Alors qu'un couple sur sept en France est confronté à des difficultés pour avoir un enfant, un gros tabou retarde ou complexifie parfois le parcours de PMA déjà ardu : celui entourant l'infertilité masculine. Déni ou manque d'informations, beaucoup d'hommes ne se sentent pas concernés quand on parle infertilité. Pourtant les études montrent que, contrairement aux préjugés, pour 50 % des couples en PMA, c'est l'homme qui est à l'origine des difficultés du couple à concevoir. Il est temps de lever le voile sur cette réalité et d'offrir aux hommes le soutien et l'accompagnement dont ils ont besoin.
Le poids du tabou
Le tabou autour de l'infertilité masculine a plusieurs explications. Pour certains hommes qui ont déjà du mal à évoquer leurs difficultés dans la vie, détailler la mauvaise qualité de leur sperme ressemble à un aveu d'échec. « Pas mal d'hommes confondent virilité et fertilité, alors que ça n'a rien à voir », tranche Marika Donadieu-Mallion, médecin spécialiste de la fertilité. Certains refusent de faire un spermogramme ou considèrent que ça ne peut pas venir d'eux. « Quand on leur parle de spermogramme anormal, ils ont l'impression que ça les dévirilise, qu'on évoque des troubles de l'érection », renchérit Charlotte Methorst, urologue à l'hôpital Foch (Hauts-de-Seine). Ils ont peur d'en parler et d'être stigmatisés.
Si beaucoup de ces hommes taisent leur tristesse, c'est souvent parce qu'ils culpabilisent. « Beaucoup des adhérents du collectif expliquent qu'ils se sentent coupables parce qu'ils "imposent" à leur femme des traitements », complète Virginie Rio, co-fondatrice du collectif Bamp, qui accompagne les personnes en parcours de PMA. En effet, en parcours de FIV, même lorsque la patiente ne présente aucun problème, c'est elle qui va subir les piqûres d'hormones, prises de sang, rendez-vous médicaux, ponctions et autres joyeusetés…
L'impact sur le couple
Le parcours de PMA est une épreuve pour le couple, et les difficultés rencontrées par l'homme peuvent accentuer les tensions. Les médicaments, les douleurs, la prise de poids, les échecs… Autant de facteurs qui peuvent affecter l'humeur et la libido de la femme, et entraîner des frustrations et des incompréhensions au sein du couple.
« Mon chéri essaie de prendre sur lui, mais c'est pas toujours facile », témoigne une femme engagée dans un parcours de FIV. « Les soucis viennent surtout de lui. Qui plus est il est handicapé. Il se sent coupable de me faire subir autant de choses. Et moi du coup je n'ose pas tellement me plaindre, parce que je le culpabilise encore plus… mais en même temps des fois faut que ça sorte ! »
Lire aussi: Tout savoir sur les maillots NBA enfant
Il est essentiel que les couples en PMA puissent communiquer ouvertement sur leurs difficultés et leurs sentiments, et qu'ils bénéficient d'un soutien psychologique adapté.
L'évolution de la prise en charge
Progressivement, le voile se lève sur cette question. « Cela fait des dizaines d'années qu'on s'intéresse à l'infertilité chez la femme, mais l'intérêt chez l'homme est beaucoup plus récent, mais exponentiel dans les publications », assure Rachel Lévy, chef du service de biologie de la reproduction de l'hôpital Tenon à Paris. Emboîtant le pas à la recherche, les médecins affinent la prise en charge. « Pendant des années, on traitait les femmes et pas les hommes », regrette François Olivennes. Heureusement, aujourd'hui, un bilan masculin est presque systématiquement prescrit en parcours de PMA.
La FIV avec micro-injection intracytoplasmique (ICSI) a révolutionné l'assistance médicale à la reproduction dans les années 1990, car il suffit d'injecter un seul spermatozoïde dans l'ovocyte, dévoile François Olivennes, gynécologue spécialiste de la fertilité. Mais cette solution miracle a mis à l'arrêt la recherche sur l'infertilité masculine.
Et le changement ne viendrait pas seulement du corps médical… « Globalement, j'ai l'impression que les jeunes hommes ont moins de mal à parler d'infertilité », nuance Virginie Rio, du collectif Bamp.
