Introduction
L'histoire de Lacoste est bien plus qu'une simple success story dans le monde de la mode. C'est le récit d'une audace, d'une innovation et d'une ténacité incarnées par son fondateur, le légendaire tennisman René Lacoste. D'un pari audacieux sur un court de tennis à une marque mondiale synonyme d'élégance décontractée, Lacoste a su traverser les époques tout en conservant son identité unique. Cet article explore les différentes facettes de cette aventure exceptionnelle, de la genèse du crocodile à son statut actuel d'icône de la mode.
La Naissance d'une Légende : Un Pari Audacieux
L’histoire de Lacoste commence avec un pari, celui conclu entre René Lacoste et Allan H. Muhr, alors capitaine de l'équipe de France de tennis lors de la Coupe Davis de 1923. L'enjeu était une valise en cuir de crocodile que Muhr offrirait à Lacoste s’il remportait le match. Vainqueur, le joueur de tennis, connu pour sa combativité sur le court, hérite d'un surnom qui deviendra mythique : le crocodile.
En 1927, le crocodile prend forme sous les traits du styliste Robert George, qui crée le dessin original. René Lacoste, précurseur en matière de customisation, le fait immédiatement broder sur ses blazers.
L'Ascension d'une Marque : Du Court de Tennis à la Production Industrielle
Fort de ce surnom et de son emblème distinctif, René Lacoste s'associe au célèbre bonnetier André Gillier. Ensemble, ils lancent la production industrielle du fameux polo rehaussé du crocodile brodé. C'est ainsi que naît "La Chemise Lacoste". Au milieu des années 20, le champion de tennis fait confectionner, pour son usage personnel, ses chemises pour supporter la chaleur des courts américains. C’est la première fois qu’un joueur abandonne la chemise de ville à manche longue au profit d’un vêtement à manche courte, souple et confortable.
En 1933, Lacoste lance la production industrielle du polo qu’il appelle : L1212. "Le polo a été une vraie innovation dans la garde-robe très codifiée des années 30 en introduisant un aspect décontracté, très confort", explique Pamela Golbin. "Il est devenu une icône de la garde-robe, un basique exemplaire porté par les enfants et les adultes de tous âges", rajoute la conservatrice en chef mode et textile au musée des Arts décoratifs à Paris.
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Le Polo L.12.12 : Une Pièce Iconique
La pièce emblématique de la marque, le polo, est fabriqué en petit piqué de coton. Lacoste le surnomme le L.12.12 : L pour Lacoste, 1 pour le coton petit piqué, 2 pour le modèle à manches courtes et 12 pour le nombre de versions qui lui ont été présentées.
Pour fabriquer un polo taille 5, il faut 22 km de coton (égyptien ou péruvien) qui subira différents traitements (bains de couleur et séchage). Les formules des teintures sont élaborées à Troyes : les colorants doivent résister au lavage, au chlore ou à la lumière. Longtemps blanc, le polo est décliné en une cinquantaine de couleurs. Le stretch s'est invité pour lui apporter plus de souplesse tandis que les modèles ont quitté les courts de tennis pour la vie quotidienne.
Les Années 80 et la Remise en Question
À son apogée pendant les années 80, l’esthétique preppy tombe pourtant en désuétude la décennie suivante. Les ventes de la célèbre marque au crocodile plongent et elle se voit récupérée par la mode urbaine.
Sous l’impulsion de Christophe Lemaire, la marque se fait le chantre du sportswear chic, ravivant l’héritage de la maison tout en lui donnant une bonne dose de mordant. Avec Felipe Oliveira Baptista, la silhouette Lacoste devient ultra-graphique, jouant de contrastes chromatiques et de coupes affutées pour créer des pièces inspirées du design et de l’architecture.
Une Nouvelle Ère : Collaborations et Engagements
Une collaboration fructueuse succède à Felipe Oliveira Baptista. Il reprend les rênes de la maison en 2010. Prêt-à-porter citadin, accessoires de mode, sportswear, uniformes et équipements sportifs : Lacoste s'érige désormais en étendard de l’ unconventional chic.
