Loading...

Berceau de Gui Béart et Richard Anthony: Une Histoire Familiale Marquée par la Guerre et le Silence

Introduction

L'histoire d'Anne Sylvestre et de sa sœur, Marie Chaix, est une saga familiale complexe, profondément marquée par la Seconde Guerre mondiale et les choix controversés de leur père. Cet article explore comment ce passé a façonné leurs vies et leurs œuvres, en mettant en lumière les silences et les révélations qui ont jalonné leur parcours.

Un Passé familial Tumultueux

L'Engagement Politique du Père

Leur père, Albert B., ingénieur chimiste brillant, s'engage farouchement en politique, devenant un ardent anticommuniste. Dès 1936, il adhère au parti de Jacques Doriot, le PPF (Parti Populaire Français), et rejoint Doriot dans une collaboration extrême avec le parti nazi pendant l’occupation de la France, après s’être engagé en 1939, à sa demande, et après avoir été démobilisé en 1940. Cet engagement aura des conséquences désastreuses pour toute la famille.

La Collaboration et ses Conséquences

La collaboration du père avec les nazis pendant l'occupation a plongé la famille dans la honte et l'isolement. Marie Chaix révèle cette histoire, s’inspirant des cahiers rédigés par son père pendant son emprisonnement, après guerre, à Fresnes et décrit les conséquences, pour tout le groupe familial, de ce « drame » et de quelques autres qui vont marquer l’histoire de chacun. La famille quitte Lyon précipitamment, face à l'hostilité des Lyonnais qui traitent Alice, la mère, d'"Allemande". Ils montent à Paris, puis sont hébergés par des membres de la famille à Suresnes.

La Disparition du Frère Jean

Une nuit de l'été 1944, le père et le frère aîné, Jean, partent en direction de l'Allemagne. Jean mourra en février 1945, sous les bombes alliées à Ulm. Anne Sylvestre raconte : « Une nuit, mon père et mon frère (l’aîné, Jean, de 17 ans) sont partis. Je n’ai pas compris pourquoi, j’étais trop petite (Anne avait 10 ans, Marie avait 2 ans). A ce moment-là, je ne savais pas non plus que je ne reverrais plus jamais mon frère. Avec ma mère, on l’a beaucoup cherché. Moi, je l’attends encore, enfin presque ». Marie Chaix écrit : « Mon frère Jean, l’aîné de nous quatre, est mort à 18 ans, en février 1945, en Allemagne (…) Pour fuir Paris et l’épuration prévisible, mon père nous avait dit adieu au milieu d’une nuit de l’été 1944, en embarquant, au dernier moment et contre la volonté de notre mère en pleurs, son fils aîné à bord d’un camion chargé d’une partie des archives du PPF. Mon frère adorait son père, il l’aurait suivi n’importe où, racontait-on, même en enfer. Ce qu’il fit. Il est mort en février 1945 sous les bombes alliées à Ulm, vraisemblablement dans un train qu’il devait prendre, en tout cas dans la gare d’Ulm, cela est probable (…) Au cimetière d’Ulm, par un beau jour d’été 1963, j’ai accompagné ma mère, clopin-clopant, qui traînait vaillamment son corps d’hémiplégique de cinquante-huit ans dans les allées de ce beau cimetière. Pour qu’enfin elle admette, dix-huit ans après sa mort, qu’il ne reviendrait jamais (…) Jusque-là, en secret, elle l’attendait : les miracles, cela existe, on a vu des amnésiques resurgir parfois. Je savais à quoi elle pensait quand elle sursautait au moindre coup de sonnette. Anne partage avec sa mère le déni partiel de la disparition de Jean.

Le Procès et la Condamnation du Père

Le père revient en France en 1946 et est jugé en 1948. Anne Sylvestre se souvient : « Je me souviens d’avoir vu un homme en noir avec de grandes manches demander sa mort. Quand on a appris qu’il était condamné à perpétuité, on a été soulagés. Personnellement, si on ne m’a jamais traitée d’enfant de collabo, j’ai été malheureuse. La nuit, je dormais avec ma mère, on essayait de s’empêcher de pleurer. Je ne comprenais pas ce qui se passait, sauf qu’il fallait avoir honte ». Le père est finalement condamné à la prison à vie, un soulagement paradoxal pour la famille.

Lire aussi: Les traditions autour du Berceau de Naissance

Deux Soeurs, Deux Réponses au Passé

Marie Chaix : La Nécessité d'Écrire

Marie Chaix a ressenti le besoin impérieux de raconter cette histoire familiale. Elle publie Les lauriers du lac de Constance en 1974, un roman inspiré des cahiers de son père et qui explore les conséquences de la collaboration sur sa famille. « Ces cahiers, maman me les avait confiés, et, pendant des années, ils étaient restés là, posés sur ma table de nuit. Quand finalement je les ai ouverts, ils m’ont sauté à la tête » (Marie Chaix, 6, 2008). Elle abordera encore son histoire, leur histoire, en particulier dans L’été du sureau (3, 2005). Marie Chaix révèlera, dans L’été du sureau, l’existence d’une maîtresse du père qui aura un enfant la même année que son année de naissance à elle.

