donné 600 écus afin de poursuivre les travaux interrompus par la mort de Thiébaud de Rougemont, qui sont achevés par Thomas de Grammont, seigneur de Fallon. L'abbaye est pillée sous la Révolution et en 1876, Charles Thuriet écrit que "l'on retrouve encore dans quelques maisons des Christs, des madones et d'autres objets mobiliers qui proviennent de cet établissement". Le cadastre de 1835 montre que le site est davantage construit qu'actuellement, de nombreux bâtiments ayant été détruits depuis. L'un de ceux subsistant (AL 267) abrite la ferme Grosjean, donnée par Melle Mercier le 23 juin 1843 à la commune pour être une école de filles, tenue par les soeurs de la Charité (cette école fonctionnera jusqu'à l'ouverture du groupe scolaire en 1939). L'établissement se compose alors de salles de classe et du logement des institutrices d'un côté, d'une ancienne "grangerie" de l'autre. Il connaît d'amples modifications, en 1854-1855, par l'architecte Painchaux, qui assainit le bâtiment menaçant ruine (l'humidité des terres accumulées contre le rez-de-chaussée le rendant inhabitable), reconstruit le mur côté jardin, une partie des murs de refend et celui donnant sur la rue. Il rehausse la façade de la "grangerie" créant deux salles de classe en étage et aménage les combles en dortoir. Au rez-de-chaussée, un bûcher et une écurie encadrent un petit préau auquel on accède par une porte à pilastres, à entablement et à fronton triangulaire orné d'une croix. Le site du couvent abrite encore plusieurs familles au début du 20e siècle. Le marquis de Moustier l'achète en 1898, hormis l'école des filles, et le donne à l'Oeuvre d'Ormesson qui y établit un sanatorium pour tuberculeux du milieu agricole. Les travaux, réalisés par l'entreprise Thavard, débutent en juillet 1900 sous la direction de l'architecte parisien Parant et s'interrompent en 1902 par la liquidation de la société d'Ormesson. Le 8 août 1924, la commune de Rougemont acquiert le site pour le convertir en groupe scolaire, avant de le revendre en 1928 à l'Office d'Hygiène sociale du Doubs qui y crée un institut médical (maison d'enfants) sur l'initiative du préfet Fauran et de son épouse. Cette école de plein air, inaugurée le 1er août 1929, voit le jour grâce à la générosité du marquis de Moustier et d'Arthur-Georges Veil-Picard, banquier et mécène bisontin. De 1929 à 1961, le lieu accueille des enfants de cinq à treize ans et est administré par les religieuses de Villersexel. Il héberge actuellement l'institut médico-éducatif "L'Envol" et le foyer d'accueil médicalisé "La Citadelle". Le bâtiment A (AL 267) correspond à l'ancienne école de filles, modifié après 1962 (date de la destruction de la toiture du lavoir de la citadelle) lorsque des baies sont percées au-dessus du lavoir et sur les autres façades. Actuellement ne subsistent que la partie correspondant à l'ancienne "grangerie" et une infime portion du bâtiment contigu. Le bâtiment B (Al 274), partiellement représenté sur le cadastre ancien, a perdu sa partie droite au 20e siècle et accueille désormais les locaux administratifs des deux structures. Il conserve une cave voûtée en berceau plein-cintre, une porte murée et les vestiges d'un portail dans le mur d'enclos. Le bâtiment C (AL 274) est le plus important du site. Il a été reconstruit à neuf, l'essentiel des travaux semblant avoir été effectué entre 1900 et 1902. Il reprend en partie l'implantation du bâtiment conventuel détruit à la fin du 19e siècle, en s'appuyant sur la cave ancienne (voûtée en berceau plein-cintre avec arc doubleau chanfreiné). Vers 1930, l'aile donnant sur le jardin avait été agrandie par un préau couvert d'un toit à longs pans en fibrociment mais, face à l'hostilité des rubrimontains, on lui a ajouté un étage couvert d'une toiture en tuiles. Vers 1950, on a remplacé les baies surbaissées donnant sur le village par des fenêtres cintrées et on a fermé le préau par des baies. Dans les années 1930, une véranda existait entre la tourelle de façade et l'aile en retour. Le bâtiment D (AL 274), chapelle Saint-Georges construite au milieu du 15e siècle, est l'unique vestige du couvent médiéval. Initialement isolé, il est partiellement englobé dans les constructions du 20e siècle. Il a connu de nombreuses modifications : ajout au 18e siècle de pilastres toscans montant de fond, établissement dans les années 1950-1960 (?) d'une dalle coupant son volume et cloisonnement, percement de baies dans les murs gouttereaux. Réalisé vers 1928-1929 (?) sur une cave préexistante, l'espace E (AL 274) porte la plaque de fondation de la maison d'enfants et donne accès à l'ancienne infirmerie. Le bâtiment F (Al 271) est l'ancienne demeure de Philibert de Molans, rénovateur de la confrérie des chevaliers de saint Georges. Il a été restauré drastiquement vers 1930 dans un style néo-Renaissance, avec galerie couverte portée par des colonnes, le tout en béton peint en jaune. Les seuls éléments anciens qui subsistent sont une cave voûtée en berceau et quatre baies des 16e et 18e siècles ; le puits a longtemps été l'unique point d'eau de la citadelle. Molans, Philibert de. Painchaux. Les bâtiments ont des murs en moellons calcaires et sont majoritairement protégés par des toits à longs pans et couverture de tuiles plates. Outre ses murs gouttereaux, la chapelle Saint-Georges conserve sa façade d'origine (la demi-croupe est postérieure) avec son portail en accolade à bases prismatiques surmonté d'une niche et d'une baie brisée. Entre les deux, un solin et des corbeaux attestent la présence originelle d'un auvent. L'essentiel des bâtiments construits ou restaurés entre 1900 et 1960 use d'un vocabulaire architectural néo-gothique qui dénote un réel souci d'intégration des diverses constructions, conférant une cohérence à ce site hétérogène : toits pentus, lucarnes à pignon aigu en pierre, en accolade, contreforts et pignons à redents. De même, la chapelle Sainte-Thérèse de la demeure de Molans est percée de fenêtres à remplages et à archivoltes. Seules les baies cintrées à claveaux blancs passants un-sur-deux des créations et restaurations des années 1950-1960 sont d'une facture différente, ainsi que la maison de Molans qui évoque le palais Granvelle et l'hôtel de Champagney à Besançon.
