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Barbe et biberon : Psychologie de la paternité moderne

L'évolution des rôles parentaux au XXIe siècle est un sujet de discussion constant, marqué par l'ouverture à l'hyper-éducation et ses défis. Cet article explore les multiples facettes de la paternité moderne, en s'appuyant sur des témoignages, des études et des analyses de spécialistes. Il aborde notamment l'importance du congé paternité, les défis rencontrés par les pères, l'impact sur l'égalité des sexes et les pistes pour une meilleure répartition des responsabilités parentales.

Congé paternité : Un enjeu d'égalité et de soutien

Le congé paternité est au cœur des débats sur la parentalité. En France, depuis juillet 2021, les pères ont la possibilité de prendre 28 jours de congé paternité, dont 7 sont obligatoires. Cette avancée, bien que significative, est jugée insuffisante par beaucoup, notamment si l'on se réfère au rapport des 1 000 premiers jours, qui préconisait 9 semaines de congé.

Un congé plus long permettrait aux pères de s'investir pleinement dans leur nouveau rôle, de créer des liens forts avec leur enfant et de soutenir la mère, souvent vulnérable à la dépression post-partum. Les députées Sarah Legrain (LFI) et Delphine Lingemann (MoDem) ont même proposé d'allonger le congé paternité à 16 semaines, dont 8 obligatoires, afin de réduire les inégalités entre les sexes qui s'accentuent après la naissance d'un enfant. Elles suggèrent que quatre semaines soient prises dès la naissance pour accueillir l'enfant et soutenir la mère.

Les pères face aux défis de la parentalité

Malgré les avancées législatives, de nombreux pères hésitent à prendre l'intégralité de leur congé paternité, voire y renoncent complètement. Plusieurs facteurs expliquent cette situation :

  • Pression professionnelle : La peur de "faire une pause" dans leur carrière et de nuire à leur progression professionnelle est une préoccupation majeure pour de nombreux pères.
  • Difficultés financières : Le congé paternité est indemnisé par la Sécurité sociale, mais cette indemnisation peut être inférieure au salaire habituel, ce qui représente un frein pour certains foyers.
  • Charge mentale : La répartition des tâches domestiques et parentales reste souvent inégale, avec une part importante incombant aux mères, même lorsque les pères sont présents.

Ces défis peuvent entraîner une surcharge mentale chez les mères et des tensions au sein du couple. Il est donc essentiel de sensibiliser les pères à l'importance de s'investir pleinement dans leur rôle et de les soutenir dans cette démarche.

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Témoignages de pères : Expériences et réflexions

De nombreux pères témoignent de l'impact positif du congé paternité sur leur relation avec leur enfant et leur partenaire.

Alexandre Marcel, auteur du blog papa-plume, a confié : "On a beau s'y préparer, on est quand même renversé lors d'une naissance. Découvrir un nourrisson, c'est extraordinaire." Il souligne également que le congé paternité permet aux mères de "lâcher prise, de faire confiance à leur compagnon et donc, de partager la charge mentale".

Marine, mère de deux enfants, a vécu deux expériences différentes : "Pour le premier, le papa était au chômage, on était donc tous les deux pour découvrir les joies et les difficultés de la parentalité. Pour la deuxième, c'était peu de temps avant la réforme de 2021 et il a pris les 14 jours réglementaires de l'époque."

Ces témoignages illustrent l'importance d'un congé paternité suffisamment long pour permettre aux pères de s'investir pleinement dans leur rôle et de soutenir leur partenaire.

Tristan Champion a suivi sa femme en Norvège, où 70 % des pères prennent un congé d'au moins trois mois à la suite de celui de leur compagne. Inquiet pour sa carrière, le jeune Français, bientôt père de son deuxième enfant, rechigne à franchir le pas. « Moi, seul, cinq mois avec bébé ? » Il y réfléchit et se laisse convaincre.

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L'expérience de Tristan Champion se poursuit comme une enquête sociétale, éducative, économique et politique. Tristan joue pleinement le jeu et s'investit dans la garde de sa petite Nora, tout en s'occupant de son aîné après l'école, des courses et du ménage. Il traverse quelques galères, fait de nombreuses rencontres, tisse des liens forts avec ses enfants et se frotte à la notion de charge mentale.

