L'histoire de Moïse, figure centrale de l'Ancien Testament, est riche en symboles et en significations profondes. Son récit de naissance, marqué par l'épreuve et le sauvetage, est particulièrement éloquent. Cet article explore la signification symbolique du berceau de Moïse, en croisant les perspectives bibliques, coraniques et mystiques, tout en mettant en lumière les différents aspects de ce récit fondateur.
L'Égypte, Berceau de Civilisations et de Récits Sacrés
L'Égypte, terre de Pharaons et de pyramides, est le théâtre de nombreux récits parmi les plus connus de l'Ancien Testament. C'est en Égypte que Moïse défie le Pharaon, que Joseph devient vizir après avoir été trahi par ses frères, et que la Sainte Famille trouve refuge pour échapper à la colère d'Hérode. L'Égypte, avec son histoire millénaire et sa culture riche, a également été un terrain fertile pour les premières formes de christianisme, donnant naissance à l'Église copte orthodoxe. Les fresques représentant Jésus, la Vierge Marie, des apôtres, des évangélistes, des prophètes et des anges ornent les murs de l'église du monastère rouge, construite à la fin du Ve siècle de notre ère dans le cadre de l'épanouissement de la culture copte en Égypte.
Plusieurs sites du pays sont associés aux errances de la Sainte Famille, notamment le monastère Al Muharraq, situé dans la vallée du Nil, dans le centre de l'Égypte. L'église de la Vierge du monastère aurait été construite là où la famille s'est réfugiée pendant un peu plus de six mois au cours de son séjour en Égypte. Un autre site sacré se trouve à El Matariya, une banlieue du Caire, près de la ville antique d’Héliopolis. Selon la tradition, un sycomore, connu désormais comme l'arbre de la Vierge Marie, a offert son ombre à la famille pendant leur voyage.
La Naissance de Moïse : Entre Menace et Providence Divine
Dès sa naissance, Moïse affronte une épreuve terrible : celle de la survie face à un ennemi qui veut le tuer. Le Pharaon d’Égypte, ayant eu écho d’une prophétie annonçant la venue d’un israélite qui causerait sa perte, ordonne de tuer tous les enfants mâles hébreux. Cette épreuve est fréquente chez les prophètes : Jésus connaîtra le même sort à sa naissance, obligeant sa mère Marie à fuir vers l’Égypte. Parallèlement, Marie, mère de Jésus, reçoit une révélation de l’ange Gabriel avant la naissance de son fils pour lui annoncer sa grossesse, Yokebed, la mère de Moïse, recevra une révélation de Dieu après la naissance de son fils Moïse. En cela, ces deux femmes sont prophétesses puisqu’elles ont toutes deux reçue une Révélation.
Pour sauver son fils, Yokebed, la mère de Moïse, prend une décision audacieuse : elle place son bébé dans un berceau de jonc, enduit de bitume et de goudron, et le dépose sur le Nil, au milieu des roseaux. Cette action, dictée par l'instinct maternel et la foi en la protection divine, est un acte de confiance absolue en Dieu.
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Le Berceau : Un Symbole de Protection et d'Abandon
Le berceau de Moïse, simple corbeille de jonc, devient un symbole puissant de protection et d'abandon. Il représente à la fois la vulnérabilité de l'enfant et la force de l'amour maternel. Abandonner son enfant au fleuve, c'est le confier à un destin incertain, mais aussi se remettre à la volonté divine.
Dans la mystique, l’enfant dans la mystique représente notre ego (nafs) car il est ce à quoi on tient le plus. En acceptant de sacrifier son enfant (pour Abraham) ou de l’abandonner au fleuve (pour Yokebed), c’est-à-dire au danger, c’est leur ego que nos prophètes sacrifient ou abandonnent ici, pour s’en remettre à leur Esprit (Rûh) divin, c’est-à-dire à Dieu.
