Les déformations crâniennes chez les nourrissons sont un sujet de préoccupation pour de nombreux parents. Cet article a pour but de fournir une vue d'ensemble des causes, des types et des traitements disponibles pour ces conditions, en mettant l'accent sur la plagiocéphalie, la brachycéphalie et la craniosténose.
Introduction
Depuis les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) en 1996, conseillant de coucher les bébés sur le dos pour prévenir la mort subite du nourrisson, on observe une augmentation des déformations crâniennes chez les nouveau-nés. Bien que cette position de sommeil soit cruciale pour la sécurité du bébé, elle peut contribuer au développement de ce qu'on appelle communément le "syndrome de la tête plate". Il est important de comprendre les différentes formes de déformations crâniennes et les options de traitement disponibles pour assurer le bien-être et le développement optimal de l'enfant.
Les différents types de déformations crâniennes positionnelles
Il existe principalement trois types de déformations crâniennes positionnelles : la plagiocéphalie, la brachycéphalie et la dolichocéphalie.
La plagiocéphalie
La plagiocéphalie est la déformation la plus courante, représentant environ 85% des cas. Elle se caractérise par un aplatissement asymétrique de l'arrière du crâne, soit à droite, soit à gauche. Dans les formes les plus prononcées, on peut observer une avancée de l'hémifront du côté atteint, créant une bosse frontale et un décalage des oreilles. La tête prend alors une forme de "parallélogramme".
La plagiocéphalie est souvent associée à un torticolis ou à une rotation préférentielle de la tête du bébé d'un côté.
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Degrés de sévérité de la plagiocéphalie :
- Légère: Aplatissement d'un côté de l'arrière du crâne (région occipito-pariétale), asymétrie de 0 à 6 mm.
- Modérée: Aplatissement majoré de l'arrière du crâne d'un côté, avancée de l'oreille du côté de l'aplatissement, asymétrie de 6 à 12 mm.
- Sévère: Aplatissement important de l'arrière du crâne d'un côté, bosse frontale du côté de l'aplatissement, avancée de l'oreille du côté de l'aplatissement, asymétrie supérieure à 12 mm.
La brachycéphalie
La brachycéphalie se caractérise par un aplatissement de l'ensemble de l'arrière du crâne. Elle est plus fréquente chez les bébés "costauds" ou moins toniques. On observe une perte de l'arrondi de la partie postérieure du crâne, un élargissement du haut de la tête et un front avancé. La tête est souvent décrite comme ayant la forme d'un "pain de sucre".
Degrés de sévérité de la brachycéphalie :
- Légère: Aplatissement de l'ensemble de l'arrière du crâne, indice crânien de 85 à 90%.
- Modérée: Aplatissement majoré de l'ensemble de l'arrière du crâne, élargissement des bosses pariétales, indice crânien de 90 à 95%.
- Sévère: Aplatissement important de l'ensemble de l'arrière du crâne, élargissement majoré des bosses pariétales, élargissement et avancée du front, indice crânien supérieur à 95%.
La dolichocéphalie
La dolichocéphalie est une déformation moins fréquente, principalement observée chez les bébés prématurés et ceux ayant été en position de siège pendant la grossesse. Le crâne de l'enfant est allongé et plus étroit.
Degrés de sévérité de la dolichocéphalie :
- Légère: Aplatissement de l'ensemble de l'arrière du crâne, indice crânien de 85 à 90%.
- Modérée: Aplatissement majoré de l'ensemble de l'arrière du crâne, élargissement des bosses pariétales, indice crânien de 90 à 95%.
- Sévère: Aplatissement important de l'ensemble de l'arrière du crâne, élargissement majoré des bosses pariétales, élargissement et avancée du front, indice crânien supérieur à 95%.
Les causes des déformations crâniennes positionnelles
Les déformations crâniennes positionnelles peuvent survenir avant, pendant ou après l'accouchement.