L'expérience se termine en réflexion sur les vertus du congé parental alterné, en termes d'égalité hommes / femmes, de réduction du différentiel des salaires, du partage des tâches au sein du foyer, de conséquences sur l'emploi et du rôle du père.

"Emile, mon premier enfant, est né à Paris en 2014. A l’époque, je ne me suis pas posé la question : j’ai pris les 11 jours autorisés et c’est tout. Autour de moi, aucun homme n’envisageait une seule seconde de s’arrêter plusieurs mois pour l’éducation de ses enfants. Et puis, qu’allait penser mon chef au travail ? J’évoluais dans le secteur du marketing et la concurrence était rude. Financièrement également, il était inenvisageable de m’arrêter avec la perte de salaire que cela pouvait représenter. Ma femme, d’origine norvégienne, s’est donc arrêtée 3 mois et demi. Point. En clair, j’étais dans le même état d’esprit que pouvaient l’être beaucoup d’hommes, je n’avais pas une conscience particulièrement développée en ce domaine. A vrai dire, pour mon premier enfant, je me sentais plus comme soutien à ma femme, que comme un réel co-pilote. Avec la maman, nous avions convenu qu’après plusieurs années de vie parisienne, nous partirions en Norvège au moment de voir la famille s’agrandir. Direction donc Oslo avant l’arrivée de notre deuxième enfant en 2017. Une fois sur place, j’ai découvert une autre manière de voir les choses sur les questions de parentalité. Voici comment cela marche : à la naissance de l’enfant, 46 semaines de congés sont à partager pour les deux parents. L’Etat indemnise le congé, 100% du salaire est couvert pendant cette période jusqu’à 6000 euros par mois environ. 10 semaines sont imposées à la mère à la naissance et 15 semaines sont ainsi réservées au père, qui sont perdues s’il ne les prend pas. Les 21 semaines restantes sont à partager à la volonté du couple. Ces congés doivent être alternés : les deux parents ne peuvent pas prendre ces semaines en même temps. Sur le papier, tout est fait pour inciter les deux parents à prendre ces semaines de congé parental. Mais je restais encore prisonnier du système français. Je me demandais comment j’allais gérer seul pendant plusieurs mois. Je m’interrogeais pour ma carrière. J’avais peur de m’ennuyer et d’être isolé. J’ai parlé de mes craintes avec d’autres pères norvégiens. Ils m’ont tous rassuré en me disant qu’il existait beaucoup d’établissements kids-friendly très sympas, des ateliers et des lieux de rencontre pour les parents. Ces avis ont su calmer mes doutes, et malgré mes réticences initiales, j’étais décidé à me lancer. Qui plus est, je ne voulais pas passer pour un père indigne auprès de ma belle-famille. D’ailleurs, mon beau-père, un homme au summum de ce qu’on imagine de la virilité, s’était arrêté 6 mois pour élever ma compagne. Ici, cela ne dérange personne. Avec ma femme, nous avons donc décidé qu'elle commencerait pendant 5/6 mois et moi je prendrai le relais 4/5 mois. J’ai découvert de nombreux avantages à cette situation. Tout d’abord, pendant mes mois de congés, j’étais devenu le pilote. J’étais, de fait, obligé de prendre plus de responsabilités. Pour la mère, cela l’oblige également à lâcher prise, à faire confiance à son compagnon et donc, à partager la charge mentale. Pour ces points, cela concerne notre rapport au sein du couple. Mais ce congé m’a également permis de tisser des liens très forts avec mon enfant. On faisait des siestes ensemble. Elle a fait ses premiers pas avec moi. J’avais également plus de temps pour mon plus grand, puisque j’allais le chercher à l’école. Cependant, il ne faut pas croire que je sois devenu un bisounours. Parfois, mes vieux démons me hantaient, notamment la question du marché du travail. Je me demandais souvent comment j’allais pouvoir retrouver ma place et mes marques après un arrêt si long. J’ai ainsi découvert tout ce que les femmes qui accouchent traversaient et devaient subir comme pression. Cela m’a fait ouvrir les yeux sur les inégalités qui existent, et qui sont d’autant plus flagrantes en France, puisque le système ne favorise absolument pas une inversion de cette tendance. Car c’est un fait : la réinsertion professionnelle reste difficile. Concernant mon entourage, les avis restent mitigés. Mes amis trouvent mon expérience sympa, mais sont réticents à la vivre. Je ressens tout de même que les choses évoluent. Le regard de la société change et cela devient de plus en plus valorisé d’être un père impliqué et présent. Cependant, la France reste très en retard sur ces questions-là. Typiquement, mon histoire intéresse les médias féminins ou parentaux, mais beaucoup moins les médias à destination d’un public masculin. Je pense que cette transformation des mœurs doit s’opérer, et cela va notamment passer par un accompagnement au sein de l’entreprise. On ne doit plus avoir « peur » de prendre un congé paternité. Le rôle du père doit être redéfini.