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Huit ans plus tard, le créateur portugais quitte la maison et en confiera les rênes à la talentueuse designer britannique Louise Trotter. Autre révolution au sein de la vénérable institution ? Celle de l'arrivée d’une femme à sa direction artistique, la première depuis sa création dans les années 30. Créatrice low-profile à la solide réputation stylistique, celle qui avait officié pendant 10 années chez Joseph relève le défi haut la main avec une proposition athleisure unisexe et minimaliste pile dans l’air du temps.
En 2018, Lacoste fête ses 85 ans en grandes pompes et lance une collection exclusive via la réédition d’une quinzaine de pièces, chacune étant issue d’une décennie différente. La même année, la marque s’engage pour la première fois sur le plan écologique et prend position en faveur de la lutte contre les espèces menacées.
Lacoste Manufacturing Academy : Valoriser et Pérenniser les Savoir-Faire
La griffe détenue par Maus Frères depuis 2012 vient d'initier la « Lacoste Manufacturing Academy », une école interne située sur son site historique de Troyes, dans l'Aube (10). Avec l'objectif de valoriser et pérenniser des savoir-faire menacés.
Dans ce lieu, où les premiers polos du tennisman René Lacoste ont été mis au point en 1933 par André Gillier, une première promotion de 29 élèves a fait sa rentrée en septembre 2016, pour 399 heures de formation. L'académie couvre trois métiers du textile : la bonneterie (conducteur de machine), la teinture et la confection (opérateur).
« Les écoles de teinture ou de bonneterie, ça n'existe plus en France, car l'industrie textile n'embauche plus. Or, nous avons besoin de pallier le départ à la retraite d'une centaine de personnes d'ici à 2019 », indique Dominique Fiorano, responsable des ressources humaines de Lacoste sur le site troyen. Une information collective avait été diffusée par la marque via Pôle Emploi - l'un des organismes partenaires du projet - auprès d'une centaine de personnes en août dernier. Deux autres sessions sont prévues en 2017 et 2018, ce qui permettra de recruter en tout une centaine de nouveaux salariés qualifiés, par le biais d'un contrat de professionnalisation. Les formateurs et tuteurs ont été recrutés en interne, deux ex-salariés retraités depuis une dizaine d'années ayant même choisi de revenir à l'usine en CDD pour transmettre leur savoir à un auditoire composé de demandeurs d'emploi ou de personnes en reconversion. En bonneterie, les cours sont dispensés dans un bâtiment dédié regroupant un échantillon des machines, rectilignes et circulaires, utilisées dans l'usine principale.
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Cette académie, qui a nécessité un investissement d'un million d'euros, s'impose pour Thierry Guibert, PDG de Lacoste depuis 2015, comme « l'aboutissement de deux ans et demi de travail. Je suis persuadé que notre savoir-faire et notre histoire ne sont pas assez utilisés, mis en avant. Par le passé, l'entreprise a sans doute sous-investi sur le site de Troyes et sur les hommes. Aujourd'hui, on ne souhaite surtout pas s'échapper de ce berceau », assure l'ex-patron de Conforama, qui n'est pas fermé à l'idée d'accueillir dans cette école, à l'avenir, des personnes externes à l'entreprise. « Nous n'avions pas d'autre choix que de créer cette académie car l'enseignement de nos métiers n'existe plus, la population Lacoste est vieillissante et nous avions arrêté d'attirer des jeunes », rappelle Thierry Guibert. « On ne souhaite cependant pas s'ériger en symbole du made In France, car on sait qu'on ne peut pas fabriquer toutes nos pièces ici », ajoute le dirigeant. De fait, la part de la confection 100 % française reste minoritaire dans l'activité de la marque : elle concerne 600 000 pièces par an sur 30 millions produites au total.
Sur les six hectares réunissant ses différents bâtiments troyens, Lacoste emploie près de 900 personnes. Des sites qui appartenaient auparavant à Devanlay, le licencié mondial de la marque, avant que les deux sociétés ne fusionnent suite à l'acquisition par la holding suisse Maus Frères.Lacoste possède également six autres sites de production en France et s'appuie à l'étranger sur des usines en propre situées au Maroc, en Roumanie et au Pérou, ainsi que sur des partenaires en Asie. La société, qui totalise 10 000 salariés dans le monde, travaille un coton cultivé en Amérique et en Egypte, et fait appel à des filateurs italiens et turcs. Même si elle reste faible, la fabrication made in France a vocation à s'amplifier car Thierry Guibert entend renforcer encore son image de marque française, surtout à l'étranger. Cela va de pair avec un processus de « premiumisation » du label.
