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Le Berceau de la Créativité Féminine : Une Histoire Sacrée

Introduction

La créativité féminine, bien qu'omniprésente comme sujet d'étude, souffre d'une invisibilité persistante en tant que force créatrice. Pourtant, l'expression artistique des femmes est attestée depuis l'Antiquité. Cet article vise à explorer la richesse des contributions féminines dans le domaine des arts, en mettant en lumière leur rôle dans la connaissance, la diffusion et la préservation du patrimoine culturel, que ce soit en tant que collectionneuses, mécènes, érudites, historiennes, théoriciennes ou conservatrices.

Paris : Capitale des Arts et Carrefour de la Créativité

Paris s'est imposée, tout au long de la première moitié du XXe siècle, comme la capitale des arts, un véritable berceau pour de nombreux courants artistiques d'avant-garde. Avant le basculement du milieu du siècle, décrit par Harold Rosenberg comme la fermeture du "laboratoire du XXe siècle", la capitale française attirait des artistes du monde entier, séduits par une nouvelle dynamique créative et des formes d'expression et d'existence "bohèmes". Les rencontres entre les figures clés du mouvement moderne et les artistes étrangers ont contribué à la vitalité et à la fertilité de la création artistique parisienne.

Cette centralité de Paris se manifeste dans divers domaines : la peinture, la sculpture, la photographie, l'architecture, la musique, la danse, les lettres, la mode, etc. Elle se reflète également dans l'activité du marché de l'art et des galeries, ainsi que dans l'inscription de la vie artistique dans la géographie de la ville. Les déplacements des foyers de création d'un quartier à l'autre laissent des traces dans les cafés, cabarets, galeries, ateliers et académies fréquentés par les artistes.

L'Afrique : Un Continent d'Inspiration et de Questionnement

La rencontre avec l'art africain a été une source de passion intense pour beaucoup. La lecture généalogique des "arts premiers" est une quête des origines, non pas pour découvrir un sens originel unique, mais pour reconnaître la liberté d'interprétation et l'importance du goût et du style. La passion pour l'origine se manifeste dans l'attrait pour cet art, où l'origine est entendue à la fois objectivement et subjectivement.

Le relief circulaire en forme d'ombilic, appelé "nombril de la mère", que l'on trouve sur les portes des cases senufo, illustre de manière saisissante cette quête de l'origine, naturellement centrée sur la question du féminin. Il est donc essentiel d'approfondir cette enquête en changeant d'objet et de terrain, car la question du féminin traverse l'Afrique et mérite d'être clarifiée. La question du féminin, cette altérité à la fois proche et déconcertante, n'est pas propre à l'Afrique, mais ce continent a peut-être beaucoup à nous apprendre dans ce débat.

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La civilisation occidentale, profondément marquée par le christianisme, a longtemps refoulé le féminin dans sa dimension sacrée, le considérant comme "tout autre", à la fois béni et maudit. Cependant, il est crucial de prendre des précautions avant d'entamer une enquête sur ce sujet. L'"Afrique" en tant qu'aire culturelle cohérente n'existe pas, c'est un concept européen. Parler de la "femme africaine" est une construction arbitraire. L'Afrique est une mosaïque de sociétés diverses, avec des formes de pouvoir allant des plus centralisées aux plus segmentaires. En Afrique de l'Ouest, par exemple, la matrilinéarité est présente dans les régions côtières et forestières, tandis que les systèmes de parenté sont généralement patrilinéaires ou bilinéaires à l'intérieur des terres. Il est donc logique que les Agni et les Baoulé, matrilinéaires, accordent à la femme une préséance sur son compagnon, contrairement aux Kabré et aux Mossi, patrilinéaires.

Pendant longtemps, le terme "noir" a été synonyme de laideur esthétique et de turpitude morale. L'Afrique, perçue comme un continent vierge et mal connu, est encore considérée par certains comme le continent de l'horreur absolue. Cependant, cet article ne cède pas à l'afro-pessimisme, cette idéologie qui voit l'Afrique non pas comme le berceau, mais comme le tombeau de l'humanité. Le contraste entre "eux" et "nous" est indéniable. Les Africains sont "malades de solidarité", tandis que les Occidentaux sont "malades de solitude". Il n'y a pas de richesse qui ne circule et ne se disperse à travers les réseaux parentaux, tribaux ou ethniques. L'Afrique est le "continent noir" depuis longtemps, et Toussaint Louverture l'a compris à ses dépens.