L'impact du congé paternité sur l'égalité des sexes

L'allongement du congé paternité est un levier essentiel pour réduire les inégalités entre les sexes. En permettant aux pères de s'investir davantage dans les premiers mois de la vie de leur enfant, on favorise une meilleure répartition des tâches domestiques et parentales, ce qui allège la charge mentale des mères et leur permet de concilier plus facilement vie professionnelle et vie familiale.

De plus, un congé paternité plus long peut avoir un impact positif sur la carrière des femmes. En partageant plus équitablement les responsabilités parentales, on réduit les discriminations dont elles sont victimes sur le marché du travail, notamment en termes de salaires et de progression de carrière.

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Congé parental : Un choix encore trop rare

Le congé parental est une autre option pour les parents qui souhaitent s'occuper de leur enfant pendant une période plus longue. Cependant, en France, le congé parental est encore trop peu utilisé, notamment par les pères.

Plusieurs raisons expliquent ce phénomène :

  • Faible indemnisation : L'indemnisation du congé parental à temps plein est de 398,39 euros par mois, ce qui est insuffisant pour de nombreux foyers.
  • Réforme de 2015 : La réforme de 2015, qui visait à inciter les pères à prendre un congé parental, a paradoxalement eu l'effet inverse. En effet, elle a rendu le partage du congé parental obligatoire pour bénéficier des aides de la CAF au-delà du deuxième enfant, ce qui a incité les couples à comparer leurs fiches de paye et à conclure que le congé parental était plus avantageux pour la mère, dont le salaire est souvent inférieur à celui du père.

Pour encourager davantage les pères à prendre un congé parental, il est donc essentiel d'améliorer l'indemnisation et de revoir les modalités de la réforme de 2015.

S'inspirer des modèles étrangers

Pour que les hommes prennent le temps de s'occuper de leur enfant, sans doute faut-il s'inspirer des modèles voisins. Dans les pays nordiques, les congés parentaux sont moins longs et mieux rétribués. En Suède, les parents ont droit à 480 jours dont 390 rémunérés, l'Etat finançant 80% du salaire. En Norvège, les parents peuvent s'arrêter 49 semaines intégralement payées, dont 15 semaines sont attribuées au père et non transférables.

Tristan Champion, qui a bénéficié d'un congé de 5 mois en Norvège, témoigne : « C'est une belle expérience que je recommande à tous les pères. »

L'importance du soutien de l'entreprise

L'entreprise a un rôle important à jouer pour encourager les pères à s'investir dans leur rôle parental. Il est essentiel de mettre en place des politiques favorables à la parentalité, telles que :

  • Flexibilité des horaires de travail : Permettre aux pères d'adapter leurs horaires de travail pour pouvoir s'occuper de leur enfant.
  • Télétravail : Offrir la possibilité de travailler à domicile, ce qui facilite la conciliation vie professionnelle et vie familiale.
  • Sensibilisation : Informer les employés sur les droits et les dispositifs existants en matière de parentalité.
  • Soutien : Créer un environnement de travail bienveillant où les pères se sentent soutenus dans leur rôle parental.

Les pères dérangent les représentations sociales classiques

Sylviane Giampino, psychologue, souligne que « Aujourd'hui, les pères vivent une forme de contradiction: ils sont plus proches de leurs enfants, mais la famille doit s'ajuster à leur vie professionnelle, laissant aux mères, également investies professionnellement, la charge mentale et le reste. Cette situation qu'elles vivent comme une injustice génère des tensions dans le couple et rien n'est fait pour y remédier. Lorsque des (rares) pères prennent un congé, ils dérangent les représentations sociales classiques et peuvent être dévalorisés au travail. Pourtant, les enfants ont besoin de leur présence. Il faut allonger le congé paternité, et améliorer l’accueil des enfants pour permettre aux mères de préserver leur travail à elles aussi. »

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