Le syndrome du bébé secoué (SBS) est une forme grave de maltraitance infantile qui peut entraîner des séquelles neurologiques irréversibles, voire le décès. Il est crucial de comprendre ce syndrome, ses causes, ses conséquences, et les mesures de prévention à mettre en œuvre. Chaque année, des centaines d'enfants en France sont victimes de ce type de violence, souvent par méconnaissance des dangers du secouement.
Définition et Terminologie
Le syndrome du bébé secoué (SBS) est un sous-ensemble des traumatismes crâniens infligés (TCI), également appelés traumatismes crâniens non accidentels (TCNA). Dans le SBS, c'est le secouement, seul ou associé à un impact, qui provoque le traumatisme crânio-cérébral. Depuis 2009, le terme « traumatisme crânien non-accidentel (TCNA) » est préconisé, car ne limitant pas les causes du traumatisme aux seuls secouements.
Mécanisme du Traumatisme
Les secousses en cause sont toujours violentes, produites le plus souvent par une saisie manuelle du thorax du bébé sous les aisselles. Les décélérations brutales antéropostérieures de la tête sont responsables d’un ballottement du cerveau dans la boîte crânienne et de l’arrachement des veines ponts situées à la convexité. Il se produit alors des hémorragies responsables, entre autres lésions, d’hématomes sous-duraux (HSD) plurifocaux. Le cerveau du bébé est fragile, et en cas de secouement violent, la tête du bébé va se balancer d'avant en arrière, le cerveau peut heurter la boite crânienne, les vaisseaux sanguins se déchirent puis saignent. De plus, sa tête est lourde et les muscles de son cou sont faibles, avec un risque de lésions des muscles et des nerfs au niveau du cou.
Il est aisé d’expliquer au grand public pourquoi secouer un nourrisson présente pour lui un grave danger. En effet, le poids de la tête du bébé est relativement élevé par rapport à celui de son corps et les muscles de la nuque sont encore faibles. Maintenu par le tronc ou les épaules, si le bébé est secoué dans un mouvement de va-et-vient, le cerveau se déplace donc dans la boîte crânienne, ce qui produit un étirement des veines-ponts reliant le cortex cérébral et le sinus veineux.
Causes et Facteurs de Risque
Le principal facteur déclenchant de cette situation et de ses conséquences est souvent les pleurs du bébé et l'impuissance à les apaiser. Le nourrisson peut être en effet secoué par une personne qui pense bien faire lors d'un malaise par exemple ou pour tenter de calmer ses pleurs, mais aussi par jeu, d’où la nécessité d’une large information préventive.
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Il existe de nombreux facteurs de risque pouvant favoriser le TCNA. Les facteurs de risque liés à l’enfant sont les suivants : sexe masculin, prématurité ou complications médicales périnatales, séparation mère-enfant en période néonatale, grossesse multiple ou rapprochée, grossesse non désirée, pleurs inconsolables, troubles du sommeil, troubles alimentaires, interventions antérieures des services sociaux. En ce qui concerne les auteurs des violences, ils ont souvent une méconnaissance importante des besoins, compétences et comportements normaux de l’enfant.
Prévalence et Épidémiologie
L’incidence du SBS varie entre 15 et 30/100 000 enfants de moins de 1 an. Si l’on rapporte ces résultats au nombre de naissances en France, on peut estimer que 120 à 240 nourrissons pourraient être concernés chaque année par cette maltraitance. Mais il n’existe pas de données épidémiologiques françaises. Plusieurs centaines d’enfants sont victimes de ce syndrome selon Santé publique France. Les victimes ont majoritairement entre deux et quatre mois.
Symptômes et Diagnostic
Les symptômes du TCNA sont d’intensité variable et non spécifiques. Il pourra s’agir de vomissements parfois imputés à tort à une gastro-entérite, d’une anorexie, d’une irritabilité ou d’une pâleur anormale, jusqu'à un coma avec arrêt cardio-respiratoire.
Sans être exhaustif, on peut citer : un enfant qui devient subitement hypotonique, qui a du mal à suivre du regard, qui se met à pleurer ou à des pleurs différents, qui convulse, qui ne sourit plus, ne babille plus, qui vomit, qui présente des troubles oculaires, qui perd l’appétit, qui présente une somnolence étonnante, une rigidité du corps, qui a du mal à respirer, un enfant qui ne réagit plus au son… doit éveiller l’attention du professionnel. Il peut aussi y avoir à distance un retard de développement de l’enfant.