Selon la métaphore freudienne, la sexualité féminine est le "continent noir" de la psychanalyse, un territoire inexploré et inexplorable, résistant à la parole et à la représentation. Les sociétés africaines, souvent qualifiées de sociétés sans écriture, sans État et sans histoire, ont été dépréciées par une ethnologie fille du colonialisme. Il est plus pertinent de noter que, lorsque l'écriture est peu pratiquée, le langage muet des sculptures peut servir de support à l'initiation et à l'explication du monde. Les représentations matérialisées ont une fonction sociale, rituelle et religieuse, exprimant un savoir-faire technique, une réflexion sur les formes et les couleurs, ainsi qu'un ensemble de conceptions sociales, politiques, symboliques et esthétiques. Les Africains pensent en objet, et la confection des objets contribue activement à façonner leur monde et leur culture.

Sexe et Genre : Une Distinction Essentielle

Le sexe est le socle biologique de la différence anatomique entre homme et femme, tandis que le genre est la construction sociale et culturelle de cette différence. Le genre est relatif à la culture et s'organise selon les modèles sociaux et les discours. Les Africains ont une conscience aiguë du caractère ténu du lien entre le sexe et le genre, ou de l'absence de concordance véritable entre les deux. La différenciation anatomique est distincte des rôles sociaux, et l'identité physiologique ne se confond pas avec la perception de l'identité sociale. Le thème de la bisexualité infantile ou de sa neutralité illustre cette distinction. Les mythes et les contes africains mettent en scène des individus hésitant entre les sexes ou se métamorphosant d'homme en femme ou de femme en homme.

L'exemple d'un conte Ibo du Nigéria, où l'orphelin choisi comme mari par la fille du roi se révèle être une orpheline, montre que la biologie se conforme aux impératifs sociaux. Un médecin fait avaler à l'orpheline des œufs de perdrix et un igname pour lui greffer des organes masculins. Cette primauté du genre sur le sexe permet de dénoncer les idées reçues sur l'Afrique. Malgré les difficultés du continent, l'Afrique reste présente dans l'imaginaire occidental, souvent à travers des poncifs coloniaux. L'Afrique est l'objet d'un surinvestissement affectif et libidinal, et ses habitants sont présentés comme donnant libre cours à des pulsions sexuelles que ne peuvent entraver une organisation sociale embryonnaire et des formules matrimoniales laxistes. Cette idéalisation primitiviste de l'Afrique est partagée par l'intelligentsia, qui voit dans le continent noir une force primale capable de régénérer une Europe fatiguée.

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Il est important de dénoncer ces clichés, qui relèvent plus du marketing et de l'industrie touristique que de la réflexion anthropologique. Ils ne sont que la résurgence de préjugés coloniaux. La mythologie coloniale rediviva, devenue lascive et excitante, n'entretient aucun rapport avec la réalité africaine. La tradition orale africaine fait peu état de satisfaction érotique et met davantage en scène des manifestations d'animosité et d'affrontement entre les sexes.

L'Art Africain : Au-Delà des Fantasmes Occidentaux

Prenons l'exemple de la figurine sculptée de copulation appelée "bêtise lobi" au Burkina Faso. Ces figurines érotiques en laiton, fabriquées par les Fon et les Akan, représentent des scènes de la vie quotidienne et des positions de copulation. Cependant, la "statue colon", représentant un homme portant le képi des militaires, ne relève pas de la "bêtise". Elle est l'image sublimée d'un Occident admiré et craint, une figure concrète du culte animiste qui cherche à intégrer l'espace étranger.

L'homme tourne la tête à gauche, vers le patriclan, et la femme à droite, vers le matriclan. Cette "position" codée renvoie à la bilinéarité de la société lobi et n'est pas destinée à satisfaire les fantasmes érotiques des Européens. La statue est sculptée après consultation du devin, sur les prescriptions du génie tutélaire, et placée sur l'autel pour obtenir une épouse. Elle nous renseigne sur la position de l'amour chez les Lobi. Les façons de l'amour en Afrique ne sont ni instinctives ni primitives. La "position" répond à des patterns déterminés et est soumise à des interdits multiples.

La Femme : Au-Delà des Stéréotypes

La femme est la beauté sans prix, au-delà de toute évaluation. Elle n'est pas réductible à l'étalage de chair sur Internet, qui la réduit à un sexe du plaisir. Certes, le masculin en fait autant, mais la nuance est éminente. La femme est l'Aphrodite céleste, la transcendance absolue, au-delà de cette partie basse et vulgaire de son être complexe. Elle ne cède pas aux amants vulgaires qui aiment surtout le corps, dans l'oubli de l'amour et de l'intelligence. Elle est la nostalgie de l'union absolue des êtres vivants. Sa lice est un temple sacré.