Les Berceaux de l'Industrie Textile Française
Lacoste est née à Troyes, un des berceaux de l'industrie textile française. Le Nord, l’Est et la région Rhône-Alpes ont une histoire séculaire avec la filière textile.
Les canuts à Lyon, ces ouvriers de la soie qui ont laissé derrière eux les traboules lyonnaises et les appartements haut de plafond avec leurs poutres apparentes si caractéristiques du quartier de la Croix Rousse. La dentelle de Calais dont la réputation dépasse largement nos frontières et qui a orné la robe de mariée de Kate Middleton. Les berceaux industriels de la confection textile : Roanne, Saint-Etienne et Troyes, qui a vu naître les marques emblématiques Petit Bateau et Lacoste (mais qui malheureusement ne produisent quasiment plus rien en France).
La France, à travers ses différents terroirs, possède des savoir-faire uniques qui ont été mis à mal, dès les années 60-70, avec l’importation de produits bons marchés. Afin de redonner de la visibilité à ces territoires, la filière industrielle textile française a eu l’ambition de créer le label “Terre Textile”.
Contrairement aux produits de bouche, dans le secteur textile il n’existait ni appellation d’origine contrôlée (AOC) ni appellation d’origine protégée (AOC). Ainsi la fédération Terre Textile a pour objectif de promouvoir et rendre identifiables les produits fabriqués dans l’un de ses territoires attachés à la tradition textile, à la fois sur le marché national qu’à l’international. Le linge de lit des Vosges est, par exemple, très recherché par les palaces du monde entier.
Vosges Terre Textile : le linge de maison. Le climat et les ressources naturelles des Vosges en ont fait une région textile spécialisée dans le linge de maison dès le moyen-âge, avec une transformation vers l’industrie cotonnière dans les années 1700.
Laine, chanvre, lin étaient travaillés par les tisserands pour confectionner des draps de lit, des nappes et des toiles pour le linge de corps. Les usines de filature profitaient alors de la force hydraulique des cours d’eau vosgiens. Quant aux vastes étendues, elles servaient pour le blanchiment sur prés. Les toiles de lin étaient lessivées à la cendre de bois, puis étendues sur l’herbe et fréquemment arrosées afin que le process de blanchiment s’opère (une réaction entre l’acidité de l’eau, les UV du soleil et d’autres facteurs). Cette technique de blanchiment a été abandonnée avec la découverte de la chimie moderne dans les années 1950.
Dans les années 1930, la filière textile dans les Vosges emploie plus de 40 000 ouvriers et comptent 242 unités de production. Les Vosges deviennent même le premier département cotonnier français et assure plus de 50% de la production nationale.
L’établissement le plus ancien est la maison Garnier Thiébaut, née en 1833, du mariage de Virginie Thiébaut et Jean-Baptiste Garnier, tous les deux issus de familles de tisseurs de toile originaires de Gérardmer. Deux autres marques nées également au XIXème siècle perdurent : Blanc des Vosges (1843) et Tradition des Vosges (1856), suivie d’une plus jeune : Linvosges (1923).
Alsace Terre Textile : teintures et impressions textiles. Le territoire alsacien a également profité de la force motrice des eaux vosgiennes pour développer des usines de filature. Le savoir-faire alsacien s’est illustré par ses techniques d’ennoblissement, rendues possible grâce à l’acidité naturelle de l’eau (teintures du textile), ainsi que ses techniques d’impression sur les étoffes, d’abord des impressions mécaniques puis chimiques. Le secteur du textile fût également le premier employeur de la région jusqu’en 1975. L’une des marques alsaciennes emblématiques est DMC.