Ibn Arabi perçoit dans l’arche de bois où Moïse fut placé un symbole et une extension de son corps, plongé dans le fleuve divin. L’écoulement de l’eau symbolise le temps qui passe, le mouvement divin et la Vie (Hay). L’âme de Moïse pu ainsi s’approprier son corps et le sacraliser pour l’Unir au fleuve divin. Voici la façon dont Ibn Arabi le décrit : « Pour ce qui est de la sagesse impliquée dans le fait que Moïse a été mis dans une arche et abandonné au Nil, nous dirons que l’arche correspond à son réceptacle humain et le Nil à la connaissance qu’il dut assimiler par l’entremise de ce corps, c’est-à-dire par le moyen de la pensée et des facultés de sensation et d’imagination, facultés qui ne sauraient transmettre quelque chose à l’âme humaine sans l’existence préalable de ce corps composé des éléments. Seulement quand l’âme arrive dans ce corps et qu’elle en dispose par ordre divin et le gouverne, elle est douée des facultés correspondantes, qui lui permettent de réaliser ce que Dieu veut qu’elle réalise par le gouvernement de cette arche, où habite la Paix du Seigneur. C’est ainsi que Moïse fut exposé dans son arche au Nil, afin qu’il réalise par ces facultés les domaines respectifs de la connaissance. Dieu lui apprit par là que si l’esprit est bien le roi (de l’organisme humain), il ne le régit cependant que par lui, c’est-à-dire par l’intermédiaire des facultés rattachées à ce réceptacle humain dont le symbole est l’arche. (…) Selon les apparences, le fait que Moïse ait été mis dans l’arche et abandonné au Nil signifiait sa perte. En réalité, c’est par là qu’il a été sauvé et qu’il a pu vivre, de même que l’âme est vivifiée par la connaissance après que s’est dissipée l’ignorance. »
L'Eau, Symbole de Vie et de Renaissance
Le Nil, fleuve sacré de l'Égypte, joue un rôle essentiel dans l'histoire de Moïse. C'est dans ses eaux que le berceau de l'enfant est déposé, et c'est grâce à lui que Moïse est sauvé. L'eau, dans de nombreuses traditions spirituelles, est un symbole de vie, de purification et de renaissance. Elle représente le flux constant de l'existence, le mouvement divin et la source de toute création.
La Fille de Pharaon : Un Acte de Compassion et de Désobéissance
La fille de Pharaon, en découvrant le berceau et en adoptant l'enfant, accomplit un acte de compassion et de désobéissance. Elle transgresse l'ordre injuste de son père et choisit de suivre son cœur, en sauvant la vie d'un enfant innocent. Son geste témoigne de la présence de la bonté et de la justice, même au sein du pouvoir oppressif.
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Myriam, la Sœur Vigilante : Un Rôle de Protection et de Guidance
La sœur de Moïse, Myriam, observe à distance le berceau flottant, veillant sur son frère et assurant sa protection. C'est elle qui propose à la fille de Pharaon de trouver une nourrice hébreue pour l'enfant, permettant ainsi à Yokebed de retrouver son fils et de l'élever dans sa propre culture et sa propre foi. Myriam, par sa vigilance et son initiative, joue un rôle essentiel dans le sauvetage de Moïse.
Moïse : Sauvé des Eaux, Destiné à un Grand Avenir
Moïse signifie « sauvé des eaux » en égyptien. Il gardera son nom égyptien Moshe, donné par sa mère adoptive, et ne reprendra pas son nom hébreu d’origine. Mais rien n’étant laissé au hasard, le prénom égyptien Moshe a également une signification en hébreu : le sauveur.
Le fait d'être sauvé des eaux marque le début d'un destin exceptionnel. Moïse, l'enfant sauvé des eaux, deviendra le prophète, le législateur et le libérateur du peuple hébreu. Son histoire est un témoignage de la puissance de la providence divine et de la capacité de l'homme à surmonter les épreuves et à accomplir sa mission.