Et si l'histoire écrite par le masculin n'était que le résultat de sa volonté pathologique de dominer le féminin ? Et si les religions se comportaient en complices d'un mensonge en le pérennisant et en le sacralisant ? Et si la vérité fondamentale du monde n'était qu'une erreur, une supercherie, voire une fiction ? La tradition judéo-christiano-islamique défend l'idée que la femme doit être soumise à l'homme parce qu'elle a été "tirée de l'homme". Cependant, cette assertion n'est pas vérifiée dans le texte. Il s'agit plutôt d'interprétations arbitraires visant à confirmer la domination masculine. Au contraire, la femme a un rôle éminent. C'est l'homme qui quitte ses parents et s'attache à sa femme, ce qui est un indice de dépendance. L'homme ne peut exister que par rapport à la femme.

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Dans l'épreuve de la liberté, suivie de la chute, le scribe accorde à la femme le rôle le plus éminent dans les événements de leur vie. Elle échappe au contrôle de Dieu en se montrant audacieuse et responsable. Elle ose braver l'interdit de Dieu et s'élève à son niveau. Pendant ce temps, l'homme apparaît comme inexistant. La femme consent volontairement à l'attrait de la science inconnue. Ce n'est pas tant le serpent qui l'intéresse, mais l'inconnu dans la mystérieuse science que Dieu leur interdit d'accéder. Elle veut lever le voile sur le secret divin.

Pendant que la femme inaugure l'éveil de ses sens, l'homme se tient en retrait. Dieu, qui semble absent, paraît impuissant à empêcher la femme d'enfreindre son interdit. L'audace de celle-ci le surprend. Réduits au silence, Dieu et sa créature apparaissent comme des spectateurs passifs. L'homme, s'il n'ose pas agir par lui-même, semble consentant. S'il avait été justifié, il aurait pu empêcher la femme d'aller jusqu'au bout de son audace. Bien au contraire, il consomme le fruit après elle. Il montre son insignifiance en accusant la femme. Il est un irresponsable, à l'image de l'enfant que le droit ne peut condamner. Dans cette affaire, l'homme n'est pas agent, la femme est actrice à sa place.

Dieu choisit de s'adresser à l'homme plutôt qu'à la femme. Il sait que c'est elle qui a enfreint son interdiction. La femme lui pose un sérieux problème. Elle semble échapper à son contrôle. Il n'ose pas l'attaquer de front. Face à son créateur présumé, elle ne se défile pas, elle assume pleinement sa responsabilité. Elle reconnaît avoir été séduite par la parole révélatrice de l'essence réelle de l'arbre de la connaissance. Elle reste actrice. Dieu ne sait que faire face à la manifestation inattendue de la personnalité de cet être qu'il est supposé avoir créé lui-même. Autant l'homme lui paraît transparent, autant la femme cache des labyrinthes. Pour éviter qu'elle n'aille plus loin dans la découverte des secrets des dieux, il la maudit et la déchoît de son rang d'unique agent face à lui. Cependant, malgré la malédiction divine, son mari l'élève sur un piédestal en l'appelant d'un nom prédestiné : Eve, celle qui rend la procréation possible.

La Théalogie : Une Perspective Féminine du Divin

Si le débat théologico-religieux ne peut porter sur l'essence de Dieu, la nature de Dieu pour nous ne doit pas être à ce point problématique. S'il n'y a de Dieu qu'au regard de l'homme, et que celui-ci se comprend en terme de féminin/masculin, il va de soi que les dieux prennent la figure des mots et de leurs limites intrinsèques. Nul être humain n'a vu Dieu en face de soi pour prétendre parler en son nom. Dieu est d'une autre dimension que nous n'avons pas en partage. Son essence devrait déborder de toutes parts nos capacités d'appréhension des phénomènes.

La thèse selon laquelle les premières divinités sont toutes féminines ne devrait plus choquer nos consciences aliénées par plusieurs millénaires de domination de la culture masculine. Chez les Grecs anciens, il n'y avait pas de scandale à parler de Dieu ou de Déesse. Si une telle conception des choses avait pu passer dans l'histoire, on devrait aussi pouvoir étudier la théalogie dans des universités confessionnelles. On verrait que le discours sur la figure appréhendée du divin serait le même suivant nos capacités conceptuelles, notre foi, notre amour pour la Déesse.

