L'alimentation du nourrisson est une étape cruciale, et les difficultés rencontrées, notamment le refus de boire autrement qu'au biberon, peuvent engendrer de l'inquiétude chez les parents. Cet article vise à explorer les raisons potentielles de ce comportement et à proposer des solutions concrètes, en s'appuyant sur l'expertise de professionnels de la petite enfance.
Comprendre le Reflux Gastro-Œsophagien (RGO)
Le RGO, ou reflux gastro-œsophagien, est un phénomène courant chez les nourrissons, caractérisé par la remontée d'une partie du contenu de l'estomac dans l'œsophage. Chez les bébés, le muscle situé entre l'œsophage et l'estomac, appelé cardia, n'est pas toujours suffisamment mature pour empêcher ces remontées. Bien que les régurgitations soient fréquentes et souvent bénignes, un RGO pathologique peut entraîner des complications telles que l'œsophagite et perturber l'alimentation du bébé.
Les symptômes du RGO
Il est important de savoir reconnaître les signes pouvant indiquer un RGO chez votre bébé :
- Cris suraigus ou pleurs violents avec bébé arqué en arrière.
- Troubles de l’alimentation : refus du sein ou au contraire bébé au sein en continu (le lait apaise la douleur), cris en cours d’alimentation (au sein ou au biberon).
- Stagnation ou perte de poids selon la courbe de bébé (mais ce n’est pas toujours le cas !).
- Toux et troubles ORL.
- Beaucoup de rots / gaz / constipation.
- Bébé qui ne se calme pas dans les bras du parent.
Il est crucial de noter que ces symptômes peuvent également être liés à d'autres problèmes, comme un manque de sommeil ou des freins buccaux restrictifs.
Les causes possibles du RGO
Les causes possibles du RGO sont multiples :
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- Émotionnel/psychosomatique : stress du parent ou de l’enfant, douleur, post-partum, cris, trauma, accouchement, sensibilité, etc.
- Physiologique/mécanique : prématurité, immaturité du cardia, frein de langue, hernie hiatale, malposition ou malformation de l’estomac (plicature gastrique)….
Identifier la cause sous-jacente est essentiel pour mettre en place une prise en charge adaptée.
Freins buccaux restrictifs
Les freins de langue, de joue et de lèvre peuvent également jouer un rôle dans les difficultés d'alimentation du bébé. Un frein de langue trop court, par exemple, peut limiter les mouvements de la langue et rendre la succion difficile. Les freins trop restrictifs entraînent donc évidemment des difficultés alimentaires : douleurs au sein, rejet de certains types de tétine, prise de biberon longue, succion au sein ne permettant pas une bonne stimulation du sein. Au moment de la diversification alimentaire, si les freins trop courts n’ont pas été repérés, le schéma oro-moteur peut être perturbé et moins efficace. Problèmes de prise de poids car l’enfant ne parvient pas à téter et ne fait que des petites prises alimentaires. Dans certains cas, bébé s’endort même au sein ou au biberon après 2 ou 3 minutes : cela lui demande une énergie faramineuse.
Si vous soupçonnez que votre enfant puisse avoir des freins buccaux trop courts, je vous encourage à consulter au plus tôt un professionnel compétent.
Solutions et Prise en Charge
Face à un bébé qui refuse de boire autrement qu'au biberon, plusieurs pistes peuvent être explorées :
Adapter l'Alimentation
- Fractionner les repas : Proposer des prises alimentaires plus petites et plus fréquentes toutes les 2 à 3 heures peut aider à réduire le volume dans l'estomac et limiter les remontées.
- Verticaliser bébé après les repas : Maintenir bébé en position verticale pendant 20 à 30 minutes après chaque repas facilite la digestion et réduit le risque de reflux. Évitez le transat et/ou toutes les positions entraînant des compressions abdominales.
- Choisir un lait adapté : Si vous utilisez du lait infantile, optez pour une formule épaissie ou un lait anti-reflux, en demandant conseil à votre médecin. Si les régurgitations ne sont pas compliquées, s’il ne s’agit pas pour votre bébé d’un RGO pathologique, il peut être intéressant de jouer sur les différents laits pédiatriques, et d’en choisir un riche en caséine pour obtenir un “effet plomb”.
Médicaments
Dans certains cas, des médicaments peuvent être prescrits par un médecin pour soulager les symptômes du RGO.