L'Héritage Spirituel et Social de Saint François
Aujourd’hui encore, l’élan franciscain reste puissant. Il inspire des communautés religieuses, des mouvements laïcs, des engagements sociaux et écologiques. Le Cantique des créatures résonne comme un appel à une écologie spirituelle, que le pape François remet au cœur de l’Église avec Laudato Si’ (2015). Le choix même de son nom en 2013 inscrit son pontificat dans cette lignée : celle d’un christianisme humble, fraternel, proche des oubliés. Parce que l’Ombrie n’est pas seulement le berceau de la spiritualité franciscaine : elle en est la matrice vivante. Suivre les pas de saint François, c’est se reconnecter à une foi radicalement évangélique, incarnée dans les gestes les plus simples : marcher, écouter, servir, louer.
Un Appel à la Pénitence et à la Fraternité
« Mes frères, disait François à ses disciples, prêchons la pénitence plus par nos exemples que par nos paroles. » Autant dire que le programme totalement à contre-courant de l’époque que François soumet, en 1209, au pape tient de l’utopie. D’abord surpris, Innocent III approuve la règle que le saint a donnée à ses Frères mineurs - les désignant ainsi comme les plus humbles parmi les religieux. L’église d’Assise sert de berceau aux prêcheurs qui se disséminent en France, en Allemagne, en Angleterre, en Hongrie, en Espagne, en Afrique. L’ordre connaît un succès fulgurant. On compte 5 000 frères au chapitre général environ dix ans après la naissance de la fraternité, et plus de 35 000 à la fin du XIIIe siècle. Dans une Église ultra-hiérarchisée, le génie fondateur et la vitalité de François apportent un vent de liberté qui va renouveler toute la chrétienté médiévale.
Le Cantique des Créatures : une Écologie Spirituelle
Laudato Si…sont aussi les premiers mots du Cantique des créatures ou Cantique de Frère Soleil, composé par st François d’Assise, amoureux de la nature et déclaré saint patron de l’écologie en 1979 par le pape Jean-Paul II.
« Nul saint plus que François n’a suscité l’amour des hommes et des femmes à la mesure de l’amour qu’il a placé dans ses rapports avec les êtres, les animaux et la Création », écrit Sébastien Barsacq dans sa présentation de François d’Assise, la Joie parfaite. Chez François, la foi s’exprime à travers la sensibilité d’un poète enjoué et lumineux, amoureux de la nature (il est le patron des écologistes). Ses prières, ses poèmes ou sa prédication sont des louanges à Dieu et à toutes les créatures auxquelles il se sent fraternellement uni. En témoigne ce Cantique des créatures, qu’il compose au monastère de Saint-Damien, aveugle et au seuil de la mort, dont voici un extrait :
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« Loué sois-Tu, mon Seigneur, pour soeur Lune et les étoiles dans le ciel tu les as formées claires, précieuses et belles.Loué sois-Tu, mon Seigneur, pour frère vent, et pour l’air et le nuage, le serein et tout temps par lesquels à tes créatures tu donnes le soutien.Loué sois-Tu, mon Seigneur, pour soeur eau qui est fort utile et humble, précieuse et chaste.Loué sois-Tu, mon Seigneur, pour frère feu par qui tu éclaires la nuit, il est beau et joyeux, robuste et puissant.Loué sois-Tu, mon Seigneur, pour notre maternelle soeur la Terre, qui nous porte et nous mène, et produit la variété des fruits et l’herbe.Loué sois-Tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour Toi, soutenant injustice et tribulation. Bienheureux sont-ils de persévérer en paix, car par Toi, Très-Haut, ils seront couronnés. »
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