Pendant la grossesse
- Mauvaise position du bébé (siège, transverse, engagé trop tôt).
- Manque de liquide amniotique.
- Manque de place dans l'utérus.
- Grossesse multiple.
- Manque de vitamine D chez la mère.
- Alitement de la mère.
- Engagement précoce du bébé.
Ces facteurs peuvent entraîner des pressions prolongées sur le crâne du bébé et provoquer des déformations.
Pendant l'accouchement
- Travail trop long.
- Mère avec un bassin étroit.
- Mauvaise présentation du bébé.
- Passage difficile du bébé.
- Aide instrumentale (forceps, ventouse, cuillère).
- Prématurité.
- Péridurale.
- Déclenchement par ocytocine trop fortement dosée.
Ces contraintes peuvent causer des asymétries du crâne du bébé.
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Après la naissance (les premières semaines de vie)
- Manque de mobilité globale du bébé.
- Torticolis.
- Rotation préférentielle de la tête du bébé.
- Position prolongée sur le dos.
- Contact prolongé de la tête sur une surface dure (transat, siège bébé, cosy, siège-auto).
- Trop peu de temps d'éveil sur le ventre.
- Manque de portage.
- Bébé nourri toujours du même côté.
Ces circonstances provoquent progressivement des déformations de la tête du bébé.
Facteurs de risque
Certains facteurs de risque augmentent la probabilité de développer des déformations du crâne chez le nourrisson :
- Être un premier-né.
- Être un garçon (souvent moins actif avec une tête plus lourde).
- Être prématuré.
- Manque de mobilité globale du bébé.
- Présence d'un torticolis.
- Enfant qui passe beaucoup de temps sur le dos.
- Manque de stimulation du bébé par les parents.
- Alimentation exclusive au biberon (la tête de l'enfant reposant toujours du même côté dans les bras de l'adulte).
Craniosténose : Une condition distincte
Il est important de distinguer les déformations positionnelles du crâne de la craniosténose. La craniosténose est une condition rare (environ 1 naissance sur 2500) due à la fermeture prématurée d'une ou de plusieurs sutures crâniennes. La forme de la tête varie considérablement en fonction de la ou des sutures affectées. Seuls des examens d'imagerie complémentaires peuvent confirmer le diagnostic.
La craniosténose peut s'avérer très dangereuse pour le nouveau-né. Le risque principal est celui de l’hypertension crânienne : les fontanelles étant déjà soudées, le cerveau se retrouve comprimé et la pression du liquide céphalo-rachidien à l’intérieur de la boîte crânienne est trop élevée. La microcéphalie est l’une des conséquences de la craniosténose, il s’agit de l’absence d’évolution du périmètre crânien.
Le traitement de la craniosténose est uniquement chirurgical. Un enfant peut être opéré dès qu’il pèse 6 kg, poids à partir duquel sa masse sanguine permet une opération en toute sécurité. En général, l’opération a donc lieu entre 3 et 9 mois. Celle-ci se pratique sous anesthésie générale, et a pour but de remodeler le crâne de notre bébé : ses os crâniens vont être découpés, retirés puis replacés de façon à laisser plus de place à son cerveau. Bien que très impressionnante, cette opération ne devrait causer aucune séquelle à l’enfant, si ce n’est une cicatrice qui va d’une oreille à l’autre et qui sera vite cachée par la pousse de ses cheveux.
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Diagnostic des déformations crâniennes
Pour reconnaître un syndrome de la tête plate chez un bébé, il faut regarder la tête du bébé par au-dessus, de préférence lorsqu’il a les cheveux mouillés. Dans les cas de déformations plus sévères, on observe une avancée frontale, et une asymétrie des oreilles. Une asymétrie faciale est notable dans les cas les plus sévères. Dans le cas des brachycéphalies, on peut également observer la tête vue de profil.