Anne Sylvestre : Le Choix du Silence

Anne Sylvestre, au contraire, a choisi de se taire pendant de nombreuses années. Quand paraît le premier livre sur la saga familiale, Les lauriers…, en 1974 donc, Anne Sylvestre demande à sa sœur de ne pas révéler qu’elles sont sœurs, comme le rappelle Marie Chaix : « Quand Anne a lu mon manuscrit, elle m’a écrit une très longue lettre qui disait : « Vas-y, publie ton livre. La seule chose que je te demande, c’est de ne pas dire que tu es ma sœur » » (6). Elle craint les effets néfastes sur sa carrière d’artiste de ces révélations sur le passé de « collabo » de son père, comme si la honte était toujours là, impliquant les enfants dans la « faute » de leur parent. Elle dit, en 2008 :« Je n’arrive pas à me défaire, comment dire, d’une culpabilité. Ce n’est pas juste d’en vouloir aux enfants que nous étions, mais je n’arrive pas non plus à trouver cela injuste. Je le comprends. Pour un peu, je trouverais même cela légitime.

Les Allusions dans les Chansons d'Anne Sylvestre

Malgré son silence, Anne Sylvestre a parfois laissé transparaître des allusions à son histoire familiale dans ses chansons. « De temps en temps, je lâchais une allusion dans une chanson…Cela me semblait transparent alors que c’était totalement opaque ! » (6). On peut faire des liens, depuis quelques temps déjà, avec des morceaux de textes de chansons d’Anne Sylvestre qui, peut-être, « disent »…tout en se taisant presque. La très belle chanson d’Anne, qui fera parler d’elle, Mon mari est parti, qui date de 1961, et qui dénonce la folie des guerres, en pleine guerre d’Algérie, n’est-elle pas aussi une histoire qui raconte le déni de la perte, perte du fils et du frère Jean, perte du mari et du père « parti(s) je ne sais où » ?

La Libération de la Parole

En 2007, Anne Sylvestre lève elle-même le voile en écrivant une chanson, "Bye mélanco", au moment où elle s’apprête à fêter son jubilé, ses 50 ans de chansons. La presse s’empare du sujet ; les radios peuvent en discuter avec Anne Sylvestre, qui accepte - difficilement - de parler, en termes très émouvants. Elles devront leur salut à leur créativité, à leur prise de parole finalement assumée, « chacune sur son radeau d’écriture » (Marie Chaix, 3, p.

L'Importance de la Mère

La mère, Alice, est un personnage central dans cette histoire. Elle est décrite comme une femme très douce, très jolie qui, sous son charme et sa malice, cache une volonté de fer, une force de caractère insoupçonnable » (A. Sylvestre, 5, p.12). Le deuxième livre de Marie Chaix s’intitulera Les Silences ou la vie d’une femme (2, paru en 1976), hymne et hommage à cette mère qui fait face, qui va affronter tous les tourments liés à la situation créée, pendant la guerre et dans les années qui vont suivre, par la collaboration de plus en plus étroite de son mari avec Doriot et avec l’ennemi, femme et mère qui vont beaucoup se taire, femme « qui ne voulait pas savoir, qui subissait ce qu’il y avait à subir » (3, p.66), comme la décrivait Juliette, la tendre employée de maison restée « fidèle à la famille du collabo », Juliette « qui sans s’en vanter, a sauvé notre avenir du désespoir absolu » (3, p.113). Cette mère, « exemple silencieux comme une icône, ne versant ses larmes que la nuit…croyait-elle qu’on ne l’entendait pas ? Pensait-elle qu’en faisant le tri des rares explications…, croyait-elle par hasard que nous n’aurions pas un jour besoin d’en savoir davantage ? Exemple malgré tout. Icône maternelle adorée, aux silences si éloquents que je n’eus qu’à les transcrire, une fois parvenue à l’âge de les entendre » (3, p.98). Pendant la guerre et après guerre, la situation familiale devient de plus en plus difficile à gérer; il faudra quitter Lyon précipitamment - Alice écrivant à Albert :« Lyon me fait peur sans toi, mon amour, je ne sors plus ; le matin dans la boîte aux lettres, Juliette trouve des mots anonymes, je veux quitter Lyon et les Lyonnais qui me traitent d’Allemande » (1, p.57) - ; il faudra monter à Paris, dans un appartement « de l’avenue Rodin » qu’Albert a pu obtenir, puis se faire héberger (en catastrophe, à cause de l’épuration qui ne saurait tarder, lors de la fameuse nuit de l’été 44 où le père et Jean partent en direction de l’Allemagne) par des membres de la famille et s’installer avec eux à Suresnes. La sœur d’Alice et son mari seront d’un réconfort précieux. Il y aura ensuite un autre retour sur Paris, « la famille plus ou moins rassemblée » (3, p.28). Alice, la mère, assure, cherche des avocats pour défendre son mari. Elle obtient, après avoir multiplié les démarches, en présence de Marie, la petite dernière qui l’accompagne souvent, une entrevue avec son mari, dans un bureau de la rue des Saussaies, lors de la période d’interrogatoires qui précède l’emprisonnement d’Albert B. à Fresnes. Marie dira, ce jour-là, « Bonjour monsieur »… à son père (1, p. Longtemps, ne croyant pas à la mort de son fils Jean, Alice poursuit toutes les recherches possibles, sans en parler à son mari. « Ils ne pouvaient pas parler de Jean ensemble, ils ne pouvaient pas » (1, p. 187). Pour gagner un peu d’argent, elle tricote, la nuit, avec Juliette, des pull-overs qu’une amie revendait à une boutique, « des kilomètres bariolés et compliqués de Jacquard ».

Lire aussi: Choisir les bons jouets pour bébé dans le berceau

Lire aussi: Avis sur les berceaux Calidoo, Zina et Amara

tags: #berceau #de #gui #beart #et #richard

Articles populaires:

Share: