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Benoîte Groult : Une Vie de Combats Féministes et d'Émancipation

Introduction

Benoîte Groult, longtemps perçue comme une jeune fille rangée, s'est révélée être une figure emblématique des combats féministes de la seconde moitié du XXe siècle. Son parcours atypique, marqué par des amours passionnées, des avortements, une maternité assumée avec trois filles de pères différents, et un talent d'écrivaine et de journaliste, l'a naturellement conduite à s'engager en faveur de la liberté et de l'égalité des femmes.

Un Parcours Personnel au Service de l'Engagement Féministe

Née à Paris dans une famille bourgeoise du quartier de la Rive Gauche, Benoîte Groult a été bercée par un environnement artistique et avant-gardiste. Sa mère, figure de la mode garçonne, dirigeait un atelier de couture prisé, tandis que son père, décorateur Art déco, créait des meubles. Trouvant refuge dans les livres, elle réussit son baccalauréat avec mention et devint professeure de français, au grand désespoir de sa mère qui aspirait à la marier.

Cependant, sa vie personnelle ne pouvait se conformer aux attentes conventionnelles. Ses expériences amoureuses, ses avortements, sa maternité issue de trois pères différents, ainsi que ses talents de journaliste et d'écrivaine, l'ont amenée à s'investir dans les luttes féministes de son époque. Elle s'est engagée pour l'avortement, la contraception, la lutte contre l'excision, la parité homme-femme et la féminisation des noms de métiers.

Ainsi Soit-Elle : Un Cri du Cœur Toujours d'Actualité

Son roman phare, Ainsi soit-elle, publié en 1975, fut un immense succès littéraire et demeure d'une pertinence frappante. Catel, créatrice talentueuse, a consacré cinq années à rencontrer Benoîte Groult pour réaliser sa biographie graphique. Malgré son ancienneté, Ainsi soit-elle n'a malheureusement pas pris une ride, témoignant de la persistance des inégalités et des défis auxquels les femmes sont encore confrontées.

Benoîte Groult a accédé tardivement à la pensée féministe, à l'âge de 50 ans, ce qui la rend à la fois atypique et accessible. Son approche se distingue par l'absence de querelles de chapelle et d'arrière-pensées politiciennes. Son unique combat est la liberté des femmes, à tout âge et en tout temps.

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À 94 ans, forte d'une vie traversée par des époques charnières, de l'avortement clandestin à la légalisation de la contraception et de l'interruption volontaire de grossesse (IVG), en passant par le droit de vote des femmes, Benoîte Groult portait un regard optimiste sur le XXIe siècle, malgré les atteintes régulières à l'émancipation des femmes. Elle affirmait avec conviction : « Une fois qu'on a goûté à la liberté, on ne peut plus revenir en arrière », tout en exhortant les femmes à prendre leur destin en main et à se battre pour leurs droits.

Benoîte Groult face aux Enjeux Contemporains

Alors que les Espagnoles manifestent pour défendre leur droit à l'IVG menacé et qu'une « théorie du genre » suscite des controverses, Benoîte Groult a réagi aux sujets de société qui lui tenaient à cœur.

Interrogée sur les Femen, elle a déclaré ne pas vouloir les condamner, tout en reconnaissant ne pas les connaître suffisamment pour en parler. Elle a souligné que, grâce à elles, le féminisme était davantage discuté, ce qui était essentiel. Elle a exprimé une meilleure connaissance d'Osez le féminisme, un nom qu'elle trouvait particulièrement approprié, car il fallait oser être féministe, sortir du rang, ne pas se conformer aux attentes, et être libre de ses sympathies et de ses enthousiasmes.

Elle a déploré le manque d'assurance des femmes et les a encouragées à mieux se connaître, notamment en observant leur propre corps. Elle a rappelé que dans F Magazine, qu'elle avait contribué à fonder en 1975, il était conseillé aux femmes de se regarder, d'utiliser un miroir pour examiner leur intimité et de se familiariser avec leur vagin, un mot longtemps tabou. Elle s'est insurgée contre la chirurgie du sexe féminin, qu'elle considérait comme une aberration.

Évoquant son expérience personnelle, elle a raconté l'angoisse constante de tomber enceinte lorsqu'elle était jeune. Elle a souligné que l'expression « tomber enceinte » reflétait bien la réalité d'une chute. Toutes les femmes avortaient, car elles ne voulaient pas être contraintes de se marier parce qu'elles étaient « prises », comme on disait à l'époque. Les avortements se pratiquaient souvent dans des conditions dramatiques, et il fallait se rendre en banlieue à vélo, en prenant soin de ne pas révéler son nom pour éviter l'arrestation. Benoîte Groult a elle-même avorté cinq ou six fois, et elle a affirmé que l'on s'en remettait. Elle a salué le vote de la loi autorisant l'IVG comme une liberté suprême de donner la vie quand on le souhaitait, et non par obligation. Elle s'est dite stupéfaite qu'un grand pays comme l'Espagne ose remettre en cause le droit à l'avortement, à une époque où l'on devrait aller vers davantage de droits pour tous. Elle a déploré le manque d'évolution des religions sur cette question et a exprimé sa crainte qu'une telle décision soit adoptée dans d'autres pays, ce qui constituerait un signal désastreux.

