Rudyard Kipling, né à Bombay, a été profondément marqué par son enfance en Inde. Ce pays de couleurs, de sons et d'odeurs a façonné son identité et son œuvre. Cependant, sa vie a été une succession de contrastes, entre le paradis perdu de son enfance et les tragédies personnelles qui l'ont hanté. Il est devenu une légende littéraire, mais portait sa gloire comme un fardeau, un homme revenu de tout, chroniquement dépressif, à la recherche d'un impossible idéal.
Une Naissance Sous de Bons Auspices
Fils d'un artiste devenu conservateur du musée de Lahore et d'une mère alliée à l'intelligentsia de son temps, Kipling naît sous une bonne étoile. Son environnement natal, Bombay, est un creuset de cultures et de sensations qui l'imprègnent à jamais. Il se définira comme un Anglo-Indien pour l'éternité.
L'Éloignement du Paradis
À l'âge de six ans, Kipling est arraché à son Inde natale pour être envoyé en Grande-Bretagne, un pays étrange, afin d'y recevoir une éducation. Les onze années de séparation qui suivent marquent profondément Rudyard, tant moralement, qu'affectivement et physiquement. Cette expérience traumatisante se reflète dans certains de ses romans, comme The Light That Failed (La Lumière qui s'éteint).
Le Retour aux Sources et l'Ascension Littéraire
À 17 ans, Kipling retourne en Inde et devient journaliste à la Civil and Military Gazette de Lahore. Plus tard, il occupe le poste de rédacteur en chef adjoint au Pioneer d'Allahabad jusqu'à son retour en Europe en 1888. Après 1888, Kipling voyage beaucoup et s'installe en Amérique du Nord pendant plusieurs années. Il se marie et a des enfants. C'est durant cette période qu'il produit ses chefs-d'œuvre, notamment les deux Livres de la Jungle. En 1896, il revient en Europe et s'installe définitivement en Angleterre, dans le Surrey, ne la quittant que pour de courts voyages en Amérique et en Afrique du Sud, où l'épopée des Boers le fascine.
Le Désenchantement et la Quête Spirituelle
Dans un monde en mutation, Kipling ne reconnaît plus sa chère Mother India. Lui qui fut jadis le chantre de la présence coloniale britannique, il est désormais révulsé par le cynisme et l'impérialisme brutal affiché à l'égard des populations locales. Il sent que les combats pour l'indépendance couvent sous la braise. Son inquiétude se manifeste dans son célèbre poème Recessional.
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Incompris, il se replie sur le monde magique de l'enfance, d'autant plus que la folie des hommes croît. Juste avant sa mort, il publie une autobiographie discrète, Something of Myself (Quelque chose de moi-même), où il dresse un bilan courageux et lucide d'une existence marquée par des drames familiaux et ce qu'il considère comme des échecs. Il regrette, par exemple, d'être plus journaliste qu'écrivain, privilégiant, selon ses termes, « l'histoire avant la signification ».
La Franc-Maçonnerie : Un Refuge
C'est sans doute la franc-maçonnerie qui sauve Rudyard Kipling du désespoir. Elle devient pour lui un lieu de ressourcement, de survie, de retour au rêve et à l'idéal de tolérance et de fraternité. Le 5 avril 1886, Kipling reçoit la lumière dans la loge Hope and Perseverance n° 782 à l'orient de Lahore. Dès lors, certaines de ses œuvres portent le sceau des fils de la lumière, comme L'Homme qui voulut être roi (1888), The Rout of the White Hussars (1888) et With the Main Guard (1890). Mais c'est dans son recueil The Seven Seas (1896) que l'on trouve son plus beau poème, The Mother Lodge.
Ce texte, considéré comme la prière de la maçonnerie, est une ode à la tolérance, à la fraternité, à l'aspiration à un monde sans frontières de races ou de cultures, à une pensée libre. Tel le tapis de prière des musulmans, la Loge Mère est la uma, la mère symbolique et la communauté où l'on s'isole, où l'on recrée le sacré, où l'extérieur et le profane n'ont pas accès.
Les Fantômes et la Culpabilité
Kipling est un homme entouré de fantômes et rongé par la culpabilité. Son fils, ayant des problèmes de vision, est enrôlé dans l'armée grâce à ses relations, et meurt pendant la Première Guerre mondiale. Cette perte le hante, et il réalise que Le Livre de la Jungle est celui des tranchées, et non un monde merveilleux. Il donne des conseils à ce fils mort dans la Somme en 1915, tout en pensant à sa fille aînée décédée aux États-Unis durant l'hiver 1899. Au-delà de l'apparence légère et amicale, Kipling affronte une véritable traversée de « la nuit obscure », comparable à celle de saint Jean de la Croix.
Un Prix Nobel Paradoxal
Kipling reçoit le prix Nobel de littérature en 1907, un honneur qu'il considère comme un fardeau. Peu de temps avant sa mort, il prononce un discours à la Royal Society, expliquant qu'un écrivain n'a aucun droit de regard sur l'avenir de son œuvre. L'enchanteur de la jeunesse est en réalité un homme revenu de tout, au bord du désespoir, chroniquement dépressif, à la recherche d'un impossible idéal ou d'un lieu où reposer sa tête.
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L'Inde: Un Voyage Aux Multiples Facettes
Kipling est né en Inde, une terre de contrastes, berceau des plus anciennes civilisations, s’étendant des cimes enneigées de l’Himalaya aux mers chaudes de l’Océan Indien. Au Nord, c’est le contraste entre le désert du Thar dans la région du Rajasthan et les riches vallées de l’Indus et du Gange. Celles-ci abritent les lieux saints hindous, bouddhistes et sikhs. Au Sud, sur le plateau du Dekkan, s’étendent les plantations de thé, de café, et d’épices. Le pays de Gandhi nous offre un dépaysement absolument unique, à la découverte d’une mosaïque ethnique, linguistique et religieuse.
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