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- Gaviscon : Ce pansement gastrique forme une nappe au-dessus du bol alimentaire pour éviter les remontées. Attention : dans la notice du Gaviscon, il est conseillé de l’ingérer après le repas. Pourtant, il a été prouvé par de nombreuses études que ce médicament est à administrer AVANT chaque prise alimentaire.
- Polysilane : Ce gel a un effet pansement et est souvent utilisé pour traiter les gastralgies. Administrez la quantité d’une noisette avant les repas, appliquée sur la tétine (d’un biberon), sur le doigt ou sur le sein.
- Inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) : Ces antiacides sont réservés aux cas de RGO très compliqués.
Il est essentiel de suivre les recommandations médicales et de ne pas interrompre ou modifier un traitement sans l'avis d'un professionnel de santé.
Allaitement Maternel
La toute première chose que je peux vous indiquer est de ne surtout pas arrêter l’allaitement maternel si votre enfant déclare un reflux. Votre lait a un véritable effet “pansement”, qui sera optimal en suivant ces quelques conseils ! Le lait maternel se digère en 20 minutes. Je vous encourage donc à donner de petites tétées régulières et fréquentes, qui aideront à calmer la douleur (10). Cette stratégie permet aussi à votre enfant de prendre suffisamment de lait, même s’il régurgite beaucoup, pour garder une courbe de poids satisfaisante. Attention néanmoins à bien regarder si cela améliore la situation, car pour certains bébés, une régulation de l’alimentation au sein peut parfois être également salvatrice. Si vous avez un REF (réflexe d’éjection fort), je vous conseille d’aider bébé à maîtriser le débit pour éviter de majorer le reflux : exprimez le lait à la main avant la tétée pour décongestionner le sein. Ainsi, bébé peut mieux gérer la quantité de lait et récupérer plus facilement le lait plus gras de fin de tétée. Adaptez également votre position d’allaitement. Pour que bébé soit confortable dans la position de la madone, je vous invite à veiller à placer bébé bien sur le côté, la tête dans l’axe, de manière à ce que vous soyez ventre contre ventre. Néanmoins, votre enfant reste alors en position horizontale, ce qui majore le RGO. C’est pourquoi pour la majorité des bébés à reflux, le biological nurturing sera plus adapté : vous êtes légèrement inclinée vers l’arrière, bébé posé sur vous, en position semi-verticale. Il est aussi possible d’allaiter en marchant. Tirer votre lait et l’épaissir n’est pas forcément utile dans un premier temps : cela peut constituer un dernier recours.
Sommeil
En parallèle, je vous encourage vivement à maximiser et autonomiser le sommeil de votre bébé (5). Assurez-vous que ses quotas de sommeil soient suffisants en fonction de son âge. Un bébé ayant des stratégies de sommeil dépendantes (et trop peu de sommeil en conséquence) peut devenir un bébé hurlant nuit et jour, en proie à des pleurs de décharge, se réveillant au bout de 10 minutes de sommeil en se débattant et en hurlant. Pourtant, il n’y a ni douleur, ni RGO.
L'Importance d'un Accompagnement Professionnel
Il est crucial de ne pas rester isolé face aux difficultés d'alimentation de votre bébé. N'hésitez pas à consulter différents professionnels :
- Médecin ou pédiatre : Pour établir un diagnostic précis et prescrire un traitement adapté si nécessaire.
- Diététicien.ne nutritionniste pédiatrique : Pour une évaluation complète de la situation et des conseils personnalisés en matière d'alimentation.
- Consultant en lactation : Pour un accompagnement spécifique en cas d'allaitement maternel.
- Spécialiste des freins buccaux : Pour évaluer et traiter d'éventuels freins restrictifs.
Le néant de savoir et d’accompagnement du corps médical à ce niveau est alarmant. L’absence de connaissances entraîne l’incompréhension de l’entourage, mais aussi la détresse psychique et physique des parents face à la douleur de leur enfant : c’est un cercle vicieux infernal entre fatigue, cris et impuissance qui pèse sur la vie de famille. Face au portage interminable, aux longues heures de marche épuisantes, aux nuits à dormir assis, quelques minutes, etc., les parents consultent parfois de nombreux professionnels différents : médecins, pédiatres, ostéopathes, chiropracteurs, magnétiseurs, homéopathes, etc. Pourtant, je peux vous assurer que cette situation n’est pas une fatalité : de véritables solutions existent ! Un bébé RGO peut dormir et aller mieux très rapidement (parfois en seulement 2 jours).
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