Les Pluies d'Égypte : Compensation et Réparation Spirituelle
S’il a échappé à cette première épreuve, tous n’ont pas eu cette chance et beaucoup d’enfants hébreux furent tués par Pharaon. Ces morts seront compensés et réparés spirituellement (tikkoun) par la mort des enfants égyptiens lors des 10 plaies d’Égypte. Ibn Arabi voit dans cette compensation spirituelle une sagesse profonde : « Selon sa signification spirituelle, le meurtre des enfants mâles (des Israélites, meurtre ordonné par Pharaon) dans le but de détruire le prophète (dont la naissance lui avait été prédite), eut lieu pour que la vie de chaque enfant tué dans cette intention affluât à Moïse ; car ce fut en supposant qu’il était Moïse que chacun de ces enfants fut tué ; or, il n’y a pas d’ignorance dans l’ordre cosmique, de sorte que la vie de chacune de ces victimes dut nécessairement revenir à Moïse. C’était de la vie pure, primordiale, n’ayant pas été souillée par des désirs égoïstes. Moïse étant donc la somme des vies de ceux qui avaient été tués dans l’intention de le détruire. Dès lors, tout ce qui était préfiguré dans la prédisposition psychique de chaque enfant tué se retrouvait en Moïse, ce qui représente une faveur divine exceptionnelle que personne avant lui n’avait reçue. » Moïse synthétise les âmes des enfants d’Israël tués en son nom.
Arche d'Alliance : Un Parallèle Symbolique
L’Arche d’Alliance est l'objet rituel le plus sacré de l'ancien Israël, coffre rectangulaire en bois de sittim (i.e d’acacia). Coffre qui recèle - outre les Tables de la Loi - le bâton d’Aaron [symbole phallique, verge fleurie entre toutes les verges], ainsi que la Genèse [premier livre de la Torah] et enfin l’urne d’or, emplie de la manne céleste [semence recueillie au désert]… Cette arche, appelée aussi « Arche du Témoignage », témoignait de l’Alliance irrévocablement octroyée par Yahvé au peuple d’Israël. Alliance par laquelle le Seigneur renouvelait la promesse faite à Noé - dont l’Arc-en-ciel est le témoignage visible - de ne plus chercher à détruire l’humanité.
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Bien antérieure à l’Arche du Désert, l’Arche du Déluge n’avait-elle pas été la première manifestation de l’Alliance verticale entre le Ciel et une minorité élue ? De cette arche flottante, nous possédons trois descriptions successives (sumérienne, babylonienne et biblique). Étymologiquement - donc mythologiquement - l’Arche est un coffre, lieu clos et obscur, sanctuaire flottant (tévah) ou portatif (aron), sorte de forteresse cryptée, de mandala… Principe maternel est également l’Arche : ventre, caverne, source de vie et lieu de ressourcement… Toute la vie s’y étant réfugiée (regressus ad uterum) pour une nouvelle naissance, lavée par les eaux lustrales, initiatiques, du Déluge… De même, dans l’Arche d’Alliance, avait-on déposé la manne, promesse de futures moissons, ainsi que la verge d’Aaron qui reverdit chaque printemps… Mais l’Arche est aussi bibliothèque des sciences, sciences sacrées et profanes, science du savoir « antédiluvien »… Immémorialité de l’Arche qui enferme et condense en ses flancs : passé, présent et avenir, la biologie sous toutes ses espèces animales, l’histoire des origines du monde avec le premier livre de la Torah, la connaissance ésotérique visualisée dans la structure de l’Arche elle-même [matérialisation de l’Arcane] et, bien sûr, les Tables de la Loi, premier Code de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations.
Moïse et Al-Khadir : Une Rencontre Initiatique
Le Coran évoque un autre maître spirituel ayant enseigné à Moïse à travers un récit énigmatique. Il s’agit bien sûr d’al-Khadir, le « verdoyant ». Une tradition prophétique situe leur rencontre lors de l’errance des hébreux au Sinaï. Si on suit cette tradition, cela signifie que, lors de l’échange coranique entre al-Khadir et Moïse, ce dernier avait déjà été initié par Jéthro et il avait déjà reçu l’annonce au Buisson ardent où il se voit chargé de son rôle de prophète et libérateur du peuple hébreu. Cette mission était déjà accomplie puisque le peuple hébreu était sorti d’Egypte et Moïse avait déjà reçu les tables de la loi au Sinaï. Ce qui signifie que cette rencontre a lieu alors que Moïse a déjà atteint un haut niveau de réalisation spirituelle. Le bref enseignement d’Al-Khadir offrira à Moïse une science spirituelle supplémentaire qui ne lui avait pas encore été dévoilée.
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