Devant des signes qui doivent orienter vers une atteinte neurologique, tels que décrits plus haut (modifications du comportement, mauvaises prises alimentaires, moins bon contact, moins de sourires, diminution des compétences de l’enfant, modifications du tonus - hypotonie axiale , mais aussi devant certains signes non spécifiques - vomissements, troubles respiratoires pauses, apnées, pâleur, bébé qui semble douloureux ), l’essentiel est d’évoquer un secouement.
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Pour poser ce diagnostic, une approche multidisciplinaire est nécessaire, et notamment un travail en binôme entre le pédiatre et le radiologue. Selon les lésions présentes chez l’enfant, d’autres spécialistes apportent également leur expertise (chirurgien viscéral, orthopédiste, ophtalmologiste, etc.). Même en l’absence de signes physiques, la moindre suspicion de TCNA doit conduire à une exploration exhaustive en imagerie médicale.
En cas de traumatisme crânien aigu, un scanner cérébral (ou tomodensitométrie) doit nécessairement être fait. Il est idéalement complété par une imagerie par résonance magnétique (IRM). Enfin, des radiographies de haute définition de l’ensemble du squelette devraient également être effectuées, tous les segments osseux devant être radiographiés séparément.
Conséquences et Séquelles
En France, un bébé sur dix, victime de secouements, décède, les autres en subiront les conséquences toute leur vie. La mortalité globale après un SBS est en moyenne de 21,6% variant de 10 à 40% selon les études.
75 % des bébés qui survivent aux secouements connaîtront des séquelles très lourdes dues à des lésions cérébrales :
- Un retard du développement psychomoteur ou des handicaps moteurs ;
- Des troubles cognitifs et des difficultés d’apprentissage ;
- Des problèmes de comportement ;
- Des troubles de l’alimentation ;
- Des troubles du sommeil ;
- Un déficit visuel ou une cécité ;
- Un déficit auditif ou une surdité ;
- Des crises épileptiques.
Parmi ces séquelles, on peut retrouver une déficience motrice ou cognitive, des troubles du comportement ou de l’attention, de la malvoyance ou encore de l'épilepsie. Ces conséquences ne s’expriment parfois que des années plus tard, même à l’âge adulte, impactant l’enfant tout au long de sa vie. La répétition des épisodes de secouement est un facteur-clé dans le risque et la gravité des séquelles, et cette répétition survient le plus souvent (un bébé secoué l’a été en moyenne 10 fois). Cependant, si la répétition est un facteur aggravant, un seul épisode de secouement peut être suffisant pour qu’il y ait des conséquences graves.
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Prise en Charge et Traitement
Contacter les secours médicaux d’urgence en appelant le 15 ou le 112 (114 par sms pour les personnes sourdes ou malentendantes) : un diagnostic et des soins précoces sont indispensables pour diminuer les séquelles neurologiques. En attendant l’arrivée des secours, si le bébé présente des convulsions ou s’il vomit, le placer sur le côté, en position latérale de sécurité. S’assurer que le bébé n’a pas de fièvre et s’il en a, la prendre en charge. Vérifier s’il n’a pas besoin de boire ou de manger, d’être changé, couvert davantage ou au contraire, moins couvert.
Lorsqu’un bébé est conduit mort à l'hôpital et s’il ne s’agit pas de l’évolution terminale d’une pathologie connue, le diagnostic de TCI doit être évoqué systématiquement parmi les causes de mort inattendue. L’entretien avec l’entourage proche doit être respectueux, mais aussi minutieux pour connaître les conditions décrites du décès. De toute façon, devant une mort inattendue du nourrisson, il est recommandé d’obtenir le consentement des parents à une autopsie qui permettra éventuellement de recueillir les éléments du diagnostic de secouement.
Le diagnostic de secouement /maltraitance chez un nourrisson conduit à l’hôpital est particulièrement difficile à poser. Généralement, le médecin ayant accueilli le nourrisson le fera hospitaliser comme il le fait pour tout enfant chez qui il y a une suspicion de maltraitance.
Prévention
Le syndrome du bébé secoué est un problème de santé publique. Une priorité de santé publiqueLes cas de bébés secoués ne sont pas des faits isolés. Chaque année, plusieurs centaines d’enfants en sont victimes.Cette maltraitance, perpétrée volontairement par des adultes, parfois dans le déni de la gravité de leur acte, représente la forme la plus grave de traumatisme crânien de l’enfant.
Prévention : votre bébé est fragile, ne le secouez pas ! Le syndrome du bébé secoué fait partie des traumatismes crâniens de l'enfant. Il est responsable d'hémorragies au niveau de l'œil et du cerveau.