La baisse de la fertilité masculine
Tant mieux, car la pénurie de spermatozoïdes n'a rien d'un fantasme. Une étude publiée dans Human Reproduction dévoilait en 2017 que le nombre de spermatozoïdes a diminué en moyenne de moitié entre 1973 et 2011, aux États-Unis, en Europe, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Reste à savoir comment combattre cette chute vertigineuse… Les causes ne sont pas clairement établies, mais l'évolution de notre hygiène de vie (au hasard le tabac, l'alcool, la sédentarité, l'obésité, la malbouffe….) et de notre environnement (pollution, perturbateurs endocriniens, stress, ondes des téléphones…) revient régulièrement sur le tapis. D'où l'intérêt de faire tomber ce tabou pour améliorer la prévention.
Lire aussi: Baskets Decathlon enfants : le guide ultime
« Quand il y avait le service militaire, certains hommes avec des pathologies testiculaires étaient dépistés très tôt », souligne Charlotte Methorst, urologue. Mais ce n'est qu'une toute partie de l'infertilité masculine. Aujourd'hui, quand on va dans les collèges pour parler sexualité, peut-être faudrait-il insister sur le fait que le tabac, le cannabis et l'alcool sont hyper néfastes pour la spermatogenèse qui se déroule pendant l'adolescence.
Comment aider les hommes à se sentir moins isolés ?
Pour que les hommes ne se sentent pas isolés dans leur parcours de PMA, il est important de les encourager à s'investir. Les uns préfèrent prendre soin de leur femme et se passer d'infirmière pour les piqûres de stimulation ovarienne, les autres s'impliquent dans la logistique en téléphonant pour fixer les rendez-vous d'examens ou demander les résultats, répondent présents au moment du transfert des embryons, etc. Ces petites choses paraissent dérisoires mais elles sont importantes.
C'est également aux médecins de tendre la main. Donner la parole aux deux membres du couple, prendre le temps de délivrer les informations nécessaires en tenant compte de chaque personnalité et de chaque histoire, déculpabiliser l'un et l'autre si besoin. « Généralement, on ne questionne pas assez les hommes », rappelle Léa Karpel, psychologue à l'hôpital Foch à Suresnes. Dire “Et vous Monsieur, qu'en pensez-vous ?” (de tel ou tel traitement, de la poursuite du parcours, etc.) devrait être la norme. » Il arrive qu'on ne se souvienne d'eux qu'au moment du recueil de sperme… surtout lorsqu'il y a eu échec.
Catherine Rongières, coordonnatrice du centre d'assistance médicale à la procréation des hôpitaux de Strasbourg, évoque la mise en place d'une consultation dédiée aux hommes dans l'enceinte du service, rien que pour eux, et qui leur permettrait de dire tout haut ce qu'ils pensent tout bas. Et pourquoi pas ? Certes, ils peuvent toujours consulter de leur propre chef un psychologue ou un sexologue mais ils n'en sont pas très friands - dans la très grande majorité des cas, les femmes se rendent seules à la consultation de psychologie.
La PMA en Afrique : une révolution silencieuse
Malgré le tabou qui pèse toujours sur l'infertilité, une révolution médicale à bas bruit fait son chemin de Dakar à Kinshasa. Des dizaines de centres de procréation médicalement assistée (PMA) s'implantent depuis plusieurs années dans les zones urbaines. « C'est une activité en plein essor », confirme l'Ivoirien Coulibaly Founzégué Amadou, à la tête du Groupe interafricain d'études, de recherches et d'application sur la fertilité (Gieraf), une société savante réunissant douze pays d'Afrique de l'Ouest et centrale. Rien qu'en Côte d'Ivoire, il existe cinq centres de PMA. Avant, ils ne pratiquaient que de simples inséminations. Désormais, certains proposent l'injection intracytoplasmique de spermatozoïde (ICSI), la forme la plus sophistiquée de PMA [un spermatozoïde est introduit de force dans un ovule, l'œuf obtenu est ensuite transféré dans l'utérus de la femme] ou même la GPA [gestation pour autrui].
Lire aussi: Tout savoir sur les baskets Le Coq Sportif enfant
Cependant, ces coûts se répercutent sur les tarifs de la PMA et en font, en Afrique, un soin de luxe. Non prise en charge par l'Etat ou les assurances, la technique se paie au prix fort. Au Sénégal, où a été réalisée la première FIV d'Afrique subsaharienne francophone, en 1989, les couples déboursent jusqu'à 4 millions de FCFA (6 100 euros) dans les cliniques privées pour une PMA, soit 45 fois le salaire mensuel moyen, alors qu'elle est gratuite en France jusqu'à 43 ans et pour quatre FIV maximum.
tags: #basket #homme #pma #avis