Nord Terre Textile : tulle et dentelle, linge de maison et habillement. Le Nord a conquis le monde avec la finesse de sa dentelle de Calais, puis s’est illustré avec le prêt-à-porter confectionné à Roubaix. Dans les années 1900, Roubaix est même surnommé la capitale française du textile. Une autre particularité des tisserands du Nord est la réalisation de motifs Jacquard, sur un métier à tisser inventé par… un lyonnais : Joseph-Marie Jacquard.
Rhône-Alpes Auvergne : les bonneteries. L’histoire commence également très tôt au XVIIème siècle avec la soie, dont les ouvriers étaient nommés les canus. Les ateliers principalement localisés dans le quartier de la Croix-Rousse, où la hauteur des machines à tisser nécessitait des appartements très haut de plafond (en moyenne 4m de hauteur). La région compte également la ville de Bourg en Bresse, qui accueillait les ateliers de confection de la lingerie Lejaby. Enfin le département de la Loire, abrite les villes de Roanne, connue pour ses bonneteries, et de Saint-Etienne, spécialisée dans le textile innovant et dédié au monde professionnel, notamment le secteur médical. Tisserands, filateurs et teinturiers s’installent sur ces terres, au carrefour entre les Flandres, l’Allemagne et la Suisse. Le département va se spécialiser dans la manufacture des bas.
Lacoste et le Sport : Un Lien Indéfectible
Célébrant son 80e anniversaire en 2013, la marque, symbole de l’élégance décontractée depuis 1933, s’appuie sur ses authentiques racines sportives.
Pour Lacoste, c’est une page d’histoire relativement récente, commencée aux JO de Sotchi en 2012, qui se tourne. Pour l’édition de Tokyo, comme pour celle de Rio en 2016, les tenues officielles des athlètes français ont été fabriquées dans les usines auboises de la marque au crocodile. Pour ces jeux de Tokyo, Lacoste a conçu la collection de vêtements portés par tous les athlètes français lors des cérémonies d’ouverture et de clôture, ainsi qu’à l’occasion des cérémonies protocolaires et, bien entendu, au village olympique. « Des mots personnalisés, exprimant les valeurs du sport, sont également ajoutés aux pièces iconiques pour donner un sentiment de fierté et de force à nos athlètes : tout a été pensé pour un moment très spécial », confie la Creative Designer de Lacoste. Les pièces de cette collection, y compris la tenue de cérémonie, sont commercialisées en France.
Les marques sont d’ailleurs mises en compétition par les comités d’organisation des Jeux Olympiques. Cela a déjà été le cas pour les JO qui auront lieu à Paris en 2024, et à ce jeu c’est un coq qui va succéder au crocodile qui aurait bien aimé prolonger son contrat. Le point commun entre Lacoste et le Coq Sportif étant qu’il s’agit de deux marques dont le coeur industriel est aubois. Les équipes de l’usine de Romilly-sur- Seine sont déjà dans la course pour viser cet objectif olympique.
Chantaco : Le Berceau Familial et Golfique
Chantaco est le berceau de la famille et de la marque Lacoste, et un club intimement lié à l’histoire du golf français et en particulier porteurs de grands succès féminins. Jean-Marie Lacoste avait annoncé la couleur : à Chantaco, tout serait comme avant et rien ne serait comme avant. Parmi les nouveautés déjà en place : les nouveaux greens du 2 et du 3 entièrement reconfigurés, l’ensemble des départs agrandis, des bunkers redessinés, tous équipés de fonds drainants et d’un sable de grande qualité.
Plus de 4 millions d’euros auront été investis à terme pour que Chantaco retrouve son lustre d’antan. L’inauguration de la première tranche de travaux vient d’être célébrée par une partie amicale sur les trois premiers trous qui réunissaient les enfants du pays : Anne-Lise Caudal (LPGA), Véronique Lacoste (ancienne présidente et fille de Catherine Lacoste), Guillaume Sallaberry (greenkeeper et plusieurs fois finaliste de la Gounouilhou), Bernard Pascassio et Jean Garaialde (les piliers historiques de Chantaco). Enfin, il faut savoir que le Club-House a retrouvé ses teintes et son esprit Art Déco années 30 d’origine. La salle de restaurant, le lounge et le hall ont été rénovés et modernisés.
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