Plusieurs mesures peuvent être mises en œuvre pour prévenir le SBS :
- Information et sensibilisation: Il est crucial d'informer les parents, les futurs parents, et toutes les personnes susceptibles de s'occuper d'un bébé sur les dangers du secouement.
- Soutien aux parents: Les pleurs incessants d'un bébé peuvent être une source de stress intense pour les parents. Il est important de leur offrir un soutien émotionnel et pratique pour les aider à faire face à cette situation.
- Apprentissage de techniques d'apaisement: Les parents doivent apprendre des techniques d'apaisement pour calmer les pleurs de leur bébé.
- Reconnaissance des signes de maltraitance: Il est important de reconnaître les signes de maltraitance chez un enfant et de signaler toute suspicion aux autorités compétentes.
La Haute autorité de santé a élaboré des recommandations pour permettre de déceler le syndrome du bébé secoué. L’HAS préconise de sensibiliser les professionnels de santé afin qu’ils relaient des messages de prévention auprès des parents sur ce syndrome encore mal connu ainsi que la mise en œuvre de campagnes d’information grand public. Une sensibilisation des parents au danger du secouement, à la maternité et dans les jours qui suivent le retour de la maternité, devrait être systématique, et il serait également nécessaire que les médecins libéraux et de PMI soient formés à évoquer ce diagnostic et à orienter ces enfants vers des structures adéquates.
Conseils aux parents
Qu'il pleure ou non, manipuler votre bébé avec délicatesse et soutenez toujours sa tête. Votre bébé peut pleurer 2 à 3 heures par jour car il est fatigué, il a faim, il est mal installé, il a trop chaud ou froid, il a mal au ventre ou aux dents, il désire simplement un câlin, c'est son mode de communication.
Parlez-lui, bercez-le dans vos bras en lui massant le ventre, proposez-lui à boire, promenez-le, chantez-lui des chansons, faites-lui écouter de la musique douce. S'il ne s'apaise pas et que les pleurs deviennent pour vous insupportables, couchez-le dans son lit sur le dos, sans couverture ni oreiller. Il peut s'apaiser au calme.
Si les personnes responsables de l’enfant connaissent des difficultés ou se sentent en situation de vulnérabilité face à lui, elles doivent :
- Mettre le bébé en sécurité dans son lit, en le couchant sur le dos. Il n’y a aucun danger à le laisser seul dans cette position ;
- Quitter quelques minutes la pièce ;
- Respirer et se concentrer sur autre chose pour retrouver leur calme ;
- Si possible appeler un proche pour en parler ou leur venir en aide en prenant le relai ;
- Demander de l’aide : partager leurs craintes et leurs doutes à leur entourage comme à des professionnels.
Deux numéros verts existent pour entrer en contact avec des professionnels de la petite enfance :
- Un numéro d’urgence : la ligne « Allo Enfance en danger » du Service national d’accueil téléphonique pour l’enfance en danger (SNATED) qui a pour mission d’apporter aide et conseil aux appelants confrontés à une situation d’enfant en danger ou en risque de l’être. Joignable au 119 disponible 24h/24 et 7j/7.
- Un numéro d’aide et d’écoute : la ligne « Allo Parents Bébé » de l’association Enfance et Partage qui a pour mission d’écouter, de soutenir et d’orienter les parents inquiets dès la grossesse et jusqu’aux trois ans de l’enfant. Joignable au 0 800 00 34 56, du lundi au vendredi de 10h à 13h et de 14h à 18h.
Aspects Légaux
Secouer un bébé peut certainement constituer un crime ou un délit dans le cas où on établit l’intention. L’avocat doit, par ailleurs, avoir une bonne connaissance des problématiques du syndrome du bébé secoué.
Controverses et Défis
Ces dernières années, le diagnostic du TCNA a également fait l’objet d’une controverse virulente dans le cadre d’affaires judiciaires, parfois médiatisées. Des théories alternatives pour expliquer les signes physiques et symptômes du TCNA ont ainsi plusieurs fois été proposées au tribunal par des experts dénialistes, remettant en cause le diagnostic en témoignant pour la défense. Cette remise en cause accuse notamment les chercheurs d’attribuer le TCNA à de la maltraitance sans prendre en compte la possibilité d’une cause accidentelle ou naturelle, alors que le recours à des diagnostics différentiels est pourtant bien préconisé.
Il est cependant possible d’indiquer des fourchettes de datation, distinguant les lésions récentes des plus anciennes. Pour évaluer l’âge d’une hémorragie sous-durale, l’utilisation conjointe d’une IRM et d’un scanner cérébral est pour l’instant recommandée, l’IRM seule étant trop difficile à interpréter.
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