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Elle a exprimé son admiration pour Najat Vallaud-Belkacem, qu'elle a rencontrée au ministère des Droits des femmes lors d'un débat. Elle l'a trouvée intelligente et vive. Elle a reconnu que la réintroduction d'un tel ministère, trente ans après sa création par Yvette Roudy, pouvait être perçue comme un constat d'échec, mais elle a souligné l'importance de donner des moyens aux femmes. Elle a rappelé les nombreuses réalisations d'Yvette Roudy, notamment l'accès des femmes aux grandes écoles et la création de centres d'accueil pour les femmes battues.

Elle a regretté le manque d'audace de la presse féminine actuelle, qui se contente trop souvent de dicter aux femmes comment s'habiller et se déshabiller. Elle a souligné les nombreuses obligations qui pèsent sur les femmes et leur difficulté à s'en affranchir. Elle a estimé que les femmes étaient en partie responsables de cette situation, car elles achetaient cette presse souvent futile. Personnellement, elle appréciait Causette, auquel elle s'était abonnée immédiatement.

Elle a exprimé son manque de respect pour Éric Zemmour, qu'elle considérait comme un personnage vulgaire et inintéressant pour les femmes. Elle s'est opposée à l'idée selon laquelle les femmes avaient pris le pouvoir, surtout lorsqu'elle était exprimée par Zemmour avec rancune et jalousie.

La Représentation des Femmes dans la Bande Dessinée : Un Reflet des Stéréotypes et des Violences Sexistes

Benoîte Groult a également dénoncé la représentation caricaturale et sexiste des femmes dans la bande dessinée. Elle a souligné l'absence de personnages féminins forts et positifs, ainsi que la prévalence des stéréotypes et des violences physiques et morales à l'égard des femmes.

Elle a critiqué la série Les Aventures de Tintin, où la Castafiore et Peggy, la fiancée du général Alcazar, sont les seules femmes représentées, et où elles sont dépeintes comme des femmes emportées que les hommes fuient. Elle a également dénoncé la misogynie présente dans les albums d'Astérix, où les femmes sont souvent victimes de violences physiques et où les discours féministes sont ridiculisés.

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Elle a cependant salué l'émergence de personnages féminins plus positifs et subversifs dans certaines bandes dessinées, tels que Yoko Tsuno, Agrippine, Cellulite et les Frustrées, qui luttent contre les stéréotypes et les violences sexistes.

Elle a également évoqué la bande dessinée Des salopes et des anges, qui rappelle les situations dramatiques des Françaises qui n'avaient pas encore le droit d'avorter au début des années 1970, ainsi que la bande dessinée Simone Veil l'immortelle, qui retrace la lutte pour le droit à l'avortement et les violences antisémites dont Veil et sa famille ont été victimes.

Elle a enfin souligné l'importance de la série Persépolis, qui décrit l'enfermement des femmes iraniennes après la révolution de 1979 et les multiples formes de violences auxquelles elles sont confrontées.

Le Mouvement de Libération des Femmes (MLF) : Un Mouvement Essentiel pour l'Émancipation Féminine

Benoîte Groult a également évoqué le Mouvement de Libération des Femmes (MLF), un mouvement essentiel pour l'émancipation féminine. Elle a souligné la difficulté d'identifier les fondatrices du MLF, en raison des polémiques et des divergences entre les militantes de la première heure. Elle a cependant cité les noms d'Antoinette Fouque, Michelle Perrot, Anne Zelensky, Jacqueline Feldman, Cathy Bernheim, Christine Delphy et Monique Wittig, ainsi que des événements marquants tels que la première réunion publique non mixte de femmes à l'université expérimentale de Vincennes en mai 1970 et la manifestation du 26 août 1970 avec le dépôt de gerbe à l'arc de triomphe.

Elle a rappelé la définition du féminisme donnée par Françoise Collin : un mouvement sans fondateur, ni doctrine, ni orthodoxie, ni représentants autorisés, ni parti, ni membres authentifiés, ni stratégies prédéterminées, ni territoire, ni représentation consensuelle, mais qui ne cesse de déterminer des décisions et d'imposer son angle d'approche et son questionnement à travers le monde.

Elle a souligné l'importance d'ouvrages tels que Ainsi soient-elles de Benoîte Groult, Ne vous résignez jamais de Gisèle Halimi et Les Années d'Annie Ernaux, ainsi que de films tels que Maso et miso vont en bateau, qui ont contribué à faire avancer la cause des femmes.

Elle a rappelé que le féminisme ne se limitait pas à la deuxième vague des années 1970, mais qu'une première vague s'était développée au XIXe siècle et au début du XXe siècle, œuvrant pour l'intégration des femmes dans la sphère publique, dans le monde professionnel et pour l'égalité des droits.

Elle a dénoncé la stigmatisation et la caricature du mouvement féministe par les médias, ainsi que les divisions internes qui sont souvent mises en avant pour le discréditer. Elle a souligné que c'était dans ces divergences interrogées et discutées que s'opéraient les avancées théoriques et pratiques.

Elle a enfin évoqué les différents courants du féminisme, notamment le courant universaliste, qui pense que le devenir des femmes consiste à accéder à la neutralité de l'individu, et le courant postmoderne, qui récuse l'interprétation des sexes tant en terme d'un qu'en termes de deux.

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