Les stoïciens admettent l'existence d'un seul Dieu, Zeus, mais pensent que, pour l'espèce humaine, Dieu peut être tout aussi bien masculin que féminin, selon que la divinité est active (dieu mâle) ou passive (divinité femelle). De ce point de vue, la théalogie serait tout aussi fondée que la théologie. Ceci est d'autant plus dommageable que les déesses ont bien précédé les dieux sur la terre.

Le Féminin Sacré : Un Retour à Soi

Tantôt vénérée, tantôt méprisée, la femme a su traverser les époques pour retrouver progressivement ses lettres de noblesse. Difficile est encore son chemin pour faire reconnaître et accueillir l’égalité, la parité des sexes. Qu’est-ce qu’être femme aujourd’hui ? Comment vivre sa féminité, sa douceur, son émotionnel dans une société si masculine où tout va si vite ? Comment écouter son rythme, ses besoins spécifiques, ses aspirations, tout en participant à la vie ?

Le féminin sacré, c’est cette énergie douce et profonde qui sommeille en toi. Le féminin sacré, c’est ta capacité à ressentir, à créer, à aimer avec compassion, à te relier au vivant, à te relier à toi. Il n’a rien à voir avec l’image imposée de la féminité : maquillage, douceur obligatoire ou attitude docile. Il est bien plus vaste. On parle souvent d’un retour à soi, mais ici il s’agit d’un retour au corps, au cœur et à l’intuition. Revenir au féminin sacré, c’est rééquilibrer ces deux forces complémentaires. Parce que tu portes en toi une force oubliée. Se reconnecter à son pouvoir féminin, c’est ouvrir un espace de guérison, de paix et d’alignement.

Dans un monde qui valorise l’action, l’efficacité, la rapidité (autrement dit, des dynamiques masculines), tu peux avoir l’impression de devoir forcer, courir, prouver. Mais ton énergie féminine, elle, t’invite à ralentir. À ressentir. À écouter. Quand tu te reconnectes à ton féminin sacré, quelque chose se réaligne. Tes émotions cessent d’être des faiblesses, elles deviennent des messagères. Ta sexualité peut devenir un lieu de plaisir, mais aussi d’énergie créatrice. Ton intuition s’affine, ton rapport à la nature se transforme. Tu deviens plus présente à toi, plus entière. Et cela change tout. Ta façon d’aimer, de prendre soin de toi, de poser tes limites, de t’exprimer, de faire des choix. Il n’y a pas une seule manière d’incarner ton féminin sacré. C’est un chemin personnel, sensible, parfois remuant, souvent libérateur. Il ne s’agit pas de devenir une “nouvelle version” de toi-même, mais de revenir à celle que tu as toujours été, avant les injonctions, avant les doutes, avant les blocages.

Le Nüshu : L'Écriture Féminine et l'Art de Lo Yuenyi

Le Nüshu (écriture féminine) était pratiqué par les femmes d’une région reculée de la Chine avant la révolution communiste chinoise. Il s’agit d’une tradition littéraire et artistique développée par les femmes pour les femmes. Lo Yuenyi, artiste basée à Hong Kong, a produit une série d’œuvres dans lesquelles elle commémore les femmes qui pratiquaient autrefois le Nüshu.

En 1998, Lo Yuenyi a présenté une œuvre intitulée Mapping, qui a suscité une réflexion sur la relation entre les mains et le texte. Les quatorze caractères chinois tracés sur les marges de l'œuvre combinent l'élément "femme" avec un autre caractère, féminisant ainsi le sens général du terme. Cette œuvre a permis d'intégrer des débats spécifiques à Hong Kong et à la société chinoise.

L'intérêt de Lo pour les mains s'est prolongé avec la série d'œuvres intitulée Tentative. Dans Tentative 8, les deux mains coopèrent, mais on se demande si elles tentent de froisser le papier ou la toile portant le dessin ou si elles veulent en façonner un objet. Le dessin de Lo devient autocentré : les mains dessinant la scène forment encore le dessin réalisé.

Dans la cosmologie chinoise, "produire du sens est radicalement intégré ; cela provient des rapports changeants dans le monde de nos expériences dans la continuité de notre présent." (Ames, in Tsao and Ames, 2011, p. 40). "Toute créativité est conçue comme située et absolument intégrée : une co-créativité en collaboration. Se créer et créer son monde est un processus visant au même but et mutuellement dépendant (Ames in Tsao and Ames, 2011, p. 40). C'est dans le contexte de la cosmologie chinoise que les dessins de Lo Yuenyi prennent tout leur sens.

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