Si un aplatissement de la tête de votre enfant est constaté, par vous même ou par un pédiatre, il est important de demander sans attendre un diagnostic plus complet auprès d’un médecin, médecin généraliste, pédiatre, kinésithérapeute ou ostéopathe. Pour connaître le degré de sévérité d’une déformation crânienne, on peut demander au pédiatre, kiné ou ostéo de la mesurer avec un craniomètre. Cependant, la plupart des professionnels de la santé ne sont pas formés à la prise de mesures crâniennes et n’ont pas de craniomètre. Sinon, on peut prendre rendez-vous dans un centre orthopédique spécialisé.
Traitements et interventions
Repositionnement
La première étape du traitement consiste souvent à pratiquer le repositionnement intensif, qui consiste à inciter bébé à tourner la tête du côté opposé à l'aplatissement.
Kinésithérapie
Le traitement kinésithérapeutique vise à corriger les déformations crâniennes, améliorer la symétrie et prévenir l’aggravation de la pathologie. Le rôle du kinésithérapeute consiste à encourager des positions variées et l’usage de la motricité libre pour éviter que le nourrisson ne passe trop de temps dans des positions statiques. Si la plagiocephalie est associée à un torticolis, il est important de traiter ce dernier. Le kinésithérapeute va réaliser des techniques de mobilisation pour améliorer la rotation et l’inclinaison de la tête. Le kinésithérapeute peut pratiquer des exercices doux pour renforcer certains muscles du cou (muscles sternocléidomastoïdiens) et du dos. Le kinésithérapeute joue également un rôle essentiel dans l’éducation des parents. Il est recommandé de consulter un kinésithérapeute dès que la plagiocephalie est détectée, idéalement avant l’âge de 6 mois.
Ostéopathie
L'objectif du traitement ostéopathique est de diminuer les traumatismes du bébés (vie intra utérine, accouchement, examens divers comme les prélèvements sanguins, etc). Après un bilan complet et un examen doux de tout le corps, l'ostéopathe va par des mobilisations redonner de la mobilité au corps du bébé. Souvent les blocages ne sont pas uniquement au niveau du cou mais bien plus globaux.
Casque orthopédique
Si la tête plate persiste malgré le repositionnement et les exercices de kiné, alors on peut envisager de poser un casque. Ce casque permet de réorienter la croissance de la tête, afin que les zones plates rattrapent leur retard de croissance par rapport aux zones saillantes. Les casques sont plus efficaces avant l’âge de 1 an.
Traitement positionnel
Selon l’âge de l’enfant et l’importance de la déformation, un traitement positionnel peut être mis en place, avec mise en latéralisation alternée droite/gauche du bébé, à 45°, à l’aide d’un cale-bébé efficace, positionné lui-même sur un matelas de sécurité respirant.
Prévention
Pour éviter le syndrome de la tête plate, il est important de :
- Vérifier qu’aucune tension musculaire ne l’empêche de tourner correctement la tête des deux côtés.
- Mettre votre bébé sur le ventre pendant les temps d’éveils. En effet sur le ventre, il n’y aura plus de pression sur l’arrière de son crâne ce qui limitera l’aplatissement.
- Éviter l'utilisation prolongée de sièges-coques.
- Encourager la mobilité globale du bébé.
- Varier les positions d'alimentation.
Conséquences à long terme
Dans les formes sévères de plagiocéphalie fronto-occipitale, des problèmes dentaires, une déformation de la mâchoire et des problèmes posturaux liés à une asymétrie musculaire peuvent être retrouvés à l'âge adulte.
Les coussins anti tête plate
D’après la HAS, les coussins anti-tête plate sont dangereux car ils augmentent le risque de mort subite du nourrisson. De plus, ils sont totalement inefficaces ! En effet, le principal facteur d’apparition de la tête plate est le manque de mobilité du nourrisson. Or, les coussins anti-tête plate bloquent le bébé sur le dos et l’empêchent de bouger.
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